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Full text of "Chronique du religieux de Saint-Denys : contenant le règne de Charles VI, de 1380 à 1422"

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COLLECTION 


DE 


DOCUMENTS INÉDITS 


SUR L'HISTOIRE DE FRANCE, 


PUBLIÉS 


PAR ORDRE DU ROI 


ET PAR LES SOINS 


DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 





PREMIÈRE SÉRIE. 
HISTOIRE POLITIQUE. 


de 


CHRONIQUE 


DU RELIGIEUX 


DE SAINT-DENYS, 


CONTENANT 


LE RÈGNE DE CHARLES VI, DE 1380 A 1422, 
PUBLIÉE EN LATIN POUR LA PREMIERE FOIS ET TRADUIEE L2 
PAR M. L. BELLAGUET, 
PRüicipix 


D'UNE INTRODUCTION PAR M. DE BARANTE. 


TOME QUATRIÈME. 


t 


A PARIS, 
DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET. 


nd 


M DCCC XLII. 





CHRONICA 
KAROLI SEXTI. 


E Re ER Rr UD 


CHRONIQUE 


DE CHARLES VI. 


396166 


CHRONICORUM 
KAROLI SEXTI 


LIBER VICESIMUS NONUS. 


Pontificum xiv, 
Imperatorum vin, 
Anni Domini uccecviu. 4 Francorum xxix, 
Anglorum 1x, 
Sicilie vr. 


CAPITULUM 1. 


De quodam monstro. 


Ami Domni —— QUADRAGESIMA exacta, in Cenomanensi dyocesi, cujusdam 

METTI" agricole uxor monstrum peperit sexus feminei, cui simile in 
scriptis non reperio. Nam solus truncus corporis cum bene 
formato capite tibiis penitus carebat et brachiis; et id certe cir- 
cumspecti et eruditissimi viri futurorum eventuum et horren- 
dorum designativum dixerunt. 


CAPITULUM II. 


De publicacione bullarum a domino Benedicto transmissarum. 


In Universitate Parisiensi veneranda, qui hucusque vota 
domini pape Benedicti parvipenderant et promissa, cum non 
responderent responsionibus nunciis regiis datis, isto anno re- 
petitis vicibus instanter requisierant ut substractio jam conclusa 





CHRONIQUE 
DE CHARLES VI. 


LIVRE VINGT-NEUVIÈME. 


14° année du règne des souverains pontifes, 
8e —— ——— —— de l'empereur, 


An du Seigneur 1408 ‘. ( 3g* —————— du roi de France, 
9° ——————— du roi d'Angleterre, 
89 ————-—— du roi de Sicile. 


CHAPITRE I". 


Naissance d'un enfant monstrueux. 


Apnis le carême , la femme d'un paysan du diocèse du Mans accoucha an du Seigneur 
d'un monstre du sexe féminin, tel qu'on n'en avait jamais vu. Il n'avait — '*^* 
que le tronc du corps, avec une tête bien formée; du reste il était sans 
bras ni jambes. Les gens de savoir et d'expérience regardérent ce pro- 
digc comme le présage de grands malheurs. 


CHAPITRE II. 


Publication des bulles envoyées par monseigneur Benoit. 


. La vénérable Université de Paris, qui jusqu'alors n'avait fait au- 
cun cas des paroles ni des promesses de monseigneur le pape Benoit, 
parce qu'elles ne s'accordaient point avec les réponses faites par lui 
aux ambassadeurs du roi, avait demandé, cette année, à plusieurs 


' L'année 1408 commença le 15 avril. 





4 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


publicaretur ubique. Quamvis rex, eorum pulsatus precibus im- 
portunis, jam mense Januario exacto litteras regias super hoc 
concessisset, obtinuit tamen ut ipsarum publicacio usque ad 
Ascensionem Domini differretur, promittens quod, si ambo 
contendentes super pace Ecclesie minime convenirent infra 
tempus, deinceps, ut supplicabant, neutrilibet adhereret. Ut 
autem ambos contendentes jam in vicino constitutos per regales 
nuncios compererunt, in vanumque tempus terendo principale 
ex industria relinquisse, et nil aliud agere nisi frustratoriis 
legacionibus pro loco convencionis disceptare, in villa Pari- 
siensi die decima quinta maii substractionem obediencie pro- 
mulgarunt et promulgandam dignum duxerunt ubique. 

Jam pridem casum previdens dominus Benedictus tantam ac 
tam audaciam excecrabilem sibi visam sub anathematis pena re- 
frenare statuerat, et in bullis plumbeis quas regi Francie atque 
duci Biturie ejus patruo per duos papales equitatores misit 
hujus mensis maii decima quarta die. Sed sciens illas non re- 
cepturas gratanter, ad cautelam alias eis tradidit clausas amo- 
rem et benignitatem pretendentes, quas presentarent primitus, 
et secunde tardius perlegerentur. Quod cum die dicta, premissa 
recommendacione benigna, peregissent, mox retrocedentes au- 
fugerunt, sicque bullis cum summa displicencia lectis, prefati 
nuncii, quesiti diucius, repperiri minime potuerunt. 

In primis papa recitans amorem paternalem, quem hucus- 
que habuerat erga regem atque regnum, et cum quantis labo- 
ribus procuraverat Ecclesie unionem, egre se ferre intulit quod 
a duobus annis citra, malignorum seductus consilio, sibi bene- 
ficiorum regni collaciones subtraxerat, unde prosequcioni unio- 
nis, statui vite, suis et camere consueverat providere; quod- 
que ab eo assumpti ad ecclesiasticas dignitates de collatis sibi 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 5 


reprises, que l'on publiát par tout le royaume l'ordonnance de sou- 
straction. Le roi, cédant à ses instances réitérées, lui avait octroyé 
au mois de janvier des lettres royales à ce sujet. Toutefois , il avait 
obtenu qu'on en différát la publication jusqu'à l'Ascension de Notre 
Seigneur, en s'engageant à n'adhérer ni à l'un ni à l'autre des deux 
prétendants , si dans l'intervalle ils ne s'accordaient pas pour rendre 
la paix à l'Église. Mais quand on apprit par les ambassadeurs du roi 
que les deux adversaires , aprés s'étre rapprochés pour une entrevue, 
traînaient l'affaire en longueur, négligeaient à dessein Ja question 
principale, et ne faisaient que perdre le temps en vaines négociations 
au sujet du lieu de leur conférence, on publia le 45 mai à Paris la 
soustraction d'obédience, et on résolut qu'elle serait aussi publiée par 
tout le royaume. 

Monseigneur Benoit, qui depuis long-temps avait prévu cet événe- 
ment , avait voulu empécher par la menace de l'anathéme ce qu'il re- 
gardait comme un audacieux attentat. Il avait adressé à cet effet au roi 
de France et à son oncle le duc de Berri des bulles scellées en plomb, 
qui leur furent remises le 44 dudit mois de mai par deux courriers 
pontificaux. Mais comme il pensait que ce message ne serait pas bien 
recu , il avait imaginé de donner en méme temps à ses envoyés des let- 
tres closes, concues dans les termes les plus affectueux et les plus 
bienveillants, en leur recommandant de les présenter avant les bulles. 
Ils exécutérent ses ordres ledit jour aprés avoir offert aux princes l'hom- 
mage de leurs salutations , et repartirent sur-le-champ. La lecture des 
bulles ayant excité un vif mécontentement, on chercha de tous cótés 
les envoyés du pape, mais on ne put les retrouver. 

Le pape rappelait dans ses lettres la tendresse paternelle qu'il avait 
toujours eue pour le roi et pour le royaume, et tous les efforts qu'il avait 
faits pour rétablir l'union de l'Église. Il témoignait ensuite des regrets 
de ce que depuis deux ans le roi, égaré par de perfides conseils, lui 
avait soustrait la collation des bénéfices du royaume, dont il consacrait 
le produit aux frais du rétablissement de l'union , à l'entretien de son 
état, aux dépenses de sa maison et de la chambre apostolique. Il se 
plaignait que ceux qu'il avait promus à des dignités ecclésiastiques 


6 .  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


beneficiis gaudere non valebant, mediantibus quibusdam ini- 
quitatis filiis, qui sepe presencia regia multa frivola, nephanda 
et erronea mendacia proponebant contra sacros canones, ut 
ipsum ad aliam partem allicerent, et appellaciones frivolas con- 
tra auctoritatem papalem faciebant. Insertum iterum erat quod, 
ipsis mediantibus, nobiles viri Johannes de Castro Morant et 
Johannes de Toursay, milites, litteris regiis significaverant quod, 
nisi infra proximum festum Ascensionis Domini unio conclude- 
retur, nec ipse rex nec eciam regnicole sibi ipsi deinceps obedi- 
rent. Hec omnia inferebat non procedere amore debito vel filiali, 
et quod tales consiliarii impiissime agebant et ponebant macu- 
lam in gloria domus sue eciam sine causa, attento quod non po- 
terat constituere tempus rebus, que secundum misericordiam 
divinam ducebantur. 

Cum autem litteris addidisset quod inde protrahebatur unio 
Ecclesie, inde adversarii tumescebant, animo indurabantur, et 
claritas partis sue taliter obscurabatur : « Et ideo, inquit, quia 
« non possumus tanta et talia dissimulare, cum sint contra di- 
« vinam majestatem, te precamur hortamurque ut non adhi- 
« beas aures regias his malivolis viris et iniquis. Quia eciam non 
« intendunt nisi per proturbacionem Ecclesie et persone tue 
« querere lucra sua et in prejudicium multorum , hortamur ite- 
« rum ut discucias processus nostros initos cum deliberacione 
« matura, et qua intencione procedunt; cessare quoque facias 
« gravamina antedicta etattemptata contra nos et regnum tuum; 
« nec aliquis errore te decipiat, ut acquirere valeas appostolicam 
« benedictionem. Nam te scire volumus quod, ultra penas latas 
« a jure et ab homine, tu et omnes alii talia commitentes incur- 
« runt alias a nobis tibi missas per quamdam constitucionem a 
« nobis factam, tibi missam sub bullis apostolicis cum istis pre- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 7 


fussent privés de la jouissance de leurs bénéfices par les intrigues de 
quelques enfants d'iniquité, qui débitaient souvent en présence du roi , 
pour le jeter dans le parti contraire, une foule d'accusations frivoles, 
mensongeres et coupables, qui attaquaient les saints canons et qui 
ébranlaient l'autorité papale par d'injustes appels. C'était sur leur de- 
mande, disait-il encore, que d'illustres chevaliers, Jean de Chateau- 
morant et Jean de Toursay, lui avaient signifié, par lettres royales, que, 
si l'union n'était pas rétablie avant la féte prochaine de l'Ascension, 
le roi et les habitants du royaume renonceraient désormais à son obé- 
dience. On n'agissait pas à son égard avec la tendresse filiale qui lui 
était due. Céder à de pareilles suggestions, c'était commettre une im- 
piété et souiller sans motif la gloire jusqu'alors si pure de la maison de 
France, attendu que le roi n'avait pas le droit de prescrire une limite 
de temps pour des affaires que la divine Providence gouvernait à son 
P jenoi ajoutait que tout cela avait pour résultat de différer l'union, 
d'enfler l'orgueil de ses adversaires, d'endurcir leurs coeurs et de por- 
ter atteinte à la justice de sa cause. « Ne pouvant donc, disait-il, 
« fermer les yeux sur de telles entreprises, qui sont attentatoires à 
«la majesté divine, nous vous prions et vous conjurons de ne point 
« préter l'oreille à ces hommes méchants et pervers , quine cherchent 
« qu'à tirer profit du bouleversement de l'Église et de leurs attaques 
« contre votre royale personne, au grand préjudice de tous. Nous vous 
« conjurons aussi d'examiner les résolutions que nous avons prises 
« aprés müre délibération, et l'intention qui nous les a dictées; de 
« faire cesser lesdits outrages et tous les autres attentats commis contre 
« notre personne et votre royaume, et de ne point vous laisser induire 
« en erreur, afin que vous puissiez mériter la bénédiction apostolique. 
« Car nous vous rappelons qu'outre les peines portées par le droit 
« et par les lois humaines, vous et tous ceux qui se rendent cou- 
« pebles de pareils attentats, encourez d'autres peines prononcées par 
« nous dans une certaine constitution que nous avons faite et que nous 
« vous adressons avec les présentes sous forme de bulles apostoliques , 
« voulant qu'elle vous soit présentée et communiquée, comme nos 


8 : CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« sentibus; quam constitucionem tibi presentare mandavimus 
« et intimare, ut erga Deum debitum nostrum faciamus. — Da- 
« tum apad Portum Veneris Januensis dyocesis, decimo quarto 
« kalendas maii , anno decimo quarto pontificatus nostri. » 

In bullis autem ipsius erat in substancia insertum.... * 


CAPITULUM III. 


De regis filia. 


Interim dum hec prescripta gerebantur, die videlicet sancte 
et individue Trinitatis, domina Maria, filia regis Francie, apud 
Possiacum in claustro sanctimonialium, religioso admodum, 
perpetuum vovens celibatum, fuit sacro velamine consecrata, 
ipso rege et regina presentibus cum regni principum electis- 
simo comitatu , qui omnes hanc diem percelehrem deduxerunt. 


CAPITULUM IV. 


De bullis domini Benedicti condempnatis et dilaceratis publice. 


In regali consilio cum de regio sanguine procreati triduo deli- 
berassent super oblatis litteris, ex Universitate Parisiensi affue- 
runt nonnulli doctores excellentes et magistri, qui latores, con- 
sultores et conditores ipsarum dignum ducentes perquiri ut 
noxii lese majestatis regie, eas reputaverunt iniquas et repro- 
bandas, poscentes ut id racionibus publicis demonstrarent. In 
diem sequentem lune audiencia concessa, ad curiam minorem 
regalis Palacii cum cleri innumerabili fere multitudine, sicut 


' Jl y a ici une lacune d'une page dans le manuscrit. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 9 


« devoirs envers Dieu nous obligent de le faire. » — « Donné à Port- 
« Vendre, au diocèse de Génes, le 14 des kalendes de mai, la qua- 
« torzième année de notre pontificat. » 


Les bulles étaient conçues en ces termes...... ' 


CHAPITRE III. 


De la fille du roi. 


Vers le même temps, madame Marie, fille du roi, prononça ses vœux 
et prit le voile le jour de la fête de la sainte et indivisible Trinité, au 
couvent des religieuses de Poissy. Le roi, la reine et l'élite des sei- 


gneurs de la cour assistérent à cette cérémonie et passérent tout ce 
jour en fétes. 


CHAPITRE IV. 


Les bulles de monseigneur Benoit sont condamnées et lacérées publiquement. 


Les princes du sang délibérérent en conseil pendant trois jours sur 
les bulles qui avaient été présentées au roi. Plusieurs fameux docteurs 
et maîtres de l'Université de Paris, qui assistérent à ce conseil, de- 
mandérent que ceux qui avaient apporté, conseillé et rédigé ces bulles 
fussent poursuivis comme criminels de lése-majesté royale, qu'on dé- 
clarát que ces bulles étaient iniques et coupables, et qu'on leur permit 
de le prouver publiquement. Ils obtinrent audience pour le lundi sui- 
vant dans la petite chambre du Palais, et s'y rendirent, escortés d'une 
foule considérable de clercs. Là , en présence des rois de France et de 


' Voir ces bulles dans le spicilége de D'Achery, tome 1, p. 805 et 806. 
IV. a 


10 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


condictum fuerat, convenerunt, et in presencia regum Francie 
et Sicilie, Biturie, Burgundie et Borbonii ducum, comitum quo- 
que ac baronum in dextra, ac prelatorum in leva conseden- 
cium, cum rector in eminenti pulpito, in medio curie et ante 
| faciem regis constituto, magistrum Johannem Brevis Coxe evo- 
casset, sibi instantis negocii commisit propositum. 

Qui contra Petrum de Luna etherei cithariste verbum su- 
mens: « Convertetur dolor ejus in caput ejus, et in verticem ipsius 
iniquitas ejus descendet, » bullas ejus iniquas et dampnabiles 
vocans, invallidas quoque nec alicujus roboris, ymo condempna- 
cione ac laceracione dignas multis mediis probavit; et quia sic 
per ipsas delere et spoliare nomen et auctoritatem regis atque 
regni nitebatur, et perpetuare scisma, et hucusque impedierat 
sanctam prosequcionem unionis Ecclesie sancte Dei, non pastor 
sed dissipator ejusdem et inimicus tocius christianitatis poterat 
reputari. Addidit pluries Petrum de Luna dixisse quod, si omnes 
christianitatis reges cum adversario starent in via cessionis, nec 
inde mentem mutaret, neque ipsam acceptaret, et si inde subs- 
tractio sue obediencie sequeretur, tantum taleque scandalum 
regno Francie inferret quod in centum annis minime reparare- 
tur. Nec reticuit proponens ipsius Petri apices regibus Castelle 
et Boemie directos se vidisse, in quibus notabat primo nec ipsum 
neque Hyspanos regem Francie colere, nisi quantum eorum auxi- 
lio indigebat ; alteri vero scribebat dictum regem ad imperium, 
quod sibi jure spectabat, modis omnibus aspirare, ut sic regem 
eis redderet exosum, et in via cessionis, quam elegerant, penitus 
declinarent. Ipsi eciam Petro regem dixit obedienciam alias re- 
stituisse sub certis condicionibus per juramentum firmatis, quas 
tamen, promissa et juramenta parvipendens, postmodum renuit 
adimplere semper impediendo sancte matris Ecclesie unionem. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 14 


Sicile, des ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon , des comtes et 
des barons du royaume qui avaient pris place à droite, et des prélats 
qui siégeaient à gauche, le recteur, monté sur une estrade qu'on avait 
dressée au milieu de la salle, en face du roi, appela maitre Jean Courte- 
cuisse et le chargea de prendre la parole au nom de l'Université. 


L'orateur choisit pour texte de son discours contre Pierre de Luna 
ces paroles du divin psalmiste : « Convertetur dolor ejus in caput ejus 
et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet. » Il déclara ses bulles 
iniques et coupables, et prouva par beaucoup de raisons qu'elles étaient 
nulles et de nulle valeur, et qu'elles méritaient d'étre condamnées et 
lacérées ; que par ces bulles il portait atteinte à l'autorité et à la dignité 
du roi et à l'honneur du royaume, il perpétuait le schisme, et avait 
empéché jusqu'alors le rétablissement de la sainte union dans l'Église 
de Dieu ; que par conséquent il pouvait être considéré, non plus comme 
le pasteur, mais comme l'ennemi de ladite Église et le fléau de toute la 
chrétienté. Il ajouta que Pierre de Luna avait dit à plusieurs reprises - 
que, quand bien méme tous les rois de la chrétienté adopteraient la 
voie de cession de concert avec son compétiteur, il ne changerait pas 
d'avis et ne consentirait point à l'accepter, et que, si on renoncait pour 
cela à son obédience, il mettrait le royaume de France dans une telle 
confusion qu'on n'y pourrait remédier dans cent ans. Il déclara avoir 
vu des lettres adressées par ledit Pierre aux rois de Castille et de Bohéme: 
au premier, il disait que le roi de France n'attachait de prix à son 
amitié et à celle des Espagnols qu'autant qu'il avait besoin de leurs 
secours; au second , il écrivait que ledit roi attentait à ses droits légi- 
times, en cherchant à obtenir par tous les moyens la couronne impé- 
riale; ce qui ne tendait qu'a leur rendre le roi odieux et à les détourner 
de la voie de cession qu'ils avaient choisie. Il rappela enfin que le roi 
était revenu à l'obédience dudit Pierre sous de certaines conditions con- 
firmées par serment; mais que ledit Pierre, malgré ses promesses et 
ses serments, avait refusé depuis d'accomplir ces conditions, et qu'il 
avait toujours entravé l'union de notre sainte mére l'Église. 


! 


42 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« Sic, inquit, scismaticus et hereticus est censendus ab uni- 
« versis christicolis cum eidem adherentibus universis; et non 


3-02 clzl.al | tox 3. tont 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 13 


« Ainsi, dit maître Jean Courtecuisse, tous les chrétiens doivent le 
« considérer comme schismatique et hérétique, lui et tous ses adhé- 
« rents. Il mérite d'étre dépouillé non seulement de la papauté, mais 
« de toute dignité ecclésiastique, attendu qu'il est notoirement la cause 
« principale de ce déplorable schisme, auquel il s'est obstinément 
« refusé de mettre un terme méme aprés la mort de ses deux adversaires. 
« ll est vrai qu'il a fait vœu de pratiquer la voie de cession, qu'il a con- 
« firmé cette promesse par serments, et qu'il l'a publiée en tous lieux 
« par ses lettres; mais il ne faut pas s'attendre qu'il tienne sa parole. 
« Il traine le temps en longueur, et depuis trois mois entiers qu'il est 
« tout prés de son compétiteur, il entretient avec lui des négociations 
« illusoires, négligeant l'affaire principale pour discuter uniquement 
« sur le lieu de l'entrevue. Tous ces misérables subterfuges n'ont d'autre 
« but que de prolonger l'exécrable schisme. Dominé par de perfides 
« conseils ou par son inflexible obstination, il a résolu, comme s'il 
« siégeait seul dans la chaire de saint Pierre, de retenir forcément tout 
« le royaume sous son obédience par la crainte des bulles qu'il a en- 
« voyées. Mais ces bulles, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, nous 
« paraissent fausses, iniques , nulles et de nulle valeur, et doivent pa- 
« raitre telles aux yeux de tout bon catholique, soit parce que l'Uni- 
« versité en a appelé et qu'elle avait droit de le faire, füt-ce contre un 
« véritable vicaire de Jésus-Christ, s'il entravait l'union de l'Église, 
« soit parce que ce libelle porte préjudice aux habitants du royaume 
« et fait injure à la majesté royale. Aussi peut-on lui appliquer juste- 
« ment les paroles qui ont été citées plus haut : Convertetur dolor 
« ejus, et in verticem, etc.... » 


L'assemblée accueillit ce discours avec faveur, et le roi, du con- 
sentement unanime des princes qui se trouvaient là, déclara par 
l'organe du chancelier de France, qu'il approuvait et ratifiait tout ce 
qui avait été dit contre Pierre de Luna et contre ses bulles. Ledit chan- 
celier ajouta, au nom du roi, que lesdites bulles étaient iniques et con- 
damnables. Alors les secrétaires royaux les montrérent à l'assemblée, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 45 


les dépliérent, et les ayant coupées avec la pointe d'un couteau, les 
jetèrent au recteur, qui les lacéra audacieusement en mille morceaux. 


CHAPITRE V. 


Incarcération de quelques personnes à l'occasion desdites bulles. 


L'exécution de cet arrét fut suivie d'un acte de violence qui me fit 
frémir et trembler, moi et beaucoup d'autres personnes de l'assistance. 
Le doyen de Saint-Germain-l' Auxerrois, vieillard vénérable, qui sié- 
geait derrière les prélats, fut, d’après l'ordre du chancelier, appréhendé 
ignominieusement par les gens du roi, et conduit au Palais pour y être 
incarcéré, au grand déplaisir de messieurs de la chambre du Parle- 
ment , dont il était le collègue. 


Ainsi se termina la séance royale. Le lendemain et les quatre jours 
suivants, lé roi, sur les instances de l'Université, ou plutôt de certains 
docteurs et maîtres, dont il prenait l'avis dans l'affaire présente, fit 
rédiger plusieurs dépéches. Il adressa en toute háte à messire Jean Le 
Maingre, dit Boucicault, gouverneur de Gênes, l'ordre d'arréter, s'il 
était possible, Pierre de Luna, à la süreté duquel il avait promis de 
veiller dans l'intérét de l'union de l'Église , jusqu'à ce que celui-ci eût 
waité de la paix avec son adversaire, et lui enjoignit de le garder 
étroitement pour empécher qu'il ne se transportát ailleurs. Il rappela 
d'Espagne l’évêque de Saint-Flour, savant docteur en droit civil et 
. en droit canon, doué d'une rare éloquence, d'une mémoire et d'un 
talent d'argumentation remarquables, qui avait été député vers le sou- 
verain de ce pays pour l'engager à rester neutre entre les deux pré- 
tendants. Et comme lesdits conseillers affirmaient que cet ambas- 
sadeur avait agi contrairement à ses instructions, il écrivit au roi 
d'Espagne de n'avoir aucune confiance dans ledit évéque. En outre, 
il manda l'archevéque de Reims', l’évêque de Cambrai monseigneur 


' Guy de Roye. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 41 


Pierre d'Ailly, et beaucoup d'autres personnages de savoir et d'expé- 
rience, qu'on accusait d'étre les partisans de Pierre de Luna; mais ils 
ne comparurent pas, craignant peut-étre de se voir incarcérés. Le 
vénérable évéque de Gap et le vénérable abbé de Saint-Denys furent 
les seuls qui se présentérent, et ils furent arrétés avec quelques cha- 
noines de Paris et d'autres personnes notables. On ne suivit point à 
leur égard les régles ordinaires de la justice; on les incarcéra sans au- 
cune forme de procés, sans aucune enquéte préalable, et ils furent 
retenus long-temps en prison , d'abord au Palais, puis au cháteau du 
Louvre. Afin d'exciter contre eux l'animadversion publique, on les fit 
plus coupables qu'ils n'étaient; on répandit le bruit qu'ils étaient fau- 
teurs du schisme et qu'ils avaient commis le crime de lése- majesté, 
en ne donnant pas avis au roi des lettres que Pierre de Luna devait 
lui adresser. Mais ils furent déchargés de cette grave accusation par 
le témoignage de maitre Sanche Loup, qui avait remis la lettre au roi, 
et par celui du courrier qui avait apporté le message destiné au duc de 
Berri. Car tous deux, ayant été pris, déclarérent franchement qu'avant 
la présentation des lettres, ceux-ci en ignoraient entiérement le con- 
tenu. 


Quand lesdits conseillers virent que le roi et les ducs de France 
faisaient instruire le procès des personnes déjà arrêtées et de celles qui 
le seraient encore, bien qu'elles fissent partie des familiers de la cour, 
ils obtinrent, par l'intervention de l'Université, qu'on les adjoigntt en 
nombre égal avec des députés de cette compagnie aux juges qui avaient 
été désignés’; ils ne cherchaient par là qu'à exercer plus librement leur 
vengeance sur les accusés, puisqu'ils allaient être à la fois juges et. par- 
tes. C'étaient pour la plupart des théologiens et des maîtres és-arts, plus 
propres aux disputes qu'à l'examen des procès, qui se voyant soutenus 
par l'autorité royale incarcérérent une foule de gens, qu'il leur fallut 
ensuite relâcher comme innocents. Il s'ensuivit que, pendant le temps 
que dura cette commission , il y eut à plusieurs reprises des contesta- 
tions entre eux et les jurisconsultes leurs collègues. Ils différérent long- 

Iv. 3 


18 CHRGNICORUM.KAROLI SEXTI LIB; XXIX. 

Diu eciam. distulerunt in inicio captorum causa procedere, et 
tempus terentes in vanum, nec monitis cancellarii: Francie nec 
preceptis consentire voluerunt eorum liberacioni, semper: ad- 
dentes in suis opposicionibus quod crimen lese majestatis et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. -XXIX. 19 
temps aussi le jugement des prisonniers per toutes sortes de faux- 
fuyants, sans que les avis ou les ordres du chancelier de France pussent 
les faire consentir à leur élargissement. Ils objectaient sans cesse qu'ils 
avaient commis le crime de lése-majesté , et s'étaient montrés fauteurs 
du schisme en conseillant et remettant les lettres de Pierre de Luna ou 
en laissant ignorer leur existence; mais ledit maitre Sanche Loup et 
ledit courrier furent seuls trouvés coupables de ce crime. Les accusés 
olfrirent à plusieurs reprises de se soumettre au jugement du Parle- 
ment ét de l'évéque de Paris, en ce qui concernait les griefs qui pour- 
raient leur être imputés. Mais, bien -que cette demande parüt trés 
fondée au roi, aux ducs et aux prélats du royaume, leurs ennemis s'y 
refusérent , afin de les contraindre par les ennuis d'une longue capti- 
vité à se laisser condamner par eux sans étre entendus. Tant d'achar- 
nement ne pouvait évidemment provenir que d'une haine implacable. 


CHAPITRE VI. 


Publication de la neutralité, 


Le roi consentit en outre, d’après l'avis des mêmes conseillers, à 
laisser publier la neutralité à l'égard des deux prétendants. Un révé- 
rend docteur -en théologie, nommé Pierre-aux-Boeufs , de l'ordre des 
fréres Mineurs, fit cette publication le dimanche suivant, à la culture 
de Saint-Martin-des-Champs, en présence d'une nombreuse assemblée. 
Il s'en acquitta avec son talent et son éloquence ordinaires, et äfin de 
prouver à tout le monde que cela se faisait par la volonté du roi , des 
seigneurs de la cour et du clergé de France, et que le roi avait l'inten- 
tion de notifier la neutralité aux principaux souverains de la chré- 
tienté, il lut à haute et intelligible voix l'acte qui en avait été dressé, 
et: qui était scellé du sceau royal. En voici la teneur: 


« Charles, par la grâce de Dieu roi de France, à tous les fidèles 





20 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« bus salutem in Domino, et ad eam quam summopere deside- 


^ "amne annlacinctinnm nninnam nnanimitan naninana 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 21 


« salut en Notre Seigneur, et puissent-ils aspirer unanimement à cette 
« union de l’Église que nous appelons de tous nos vœux ! 


« La paix ecclésiastique, qui doit unir tous les membres de la chré- 
« tienté sous l'autorité d'un seul et légitime vicaire de Jésus-Christ, sui- 
« vant les préceptes de Notre Seigneur et de son apótre, ayant été 
« troublée aprés la mort du pape Grégoire XI, d'heureuse mémoire, 
« et l'exécrable schisme , comme un monstre horrible et redoutable, 
« ayant pris naissance dans le sein de ladite Église par des causes 
« qui ne sont que trop connues de tout le monde, noire pére d'illustre 
« mémoire, le roi trés chrétien Charles V, má par de puissants motifs, 
« résolut d'adhérer et de préter obéissance à celui que le collége des 
« cardinaux jura et déclara avoir élu spontanément, d'un concert una- 
« nime et suivant les régles canoniques, pour souverain pontife et. véri- 
« table vicaire de Jésus - Christ. Comme il jugeait de la foi des autres 
« par la sienne, il pensait, dans son zéle fervent pour la maison de 
« Dieu, que tous les princes, tous les prélats, tous les membres du 
« clergé et le peuple s'empresseraient d'obéir comme lui, dés que ledit 
« collége des cardinaux leur notifierait d'une maniére suffisante que 
« ladite élection avait été faite réguliérement. Mais il en est arrivé tout 
« autrement à notre grand regret. Lesdits cardinaux n'ont pu jusqu'a 
« ce jour persuader à la plus grande partie de la chrétienté ce qu'ils 
« voulaient et ce qu'ils avaient persuadé au roi notre pére. 


« C'est pourquoi, convaincu par le temps et par l'expérience que 
« cet acte d'obéissance ne servait pas à déraciner l'exécrable schisme, 
« qui a détruit et banni la paix si désirée et si nécessaire, nous avons 
« résolu d'employer tous nos efforts pour ramener par d'autres voies 
« ladite paix dans l'Église, qui est son véritable asile et en quelque 
« sorte sa patrie. Nous avons, à cette fin, tenu de fréquents conseils, 
« et envoyé à grands frais de nombreuses ambassades dans presque 


CHRONIQUE DE .CHARLES. VI. — LIV. XXIX. 23 
« toutes les parties de la chrétienté. Enfin, nous avons trouvé, par 
« une inspiration divine , que la voie de cession par les deux préten- 
« dants était la plus prompte et sans contredit la plus expéditive pour 
« le rétablissement de la paix si honteusement bannie de l'Église. En 
« conséquence, nous avons proposé cette voie avec toute la solennité 
« possible au successeur de-celui à qui notre père avait prêté obéissance, 
« ainsi que nous l'avons dit ci-dessus. Mais, comme il nous parais- 
« sait peu disposé à rétablir la. paix , en adoptant la voie de cession, et à 
« laisser de cóté les subterfuges, les discussions interminables et toutes 
« les difficultés des autres voies, nous lui avons soustrait pour un 
« temps l'obédience. Puis, quand il nous a semblé qu'il était revenu 
« à des résolutions plus sages, nous lui avons restitué l'obédience 
« sans craindre d’être accusé de versatilité, sous la réserve toutefois 
« que notre soumission ne ferait pas obstacle à l'union de l'Église, 
« comme nous l'avons suffisamment donné à entendre dans le dernier 
« conseil de notre royaume. Car nous n'avons jamais eu l'inten- 
« tion et nous ne croyons pas qu'il soit permis de préter obéis- 
« sance à aucun mortel au préjudice de la paix universelle, pour fo- 
« menter leschisme et nourrir la discorde. Vous en étes témoin, ó 
« Jésus-Christ! vous qui étes l'auteur de notre salut et le prince de la 
« paix, vous savez combien de temps nous avons cherché la paix sans 
« qu'elle soit venue, et combien nous avons attendu le moment de la 
« guérison , c'est-à-dire le moment de l'entrevue que les deux préten- 
« dants avaient juré d'avoir pour procéder à la cession; et cependant 
« voici le trouble ! 


« Réfléchissez-y bien, princes chrétiens qui compâtissez aux cruels 
« déchirements de l'Église votre mère. Et vous, sacrés pontifes, son- 
« gez-y pour vous-mémes et pour le peuple chrétien, au milieu duquel 
. « le-Seint-Esprit vous a établis évêques pour gouverner l'Église que 
« Dieu a achetée au prix de son sang. Songez-y, je le répète ; ne soyez 


24 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« Dei quam acquisivit sanguine suo; attendite, queso; nolite 
« dissimulanter agere, ubi depopulatur gregem Christi miseris 





CHRONIQUE DE CHARLES, VI. — LIV, XXIX. 25 


« pas indifférents, lorsque ce cruel fléau, cette horrible tourmente 
« décime sans pitié le troupeau de Jésus-Christ. Que le peuple tout 
« entier se léve comme un seul homme pour extirper de son sein cet 
« exécrable schisme, qui le rend l'opprobre des infidéles et qui expose 
« les âmes chrétiennes au danger de la damnation éternelle! Que l'un 
« ou l'autre des prétendants, que tous les deux, s'il le faut, soient 
« renversés du siége de saint Pierre, qu'ils ont envahi, plutôt que de 
« voir l'unité détruite par leurs débats ! Lorsque le peuple n'obéira ni 
« à l'un ni à l'autre, ils n'auront plus à se disputer ou se disputeront 
« en vain la souveraine puissance, et au lieu de ces paroles de la mau- 
« vaise mère : JVi à vous ni à moi; qu'on le partage, on n'entendra 
« plus que celles de la bonne mère : Donnez-lui l'enfant tout entier. » 


Cm 


« Pour nous, qui n'avons rien plus à cœur après le salut de notre 
« âme que de voir la paix rétablie de notre vivant, nous pensons, 
« d’après les considérations exposées ci-dessus et autres semblables, 
« que le remède le plus efficace en ce moment pour guérir un mal si 
« désespéré, c’est que le peuple chrétien ne prête désormais obéissance 
« à aucun des deux prétendants ni à ceux qui pourraient leur succéder. 
« Ce redoutable incendie, allumé par l'enfer, n'ayant plus d'aliment , 
« s'éteindra de lui-même avec l'aide de Dieu. C'est pourquoi, aprés 
« avoir tenu conseil à plusieurs reprises et mürement délibéré sur ce 
« sujet avec des hommes sages, habiles et pieux, qui n'ont eu en vue 
« que Dieu et leur salut, nous avons résolu, dans l'intérét de notre 
« royaume et de notre Dauphiné de Viennois, pour nous et pour nos 
« sujets desdits royaume et Dauphiné, d'embrasser la neutralité à la 
« prochaine féte de l'Ascension, à moins que la paix ne soit rétablie 
« dans l'intervalle; nous n'en déploierons pas moins une sollicitude 
« constante, de concert avec les autres princes et tous les catholiques, 
« jusqu'à ce que le schisme soit déraciné et la paix affermie. 


IV. | 4 


26 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« Quod si mirabuntur forsan aliqui ex aliter affectatis, unde 
« nobis ista licent, attendent pocius quod hanc nobis legem 
« facit ipse qui legem nescit, dura necessitas, ymo et filialis pie- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 21 


« Que si par hasard quelques gens, attachés au parti contraire, 
« S'étonnent de notre conduite , nous leur dirons de songer que ce qui 
« nous fait une loi d'agir ainsi, c'est l'inflexible nécessité, qui ne con- 
« nait pas de loi ; c'est aussi la piété filiale, qui nous ferait entreprendre 
« de passer à travers les flammes et le fer pour sauver notre mére d'une 
« si cruelle oppression. Nous avons à lutter contre une maladie invé- 
« térée et pernicieuse, qui, combattue par des remèdes impuissants, 
« empire chaque jour et s'étend comme un cancer rongeur. Qui 
« pourrait nous blàmer d'employer un fer chaud pour cautériser la 
« plaie? Àu reste, comme les princes et les seigneurs des deux obé- 
« diences ne pourraient s'assembler assez promptement pour traiter 
« en commun de cette neutralité, personne ne supposera que ce 
« Soit par un sentiment de mépris que nous n'avons pas attendu cette 
« assemblée; personne ne croira que cette déclaration de neutralité 
« ruine ou méme affaiblisse les droits du parti que notre auguste père 
« et nous-méme avons soutenu jusqu'à présent par les raisons les plus 
« plausibles. Car il ne s'agit pas aujourd'hui du droit de celui-ci ou de 
« celui-là; il faut qu'ils renoncent l'un et l'autre en faveur de l'union, 
« à leurs droits, vrais ou faux. | 

« Nous vous en prions donc tous, et chacun de vous en particulier, 
« au nom de Jésus-Christ, nous vous en conjurons par la compassion que 
« vous inspirent les affreux déchirements de l'Église son épouse imma- 
« culée , adoptez avec nous ce reméde puissant et efficace, qui, nous 
« l'espérons, détruira avec l'assistance divine le fléau du schisme. Le 
« refus d'obédience fait aux deux prétendants nous assurera enfin une 
« obédience perpétuelle et unanime , sous l'autorité d'un seul et légi- 
« time vicaire de Jésus-Christ, et nous pourrons servir Dieu au milieu 
« des charmes de la paix et des douceurs du repos. 

« En foi et témoignage de quoi nous avons fait apposer notre sceau 
« aux présentes lettres. — Donné à Paris, le 42 janvier de l'an du Sei- 
« gneur mil quatre cent sept, de notre règne le vingt-huitième. » 


Le roi fit donc ce qu'il avait différé jusqu'alors; il envoya aux prin- 
cipaux souverains de la chrétienté des ambassadeurs pour leur proposer 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 29 


de sa part d'adopter la neutralité, comme étant la voie qui devait con- 
duire le plus promptement à l'union. Au bout de trois mois, les am- 
bassadeurs revinrent annoncer que les Allemands, les Hongrois et les 
Bohémiens avaient accepté la neutralité comme les Francais, jusqu'à 
ce qu'on eût régulièrement et cahoniquement élu un seul et légitime 
souverain pontife. 


' CHAPITRE VII. 


Ce que firent à cette nouvelle les deux compétiteurs. 


Les deux prétendants à la papauté apprirent avec le plus vif déplaisir 
ce qui avait été décidé et conclu à Paris. Considérant que leurs cou- 
pables subterfuges et leur obstination à perpétuer l'exécrable schisme 
frappaient les yeux de presque tous les chrétiens, ils se séparérent et 
partirent chacun de leur cóté. Ange Corrario, qui se faisait appeler 
Grégoire, se rendit à Sienne, les habitants de Rome ayant refusé de lui 
ouvrir leurs portes, parce qu'ils ne lui pardonnaient pas d'avoir aban- 
donné au prétendu roi de Sicile Ladislas, pour une pension annuelle, 
le patrmoinie de l'Église qui lui était soumis, et la ville de Rome méme, 
que ce prince avait si souvent inquiétée par ses attaques et dont il était 
en ce moment paisible possesseur. Pierre de Luna s'enfuit vers la fm du 
mois de mai avec ses galéres, et, pour éviter de tomber eritre les 
mains du gouverneur de Génes Boucicault, qui avait ordre de l'ar- 
réter, il croisa pendant les deux mois suivants dans les parages de Génes. 
Puis il alla prendre terre à Perpignan, où il résolut de fixer sa rési- 
dence, afin d'attendre plus en sûreté les événements sur les frontières 
des deux royaumes de France et d'Aragon. 


On apprit aussi au mois de juin, par des lettres de monseigneur le 
patriarche et des autres envoyés de France, que les cardinaux des deux 
colléges, maudissant l'obstination et la mauvaise foi de leurs chefs, 
étaient partis pour la plupart sans congé, qu'ils s'étaient réunis de nou- ' 
veau d'abord à Lucques, puis à Livourne, et avaient décidé d'un com- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 31 


mun accord qu'ils consulteraient les rois et tous les prélats sur ce qu'ils 
avaient à faire. 


CHAPITRE VIII. 


Délibérations des prélats pour aviser au gouvernement de l’Église de France 
pendant la neutralité. 


Les prélats du royaume, convoqués par lettres royales, se réunirent 
tous à Paris le 44 août, à l'exception d'un petit nombre, qui avaient 
des excuses légitimes, afin de pourvoir au gouvernement de l'Église 
de France pendant la neutralité. L'assemblée se tint dans la sainte 
chapelle du Palais. Les prélats entrérent en séance dans la salle pré- 
parée à cet effet, après avoir entendu une messe solennelle célébrée 
par l'archevéque de Toulouse, et avoir imploré dévotement la gráce 
du Saint-Esprit. Ils décidérent d'abord que l'archevéque de Sens les 
présiderait jusqu'à ce que le patriarche d'Alexandrie füt de retour de 
son ambassade. Leurs délibérations durérent jusqu'au 5 novembre, et 
l'on y prit de nombreuses résolutions. Je crois devoir les rapporter ici 
en la forme et maniére qu'elles sont contenues dans l'instrument au- 
thentique, qu'ils en firent dresser pour perpétuer le souvenir de cette 
assemblée. Toutefois certaines personnes de savoir et d'expérience ne 
faisaient aucun cas dudit instrument, parce qu'il ne procédait pas de 
l'autorité apostolique. 


CHAPITRE IX. 


Règlements touchant le mode de gouvernement de l'Église de France. 


L'instrument portait : « Ce qui a été délibéré et conclu à Paris, du- 
rant la neutralité, par le concile de l'Église de France, le 5 novembre 
de l'an mil quatre cent huit. 


« Des sentences portées par le droit. — Premiérement, quant aux 


CHRONIQUE DE CHARLES ,VI. 4— LIV. XXIX. 83 


péchés et aux sentences portées par le droit, dont l’absolution est ré- 
servée au saint-siége apostolique, le pénitencier dudit siége apostolique 
peut absoudre dans le for intérieur les personnes exentptes ou non 
exeraptes. TT 


4 
e" 


« Jtem, si quelque obstacle perpétuel ou temporaire empéchait l'ab- 
solption, présentement ou à l'avenir, dans les css susdits, ou qu’il 
survint quelque motif pour lequel on ne pût pas avoir accès auprès dp- 
dit pénitencier, le coupable, s'il n'est pas exempt , pourra étre absous 
par son évéque, à condition de se présenter, dés qu'il le pourra com- 
modément, devant celui à qui le droit d'absolution est réservé; s'i est 
exempt soit par privilége soit autrement, et qu'il ait un supérieur 
exercant sur lui le pouvoir épiscopal , il devra étre absous par ce supé- 
rieur ; s’il n'en a pas, ce sera par l'évéque ordinaire, ou s'il l'aime 
mieux, par l'évéque le plus voisin; et eela toutefois par l'autorité du- 
dit concile, en la forme susdite. 


. & 

« Jtem , si une sentence d'excommunication a été porkée par le pape, 
par un auditeur, un délégué ou un subdélégué du saint-siége aposto- 
lique, et que pour s'en faire absoudre il soit nécessaire de reconrir à 
l'excommunicateur, l'excommunié, exempt ou non, pourra, durant 
tout ce temps, être absous dans le for intérieur par l'ordinaire du 
lieu ayant le pouvoir épiscopal, comme il est dit dans l'article précé- 
dent, attendu qu'il y a empéchement à ce que l'absolution puisse étre 
donnée par l'excommunicateur en personne , suivant le cas prévu pour 
la sentence d'excommunication, livre sixiéme.... Dans le for extérieur, 
l'absolution sera donnée, pour les personnes non exemptes, par l'or- 
dinaire, et pour les personnes exemptes, par les juges dont il sera 
parlé plus bas, la partie étant appelée là où elle doit étre appelée de 
droit, et les autres formes de la justice étant observées. 


« Des dispenses. — Premièrement, en ce qui concerne l'irrégula- 
IV. | 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 35 


rité pour violation de la censure ecclésiastique, pourvu qu'on ne l'ait 
pas fait par mépris, si le cas est de ceux dans lesquels le pénitencier 
du saint-siége apostolique ait le droit de dispense, on aura recours à 
lui. Si cela ne peut avoir lieu ou qu'il survienne quelque motif pour 
lequel on ne devra pas s'adresser audit pénitencier, les dispenses seront 
accordées aux personnes non exemptes par les évéques, et aux per- 
sonnes exemptes par les supérieurs ayant le pouvoir épiscopal pour 
absoudre, pourvu toutefois que la censure et l'interdit général n'atent 
pas été violés sciemment ; auquel cas, celui qui doit obtenir la dispense 
: pourra encore attendre. 

« Jtem, quant à l'irrégularité pour un crime qui méme après la pé- 
nilence empéche l'exercice du ministère sacré, comme serait l’ho- 
micide , c'est l'intention du présent concile que ledit chapitre général 
juge définitivement l'affaire, suivant sa coutume, au lieu du saint- 
siége apostolique, pourvu toutefois que l'on procède dans lesdites 
causes jusqu'à trois sentences définitives, comme il a été dit précé- 
demment *. 


« Jtem, quant aux autres personnes exemptes, on observera lesdegrés 
des juridictions ordinaires, sil y a lieu, et l'on recourra au besoin, 
pour le jugement définitif et la conclusion de l'affaire, à un concile 
provincial au lieu et place du pape. Si elles n'ont pas de juges, le dio- 
césain le plus voisin du lieu exempt est constitué et établi leur juge 
par autorité du présent concile. On appellera de sa sentence au concile 
provincial, qui pourra déléguer des commissaires, ainsi qu'il est dit 
plus haut. Toutefois on aura soin d'observer l'ordre qui a été fixé plus 
haut pour les personnes non exemptes, de sorte qu'il y ait au moins 
trois sentences conformes et deux appels. 


«Jtem, s'il faut appeler au vice-gérant de quelque conservateur 
ayant une conservatoire perpétuelle par l'autorité apostolique, on 


pourra appeler audit conservateur, qui aura, s'il le veut, la faculté de 


' Ce passage donne lieu de croire qu'il y a plusieurs omissions dans le manuscrit. 





36 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

a quo eciam, si sit opus, poterit ad dictum conservatorem ite- 
rum appellari et iterum per eum alteri committi. Et si con- 
servator per se de causa cognoscat et ab eo fuerit appellandum, 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 37 
commettre quelqu'un au jugement de l'appel; et l'on pourra, si besoin 
est, appeler de nouveau de ce juge audit conservateur, par qui l'affaire 
pourra étre soumise de nouveau à un autre juge. Si le conservateur 
connait par lui-méme de la cause et que l'on doive appeler de sa 
sentence, on pourra en appeler au concile provincial, au lieu du saint- 
siége apostolique ; lequel concile pourra aussi déléguer des commis- 
saires et procéder de telle sorte qu'il y ait trois sentences conformes et 
deux appels, ainsi qu'il a été dit plus haut. Néanmoins cela me doit 
s'entendre que des conservatoires perpétuelles accordées avant la 
date de ces lettres coupables. 


« Jtem , quand il faudra procéder dans les conciles provinciaux, on 
devra y procéder sommairement et promptement, autant que faire se 
pourra. ' | 


« Jtem, si une affaire commencée dans un concile provincial n'y peut 
étre entiérement expédiée, le président déléguera, de l'avis du plus 
grand nombre, un ou plusieurs commissaires pour en connaître, les- 
quels procéderont , en observant l'ordre de la justice, selon les formes 
du droit ou toute autre forme qui leur serait prescrite par le coucile. 


« Jtem , si le commissaire ou les commissaires sont obligés de quitter 
leur résidence pour l'affaire qui leur sera commise, leurs dépenses leur 
seront payées par les parties, selon ce qui aura été réglé par le concile 
provincial. S'ils ne se déplacent pas, ils se contenteront, comme de 
droit, de l'émolument de leur sceau, suivant la taxe du sceau ordinaire. 


« Jtem, l'appel étant interjeté au concile provincial, l'appelant sera 
tenu de relever son appel et de le faire exécuter dans les deux mois 
qui suivront; sinon , l'appel sera considéré comme abandonné. Toute- 
fois l'intimé aura un mois, à partir du jour de la remise de ses lettres 
de dimissoire, pour comparaitre au concile provincial; lequel relief 
d'appel sera expédié par le doyen des évéques ou par celui qui aura 
une prééminence entre les autres. S'il n'y a point de doyen dans la 
province, ou que l'on nesache pas à qui appartient cette prééminence 


38 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
vel si non sit talis in provincia, vel dubitetur quis sit ille ab 
antiquiore creacione . , .. *, auctoritate hujus consilii tres 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 39 


par droit d'ancienneté ....., on déléguera trois personnes dans chaque 
province au nom dudit concile, avec charge de recevoir tous les appels 
qui devront étre interjetés au concile de ladite province, de donner 
les citations pour procéder dans les causes d'appel, et d'accorder des 
lettres d'inhibition. Et afin qu'il n'y ait pas péril en la demeure pour 
ceux qui doivent étre absous de l'excommunication, ce qui aurait lieu 
s'il fallait que l'excommunié attendit long-temps le concile provincial, 
les trois ooinmiseaires auront, au lieu et place du concile, pouvoir 
d'absoudre des péchés par provision ou autrement celui qui est appe- 
lant de la sentence, en recevant caution en bonne forme pour l'obliger 
d'ester à droit ou de satisfaire à partie, s'il est besoin, les régles de la 
justice étant observées en toutes choses. C'est ainsi qu'on procédera 
en cette affaire. 


« Jtem, pour les procès pendants en cour de Rome devant les 
auditeurs on autres, et devant des commissaires ou des juges délégués, 
si l'une des parties le requiert, on procédera devant le juge ordinaire, 
et l'affaire sera portée en l'état où elle était pendante, à moins qu'il 
n'ait été interjeté appel; auquel cas on aura recours au plus proche 
supérieur. S'il doit y avoir encore appel, on ira de celui-ci au plus 
proche supérieur, comme il a été dit plus haut aux articles qui traitent 
des appels. | 


« Jtem , si l'une des parties n'a point ses titres ni ses pièces, et qu'elle 
veuille les reprendre aux notaires ou autres qui en sont détenteurs, 
le juge obligera lesdits détenteurs à les délivrer, et en cas de refus il 
appellera à son aide le bras séculier. Mais s’il est dûment constaté 
qu'on ait fait toutes les démarches nécessaires sans pouvoir recouvrer 
les pièces, il sera sursis à la poursuite du procès devant l'ordinaire 
Jusqu'à ce qu'on ait pu les retirer. 


40 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« Item, quia forsan multe sentencie diffinitive et interloqu- 
torie fnernnt late in enria Romana. anteanam nentralitas in 


"CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 44 


« Jtem , comme beaucoup de sentences définitives et interlocutoires 
ont été rendues peut-être en cour de Rome avant que la neutralité y 
füt connue, celles desdites sentences qui sont relatives à des affaires 
commencées avant la date de ces lettres coupables, et qui ont été 
rendues dans le mois à partir du jour de la publication de la neutralité, 
séront valables, par l'autorité dudit concile et non autrement, et seront 
mises à exécution par les ordinaires ou autres, pourvu qu'il ne soit pré- 
judicié en'rien à la soustraction faite antérieurement et aux conditions 
apposées à la restitution ou à la présente neutralité. 


« Jtem , dans les abbayes ou les monastères exempts , les prélats élus 
pourront et seront tenus de recevoir pendant la neutralité leur con- 
firmation et leur bénédiction des évéques diocésains, sans préjudice de 
leurs exemptions pour l'avenir; laquelle clause sera insérée expressé- 
ment dans les lettres qui seront dressées à ce sujet, à moins que par 
un privilége à eux accordé ils ne puissent recevoir la confirmation et 
la bénédiction des mains d'un autre. 


« Jtem , dans toutes les causes , il sera procédé selon les dispositions 
du droit commun, et non selon les règles de la chancellerie, à moins 
qu'elles ne soient conformes au droit commun. 

« Jtem , dans toutes les causes susdites, on aura soin d'observer ce 
qui se pratique en la justice séculiére, à laquelle on renverra, non pas 
la connaissance de la cause, mais l'exécution du jugement, lorsqu'il y 
aura lieu d'invoquer le bras séculier. 


« Jtem , toutes les concessions faites sur quelque matière que ce soit 
par Pierre de Luna, avant la date de ces abominables lettres, pourvu 
toutefois qu'elles ne portent par elles-mémes aucun préjudice soit à 
la soustraction faite précédemment, soit aux conditions apposées à la 
restitution ou à la neutralité présentement courante, seront bonnes 
et valables; ceux qui les ont obtenues pourront en user et en jouir, et 
ce toutefois en vertu de l'autorité dudit concile et non autrement, 
quand bien méme il n'y aurait pas de lettres dressées à ce sujet; auquel 

Iv. 


— 


42 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


littere non fuerint confecte, dum tamen probari possit per testes 
aut alia documenta. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 48 
cas néanmoins, il faudra établir son droit par témoins ou par d'autres 
preuves. | 

« Jtem , toutes et chacune des choses susdites, ordonnées et réglées 
par l'autorité dudit concile, devront étre invariablement observées. 
— Fait au concile des prélats de l'Église de France assemblés à Paris, 
le 5 novembre de l'an mil quatre cent huit. » 


CHAPITRE X. 


Du mode de provision et de la distribution des bénéfices. 


« Premièrement, les élections, postulations et provisions seront 
faites conformément au droit, saps que les séculiers ni les grands y 
interviennent par violence, abus de pouvoir ou oppressions quel- 
conques. Si elles ont été faites en faveur d'une personne qui a recours 
à de tels moyens ou qui les approuve, elles seront nulles et ne devront 
pas étre confirmées, et s'il est formé opposition à ce sujet contre l'élu 
ou le postulé, le supérieur en connaîtra. 

« Jtem , quand il s'agit de l'élection d'un archevéque qui n'a point 
de supérieur, ou quand on ne sait s'il a un supérieur ou quel est ce 
supérieur, ou bien quand il s'agit de l'élection d'un primat, le concile 
provincial en connaîtra, et, s'il est besoin, la confirmera. Pour 
cela, le doyen des évéques ou celui qui aura la prééminence entre eux, 
ou s'il n'y a pas de doyen ou que l'on ne sache pas à qui appartient 
la prééminence, le plus ancien prélat présent dans la province sera 
tenu de convoquer les suffragants et autres, à moins que le concile 
ordonné ne doive se tenir dans les quatre mois suivants. Mais en tout 
cas la prescription ne courra pas contre l'élu ou le postulé. 


« Jtem , quand il s'agit de la confirmation d'un archevéque qui n'a 
point de primat, ou quand on ne sait s'il a un supérieur ou quel est 
ce supérieur, le plus ancien prélat dressera le procès et l'information 
et en référera audit concile provincial , qui sera présidé par le doyen, 


44 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


quo decanus vel habens preeminenciam vel antiquior creacione 
presens in provincia presidebit, et dictum consilium confirma- 
bit vel infirmabit, prout de jure. 

« Item, collaciones et instituciones aliorum quorumcunque 
beneficiorum fiant per ordinarios ad quos de jure vel consue- 
tudine pertinere noscuntur, personis tamen ydoneis. 

« Item, sicut seculares nominabuntur in rotulo Universitatis, 
sic eciam regulares vel religiosi nominentur, ut eis de beneficiis 
regularibus debeat provideri, circa articulum proximum. Quan- 
tum ad religiosos, recurratur ad abbates vel superiores, et pro- 
videant auctoritate consilii, aut consilium providebit, si non 
provideant. 

« Item, dignitates, personatus et amministraciones aliaque 
beneficia quecunque uberrima, tam in cathedralibus quam col- 
legiatis ecclesiis, dimitantur electoribus qui ad eas seu ea viros 
ydoneos eligere teneantur. 

« Item, quod prelati.possint dare alicui capellano suo vel cui 
voluerint , eciam si non sit graduatus. 

« Item, quod beneficia modici valoris, etc., non faciant eis, 
cum ét nominati similiter possint recusare. 

. « Item, ad evitandum fraudes et ambiciones aliquorum , qui 
possent diversis rotulis diversorum studiorum aut dominorum, 
vel unius principis seu unius studii imponi, et per hoc occupare 
multa loca personarum ydonearum, racionabile est quemlibet 
unico rotulo dumtaxat inscribi. Quod si aliquis de facto diver- 
sis rotulis imponeretur, talis infra mensem a teinpore nomina- 
cionis habeat se ad unum illorum rotulorum determinare, non 
habiturus regressum ad alterum ; quod si non, et scienter, sic 
ipso facto privetur ambabus nominacionibus. Si vero alicui 
nominato provideatur per ordinarium, seu jure ordinario vel 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 45 


par celui qui a la prééminence, ou par le plus ancien prélat présent 
dans la province, et ledit concile confirmera ou infirmera comme de 
droit. | 


« Jtem, les collations et institutions des autres bénéfices quelcon- 
ques seront faites par les ordinaires à qui elles appartiennent notoire- 
ment par le droit ou par l'usage, mais toujours en faveur de personnes 
aptes et idoines. 

« Jtem , de méme que les séculiers seront nommés dans le rôle de 
l'Université , de méme les réguliers ou religieux donneront leurs noms 
pour étre pourvus de bénéfices réguliers, conformément à l'article 
précédent. Quant à ce qui concerne les religieux en particulier, on 
aura recours à leurs abbés ou supérieurs , qui les pourvoiront au nom 
du concile, et s'ils ne le font, le concile y pourvoira. 


« Jtem, les dignités, personnats , administrations et autres bénéfices 
quelconques de grand revenu, dans les églises cathédrales ou collé- 
giales , seront laissés à la disposition d'électeurs, qui seront tenus d'y 
nommer des personnes aptes et idoines. 


« Jtem , les prélats pourront les donner à un de leurs chapelains ou 
à tout autre qu'il leur plaira, lors méme qu'il ne serait pas gradué. 


« Item, les bénéfices de peu de valeur, etc., ne seront comptés pour 
rien , attendu que les gradués nommés peuvent les refuser. 


« Jtem , pour obvier aux fraudes et aux intrigues de certaines per- 
sonnes, qui pourraient se faire inscrire sur divers róles de diverses 
universités ou de divers seigneurs , ou d'un prince ou d'une faculté, 
et par ce moyen occuper la place de plusieurs. personnes aptes et 
idoines, on a jugé à propos que chacun ne soit inscrit que sur un seul 
rôle. Que si quelqu'un est inscrit de fait sur divers rôles, il aura à se 
déterminer pour l'un de ces rôles dans le mois de sa nomination, et il 
ne pourra pas, son choix fait, revenir à un autre. S'il a été inscrit 
non de fait, mais sciemment, il sera par cela méme privé des deux 
nominations. Si une personne nommée est pourvue par l'ordinaire, 
soit d'aprés le droit ordinaire soit autrement, de quelque bénéfice 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 47 


incompatible, elle est censée, en obtenant ce bénéfice incompatible 
autrement que par permutation , avoir renoncé à sa nomination, quant 
à l'obtention d'aucun bénéfice en vertu de ladite nomination. 


« Jtem , lesdites nominations seront faites sous la condition que la 
collation, la. présentation et toutes les choses faites contre lesdits régle- 
ments ou quelqu'un desdits réglements ne seront pas valables, et tout 
ce qui aura été entrepris à l'encontre sera nul et de nulle valeur. 


« Jtem, pour les nominations à faire, mention sera faite par ceux 
qui devront être nommés des bénéfices qu'ils auront obtenus, de leur 
nombre et de leur valeur en revenus; autrement la nomination serait 
censée subreptice. 

« Jtem, si les personnes nommées n'acceptent point les bénéfices qui 
écherront sous leur nomination, ou si elles ne déclarent, dans le mois 
de la notoriété de la vacance et dans le lieu même, qu'elles veulent les 
avoir, les patrons ou collateurs pourront dés lors librement les pré- 
senter et conférer à d'autres. 

« Jtent , il ne sera fait de provision qu'en faveur de ceux qui ont 
acceptéla neutralité; pour ceux dont on doutera, on attendra qu'ils 
se soient déclarés neutres. 

« Jtem , on ne nommera pas le possesseur de bénéfices valant quatre 
cents livres tournois de revenu. Si le contraire a lieu, la nomination, 
la collation et toutes choses faites contre cette ordonnance seront 
nulles par le fait, à moins que ce ne soit quelqu'un noble de pére et de 
inére, ou licencié en. théologie, en droit canon, en droit civil, en 
médecine, ou bachelier en théologie, ou maitre des requétes de 
l'hótel du roi, clerc ou aumónier, médecin ou premier chapelain du 
roi, de la reine, de monseigneur le dauphin , ou de messeigneurs les 
ducs. ll a été réglé aussi qu'on ne nommerait pas ceux qui ont trois 
. prébendes dans les églises cathédrales, à moins qu'ils ne fussent con- 
traints d'abandonner une de leurs trois prébendes dans l'espace d'un 
mois, parce qu'ils auraient obtenu quelque bénéfice en vertu de leur 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 49 


nomination, sauf le cas où il s'agirait de quelqu'un noble de père et 
de mère, ou licencié en théologie, en droit canon, en droit civil, etc., 
ainsi qu’il est dit plus haut. 

« Jtem, si, après la nomination de quelqu'un, on apprenait qu'il 
eüt prété ou qu'il prétát obéissance à l'un des deux prétendants, sa 
nomination sera annulée de plein droit, et il sera privé des bénéfices 
qu'il aura obtenus en vertu de ladite nomination. Il sera procédé au 
nom dudit concile avec toute la rigueur possible contre ceux qui pré- 
teront ainsi obéissance. 


« Jtem, les permutations de bénéfices dûment faites et acceptées 
par Pierre de Luna avant la publication de ses lettres, et n'ayant point 
sort leur effet quant à la possession, pourront et devront étre exé- 
cutées au nom dudit concile par les ordinaires , pourvu que les parties 
ne tiennent pas pour ledit Pierre de Luna et qu'elles soient consen- | 
tantes. ) 


« Jtem , si, avant la publication des lettres injurieuses de Pierre de 
Luna , certaines personnes ont obtenu des grâces expectatives dans les 
róles des universités ou dans quelque autre róle que ce soit, si les 
bulles et les procédures ont été faites avant ledit temps, si ces per- 
sonnes ont accepté des bénéfices et se sont fait donner des provisions 
en vertu desdites lettres, depuis la publication d'icelles , mais avant la 
neutralité, et qu'elles aient des compétiteurs, on aura recours aux 
ordinaires, qui devront connaître desdites affaires au nom de ce con- 
cile, et qui feront justice. 


« Jtem, s'il arrive que certaines personnes permutent leurs béné- 
fices devant les ordinaires, ces sortes de collations ne devront pas être 
comptées dans le tour du collateur ou du patron, attendu que ceux 
qui sont nommés ne sont pas libres d'accepter de tels bénéfices vacants 
par permutation , et que les collateurs eux-mêmes ne sont pas libres 
de les conférer à d'autres qu'aux permutants. 

« Jtem , si un bénéficier ne veut pas accepter un bénéfice vacant , un 
autre, nommé aprés lui à la méme collation, pourra l'accepter, pourvu 

IV. 7 


50 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
acceptare valeat, dum tamen infra mensem suam super hoc de- 
claret voluntatem, ut in uno articulo superius fuit dictum. 

« Item, ad tollendum fraudes, quas collatores facere pos- 


CHRONIQUE DE GHARLES VI. — LIV. XXIX. $1 
toutefois qu'il déclare sa volonté dans l'espace d'un mois , ainsi qu'il a 
été dit dans un article précédent. | 

« Item, pour prévenir les fraudes que les collateurs pourraient 
commettre , en faisant en sorte qu'une personne nommée accepte un 
bénéfice vacant de peu de valeur, afin peut-étre qu'ils puissent dispo- 
ser à leur tour d'un gros et riche bénéfice, il a été réglé que, si le 
bénéfice ne dépasse pas la valeur de cent sous, il ne sera pas compté 
dans le tour, et n'empéchera pas la personne nommée d'accepter le 
premier bénéfice vacant, ou l'on avisera à cela, si besoin est. 


« Jtem , la personne nommée ou toute autre ne pourra ni ne devra 
importuner le prélat ou les collateurs, pour qu'ils lui conférent le 
bénéfice au tour du prélat. Si par elle-méme ou par d'autres elle solli- 
cite ledit bénéfice auprés du roi ou des seigneurs , et qu'elle ne se dé- 
siste pas de ses poursuites aussitót qu'elle connaitra la présente réso- 
lution, elle sera déchue du droit de sa nomination, et ledit droit sera 
transféré par le fait méme à celui qui aura été nommé après elle. 


« Jtem, quant à ce qui concerne les chapitres, toutes les fois que 
les hebdomadiers auront à faire des collations ou des présentations à 
leur tour en faveur des personnes nommées, le chapitre fera la colla- 
tion ou la présentation en faveur du nommé dans les heux assignés, 
en réservant le premier bénéfice vacant à celui qui était en son tour. » 

Il fut réglé aussi, pendant la durée de ce concile de l'Église de 
France, que les bénéfices des adhérents de Pierre de Luna ou de ses 
serviteurs seraient mis sous la main du roi, que les revenus de ces 
bénéfices non encore payés seraient percus au nom dudit roi et employés 
à la poursuite de l'union, et qu'on pourvoirait auxdits bénéfices en fa- 
veur d'autres personnes , selon l'ordonnance dudit concile. 


Déjà précédemment, vers la fin de septembre, ceux qui présidaient 
au concile avaient décidé que l'on confirmerait l'élection de monsei- 
gneur Louis d'Harcourt , issu de la famille royale, nommé archevéque 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 53 


de Rouen par le chapitre de cette ville, et que la nomination de l’arche- 
véque d'Auch', promu à cette dignité par Benoit, serait annulée, parce 
que ledit prélat adhérait à son parti et qu'il avait méme accepté de lui 
tout récemment le cardinalat , depuis la publication de la neutralité. 


Dans le méme temps, on statua que la permutation qui avait eu lieu 
entre les évêques de Tarbes et de Tréguier serait confirmée, et l'on 
décida que les évéques présents signeraient lesdits actes et tous ceux 
qui pourraient être faits par la suite, afin de leur donner force et au- 
torité, jusqu'à ce que l'union fût rétablie dans la sainte Église de Dieu. 


Ces ordonnances et toutes les autres faites par ledit concile scanda- 
lisèrent certains personnages considérables, qui les qualifiaient d'at- 
tentats, comme étant dépourvues d'autorité suffisante. L'archevéque 
de Reims monseigneur Guy de Roye osa méme les attaquer haute- 
ment. Îl écrivit aux prélats que la neutralité: qu'ils avaient pu- 
bliée était un acte nul et qu'il ne l'acceptait point ; qu'il ne croyait 
pas que leurs décrets eussent la moindre valeur, puisqu'ils n'avaient 
pas procédé en vertu de l'autorité de l'Église romaine, et qu'il les 
invitait à se rendre à Perpignan, pour assister au concile que Pierre 
de Luna devait y tenir. Cette lettre causa un vif déplaisir à l'assem- 
blée. L'Université de Paris ayant obtenu du roi que l'archevéque 
füt mandé pour s'expliquer, il refusa de comparaitre, alléguant qu'il 
était pair de France, doyen des pairs ecclésiastiques, et qu'il ne re- 
connaissait d'autre supérieur que le roi pour tout délit qui touchait sa 
personne. L'Université avait aussi obtenu que l'évéque de Cambrai 
monseigneur Pierre d'Ailly, qui avait toujours été partisan de Pierre 
de Luna , füt arrété par le comte de Saint-Pol et amené à Paris. Mais 
le prélat échappa à cette arrestation au moyen d'un sauf-conduit que 
lui donna le roi, et il lui fut accordé en méme temps que, si on lui 
imputait quelque grief, la connaissance en serait dévolue au Parle-- 
ment. 


' Jean, bátard d'Armagnac.. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 55 


CHAPITRE XI. 


56 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
Antequam tamen dux prefatus Burgundie exiret Parisius , 


onmme anatanitatio hunrancas awnnawit manane ans nt camnan 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 57 


Le duc de Bourgogne, avant de quitter Paris, avait convoqué les - 
principaux bourgeois; il leur avait commandé d'obéir toujours au 
roi comme ses fidéles sujets, et leur avait fait entendre qu'il n'était 
resté jusqu'alors dans la ville que pour y retenir l'Université de Paris et 
ne pas les priver d'un si précieux trésor, et pour connaître quels étaient 
les vrais serviteurs du roi. Le prévót des marchands, que la reine 
avait mandé pour savoir ce qui s'était passé, lui ayant tout rapporté, 
elle en fut d'autant plus irritée, que les paroles du duc contenaient une 
attaque détournée contre sa personne. Elle résolut donc de profiter 
de son absence pour détruire les accusations qu'il avait fait porter 
contre le duc d'Orléans. S'étant assurée de l'assentiment de la du- 
chesse, elle se disposa à faire une entrée pompeuse à Paris avec un 
cortége plus nombreux que n'avait été celui du duc. Le roi, qui était 
venu la voir à Melun la seconde semaine d’août, ayant été repris de 
sa maladie le lendemain de cette visite, elle háta son retour, et pour 
le rendre plus solennel, elle manda les ducs de Berri, de Bretagne 
et de Bourbon, le comte d'Alencon, le connétable de France et les 
principaux officiers de la maison du roi, et se fit ramener par eux à 
Peris, le dernier dimanche dudit mois, avec monseigneur le duc de 
Guienne, qui montait à cheval pour la première fois. 


L'éclat de cette cérémonie était rehaussé par la présence d'un grand 
nombre de chevaliers et d'écuyers en appareil de guerre, qui précé- 
daient et suivaient le carrosse doré de la reine. Tous ces hommes 
d'armes , à la demande des bourgeois , que la reine voulait ménager, 
furent logés dans les hótelleries de la ville. Par son ordre, un héraut 
publia à son de trompe qu'il leur était enjoint, sous peine de mort, 
de respecter les propriétés, de ne point séjourner dans les campagnes, 
de rester tous à la ville et de s'y comporter comme de paisibles bour- 
geois. Il ajouta que ceux des habitants contre lesquels on voudrait user 
de violence pourraient requérir l'assistance de leurs voisins, et con- 
duire l’agresseur à la prison du Châtelet. Les bourgeois louérent fort 
cette mesure; ils n'espéraient pas que la reine pût prévenir avec tant 


IV. 8 





58 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

non sperantes excessus tantorum extraneorum assuetos regi- 
nam tam racionabili freno potuisse moderari. Tria milia pugna- 
torum tunc regina dicitur congregasse. Ex quibus cum die se- 
quenti ad dominam ducissam Aurelianis misisset aliquos, ad 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 59 


de fermeté les excés accoutumés de tous ces étrangers. Elle avait 
alors, dit-on, trois mille hommes autour d'elle. Le lendemain de son 
arrivée, elle en détacha un certain nombre qu'elle envoya au devant 
de madame la duchesse d'Orléans pour lui servir d'escorte, en distri- 
bua quelques uns dans les différents quartiers de la ville, en leur 
confiant les clefs et la garde des portes, au grand déplaisir des bour- 
geois, et en désigna d'autres pour garder les ponts des environs de 
Paris et en interdire le passage aux gens inconnus. 


CHAPITRE XII. 


De ceux qui étaient relenus en prison à l'occasion des bulles de Pierre de Luna. 


Maitre Sanche Loup et le courrier pontifical, qui, comme nous 
l'avons dit plus haut, avaient été seuls convaincus d'avoir connu 
les bulles d'excommunication fulminées par Pierre de Luna contre le 
roi et le royaume, et d'en avoir sciemment caché le contenu avant 
de les présenter au roi et au duc de Berri, furent condamnés le 20 août 
par les commissaires royaux à un supplice ignominieux en expiation de 
leur faute. On les coiffa de mitres de papier, et on les revétit de dal- 
matiques en toile noire, aux armes dudit Pierre, couvertes d'inscrip- 
tions qui les désignaient comme faussaires, traîtres et envoyés par un 
traitre. Puis on les fit monter dans un des tombereaux qui servaient à 
emporter la boue et les ordures hors de la ville, et on les conduisit 
dans la cour du Palais, pour les exposer sur un échafaud aux regards 
du peuple, qui était accouru en foule et qui s'étonnait avec raison de 
ne point voir le crieur séculier ou ecclésiastique annoncer à haute 
voix par quels juges et pour quels motifs avait été infligé un chátiment 
si ignominieux. 

Le dimanche suivant on les exposa de nouveau en pareil équipage 
aux yeux de la foule sur le parvis Notre-Dame; aprés quoi un des com- 


TE cc 


M CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

missariis ordinis Sancte Trinitatis, magister in theologia, col- 
lacionem injuriis et contumeliis plenam contra Petrum de Luna 
et reos presentes faciens, inter cetera verba recitacione indigna, 
et que vilissimi homines abhorruissent, quod anum sordidis- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 61 


missaires , qui était de l'ordre de la Sainte Trinité et docteur en théo- 
logie, prononca un discours rempli d'invectives et d'outrages contre 
Pierre de Luna et les deux condamnés. Entre autres infamies qu'on ne 
saurait répéter et que les hommes les plus grossiers rougiraient de 
proférer , il s'emporta jusqu'à dire qu'il aimerait mieux baiser le cul 
de la plus sale tripière que la figure de Pierre de Luna. Aussi nombre 
de gens s'éloignérent-ils avec indignation, en répétant que de telles 
paroles étaient une honte et un déshonneur non seulement pour la 
profession de théologien, mais encore pour l'Université tout entiere. 
Enfin cet insolent personnage , aprés avoir flétri la réputation dudit 
Pierre par toutes sortes d'injures, le déclara publiquement coupable 
de lése-majesté , d'hérésie et de schisme, lui et tous ses partisans qu'on 
retenait en prison, et il ajouta que c'était pour ces attentats que les 
deux criminels là présents avaient été condamnés par sentence des 
commissaires, maitre Sanche Loup à une détention perpétuelle, et le 
courrier à trois ans de prison. 


Les commissaires voulaient aussi appliquer la méme peine aux autres 
détenus; mais ils ne purent y réussir. Comme ils refusaient depuis 
trois mois d'expédier leur affaire, malgré les représentations du roi, 
des princes du sang et du chancelier, et que lesdits détenus s'en étaient 
plaints à plusieurs reprises, la reine et monseigneur le duc de Guienne, 
instruits par de fidéles rapports que ces retards provenaient de la mé- 
chanceté et de la haine de quelques uns des commissaires, firent re- 
mettre les prisonniers à l'évéque de Paris ce jour-là méme, avant 
d'entrer dans le cháteau du Louvre. Ils cassérent ladite commission et 
annulérent ses pouvoirs, renvoyérent audit évéque la connaissance du 
crime de schisme, et confiérent au jugement du Parlement celle du 
crime de lése-majesté dont on les accusait. Les prévenus restérent encore 
un mois dans la prison de l'évéché; au bout de ce temps on mit en 
liberté ceux qui étaient du chapitre de Notre-Dame de Paris. La reine 
et les ducs de Guienne, de Berri et de Bourbon , voyant que quelques 
membres de l'Université s'opposaient à l'élargissement de l'abbé de 
Saint-Denys et de l'évéque de Gap, sans donner aucune bonne raison, 


62 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


abbatis et episcopi, nec aliquid ad propositum alleguabant, per 
dominum cardinalem Barensem eosdem evocaverunt et abire 


liberos permiserunt. 


CAPITULUM XIII. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 63 


64 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

concluserunt ut omnes prelati ecclesiastici monerentur decima 
quinta die marcii proxime futuri apud Liburnium convenire 
- in favorem ecclesiastice unionis, aut procuratores competentes 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 65 


que tous les prélats seraient invités à se rendre le 45 mars suivant à 
Livourne pour travailler à l'union de l'Église, ou à envoyer à leur 
place des procureurs compétents. Ils décidérent encore que dans l'in- 
tervalle on prierait les deux prétendants de se trouver à l'assemblée, 
et que, quand méme ils refuseraient de comparaître, on ne laisserait 
pas de passer outre. Enfin ils jugérent à propos d'envoyer quelques 
uns d'entre eux en ambassade dans les divers états de la chrétienté, 
pour engager tous les princes en général et chacun d'eux en particulier 
à faire cause commune avec eux jusqu'au rétablissement de l'union. 
Monseigneur le cardinal de Bordeaux fut député à cet effet en Angle- 
terre vers la mi-septembre. 


CHAPITRE XIV. 


Forme du rescrit par lequel les cardinaux des deux colléges convoquent les prélats 
pour l'élection d'un seul pape. 


Pour que l'obstination des deux compétiteurs füt bien notoire à 
tous les rois, princes et prélats, les cardinaux leur écrivirent en ces 
termes : . 

« Nous, par la miséricorde divine , évéques, prétres et diacres, car- 
« dinaux de la sainte Église romaine, résidant présentement à Li- 
« vourne dans le diocése de Pise, avec le collége des révérendissimes 
« péres en Jésus-Christ, les soi-disant cardinaux de l'autre partie, 
« pour nous et les autres révérendissimes péres en Jésus-Christ, mes- 
« seigneurs les cardinaux, absents en ce moment, nous adhérant ou 
« voulant nous adhérer, au vénérable pére ou au sérénissime roi, etc., 
« salut et puisse-t-il travailler avec zèle et dévouement à la paix et à 


« l'unité de l'Église ! | 


« Le chátiment terrible infligé par Dieu aux premiers fauteurs de 

« schisme nous fait voir combien est grand ce crime, dont la conta- 

« gion est si dangereuse, combien il est odieux à la majesté divine, qui 

« a englouti les coupables avec toute leur famille dans les abimes de la 
Iv. 9 


66 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« divinitus disponentibus se ad scisma acerbior, quos vivos 
« cum suis omnibus hyatus terre absorbuit et in infernum de- 
« traxit viventes sine personarum delectu. Quantum tales incon- 
« sutilem Domini tunicam, per quam militans Ecclesia figu- 


CHRONIQUE DÉ CHARLES VI. — LIV. XXIX. 67 


« terre, et les a plongés vivants au fond des enfers, sans en épargner 
« un seul. Ceux-là sont évidemment bien plus coupables, qui cher- 
« chent à déchirer et à se partager la tunique sans couture du Sei- 
« gneur, image de l'Église militante, que les Juifs et les Gentils, 
« privés de la connaissance du vrai Dieu, ont laissée tout entiére lors- 
« qu'ils ont crucifié et mis à mort Jésus-Christ. En se séparant ainsi 
« volontairement et à dessein du corps de Jésus-Christ et de la charité 
« de l'union, ils rejettent loin d'eux le Saint- Esprit , ferment les yeux 
« à la lumière de la vérité, produisent, par un vain désir de gloire et de 
« renommée , de fausses doctrines qu'ils défendent avec obstination, et 
« tombent dans les plus damnables erreurs. Ils trompent le clergé, 
« séduisent les peuples, et entrainent avec eux dans l'abime une foule 
« innombrable d'ámes qu'ils ont abusées par leurs fraudes diaboliques; 
« enfin, aprés un certain temps, ils sont irrévocablement conduits à 
« de damnables hérésies. Les chrétiens doivent s'élever contre eux 
« avec d'autant plus d'empressement, qu'ils n'ignorent pas que le 
« poison de leurs doctrines infecte le corps de l'Église, offense la 
« majesté divine et compromet la foi de Jésus-Christ et le salut de tous 
« les fidéles. | 


« C’est pourquoi, songeant à tous ces maux, et considérant atten- 
« tivement le schisme introduit, à l'instigation du diable, dans l'Église 
« de Dieu, aprés la mort de monseigneur Grégoire XI de sainte mé- 
« moire, qui par la volonté divine a rendu le dernier soupir à Rome, 
« considérant aussi combien la durée de ce fléau est pernicieuse et 
« destructive de la foi, combien il en résulte de périls pour les ámes, 
« et d'autres inconvénients qu'il serait trop long d'énumérer, lorsque 
« monseigneur Clément VII de pieuse mémoire, successeur dudit Gré- 
« goire , fut entré dans la voie de toute chair, nous, qui étions alors 
« cardinaux , résolümes de ne procéder à l'élection d'un souverain 
« pontife, qu'aprés avoir avisé aux moyens de rétablir l'unité de 





68 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« tunc cardinales eramus, procedere vellemus, pro unitate 
« Ecclesie facilius obtinenda, errore scismatis extirpato, pro- 
« misimus et invicem juravimus quod, si aliquis nostrum in 
« summum assumeretur pontificem, prosequeretur unionem 


« 


« 


u 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 69 


l'Église et d'extirper le schisme. Nous promimes donc et jurámes 
entre nous que, si l'un de nous était promu au saint-siége , il travail- 
lerait sans délai à l'union par toutes les voies utiles et raisonnables , 
düt-il en venir à abdiquer la papauté, si ceux qui étaient alors 
cardinaux ou la majeure partie d'entre eux le jugeaient nécessaire 
au bien de l'Église, ainsi qu'il est expliqué plus au long dans une 
cédule , dressée à ce sujet et signée par nous, qui étions alors car- 
dinaux. Cette cédule fut jurée et signée par monseigneur le pape 
Benoit XIII, vulgairement appelé alors le cardinal de Luna, qui 
ne fut élu qu'à la condition qu'il remplirait lesdits engagements; 
autrement il n'eüt pas été élu souverain pontife, comme cela a été 
dit alors publiquement parmi nous. Devenu Benoit XIII, il approuva 
ladite cédule et jura de nouveau de l'observer inviolablement. Une 
contestation s'étant élevée depuis au sujet de la poursuite de l'union 
entre monseigneur Benoit, d'une part, et nous ainsi que plusieurs 
rois et princes de notre obédience, d'autre part, nous déclarámes . 
qu'il était tenu , non seulement en vertu de ladite cédule et de son 
serment , mais encore par le droit commun, de travailler au réta- 
blissement de l'union par la voie de cession et d'offrir cette voie, 
pour éviter un si grand scandale. Cette déclaration expliquait si 
nettement la condition qui avait été insérée dans la cédule, que ledit 
seigneur Benoit était purement et simplement obligé et astreint de 
la maniére la plus formelle à travailler au rétablissement de l'union 
de l'Église par la voie de cession. Lorsque ladite cofitestation fut 
apaisée, ledit seigneur, aprés beaucoup de tergiversations, inter- 
prétant et commentant la teneur de ladite cédule, promit de tra- 


-vailler solennellement au rétablissement de l'union de l’Église par la 


voie de cession et de renoncer à la papauté, au cas que son adver- 
saire y renoncát aussi, ou vint à mourir ou à étre déposé, ainsi 
qu'il est rapporté tout au long dans les actes authentiques qui ont été 
envoyés dans les diverses parties du monde. 


70 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« sequi unionem Ecclesie et cedere papatui, adversario cedente, 
« mortuo vel ejecto, ut in instrumentis auttenticis ad diversas 
« mundi partes directis lacius continetur. 

« Demum nonnullis effluxis annis et unione non habita, de- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. " 


72 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« cionabiliter pertinere. Que fuere per sepedictum dominum 
« Benedictum approbata, ut in litteris ipsius plenius contine- 
« tur. Multaque inter ipsum et Angelum predictum hinc inde 
« loca oblata, et finaliter propter difficultates, quas unus alteri 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 73 


« cesse sur le choix du lieu de l'entrevue, pour laquelle l'un propo- 
« sait et l'autre refusait les villes maritimes et d'autres lieux, il arriva 
« qu'ils ne purent aucunement s'entendre ni tomber d'accord , et il 
« fut évident que les deux compétiteurs, tout en paraissant accepter 
« en paroles la voie de cession, la rejetaient en réalité et dans le fond 
« de leur coeur. 


« En suscitant ainsi des obstacles de toute sorte, l'un et l'autre 
« rendait, autant qu'il était en lui, la voie de cession tellement diffi- 
« cile, qu'on pouvait la considérer comme impossible. Il y avait donc 
« lieu de désespérer du rétablissement de la paix et de l'union, et de 
« l'extirpation de cet exécrable schisme si funeste à tous les fidéles. Par 
« ces motifs et par beaucoup d'autres considérations justes et raison- 
« nables, nous dirons méme nécessaires, les trés révérends péres re- 
« connus pour cardinaux par ceux de l'autre obédience, ou du moins 
« les trois quarts d'entre eux, se sont séparés d'Ange Corrario, con- 
« formément à la volonté divine, et se sont transportés de Lucques à 
« Pise, pour travailler plus librement au bien de l'Église, à l'extir- 
« pation du schisme et à la destruction de tant d'erreurs, pour soula- 
« ger l'Église affligée de tant de maux et pourvoir au salut des ámes. 
« Nous, de notre cóté, voyant que les choses susdites étaient un obstacle 
« manifeste à l'extirpation du schisme et au rétablissement de l'union, 
« et considérant que l'union si nécessaire ne doit étre ni entravée ni 
« méme retardée par des divergences d'opinions sur le choix d'un 
« lieu, et que, monseigneur Benoit et monseigneur Córrario , qui se 
« fait appeler Grégoire, n'ayant jamais voulu consentir à négocier, 

IV. 10 


7A CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« necessaria non debet impediri seu eciam retardari, cum abs- 
« que presencia corporali domini "Benedicti et domini Angeli, 
« qui nominatur Gregorius, possit ordinari de preambulis ad 
« hoc negocium necessariis, ad que ipsi duo nunquam conde- 
« scendere voluerunt, sed solum ad mutuam contencionem lo- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 75 


« et n'ayant fait que disgnter entre eux sur le choix d'un lieu, on peut 
« régler les préliminaires indispensables à la négociation, faire la 
« cession ou la renonciation et procéder à une élection canonique, 
« sans qu'ils soient présents en personne, nous avons conseillé audit 
« seigneur Benoit d'offrir à son adversaire de renoncer par procu- 
« reur ou par député ayant pour cela mandat spécial et pouvoir suffi- 
« sant, à condition qu'Ánge Corrario renoncerait soit en personne, 
« soit par procureur ou par député ayant mandat spécial et pouvoir 
« suffisant. Nous avons été d'avis et nous lui avons dit que cela pou- 
« vait et devait étre fait selon Dieu; sinon la durée et la prolonga- 
« tion du schisme seraient imputées avec raison à celui qui refuserait. 
« Nous n'avons pu obtenir de réponse à ce sujet; nous avons méme 
« reconnu qu'il était peu disposé à pratiquer la voie de cession. 


« Depuis ce temps, quatre d'entre nous se sont rendus à Livourne 
par l'ordre de Benoit, pour conférer avec les trés révérends péres 
' « reconnus pour cardinaux par ceux de l'autre obédience, qui s'étaient 
« d'abord séparés d'Ánge Corrario, et pour aviser aux moyens de 
« rétablir l'union de l'Église et d'extirper le schisme, nonobstant tout 
« mauvais vouloir. Quatre membres de l'autre collége se sont abouchés 
« en personne avec eux dans ledit lieu de Livourne, et pendant qu'ils 
« traitaient entre eux des moyens qui paraissaient raisonnables et pro- 
« pres à rétablir l'union, monseigneur Benoit est parti de: Port- 
« Vendre, saus laisser aucun autre ordre sur ce qui pouvait coucer- 
« ner la paix de l'Église, et il a pris la route de Catalogne, aprés 
« avoir fait publier audit lieu de Port-Vendre qu'il avait l'intention de 
« convoquer un coucile à Perpignan le jour de la Toussaint. Ce con- 
« cile, s'il avait lieu, serait un obstacle à l'union et à toutes les 
* décisions qui ont été arrétées de concert entre nous et l'autre collége 
« plutót qu'il ne contribuerait à la paix de l'Église, attendu que 


X 








76 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« care. Quod consilium, si teneretur per eum, pocius ad impe- 
« dimentum unionis ac eorum que inter nos et aliud collegium 
« deliberata sunt quam ad pacem Ecclesie censetur pertinere, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. T 


« l'union ne peut être utilement rétablie, ni le schisme extirpé par 


« le concile de l'une des deux parties, sans la coopération du concile 
^. da lantre nartio 


78 CHRONÍCORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« mine et delicto; considerato eciam quod contendentes de pa- 
« patu non solum juramento et voto ac promissione multiplici, 
« sed eciam jure divino et canonico, et sub pena dampnacionis 
« eterne, si refugerint, tenentur et multipliciter sunt astricti 
« pacem dare Ecclesie per viam cessionis, attento scismatis diu- 





« 
« 
(« 


« 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. .XXIX. 79 


astreints sous peine de la damnation éternelle, s'ils s'y refusent, à 


assurer la paix de l'Église par la voie de cession, attendu la longue 


durée du schisme et le grand nombre d'adhérents de l'autre partie; 
que ladite voie a été approuvée et réputée nécessaire par tous les 
fidéles; que par suite desdits mauvais vouloirs beaucoup de gens se 
sont soustraits à toute obédience et se sont déclarés neutres entre 
les deux compétiteurs ; que beaucoup d'autres encore se préparent 
à adopter la soustraction ou la neutralité ; que, si l'on s'arrétait aux 
subterfuges et aux faux-fuyants des compétiteurs, si on les laissait se 


v séparer et s'éloigner,.comme à dessein et de concert, à une telle 
distance l'un de l'autre, qu'il n'y aurait plus aucun espoir de les 


réunir et de les aboucher, il s'ensuivrait toutes sortes d'erreurs , le 
schisme étant la source des erreurs , et dégénérant avec le temps en 
hérésie, comme il est établi par les statuts divins et canoniques ; 
qu'ainsi l'Église serait réduite à la honte d'une désolation irrépa- 
rable, et que les âmes seraient exposées à un péril évident et inévi- 
table; que la papauté étant disputée entre deux prétendants , qui 
ne pourraient que difficilement se mettre d'accord , un concile géné- 
ral, c'est-à-dire l'Église assemblée, est juge compétent de leur diffé. 
rend, qui intéresse la foi à si juste titre; que si les cardinaux doivent 
convoquer ce concile, c'est principalement contre l'obstination, le 
défaut ou la négligence des prétendants, attendu que les préten- 
dants se garderaient bien d'en convoquer un contre eux-mémes et 


_ contre leurs intentions , comme l'a prouvé l'expérience du passé et 


comme le prouve la circonstance présente; attendu aussi que ceux 
qui ont adopté la neutralité ou la soustraction consentiraient diffici- 
lement à se rendre à leur convocation, et qu'il en résulterait d'autres 
périls évidents , qui empécheraient l'union tant souhaitée; aprés en 
avoir mürement délibéré entre nous et le collége de l'autre partie, 
et avec plusieurs prélats notables et illustres, qui professent la théo- 
logie, le droit canon et le droit civil, et qui suivent les préceptes 
et exemples des saints Péres que l'Église romaine a toujours reli- 
gieusement observés, nous avons décidé qu'un concile, c'est-à- 
dire l’Église de notre obédience sera convoquée par nous en un lieu 


80 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« alia pericula evidencia in impedimentum tam desiderate unio- 
« nis; habita adinvicem inter nos et collegium partis alterius 
« deliberacione matura, eciam cum multis prelatis notabilibus 
« ac magnis, litteratis in theologia canonica facultate ac civili, 
« sequentibus gesta et exempla sanctorum Patrum alias vir- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. —LIV. XXIX. 84 


« et à une époque déterminés, et qu'il sera fait de méme par le collége 
« ou les soi-disant cardinaux de l'autre partie, dans le méme lieu et à 
« la méme époque, avec l'appui des rois et des princes de l'une et de 
« l'autre obédience, dont la protection est trés nécessaire à l'Église 
« romaine et universelle , et qui tendront pieusement une main secou- 
« rable à ladite Église , la défendront et la soutiendront, comme il sied 
« à de pieux souverains et comme il convient à leur honneur, afin 
« que ledit seigneur Benoit et Ánge Corrario , qui se fait appeler Gré- 
« goire , recevant avis de la présente décision et étant requis d'assister 
« et de prendre part audit concile, se réunissent dans ledit lieu, à 
« l'époque fixée, et mettent fin au schisme par la voie de cession , et 
« afin que les deux colléges procédent de concert à l'élection d'un seul 
« et légitime pasteur. Si les deux prétendants viennent et qu'ils ne 
« renoncent pas réellement , ou si l'un renonce et que l'autre refuse, 
« ou bien s'ils ne viennent ni l'un ni l'autre, l'Église assemblée y 
« pourvoira, attendu les promesses qu'ils ont faites et confirmées par 
« des serments solennels, promesses qui ont été apprauvées par 
« presque tous les fidéles; elle décidera, en ce qui touche le différend 
« des deux compétiteurs et les besoins présents de l'Église, selon 
« qu'elle le jugera opportun et méme nécessaire, et prendra des me- 
« sures telles, que nonobstant l'absence, l'obstination ou l'opposition 
« desdits compétiteurs ou de l'un d'eux, le schisme soit extirpé et 
« une parfaite union rétablie dans l’Église de Dieu par l'élection cano- 
« nique d'un seul et légitime pasteur, à la gloire et à l'honneur des 
« serviteurs de Dieu, pour l'affranchissement de la foi, le salut de tous 
« les fidèles et la réforme indispensable de l'Église. 


IV. 1s 


82 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« obstantibus, scisma extirpetur et per electionem unici et 
« indubitati pastoris canonicam unio perfecta in Dei Ecclesia 
« habeatur, ad Dei servorüm gloriam et honorem, fidei robur, 
« salutem omnium fidelium et Ecclesie debitam reformacionem. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 


83 


84 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« Nec in hac parte et materia tam necessaria aliquem dubi- 
« tetis aut cujuscunque terrore concuciamini , quia, cum nos et 
« vos causam fidei et extirpacionem scismatis prosequamur sub 
« protectione Dei et Ecclesie, de cujus congregacione agitur, et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 85 

« Au reste, ne craignez rien dans une affaire si grave et si im- 

« portante, et ne vous laissez effrayer par qui que ce soit; car nous 
« serons à l’abri de toute poursuite, puisque nous travaillons tous 


86 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« infrascriptum scribi et publicari mandavimus et nostrorum 
« trium priorum sigillorum requisivimus et fecimus appensione 
« muniri. — Datum et actum in loco Liburnii supradicto, in 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 87 


« voulu qu'elles fussent scellées du sceau des trois premiers d'entre 
« nous. — Fait et donné par nous le 45 juillet à Livourne, dans le 
« cloitre de l'église dudit lieu, de concert avec Guy évéque de Pales- 
« trine, Nicolas évéque d'Albano, Pierre évéque de Frascati, Pierre 
« prétre du titre de Sainte-Susanne, Amédée diacre de Sainte-Marie- 
« la-Neuve et Pierre diacre de Saint-Ange , cardinaux de la sainte 
« Église romaine, assemblés et présents en personne, qui avons 
« approuvé et ratifié toutes et chacune des choses susdites, pour nous, 
« pour messeigneurs les cardinaux absents nous adhérant ou voulant 
« nous adhérer, et qui avons demandé qu'il füt dressé de tout cela un 
« et plusieurs instruments publics pour nous et chacun de nous , l'an 
« de la Nativité du Seigneur mil quatre cent huit, indiction première , 
« en présence des révérends pères en Jésus-Christ, Simon par Ja 
« gráce de Dieu patriarche d'Alexandrie, administrateur perpétuel de 
« l'église de Carcassonne, et Pierre évêque de Meaux , et des véné- 
« rables et doctes personnages, maître Robert du Caynoit docteur, 
« et Jean-François licencié en décrets, Jean-Pierre docteur en méde- 
« cine, témoins spécialement appelés et convoqués à cet effet. L'acte 
« a été passé par-devant Jean de Marchay de Montaigu, clerc du diocése 
« de Laon, notaire apostolique et impérial. » 


Le rescrit de messeigneurs les cardinaux des deux colléges ayant été 
publié partout, les rois de France, d'Angleterre, de Bohéme et de 
presque tous les autres états de la chrétienté jugèrent à propos d'en- - 
voyer au concile général des métropolitains , des évêques, des abbés, 
et les principaux membres des chapitres des églises cathédrales et des 
universités de leurs royaumes. Ces députés se mirent en route dans: 
le courant dudit mois de juillet et des mois suivants, charmés d'avoir 


88 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
arripuerunt, gaudentes quod in consilio Pisano pro electione 
unici et indubitati summi pontificis celebrando digni essent 
interesse. 

CAPITULUM XV. 


90 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX: 
et de Couciaco una baronia fuerat, sicque dominium illud 
non baronia, sed ab ea divisum erat, Parlamentum domine 
adjudicavit quod petebat. 

Ipso et eodem mense, per arrestum ejusdem curie comiti 
Brenensi, heredi comitis Rouciacensis, adjudicatus est comitatus 
contra regem Sicilie Ludovicum, qui illum a genitore emptum 


92 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


tamen et adinventis, ut tunc asseruit, denigrasse, diem sibi 
assignari peciit et impetravit, videlicet undecimam hujus men- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 93 


dience fut fixé au 44 dudit mois de septembre; puis l'assemblée se 
sépara. 


% CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« regnantis utilior est subditis quam fertilitas temporjs. » Nec 
tacens verbum prophete dicentis: Honor regis judicium diligit, 
addidit Justinianarum Institucionum libro primo : Justicia est 
constans voluntas jus suum unicuique tribuens; quem sequens 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 95 


« un pasteur à l'égard de ses brebis, et la justice de celui qui règne 
« est plus utile aux peuples que l'abondance. » Il cita aussi ces paroles 
du prophète : Honor regis judicium diligit , et ces autres du livre pre- 
mier des Institutes de Justinien : Justitia est constans voluntas jus 
suum. unicuique tribuens. ll y ajouta cette citation du livre des Lois 
de Cicéron : Justitia est obtemperatio legibus scriptis institutisque 
populorum. Yl s'appuya sur des exemples empruntés à l'histoire an- 
cienne. Il rappela entre autres ce juge sacrifiant son œil gauche et 
faisant arracher le droit à son fils, parce que celui-ci avait transgressé 
une loi dont l'infracteur était condamné à avoir les yéux crevés ; Cam- 
byse faisant couvrir le tribunal de la peau d'un juge prévaricateur et 
forcant le fils de ce juge à s'y asseoir, afin qu'il n'oubliát jamais le 
crime de son père; David, victime d'une injuste persécution, disant à 
Dieu, au chapitre dix-huitième du premier livre des Rois : 7pse retri- 
buet unicuique secundum justitiam suam ; la mort du prétre de la 
loi vengée sur le cruel Antiochus, ainsi qu'il est dit dans les Macha- 
bées; Darius faisant exposer aux lions les faux témoins accusateurs de 
Daniel (Dan. v1), et les impudiques vieillards condamnés pour avoir 
accusé la chaste Susanne (Dan. xii). 


L'orateur, passant à la seconde raison, démontra d'une maniére 
pathétique que le roi devait étre porté à faire justice par l'affection 
qui avait toujours existé entre lui et feu son frére : « Prince sérénissime, 
« dit-il , que la mort si cruelle et si ignominieuse de votre frére émeuve 
« de pitié vos entrailles. Faites voir que vous ressentez amèrement la 
« perte de votre frére unique, si méchamment et ei traitreusement assas- 
« siné par la partie adverse. Ce serait un opprobre éternel pour la 
« oouronne de France, si justice n'était pas faite. Vous pouvez dire à 
« la partie adverse ce que le Seigneur a dit à Cain aprés le meurtre 
« d'Abel : La voir du sang de ton frère Abel crie vers moi de la 
« terre; car aussi bien l'Écriture appelle du nom de frères tous ceux 
« qui sont d'une méme famille. N'y a-t-il pas d'ailleurs d'autres rapports 
« entre les deux meurtriers? Si Caïn a tué son frère parce qu'il était. . 


« jaloux qu' Abel fût agréable à Dieu , c'est aussi parce que monseigneur : : --: 


96 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« similitudines, quia sicut Caym motus invidia, quia Abel accep- 
« tabilis erat Deo, ideo occidit, ita pars adversa videns quod 
« dominus Aurelianensis acceptabilis vobis erat, eum nequiter 
« et proditorie fecit interfici. Ad scelus eciam sicut Caym cupi- 


a 


e 
" 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 97 


le duc d'Orléans vous était agréable, que la partie adverse la si 
méchamment et si traitreusement fait assassiner. Comme Cain 
encore, c'est la cupidité qui l'a poussée au meurtre, et de méme 
que Cain, aprés son crime, appartint à la vengeance divine, de 
méme la partie adverse peut étre considérée comme confisquée 
corps et biens, si la justice régne en France; et il en sera ainsi, 
Dieu aidant. Quel est celui des princes du sang qui aurait le coeur 
assez dur, l'âme assez insensible, pour ne pas fondre en larmes au 
souvenir de la fin tragique d'un duc qui vous honorait tant, qui vous 
aimait si tendrement, vous, votre auguste compagne et vos enfants ? 
Qui pourrait se rappeler sans d'amers regrets sa sagesse, sa pru- 
dence, cette rare éloquence qui le mettait au-dessus des autres 
princes , les gráces et la distinction de son extérieur, et sa clémence 


infinie? Car à l'exemple de ses pères, il n'a jamais fait mutiler ni 


tuer personne , quoiqu'il en eût le pouvoir et que ses ennemis lui . 
en eussent souvent donné l'occasion par leurs outrages. O roi 
Charles d'immortelle mémoire, quelle affliction n'auriez-vous point 
ressentie, si vous aviez vu le rejeton de la branche fraternelle, que 
vous avez élevée sij haut; faire périr si cruellement votre fils bien 
aimé! Tu as oublié sans doute, partie adverse, les bienfaits dont ton 
père fut redevable au feu roi, et les dangers qu'a courus le roi 
régnant pour lui conserver la Flandre. C'est pourquoi madame d'Or- 
léans implore contre toi la justice du roi, en lui disant avec le pro- 
phéte : Domine, deduc me in justitia tua propter inimicos meos. 


« Ma troisiéme raison est fondée sur la compassion que méritent 
ceux qui vous supplient ; C'est votre sceur chérie, veuve et désolée, ce 
sont vos neveux, enfants innocents, que vous voyez orphelins et in- 


consolables. Faites-leur donc justice et ouvrez-leur les entrailles de :. 


IV. 15 


98 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« pietatis. Ad hoc vos amonet beatus Jacobus dicens: Religio 
« munda et immaculata est hec visitare pupillos et viduas in 
« tribulacione eorum. O si ad paupercule vidue lacrimas, vin- 
« dietam necis filii reposcentis, piissimus Trajanus imperator 
« aures benignas accommodans et de equo prosiliens publi- 
« cum pretermisit negocium jam agressum, donec justiciam 
« fecisset. conquerenti, dico quod id tenemini facere vidue 
« venerande ducisse, et ad hoc obligamini pro presenti et suis 
« orphanis filiis, qui ad hec vos inducunt pectoribus anxiosa 
« suspiria educentibus ab ymis, ut crudelem et dolorosam 
« necem dilectissimi fratris vestri et genitoris eorum vindicetis 
« per viam justicie, ut sic possint dicere : Justus dominus rex 
« et Justicias dilexit, » 

Super miserabilis casus ducis pietate et morte tam crudelis- 
sima, quod eam omnes longe lateque per orbem abhominari 
tenentur, proponens fundans quartam racionem, ex qua regia 
majestas inclinari poterat et debebat ad justiciam excercendam, 
fuit hec : « Et si, inquit, priscos reges misericordia motos super 
« morte inimicorum suorum doluisse annales referant, et si 
« Cesar viso capite Pompeii fleverit, dicens quod tantus talis- 
« que miles, esto adversarius, non sic occidi debuisset, super- 
« que morte Catonis doluerit inimici capitalis, et pueris adjuto- 
« rium dederit, quam pie quamque misericorditer super morte 
« unici fratris vestri dolere tenemini! Intonet auribus vestris 
« benignis verba hec vel similia : O mz frater et domine, aspi- 
« ciatis dulciter quomodo, propter amorem singularem quem 
« habebatis erga me, per invidiam quatuor plagis letalibus con- 
« fossus moribundus ceciderim! Oculis compassionis inspiciatis 
.« corpus meum. ad terram elisum et post ad immundissimum 
T lutum tractum, brachium meum abscisum et caput excerebra- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 99 
« votre pitié. Saint Jacques vous y invite par ces paroles : Religio 
« munda et immaculata est hæc visitare pupillos et viduas in tribula- 
« tione eorum. Si le pieux empereur Trajan préta une oreille favorable 
« aux plaintes de la pauvre veuve qui lui demandait vengeance de la 
« mort de son fils, s'il descendit de cheval pour mieux l'entendre, 
« etsi, pour lui faire justice, il interrompit une affaire publique, je 
« dis que vous étes tenu et obligé d'en faire autant pour l'auguste 
« veuve du duc d'Orléans, pour ses enfants orphelins, qui vous im- 
« plorent avec des larmes et des sanglots et qui vous conjurent de 
« venger par la voie de justice la mort cruelle et douloureuse de leur 
« pére, votre frére bien aimé, afin qu'on puisse dire de vous : Justus 
« dominus rez et justitias dilexit. » 


L'orateur tira sa quatriéme raison des circonstances déplorables et 
cruelles de l'assassinat du duc, qui devaient exciter partout l'horreur 
et l'indignation , et n'oublia rien de ce qui pouvait et devait engager 
le roi à faire justice : « S'il est vrai, dit-il, comme l'histoire nous 
« l'apprend, qu'on ait vu des rois pousser la compassion jusqu'a pleu- 
« rer la mort de leurs ennemis; si César versa des larmes en voyant la 
« tête de Pompée, et s'il s'écria qu'un si grand capitaine, bien que 
« son rival, ne devait pas périr ainsi; s’il pleura la mort de Caton, 
« son ennemi capital, et protégea ses enfants, quelle pitié, quelle 
« douleur ne devez-vous pas ressentir de la mort de votre frére 
« unique! N'entendez-vous pas retentir à vos oreilles ces paroles qu'il 
« vous adresse : Voyez, mon seigneur et frère, en quel état m'a 
« réduit la jalousie de mes ennemis , à cause de l'affection particu- 
« liére que vous aeiez pour moi ; je suis tombé frappé de quatre coups 
« mortels. Jetez sur moi un regard de compassion ; voyez mon 
« corps foulé aux pieds et traíné dans la boue, mon bras coupé , 
« ma cervelle répandue sur le pavé. Dites s'il y eut jamais douleur 
« pareille à la mienne. Hélas, monseigneur! il ne suffit pas à mon 
« ennemi de m'avoir fait traïtreusement assassiner au moment où je 








400 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« tum, et videte si unquam fuerit dolor talis sicut dolor meus. 
« Heu michi iterum, domine mi, quia nec adversarius contentus 
« st de servicio domine mee regine ad vestrum rediens proditorie 
« circumyeniri me fecerit, ymo modis omnibus conatur famam 
« meam et progentet mee perpetuo denigrare, libellum iniquum, 
« diffamatorium et mendacem | proponendo. Super hüs ergo 
« excessibus faciatis justiciam uxori mee et filus, ut sic dicant 
« quod scriptum est primo Regum decimo octavo : Dominus 
« autem retribuet unicuique secundum justiciam suam. » 
Quintam autem racionem proponens prosequtus est super 
malis et inconvenientibus que acciderent si justicia cessaret : 
« Quia, inquit, tunc via facti aperta, prodicionum et divisionum 
« deesset judex exequtor, in periculum et destructionem regni, 
« quia, secundum Cyprianum de Duodecim Abusionibus : Justi- 
« cia regis est pax populorum, tutamen patrie, munimentum gen- 
« s, terre fecunditas, solacium pauperum , hereditas filiorum 
« et sibimet spes füture beatitudinis. Et si quis consulat justiciam 
« protrabendam ob partis adverse potenciam, id dicam magne 
« apparencie et parve existencie. Nam cum potencia sua a throno 
« vestro procedat, qui sibi servient contra vos, exteri vel domes- 
« tici, milites et armigeri, vel se exponent mortis discrimini , 
« sustinendo homicidium tam crudele? Certe nullus. O milites, 
« clerici et layci omnium regionum, in statera lances appen- 
« dentes equo libramine jus ponderetis parcium. O reges, duces 
et comites christiani, pro justicia, ut tenemini, certetis. Per 
«annales eciam rex videbit aliquos progenitores suos, non 
« tante potencie quam ipse sit, potenciores tamen quam sit 
« pars adversa ad obedienciam viribus submisisse. Non du- 
« bitet ergo apperire portam justicie domine mee venerande, 
i iquoniam et si aliqua inconveniencia sequentur, tandem in 


^ 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 401 


« sortais de chez madame la reine pour aller auprès de votre royale 
« personne ; il attente encore par toutes sortes de moyens à mon hon- 
« neur et à celui de ma famille, en publiant ur libelle diffamatoire, 
« plein de mensonges et d'impostures. Faites donc justice de tant 
« d'outrages à ma femme et à mes enfants , afin qu'ils puissent dire 
« de vous ce qui est écrit au dix-huitiéme chapitre du premier livre 
« des Rois : Dominus autem retribuet unicuique secundum justitiam 
« suam. » 


La cinquiéme raison fut établie sur les maux et les inconvénients qui 
auraient lieu, si justice n'était pas faite : « Cela étant, dit-il, cha- 
« cun aurait recours aux voies de fait ; il n'y aurait plus de juge pour 
« punir les trahisons et pour terminer les discordes, et le royaume 
« serait ainsi menacé d'une ruine prochaine. Car, comme le dit saint 
« Cyprien dans son traité des Douze Abus : Justitia regis est par 
« populorum, tutamen patriæ, munimentum gentis, terræ fecunditas, 
« solatium pauperum, hereditas filiorum et sibimet spes futuræ bea- 
« titudinis. Que si quelqu'un était d'avis qu'on différát de faire justice 
« par égard pour la puissance de la partie adverse, je dirais que c'est 
« une considération plus spécieuse que solide. En effet, puisque sa 
« puissance procéde de votre tróne, quels sont les chevaliers et les 
« écuyers, soit de sa maison soit étrangers, qui voudraient le servir 
« contre vous, ou exposer leur vie pour soutenir un si cruel homi- 
« cide? Aucun assurément. O chevaliers, clercs et laïques de tous les 
« pays, pesez les droits des parties dans la balance de l'équité. O rois, 
« ducs et comtes chrétiens, combattez pour la justice, comme vous 
« y êtes tenus. Le roi verra aussi dans l’histoire que quelques uns de 
« ses ancêtres, qui n'avaient pas une puissance égale à la sienne, ont 
« réduit à l'obéissance par la force des armes de plus puissants sei- 
« gneurs que n'est la partie adverse. Qu'il ne craigne donc pas d'ou- 
« vrir la porte de la justice à ma noble dame. Lors méme qu'il s'en- 
« suivrait quelques’ inconvénients, ils retomberaient sur la tête de 
« notre adversaire, selon cette parole de Jésus-Christ : Celui qui 


10% CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« datum regis parvipendens. Et sic cum rex vel regina ipsum 
« reprehendere non auderent, domorum amborum defensiones 
« ligneas destrui imperavit, integris relictis que ambiebant do- 
« mum suam. Hanc igitur, domine rex, et vos, domini generosi 
« assistentes, tantam humilietis superbiam, et venerabili du- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 405 


« détruire les palissades qui entouraient leurs hótels en laissant sub- 
« sister celles qui défendaient le sien. Noble sire, et vous, illustres 
« seigneurs qui m'écoutez, humiliez tant d'orgueil ; ouvrez les voies 
« de la justice à l'auguste duchesse d'Orléans et à ses enfants, afin 
« qu'on puisse dire du roi ce qui est écrit au chapitre huitième du 
« troisiéme livre des Rois : Judicabit servos suos, justificans quod 
« Justum est et retribuens eis secundum justitiam. 1l est donc bien 
« prouvé par ces six raisons que vous devez ouvrir les voies de la jus- 
« tice à votre soeur bien aimée. » 


Aprés avoir établi ce premier point principal, et démontré que 
sa partie avait le droit de demander et d'obtenir justice, l'orateur 
passa au second point. Prenant pour texte ces paroles : La convoitise 
est la source de tous les mauz , et déclarant qu'il entendait par là 
l'ambition de la gloire, des honneurs et du pouvoir, il essaya de mettre 
en évidence la cruauté et la barbarie de la partie adverse, en démon- 
trant par six raisons qu'elle avait traitreusement et méchamment fait 
assassiner le duc d'Orléans. 

« J'établirai, ditil, ma premiére raison sur ce que la partie adverse 
« a fait tuer celui qu'elle devait honorer comme fils de roi, et sur 
« lequel elle n'avait ni autorité, ni pouvoir, ni juridiction; ce qui est 
« contraire à la loi divine, citée au vingt-sixiéme chapitre de saint 
« Mathieu : Quiconque prend. le glaive, la glose ajoute sans pouvoir 
« supérieur ni légitime, périra par le glaive. C'est ce que dit aussi 
« saint Augustin dans le premier livre de la Cité de Dieu : Qui sine 
« publica administratione maleficum interfecerit, velut homicida 
« Judicabitur. Mais comme le défenseur de la partie adverse a fondé 
« tout son plaidoyer sur ce que le duc était un tyran et que par con- 
« séquent il était permis de le tuer, examinons, prince sérénissime, 
«' si jamais on l'a accusé de tyrannie, ou si l'on peut lui appliquer le 
« portrait qu'Áristote a tracé du tyran dans son quatrième livre des 
« Ethiques, où il dit que /e tyran est celui qui s'empare de fait, sans 
« titre légitime, par force et par violence, d'une ville ou d'un pays, 


IV. 14 


106 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« violenciam, potenciam, et per falsum titulum de facto occu- 
« pat civitatem vel patriam, et qui incorrigibilis est et nemini 


* 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 107 


« qui est incorrigible et qui ne veut obéir à personne. Or jamais le 
« duc d'Orléans n'a fait comme la partie adverse, qui s'est emparée 
« par tyrannie des châtellenies de Douai, de Lille et d'Orchies; tout 
« ce qu'il possédait, il le tenait de la munificence royale ou l'avait 
. * acquis par contrat de vente. Jamais il ne s'est montré incorrigible 
« ou rebelle, mais plus que tous les autres princes du royaume il a 
« pratiqué et observé scrupuleusement la justice, il a gardé au roi 
« pendant toute sa vie l'obéissance qu'il lui devait. Jamais enfin il ne 
« s’est écarté du sentier de la vertu et n'a fait mettre à mort ni mutiler 
« personne. Il a toujours honoré et exalté les hommes sages, les gens 
« de mérite et de savoir; il a doté grand nombre d'églises de riches 
« revenus, et n'en a détruit aucune. Il ne marchait point escorté de 
« gens armés, parce qu'il n'avait rien à craindre de personne. Ce n'est 
« point là le portrait d'un tyran, selon la définition des philosophes. 
« Notre adversaire a donc tort de lui donner le nom de tyran, pour 
« justifier le plus exécrable des attentats. C'est avec aussi peu de fon- 
« dement qu'il ajoute que , si son seigneur a agi contre la lettre de la 
« loi, il n'a point agi contre l'intention du législateur. L'esprit de la 
.« loi n'est pas qu'on puisse tuer quelqu'un sans avoir autorité pour 
« cela. On pourrait alors tuer tous les princes comme tyrans. C'est à 
« celui qui a fait la loi qu'il appartient de l'interpréter; la partie 
« adverse n'avait pas le droit d'interprétation à l'égard du feu duc, 
« qui était son supérieur. Et, bien qu'on nous dise que le duc de 
« Bourgogne était doyen des pairs, il ne s'ensuit pas qu'il eüt autorité 
« sur le défunt. | 


« Quant aux douze raisons alléguées par notre adversaire, pour 
« prouver que la partie adverse a fait tuer licitement monseigneur le 
« duc, et qu'elle pouvait le faire sans commandement de personne, 
« je dis d'abord que l'autorité de saint Thomas ne saurait étre invo- 
« quée ici ; car monseigneur le duc ne s'est arrogé aucun pouvoir par 





pr 0m 


AR. 


108 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« quia dominus dux non subripuit aliquod dominium violenter 
« nec unquam excogitavit regis dominium occupare, cum sciret 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 109 


« violence, et n'a jamais songé à usurper l'autorité du roi, sachant 
« bien que les princes du sang ne l'auraient pas permis. Pour ce qui ' 
« est de l'autorité de saint Pierre, je réponds qu'il ne veut pas dire 
« qu'un duc doive étre obéi dans tout un royaume, mais seulement 
« dans son duché. Ainsi vous pouvez voir que notre adversaire abuse 
« de l'Écriture sainte, et qu'il cherche à en altérer le sens par ses 
« sophismes afin de corroborer ses assertions. Pour ce qui est de l'auto- 
« rité de Jean de Salisbury, je dis que c'est d'un tyran manifeste et 
« connu que cet auteur veut parler. Il en est de méme de ce que dit 
« Aristote dans ses Politiques ; il s'agit d'un tyran notoire. Quand on 
« allégue les éloges donnés par Cicéron, dans son traité des Devoirs, 
« à celui qui avait tué César, on oublie que Cicéron avait toujours été 
« lui-méme l'ennemi de César et le partisan de Pompée. Pour ce qui 
« est de l'autorité de Bocace, je réponds que tout ce qu'il avance 
« s'entend d'un tyran manifeste. Quant aux trois raisons tirées des 
« lois civiles, si ces lois disent qu'il est permis de tuer ceux qui détrui- 
« sent la chevalerie, les voleurs de grands chemins et ceux qu'on 
« trouve la nuit dans sa maison, je dis que monseigneur le duc n'était 
« dans aucune de ces trois conditions, qu'il a toujours aimé les che- 
« valiers, et que d'ailleurs les lois ne permettent pas de tuer les 
« voleurs absolument parlant , mais seulement dans le cas de légitime 
« défense. Lorsqu'on cite pour dixiéme raison, l'Égyptien tué par 
« Moise, je dis que Moise n'avait pas le droit de le tuer et qu'il a péché. 
« Lorsqu'on dit que Phinées tua Zambri et fut récompensé, je réponds 
« quil le fit comme ministre de la loi. Lorsqu'on dit que saint 
« Michel tua Lucifer, je réponds qu'il est ridicule de qualifier de 
« meurtre ce qui ne fut que la privation de la gráce de Dieu et de la 
« gloire du Paradis. Je dis encore que tous ces exemples de meurtres 
« ne peuvent tirer à conséquence, parce que dans l’Ancien Testament 
« beaucoup de choses étaient permises qui sont défendues aujourd'hui. 
« Il est d'ailleurs fort étrange de s'autoriser de ces meurtres anciens 
« pour justifier un assassinat commis injustement et sans autorité. Je 
« puis donc appliquer à la partie adverse ou à quiconque la soutien- 
« drait ces paroles du vingtième chapitre de Jérémie : Confundentur 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. LEE 


« vehementer, quia. non intellezerunt opprobrium sempiternum quod 
« non delebitur. 


412 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« specialiter principes, si parvipendant juramenta et fidelitatem 
« promissam, non sunt veri milites censendi. 

« Dico quarto quod modus occidendi et occisionis est damp- 
«nabilis et infidelis penes cunctos christianos reputandus, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 113 


« En quatrième lieu, je dis que la manière dont le duc a été assas- 
« siné doit être réputée damnable et déloyale par tous les chrétiens. 
« Car on l'a surpris dans un guet-apens, et on ne lui a même pas 
« donné le temps de faire pénitence, ce que la justice séculière ne 
« refuse à personne. Ainsi, ses ennemis auraient pu causer la mort de 
« l'âme en méme temps que celle du corps. Mais il est certain qu'il 
« était'en état de gráce, puisqu'il s'était confessé dévotement quelque 
« temps auparavant. Remarquez, messeigneurs, l'odieuse dissimula- 
« tion de la partie adverse. Le crime commis, elle s'est revétue 
« d'habits de deuil, et elle a conduit la dépouille mortelle du duc jus- 
« qu'au lieu de la sépulture avec de feintes larmes et de faux-sem- 
« blants de douleur. O terre maudite, que ne t'es-tu entr'ouverte 
« alors pour l'engloutir! Que dis-je? lorsque les familiers du feu duc 
« suppliérent messeigneurs les princes d'ordonner une enquéte sur 
« cette mort si cruelle , et d'avoir pour recommandés la duchesse et 
« ses enfants, la partie adverse a dit avec les autres que rien n'était 
« plus juste, et peu de temps aprés elle avouait, en présence du roi de 
« Sicile et du duc de Berri, qu'elle avait commis le crime par des 
« mains étrangères. Mais voyez: elle disait alors que le diable l’y avait 
« poussée ; aujourd'hui elle se contredit sans pudeur, et soutient qu'elle 
« a trés bien fait. Il n'en est pas moins vrai qu'elle a confessé le crime 
« qu'elle ne pouvait nier, et elle eüt pu dire avec le traitre Judas : 
« J'ai péché en livrant le sang du juste. 


« En cinquième lieu, je soutiens que la partie adverse a fait tuer 
« le duc à mauvaise fin, pour dominer dans le royaume, pour distri- 
« buer aux siens les finances de l'État et recouvrer la pension de son 
« père qui lui avait été plusieurs fois refusée. Elle a machiné cette 
« mort pour gouverner seule le royaume, et c'est là la cause première 
« de ce complot criminel, quoi qu'elle en dise. Aprés la mort du duc, 
« ellea exalté ses propres créatures, destitué de leurs offices des gens 

IV. 15 


114 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« Post mortem eciam ducis cepit suos exaltare, ab officiis regiis 
« viros utiles et circumspectos destituere, et precipue regiarum 

« peccuniarum exactores, de peccuniis regiis thesauros accumu- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 1445 


« utiles et capables , principalement les exacteurs des deniers royaux, 
« et amassé aux dépens du trésor royal des richesses, qui, s'il plait à 
« Dieu, ne lui profiteront pas. Ainsi sera vérifiée cette sentence du 
« vingtiéme chapitre de Job : Cum habuerit quod cupierat , possi- 
« dere non poterit. 


_« La sixième raison est que, non content de l'avoir privé, autant 
« qu'il était en lui, de la vie temporelle et spirituelle, il a fait lire 
« contre lui un libelle diffamatoire et plein de mensonges, en l’accu- 
« sant du crime de lése-majesté divine et humaine, pour ternir à jamais 
« sa réputation et celle de sa famille. Il a persévéré dans le péché par 
« obstination d'esprit, et, comme vous le savez, celui qui défend le 
« péché, résiste à -Dieu, en approuvant ce qui déplait à Dieu, et agit 
« contrairement à ces paroles du prophète : Non declines cor meum 
« in verba malitiæ ad ercusandas excusationes in peccatis. C'est là 
« encore une preuve de la cruauté de la partie adverse. 


« J'arrive au troisiéme point principal et aux six accusations con- 
« tenues dans le libelle plein de mensonges et diffamatoire de l'hon- 
« neur dudit duc, et je puis me servir au nom dudit seigneur de ces 
« paroles du prophéte : Judica me, Domine, secundum justitiam 
« meam , et secundum innocentiam meam super me. C'est comme si 
« je disais : Cette requéte est si raisonnable, que vous ne devez pas la 
« rejeter. À la premiére accusation, dans laquelle l'orateur de la par- 
« tie adverse a dit que le duc a commis le crrme de lése-majesté divine 
« au premier degré en pratiquant des sortiléges et en s'adonnant à 
« l'idolátrie au mépris de la foi, je réponds que c'est fausseté et impos- 
« ture, et que le duc a toujours vécu en bon chrétien et n'a jamais 
« rien fait contre la foi catholique. Ce qui le prouve, c'est que, non- 
« obstant les plaisirs et les divertissements auxquels il se livrait, il fut 
« toujours occupé d'oeuvres de miséricorde et qu'il s'approchait souvent 
« du tribunal de la pénitence. Le samedi méme qui précéda sa mort , 





416 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« sepissime devotam confessionem frequentare. Ipsam et die 
« sabbati ante infaustum suum casum cum multis signis contri- 
« cionis peregit , testibusque duce Borbonii et multis religiosis 
« viris promisit ipsa die quod deinceps juvenilia evacuans 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 417 


« il se confessa avec tous les signes d'une parfaite contrition, et pro- 
« mit, en présence du duc de Bourbon et de plusieurs religieux, de 
« renoncer désormais à ses écarts de jeunesse, de consacrer tout son 
« temps au gouvernement du royaume et de s'y comporter de maniére 
« à contenter tout le monde. C'est pour cela sans doute que la partie 
« adverse, craignant de voir diminuer son autorité, s'est tant hátée 
« de se défaire de lui. Cependant je ne désespère pas de son salut; car, 
« comme dit l'Écriture : Justus etsí morte præoccupatus fuerit, anima 
« ejus in refrigerio erit. Chacun le reconnaîtra pour bon chrétien, et 
« la partie adverse elle-méme, si elle veut se rappeler avec quelle dévo- 
« tion il entendait la messe et disait chaque jour les heures canoniales. 
« Mais, à l'exemple des Pharisiens, qui traitaient Jésus-Christ de dé- 
« moniaque, elle attribue tout cela à la feinte et à l'hypocrisie, vou- 
« lant pénétrer le secret des consciences humaines, que les anges 
« eux-mêmes ne connaissent pas; car, suivant le prophète : Ze Sei- 
« gneur seul sonde les cœurs et les consciences. Elle reconnaitra 
« encore cette vérité, si elle songe à toutes les largesses qu'il a faites 
« aux pauvres et aux églises par son pieux testament. Elle ne dira plus 
« alors qu'il est sorcier, idolátre, criminel de lése-majesté divine. Son 
« défenseur s'en remet en cela au jugement de Dieu; il sait cependant 
« que la justice humaine punit ce crime. Mais peut-étre a-t-il passé 
« rapidement sur ce sujet, comme sur des charbons ardents, parce 
« qu'il savait que sous ce rapport son maître n'était pas irréprochable. 
« Áinsi madame la duchesse peut dire de son époux ce qui est écrit au 
« vingt-deuxiéme chapitre de Job : Salvabitur innocens in munditia 
« manuum suarum. 


« La seconde accusation portée contre monseigneur le duc, c'est 
« qu'il était fauteur du schisme et qu'il a commis le crime de lése-ma- 
« jesté divine au second degré, en donnant aide et conseil à Pierre de 
« Luna. Je réponds que cette accusation est fausse et calomnieuse, 
« qu'il ne l'a jamais fait qu'à bonne fin. Il savait en effet qu'il eût été 
« plus avantageux pour notre obédience d'obtenir que Pierre cédát , 


y" 


448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« sciebat partem obediencie sue honorem acquisivisse majorem, 
« si Petrus, ut promiserat, cessisset, quam si substraheretur 
« sibi obediencia. Substractionem et neutralitatem differebat; 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 119 
« ainsi qu'il l'avait promis, que d'en venir à lui soustraire l'obéis- 
« sance. Voilà pourquoi il différait la soustraction et la neutralité ; en 
« homme prudent et sage, il disait qu'il valait mieux attendre un peu 
« que de trop presser ledit Pierre, qui céderait sans doute de lui- 
« méme, et il s'en réjouissait dans l'espérance qu'il en résulterait pour 
« lui des avantages temporels et spirituels. Vous n'ignorez pas, rec- 
« teur et vous révérends maîtres ici présents, combien il avait à cœur 
« l'union de l’Église, Car lorsqu'il apprit par vous que celui de Rome 
« refusait de se rendre à Gênes ou à Savone, croyant que cela prove- 
« nait de ce qu'on n'avait pas offert des süretés suffisantes, il vous pro- 
« posa de lui donner un de ses fils en otage, et il l’eût fait réellement, 
« s’il eût vécu plus long-temps. Ainsi, 6 partie adverse , tes assertions 
« sont contraires à la vérité, et il est également faux que ledit duc, 
« comme tu le prétends, ait consenti à l'envoi de cette excommunica- 
« tion injurieuse ; car il conseillait au roi d'obéir à Pierre, et l'excom- 
« munication n'aurait eu d'effet qu'autant que le roi ne lui aurait pas 
« obéi. Tout le monde sait d'ailleurs que ledit Pierre ne prenait con- 
« seil que de lui-même; et l'on peut encore se convaincre que ce n'est 
«pas à la demande du duc qu'il a fulminé son excommunication, 
« puisqu'il ne l’a publiée qu'aprés sa mort, au moment où le duc n'y 
« avait plus aucun intérét. Aussi peut-on dire en faveur de l'innocence 
« du duc : Os peccatoris et os dolosi super me apertum est. 


« On allégue, pour troisième chef d'accusation , que monseigneur 
« leduc a machiné la perte du roi, premiérement par sortiléges, en- 
« chantements et maléfices, secondement par breuvages empoisonnés, 
« troisiémement par les armes, l'eau, le feu et par d'autres moyens 
« violents, et qu'ainsi il a commis le crime de lése-majesté au premier 
« degré. Quant au premier moyen, qui est d'avoir pratiqué un maléfice 
« avec l'assistance d'un certain moine et de ses compagnons, etc., 





120 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« ope cujusdam monachi et suorum consodalium, etc., contra 
« veritatem loquutus est. Nam videatur processus per regis con- 
« siliarios factus contra illos, dominus dux minime reperietur 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 121 


« c'est chose contraire à la vérité. Qu'on examine le procès qui fut 
« instruit contre eux par les conseillers du roi, on n'y trouvera au- 
« cune charge contre monseigneur le duc; on verra méme qu'il dé- 
« fendit au moine d'avoir recours à:un art prohibé. Quant à l'os du 
« pendu, c'est assurément une pure invention; car le motif pour lequel 
« le chevalier fut condamné à l'exil et banni n'est que trop notoire par 
« le proces qui lui fut fait au Parlement. Jamais d'ailleurs il n'avait 
« été fait mention de cette infamie avant que le chevalier l’eût pu- 
« bliée contrairement à la vérité, et son témoignage n’est d'aucune 
« valeur, vu la haine invétérée qu'il a toujours eue contre le défunt. 
« Et voyez, messeigneurs, si le défenseur de la partie adverse a tenu 
« un langage qui convienne à sa profession en commençant son libelle 
« par des suppositions de sortiléges et d'autres accusations semblables, 
« toutes fausses et calomnieuses. Mais ce qu'il y a de plus étonnant, 
« c'est qu'un théologien ait osé dire que lesdits maléfices ont sorti 
« leur effet en la personne du roi. De telles assertions poürraient in- 
« duire les hommes en erreur. Vous devez donc, révérends maîtres 
« en théologie, empécher qu'on écrive ou qu'on lise publiquement 
« de pareilles choses, et punir le théologien qui affirme l'efficacité 
« des sortiléges. Il est étrange qu'il ait osé charger de ce crime 
« monseigneur le duc, qui eut toute sa vie les sortiléges tellement en 
« horreur, qu'il fit arréter et condamner à mort pour cause de sor- 
« cellerie maître Jean de Bar et les deux Augustins apostats. Quant 
« à ce que le seigneur de Milan aurait dit à sa fille, au moment de 
« son départ, qu'elle serait un jour reine de France, cela est faux; 
« car le regret qu'il avait de la quitter ne lui permit pas méme de 
« lui dire adieu. Quant à la réponse qu'il aurait faite au messager: 
« du roi, c'est une pure invention, car il recevait toujours avec 
« les plus grands égards les envoyés du roi, leur faisait bonne chére 
« et les comblait de présents en signe d'amitié. Quant aux griefs im- 
« putés au saint homme Philippe de Maizières, ils sont également 
« faux; il était entré aux Célestins long-temps avant le mariage du 
« duc. J'en dirai autant des prétendues sommes d'argent. distribuées 
« par le duc à certaines personnes pour empoisonner le roi. Si cela 
Iv. 16 





122 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« signum amicicie mutue. De impositis autem sancto viro Phi- 
«lippo de Maseriis, id falsum est; nam diu cum Celestinis 
« manserat, antequam dux nuberetur. Idem dicam de hiis quos 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 423 


« eût été vrai, elles n'eussent pas gardé le silence jusqu'a présent. 
« D'ailleurs ledit duc, qui était sous le gouvernement de ses oncles, 
« n'était pas assez riche pour promettre tant d'argent; ses oncles 
« ne l'eussent pas méme permis. Quant aux poudres empoisonnées 
« dont on prétend qu'il a fait usage chez la reine Blanche, c'est aussi 
« une imposture, comme peuvent l'attester beaucoup de personnes 
« encore vivantes qui assistèrent à ce festin. Il n'est pas vrai non plus 
« que l'aumónier de ladite reine perdit ses cheveux, etc. ; car depuis 
« ce jour il vécut encore six ans en parfaite santé. Ainsi je puis répé- 
« ter pour la défense de monseigneur le duc ces paroles du septiéme 
« chapitre de Jérémie : Ecce vos confiditis in sermonibus mendaci, 
« sed non proderunt vobis. 


« On ajoute que le duc a voulu faire périr le roi par le feu : c'est une 
« nouvelle calomnie. Car, comme il était tres jeune , il ne put trouver 
« d'habit qui convint à sa taille; autrement, il eût pris part ausai à la 
« mascarade, et il est évident que, s'il avaitfait mettre le feu aux véte- 
« ments des personnes travesties, il ne l'aurait pas fait à mauvaise 
« intention, puisqu'il aurait ordonné qu'on mit le feu aux siens, s'il 
« avait été travesti. On reproche encore au duc ses alliances avec Henri 
« duc de Lancaster. Je réponds que le traité qu'ils conclurent fut lu 
« eri présence de tous les conseillers du roi et approuvé par eux , parce 
«.quil ne portait aucun préjudice aux rois ni à leurs enfants, et 
« J'ajoute que le duc ne l'avait pas conclu en baine.du roi Richard, 
« qui était formellement excepté en sa qualité de roi. Quant à ce qu'on 
« allégue qne ledit duc a excité Pierre de Luna à fulminer des bulles 
« au préjudice de monseigneur le roi, c'est chose absurde et peu 
« croyable; et ce qui prouve qu'il n'a pas favorisé ledit Pierre, c'est 
« qu'il a offert de donner son fils en otage pour háter le rétablissement 
« de l'union, c'est qu'il a le premier proposé que, si les deux préten- 
« dants ne voulaient pas comparaître en personne au concile, ils en- 


424 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« nem filium suum obsidem dare voluit, et primus practicaverit, 
« riisi ambo côntendentes vellent personaliter comparere, pro- 
« curatores mitterent ad consilium pro se ipsis; quod Petro 
« multum displicuit. Sicque innocencia domini ducis patet, 
« quam dignemini, serenissime rex, per justiciam conservare, 
« quia scribitur Job tercio decimo : Justicia custodit innocentis 
« VIA. | 

« Cum autem proponens dixit in quarta accusacione, quod 
« reginam apud Lucemburgum voluit ducere fraudulenter, hoc 
« falsum est, quoniam omnibus modis quibus potuit ipsi regine 
« humiliter et fideliter servivit. Et quia ipsa scit quod verum 
« est, per ipsam poterit sciri contrarium proponentis; et ideo 
« de hoc non loquar amplius. | 

« Quo ad accusacionem quintam, quod dominus dux com- 
« misit crimen lese majestatis in tercio gradu, scilicet in perso- 
« nam domini Dalfini per pomum venenosum et intoxicatum 
« sibi missum, dico quod illud pomum nunquam fuit domino 
«'Dalfino missum , nec ex morsu illius filius ducis mortuus est. 
« Nam phisici certificabunt eumdem non per venenum sed 
« ex fluvio ventris diem extremum clausisse. Et quia loquitur 
« pars adversa de porno, certe ipse est qui momordit pomum 
« collectum in arbore sciencie, vetitum sub pena mortis, 
« sicut Adam prothoplastus, quando ex arbore sciencie, rege 
« scilicet Karolo, dominum ducem procedentem dure momordit, 
« ipsum crudeliter occidendo. Sed vere deceptus fuit, ut Adam 
« et Eva per serpentem, quia dyabolus sibi et actoribus sceleris 
« sugessit quod eo interfecto essent sicut Dii in regno et 
regerent totum regnum; sed tandem decipiuntur, quia de 
« Paradiso terrestri, id est ab omni dominio temporali, priva- 
« buntur per Dei graciam atque justiciam regis. 


^ 


CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXIX. 4195 


« voyassent en leur nom des procureurs ; ce qui déplut fort à Pierre. 
« Peut-on douter aprés cela de l'innocence de monseigneur le duc? 
« Qu'il vous plaise, sérénissime roi, de la protéger par votre justice ; 
« car il est écrit au treiziéme chapitre de Job : Justitia custodit inno- 
« centis viam. | 


« La quatrième accusation de la partie adverse est que le duc a 
« voulu emmener frauduleusement la reine dans le Luxembourg. Cela 
« est faux; car il a toujours servi la reine humblement et fidelement 
« autant qu'il l'a pu. Elle sait que c'est la vérité et elle pourra vous 
« l'assurer elle-même C'est pourquoi je n'insiste pas sur ce point. 


« Quant à la cinquième accusation, à savoir que monseigneur le 
« duc a commis le crime de lése-majesté au troisième degré contre la 
« personne de monseigneur le dauphin, en lui envoyant une pomme 
« empoisonnée, je réponds que cette pomme n'a jamais été envoyée à 
« monseigneur le dauphin, et que le fils du duc n'est pas mort pour 
« en avoir mangé. Les médecins attesteront qu'il a succombé, non pas 
« au poison, mais à une dyssenterie. Et puisque notre adversaire parle 
« de pomme, je dirai que c'est bien lui qui, comme Adam notre pre- 
« mier pére, a mangé la pomme de l'arbre de science, qu'il lui était 
« défendu de cueillir sous peine de mort, lorsqu'il a si méchamment 
« etsi cruellement assassiné monseigneur le duc, rejeton du roi Charles, 
« que l'on peut justement comparer à l'arbre de science. Toutefois il a 
« été abusé, comme Adam et Ève le furent par le serpent. Le diable 
« lui avait persuadé, à lui et à ses complices , qu'une fois le duc mort, 
« ils seraient puissants comme des dieux et régleraient tout à leur gré 
« dans le royaume. Mais ils se trouveront bien frustrés dans leurs espé- 
« rances puisque, por la grâce de Dieu et la justice du roi, ils seront 
« exclus du Paradis terrestre, c'est-a-dire de tout domaine temporel. 





126 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XXIX. 

« Cum autem in sexta accusacione qui proponebat. dicebat 
« ducem crimen lese majestatis in quarto gradu commisisse 
« regem atque regnicolas expoliando financiis, tenendo pugiles 
« armatos sine causa in dampnum maximum regni, et collectas 
« peccuniales et intollerabiles super plebem statuendo, certum 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 121 
« J'arrive enfin à la sixième accusation, où l'on prétend que le duc 
« a commis le crime de lése-majesté au quatriéme degré , en dilapidaut 
« les finances du roi et du royaume, en mettant sur pied des gens de 
« guerre sans motif, au grand détriment du royaume, et en établis- 
« sant des contributions intolérables sur le peuple. Chacun sait que, si 
« des collectes générales ont été décrétées par le conseil du roi, c'était 
« pour subvenir aux besoins du royaume et pour payer aux infidéles la 
« rancon de la partie adverse. C'est aussi la partie adverse qui a fait 
« derniérement venir en France des hommes d'armes étrangers, qui ont 
« causé cent fois plus de dommage au royaume que les gens de mon- 
« seigneur le duc. Pour ce qui est de l'argent pris dans la tour du Palais, 
« c'est par ordre du roi qu'on en a disposé : les gardiens du trésor le 
« savent bien. Quant aux cent mille francs pris à Melun, ils ont été 
« distribués aux troupes qu'il a fallu rassembler contre la partie ad- 
« verse, qui , aprés.avoir ramené de force à Paris monseigneur le 
« dauphin, marchait sur Melun en appareil de guerre; madame la 
« reine et le duc étaient déterminés à se défendre et à repousser la 
« force par la force. Quant aux bandes de brigands qui ont infesté le 
« royaume, elles ne servaient pas sous les banniéres du duc, et lui- 
« méme a proposé à plusieurs reprises de les chasser, et obtenu que 
« l'ordre en füt donné par lettres royales aux baillis et justiciers du 
« royaume. 


« O vous, sérénissime reine, trés excellent duc de Guienne, et vous, 
« illustres princes, ue prétez point l'oreille à ces accusations fausses, 
« frivoles et calomnieuses, qui n'ont aucun fondement, et que la fin 
« tragique de ce noble duc excite votre compassion. Pleurez donc, trés 
« excellent roi, pleurez dans l'amertume de votre cœur, la mort de 
« votre frère unique si ignominieusement assassiné. Que l'auguste reine 
« et monseigneur le duc de Guienne unissent leur douleur à la vótre; 
« car ils ont perdu un prince qui les honorait et les aimait sincère- 
« ment, et dont les conseils leur étaient souvent utiles dans le gouverne- 


128 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« summo studio hos honorabat et amabat, et cujus consilio in 
« disponendis arduis singulariter utebantur. Dies continuetis 
« in lamentis, domine dux Biturie, quod ob hoc solum inte- 
« rierit nepos vester dilectissimus, quia frater regis erat. Ne 
« recusetis deflere, domine dux Britanie, tam dilectum avun- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 429 


« ment des affaires. Passez votre vie dans les larmes, monseigneur le 
« duc de Berri; votre neveu bien aimé n'a été mis à mort que parce 
« qu'il était le frère du roi. Pleurez aussi, monseigneur le duc de Bre- 
« tagne, un oncle qui vous chérissait autant que vous le chérissiez. 
« Pleurez, monseigneur le duc de Bourbon ; l'objet de vos plus chéres 
« affections est enfermé pour toujours dans la tombe. Pleurez, vous 
« tous, princes et barons ; car la voie est ouverte aux trahisons, et le 
% bras des assassins pourra arriver jusqu'à vous. Vous aussi , nobles et 
« clercs, hommes et femmes , jeunes et vieux, pleurez la triste fin de 
« celui qui travaillait de tout son pouvoir au bien et à la tranquillité 
« du royaume. N'embrassez pas la cause de la partie adverse; soute- 
« nez plutót contre le meurtrier le parti de la justice. Car, par le 
« damnable homicide qu'il a commis, il a privé le roi et la famille 
« royale d'un puissant soutien et jeté l'État dans une grande confusion. 
« Oubliant ce qu'il devait au sang dont il était issu, ila violé sans 
« pudeur son serment de fidélité, ses traités et ses engagements, et 
« maintenant encore il veut soutenir son crime les armes à la main. 
« Tant de forfaits ne sauraient étre réparés que par la justice. C'est 
« pourquoi madame d'Orléans vient avec ses fils vous supplier de 
« faire droit à sa requéte et de réparer l'outrage fait à sa famille de la 
« maniére qu'elle vous fera connaitre tout à l'heure par son conseil. 
« Ce faisant, vous acquerrez la vie éternelle; car, comme dit le 
« sage au vingt et uniéme chapitre des Proverbes : Celui qui suit la 
« Justice trouvera la vie et la gloire, que je vous souhaite... » 


IV. 17 


130 CHRONICORUM KAROLT SEXTI LIB. XXIX. 


CAPITULUM XVIII. 


Conclusiones facte eontra ducem Burgundie in presencia domini ducis Guyenne. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 494 


CHAPITRE XVIII. 


"-- 


Conclusions prises contre le duc de Bourgogne en présence de monseigneur 
le due de Guienne. 


Quand le vénérable abbé eut fini de parler, l'avocat de la du- 
chesse' s'avanca au milieu de l'assistance , et rappelant l'exemple du 
fils de la pauvre veuve ressuscité par Jésus-Christ, il adressa au roi 
ces paroles du septième chapitre de l'évangile selon saint Luc : Hcc 
vidua erat; quam quum vidisset Dominus, misericordia motus est 
super eam. ll dit que ces paroles pouvaient être appliquées à la du- 
chesse, qui était veuve et demandait justice de la mort cruelle de son 
mari; il démontra par beaucoup d'autorités, de raisons et exemples 
que le roi était tenu de satisfaire à sa requête, et termina ainsi * 

« Prince sérénissime, le but auquel tendent madame la duchesse 
et ses fils, c'est d'obtenir réparation d'un si exécrable attentat. Lais- 
sant à votre procureur le soin de prendre des conclusions crimi- 
nelles, ils posent des conclusions civiles qu'ils supplient humblement 
votre majesté de daigner faire mettre à exécution. 


« Ils demandent d'abord que le duc de Bourgogne, appréhendé au 
nom du roi , soit amené à certain jour au cháteau du Louvre, en pré- 
sence de notre sire le roi, de monseigneur le duc de Guienne, de tous 
les princes de la maison royale de France et d'un grand coneours 
de peuple, sans ceinture ni chaperon pour plus d'humiliation, en 
compagnie d'antant de ses gens qu'il leur plaira. Là, prosterné à 
genoux devant madame la duchesse et ses enfants, il déclarera et con- 
fessera à haute voix qu'il a fait assassiner méchamment, damnable- 
ment et traitreusement monseigneur le duc d'Orléans, qu'il y a été 
poussé par jalousie et par ambition, et non par un autre motif, quoi 
qu'il ait pu dire ou faire publier à l'encontre aprés le meurtre, dans 
l'intention d'excuser et de justifier son crime. Il ajoutera que tout ce 


! Guillaume Cousinot. 
* Le discours de Guillaume Cousinot est rapporté tout au long dans Monstrelet 





132 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

trarium post facinus perpetratum, credens sic justificare et 
illud cooperire. Addat et quidquid proponi fecit, fuit menda- 
cium adinventum, et ideo super istis generalibus et particula- 
ribus offensis penitet, et sibi displicet, veniamque petit domine 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 433 


qui a été dit par son ordre n'est que mensonge et fausseté, qu'il se 
repent de toutes ces offenses en général et de chacune d'elles en par- 
ticulier, qu il en a du regret et en demande pardon à madame la 
duchesse et à ses enfants , les suppliant humblement de lui faire gráce; 
qu'il ne connaissait rien que d'honnéte et de louable dans la personne 
de monseigneur le duc d'Orléans, qu 1l révoque et rétracte tout ce 
qu'il a fait dire a l'encontre. 


« Jtem , cela fait, il sera conduit au Palais, puis à l'hótel royal de 
Saint-Paul, où il lira publiquement lesdites déclarations en présence 
de la duchesse et de ses enfants. Il sera mené ensuite au lieu où a 
été commis le cruel homicide, et y restera à genoux jusqu'à ce que 
les prétres qui auront été appelés aient récité les sept psaumes avec la 
litanie et les oraisons qui suivent pour l’âme dudit duc; aprés quoi il 
baisera la terre, en demandant pardon, comme ci-dessus; à madame 
la duchesse et à messeigneurs ses enfants. 


« Jtem , il sera fait des lettres royales contenant les propres termes 
des humiliations et des réparations susdites, et ces lettres seront en- 
voyées à toutes les principales villes du royaume, et publiées par 
ordre du roi à son de trompe. Et pour plus de notoriété, il en sera 
dressé des copies qui seront répandues en tous lieux. 


« Jtem , en réparation desdites offenses et pour en perpétuer le sou- 
venir, toutes les maisons de là partie adverse , en quelque lieu qu'elles 
se trouvent , seront détruites et rasées de fond en comble , et sur l'em- 
placement de chacune d'elles sera élevée une croix de pierre, à laquelle 
sera suspendu un écriteau indiquant la cause de la démolition. Cela 
sera fait spécialement au lieu oà a été commis l'exécrable homicide. 
La maison d'oà sont sortis les infámes assassins sera pareillement dé- 
truite avec toutes les maisons adjacentes , et sur l'emplacement desdites 
maisons sera fondé, moyennant la somme de mille livres de rente - 
amortie, un collége de six chanoines et d'autant de vicaires , qui chan- 





134 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

detur collegium , ubi sint sex canonici et vicarii totidem , qui 
cotidie sex missas pro ducis anima et horas canonicas cantent; 
idque fiat sumptibus partis adverse, superque portam dicti 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 4135 


teront tous les jours six messes avec les heures canoniales pour l'àme 
du duc. Cette fondation sera fajte aux frais de la partie adverse, et la 
cause en sera énoncée en grosses lettres au-dessus de la porte dudit 
collége. Il sera fondé également et pour le méme motif, en la ville 
d'Orléans, aux frais de la partie adverse, douze prébendes de cha- 
noines et douze de vicaires, dont la collation appartiendra à ladite 
dame et à ses héritiers. Ledit duc de Bourgogne sera tenu en outre de 
bâtir deux chapelles à Jérusalem et à Rome et de les doter de revenus 
suffisants pour qu'il y soit dit chaque jour une messe à l'intention dudit 
duc. 


« Jtem, il sera tenu de payer un million d'écus d'or pour fonder des 
hópitaux et Hótels-Dieu, et faire des aumónes aux pauvres. Tout ce 
qu'il posséde sera mis en la main du roi, pour étre vendu réellement 
et de fait. La partie adverse restera en prison, jüsqu'à ce que toutes 
lesdites choses soient accomplies. 


« Jtem , aprés l'accomplissement desdites choses, il sera envoyé en 
exil outre mer, pour y pleurer ses fautes pendant vingt ans, et aprés 
son retour , il devra toujours se tenir à cent lieues au moins du roi et 
de la famille royale. Il sera de plus condamné à d'autres amendes 
pécuniaires , suivant le bon plaisir du conseil du roi, et suivant l'énor- 
mité de son crime. Il remboursera, comme il est juste, les frais et 
dépens du procès à madame la duchesse, qui requiert finalement que 
le procureur du roi prenne, selon l'usage, des conclusions crimi- 
nelles en son nom et au nom de ses enfants. » 


Lorsque l'avocat eut fini, le duc de Guienne, qu'on avait instruit 
de ce qu'il avait à dire, prononca ces paroles, en s'adressant à la du- 
chesse et à ses cousins : « Nous et tous les princes du sang, ici pré- 
« sents, agréons la justification de notre oncle, et le tenons pour 
« excusé et déchargé de tout grief. Quant à Ja requête que vous avez 


136 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« provisio sufficiens vobis fiet. » Et sic solutum est illud parla- 
mentum. 


CAPITULUM XIX. 


Post propositum ducis Aurelianensis quid actum est contra ducem Burgundie, 


| CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 437 
« présentée, il y sera fait droit en justice, comme il convient. » Aprés 
cela , l'assemblée se sépara. 


CHAPITRE XIX. 


Ce qui fut fait contre le duc de Bourgogne , aprés la justification du duc d'Orléans. 


Les jours suivants, il se tint encore plusieurs conseils à ce sujet dans 
Ja grande salle du château royal du Louvre, qu'on avait environnée de 
gens d'armes. Après de mûres délibérations, auxquelles prirent part 
la reine de France, les rois de Sicile et de Navarre et tous les princes 
du sang qui portaient une haine implacable au duc de Bourgogne, 
on procéda contre lui en toute rigueur. Sans avoir égard aux lettres 
royales de réconciliation et de pardon qui lui avaient été accordées, 
on résolut de mander de tous cótés des gens de guerre pour lui courir 
sus comme ennemi de l’État, et l'on fit garder soigneusement les ponts 
et les ports du diocése de Paris, afin que ni le duo ni ses envoyés ue 
pussent approcher du roi. Lesdits seigneurs, alarmés aussi de l'affec- 
tion que les Parisiens lui témoiguaient, établirent aux portes de la 
ville quelques-uns de leurs gens pour y faire le guet nuit et jour. Ceux 
qui étaient dans l'intérieur de la ville ne se montraient qu'en armes 
dans les rues, comme s'ils eussent craint à tout moment de voir arri- 
ver les ennemis du royaume. Cet état de choses imaccoutumé inspirait 
beaucoup de terreur et d'épouvante aux bourgeois. 


Sur ces entrefaites, vers le milieu d'octobre, le brnit se répandit 
que la reine et lesdits seigneurs avaient parlé de faire enlever les 
chaines des rues. Bien que ce bruit n'eüt aucun fondement, comme 
on le reconnut plus tard, quelques gens, dont on n'a jamais su les 
noms, jetérent furtivement chez le prévót des marchands de Paris 
des lettres closes, contenant la menace d'un soulévement prochain 
dans la ville. Elles lui étaient adressées au nom de tous les bourgeois 
et étaient ainsi conçues : « Prévót des marchands, nous avons appris 

IV. 18 





138 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

intitulata erat, sed infra taliter scriptum : « Mercatorum pre- 
« posite, sufficienter fuimus informati quod vos et complices 
« vestri, quos nuper destinavimus ad reginam , dum Meleduno 
« degebat, eidem multa nephandissima et mendosa, ut prodi- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 4139 


« de bonne part que vous et vos complices, que nous avons naguére 
« députés à Melun vers la reine, lui avez débité traîtreusément les 
« plus infámes calomnies contre les habitants de Paris. Qu'il vous sou- 
« vienne d'Étienne Marcel, l'un de vos prédécesseurs, qui fut igno- 
« minieusement massacré et mis en piéces par ses concitoyens en puni- 
« tion de sa félonie contre la ville. Sachez que pareil chátiment vous 
« sera bientôt infligé, pour les mêmes motifs, à vous et à ceux de votre 
« faction. » 


Cette nouvelle s'étant répandue partout, messire Arnaud de Corbie, 
chancelier de France, et les conseillers du roi en furent justement 
alarmés. Afin de prévenir une sédition qui pouvait avoir les plus 
funestes conséquences, ils demandèrent à la reine et obtinrent à grand” 
peine que le prévót de Paris füt autorisé à se faire suivre dans les 
rues par une escorte de gens armés. Il n'était pas à craindre, disaient- 
ils, qu'il troublát le repos des citoyens paisibles; il réprimerait au 
contraire au nom du roi toutes les tentatives de désordre qui pour- 
raient éclater. De sages mesures maintinrent le bon ordre parmi les 
troupes cantonnées à Paris; mais celles du dehors exercaient de tous 
cótés d'intolérables brigandages, et suivant leur coutume ne se fai- 
saient aucun scrupule de prendre tout ce qui pouvait s'emporter, répé- 
tant partout qu'il leur était permis de s'indemniser ainsi de leurs 
fatigues-et de leurs dépenses. En conséquence la reine manda les plus 
riches et les plus notables bourgeois et les pria tous en particulier de 
lui fournir à titre de prét l'argent nécessaire pour solder les troupes. 
Chacun s'en excusa humblement sous diverses raisons. Il y en eut 
méme qui dirent que ce grand rassemblement de troupes leur sem- 
blait inutile, puisque le royaume n'avait point de guerre à soutenir. 
Ces remontrances déplurent fort à la reine; toutefois elle dissimula 
son mécontentement, et chercha à se venger des Parisiens, en avisant 
au moyen de les priver de la présence du roi. 





140 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


consilia statuit celebrare ad sciendum qualiter regis presencia 
valeret eos privare. 


CHRONIQUE DE CHARLES Vl. — LIV. XXIX. — 144 


CHAPITRE XX. 


Comment le comte de Hainaut ravagea le pays de Liège. 


Tandis que le royaume était ainsi agité par la discorde civile, Jean, 
duc de Bourgogne , qui avait pris congé du roi dés le mois de mars, 
était dans le duché de Brabant à la tête d'une armée nombreuse de 
Picards et de Bourguignons, prét à marcher au secours de l'évéque 
élu de Liége, son vassal, assiégé par les Liégeois; ce qui était plus 
important pour lui que s'il eüt secouru ses fréres ou ses cousins. Le 
comte de Hainaut avait aussi fait de grandes levées d'hommes dans 
son comté et dans ses états de Hollande et de Frise, afin de venger les 
outrages qui avaient été faits à son frére Jean de Baviére par ses 
sujets , et de forcer les Liégeois ii abandonner le siége. Ceux-ci avaient 
conclu , sous la foi du serment, avec l'élu de Liége ün traité par lequel 
ils lui fixaient un terme pour qu’il se fit conférer les ordres sacrés. 
Puis, violant ce traité au mépris des-droits les plus sacrés méme chez 
les nations barbares, ils l'avaient destitué et avaient élu à sa place le 
fils d'un seigneur du pays, nommé le sire de Perweis, qui s'était mis 
à la téte de la révolte. Ce nouveau chef, ayant rassemblé cinq cents 
chevaux et quaraute mille hommes d'infanterie légére, qui portaient 
une haine mortelle à Jean de Baviére, avait commencé le siége de 
Maéstricht *. Il avait dressé ses tentes tout autour de cette ville, envi- 
ronné son camp d'un fossé trés profond, occupé toutes les avenues, et 
serré de si prés la place, surtout la partie qui obéissait à l'évéque, que 
les assiégés ne pouvaient ni sortir des murs ni recevoir des vivres du 
dehors. Maéstricht, située dans une plaine que traverse la Meuse, 
renfermait une population belliqueuse et était défendue par d'épaisses 
murailles flanquées de tours hautes et massives. Les habitants y fai- 


' Voir ci-dessus chap. xi, page 55. 


442 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

valde dempsis, opere solido compactis, insignis admodum et 
munita; quam et urbani cura precipua die noctuque custodie- 
bant , deputatis alternatim vigiliis; majoresque, vicissim custo- 
dientes vigiles, menia perlustrando noctes in parte plurima 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 143 


saient bonne garde nuit et jour, sous la surveillance des principaux de 
la ville, qui passaient presque toutes les nuits à parcourir les remparts 
et à inspecter les postes. Quoique l'élu de Liége ne fût pas assez fort 
pour prendre l'offensive, il avait surpris plusieurs fois l'ennemi par 
des sorties imprévues, s'était battu vaillamment et avait souvent 
, Obtenu l'avantage. 


Lorsque le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut arrivérent, 
il y avait déjà quatre mois que ledit élu résistait avec courage à tous les 
assauts. Les assiégeants, bien que trés nombreux , avaient néanmoins 
des vivres en telle abondance, qu'ils vivaient dans leur camp comme 
s'ils eussent été chez eux. C'est pourquoi le duc Jean, qui comme le plus 
puissant avait le commandement en chef de l'armée et la direction 
supréme de la guerre, résolut, de concert avec le comte de Hainaut 
son beau-frère, de recourir d'abord à la voie des négociations pour 
faire lever le siége. Le duc était de petite taille, 


Mais dans son faible corps régnait un grand courage. 


Doué d'un esprit pénétrant et d'un coup d'oeil sûr, mais n'ayant pas 
une grande facilité d'élocution, il brillait plus par la sagesse de ses 
conseils que par l'élégance de son langage. On envoya donc d'après 
son avis vers le sire de Perweis, chef des rebelles, un messager qui 
lui représenta avec douceur, de la part du duc et du comte, les incon- 
vénients des discordes civiles toujours si funestes et si redoutables aux 
plus puissants états, et plus ruineuses pour les peuples que les guerres 
étrangères, la famine et les maladies. Il lui conseilla de renoncer à 
ses desseins, de permettre aux habitants de retourner à leurs affaires et 





144 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX, 


morbive, abstinerent. Addidit ut negociacioni et aliis mecha- 
nicarum arcium officiis sineret plebem vacare, et tanquam 
bonus subditus fidelitatem erga electum et pacem mutuam in- 
dissolubiliter servaret, melius concludens visum bellum ipsum 
amoveri, si posset, et obsidionem solvi, et insignes dominos 
accedentes pocius pace quam armis cognosci. Adjecit et factu 
optimum legatos ad ipsos mittere, qui super statu rei publice 
colloquii loci ad id ac temporis opportuni electionem offerrent. 
Miti legacioni ab hoste secordius responsum inquiente , et si 
nil sibi commune esset cum ducibus, nec se tamen pacem , quam 
afferebat nuncius, aspernari, dum tamen Johannes de Bavaria 
indempnis mox ad eos rediens sinat episcopum novum patrie 
libere dominari, his condicionibus paratum se obsidionem 
solvere, fedus quoque pacificum ferire cum ducibus; et, si hoc 
displiceat, legatum ad se redire vetuit : « Quoniam, inquit, quot- 
« quot ibi convenimus in mortem dicti Johannis conspiravimus; 
« nec effugiet in finalibus manus nostras. » À superbia verbali 
iterum ad contemptum procedens mittencium , ut eos amplius 
ad iracundiam provocaret, ex superhabundanti copia pugnato- 
rum quosdam misit, qui ex urbe de Touin exeuntes per Hano- 
niensem patriam discurrerent ubique laxando omnis generis 
crudelitatis habenas. 
. Sic gemino aculeo domini stimulati ad vindictam non imme- 
rito accinguntur; quam de communi decreto comes Hanonie 
cum trecentis Picardis, quingentis quoque ex Hanonia, Hol- 
landia et Frisia oriundis, quorum magna pars gregariorum et 
serviencium levis armature erat, exequendam suscepit, Quos 
omnes furore accensos, cum usque ad Hasbain , regionis illius 
uberiorem partem , messis tempore perduxisset, mox jncendia- 
rii ubique destinantur, qui longe lateque per patriam grassando 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 145 
à leurs métiers, l'engagea à garder la fidélité qu'il devait à l'élu età 
vivre en paix avec lui comme un bon et loyal sujet , et lui fit entendre 
qu'il fallait prévenir la guerre, s'il était possible, en levant le siége, 
et rechercher l'amitié des illustres seigneurs qui s'approchaient plutót 
que de les braver. Il ajouta qu'il ferait bien de leur envoyer des ambas- 
sadeurs, pour leur demander une entrevue et les prier de fixer un 
lieu et un jour à cet effet. 


Le sire de Perweis répondit avec insolence à ce message pacifique, 
que, bien qu'il n'eüt rien de commun avec les ducs, il ne repoussait 
point les ouvertures de paix qui lui étaient faites, mais qu'il deman- 
dait que Jean de Baviére vint dans son camp sous la foi d'un sauf-con- 
duit pour résigner le gouvernement du pays au nouvel évéque; qu'à 
ces conditions, il était prêt à lever le siége et à signer un traité de 
paix avec les ducs; que, si ces offres n'étaient point agréées, le messa- 
ger pouvait se dispenser de revenir. « Car, ajouta-t-il, tous tant que 
« nous sommes, nous avons juré la mort dudit Jean, et il tombera tôt 
« ou tard entre nos mains. » Afin de montrer encore plus ouvertement 
son mépris pour les princes et le peu de cas qu'il faisait de leur colére, 
il détacha de son armée un corps de troupes, qui, passant par la ville 
de Thuin, se jeta sur le Hainaut, et y commit toutes sortes de cruautés. 


Le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut, ayant ainsi une 
double injure à venger, se préparérent à combattre. D'aprés le plan 
qu'ils arrétérent en commun, le comte prit avec lui trois cents Picards 
et cinq cents hommes du Hainaut, de la Hollande et de la Frise, presque 
tous gens de pied ou soldats armés à la légére, et animés d'une ardeur 
intrépide. Il les conduisit, au temps de la moisson, dans le pays de 
Hasbain, qui était la partie la plus fertile de l'évéché de Liege, et 
envoya aüssitót des incendiaires qui saccagérent la contrée dans tous 
les sens, brülérent les blés entassés dans les granges ou réunis en 

Iv. 19 








146 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
hostiliter fruges partim in areis jam congestas, partim per agros 
manipulatim collectas , et partim solo herentes flamma voraci 
consumerent, nec ullam rem relinquerent incolumem, cui ferro 
aut igne noceri posset. Per quindenam iterum plagam illam 
libere et absque obice perlustrantes, quotquot de agricolis, in- 
colis quoque aliis obviam habuerunt sine misericordia pereme- 
runt crudeliter, condicioni, etati aut sexui non parcentes , ita 
ut de hiis dici posset : P iduam et advenam interfecerunt, et 
pupillos occiderunt, juvenem simul ac virginem, lactantem cum 
homine sene. 

Ut verum fatear, dum hec perpetrabantur scelera, dominus 
de Jocomonte, velut ferox belua vinculis emissa, et tyrannc- 
rum eciam infidelium exsuperans seviciam, precepit ut nemini 
parcentes passim et sine delectu ecclesias darent incendiis , sic- 
que trecentis parrochialibus exustis, sic senes valitudinarii, 
matres quoque cum parvulis atque matrone grandeve , que se 
ibi consequende salutis gracia contulerant, aere suffocatorio 
compulsi sunt spiritum exhalare. Dum hac illac quoque, quo- 
cunque oculos flecteres, continuarent incendia, attendentes 
villam muratam de Florin defensoribus destitutam et quod juve- 
nile robur- ejus obsidioni Trajecti intenderet , illam capere sta- 
tuerunt. Unde inermes, graves et valitudinarii, qui remanse- 
rant, animo consternati, et ad unicum recurrentes remedium, 
ignes in suburbio posuerunt , ne ibidem adversarii se locarent. 
Sed cum caute Scillam cupiunt evitare, incidunt in Caribdim. 
Nam statim invalescente incendio , vehemens suscitatus est ven- 
tus , qui totas incendii vires in urbem flatu forti contorsit; qui 
magnam partem edificiorum succendit, antequam obsidentes 
muros alterius partis urbis occupassent. Ibi sine distinctione 
justi vel impii strage immanissima peracta , cunctisque deside- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 447 


gerbes dans les champs, et ceux qui étaient encore sur pied, et mirent 
tout à feu et à sang. Durant quinze jours ils coururent le pays libre- 
ment et sans éprouver aucune résistance, massacrant impitoyable- 
ment les paysans et tous les habitants qu'ils rencontraient, sans dis- 
tinction de rang, d'áge ni de sexe, en sorte que l'on pouvait dire 
d'eux : ls ont tué la veuve et l'étranger; ils ont égorgé l'orphelin , le 
jeune homme et la jeune fille, l'enfant à la mamelle et le vieillard. 


La vérité m'oblige à dire qu'on remarqua principalement au milieu 
de toutes ces horreurs la cruauté du sire de Jeumont. Il se conduisit 
comme une béte féroce qui a brisé ses liens, et avec une barbarie com- 
parable à celle des plus affreux tyrans. ll ordonna aux siens de ne 
faire aucun quartier et de mettre le feu à toutes les églises sans excep- 
tion. Il y eut ainsi jusqu'à trois cents paroisses brülées. Des vieillards 
malades, des mères, des enfants, des femmes âgées, qui s'y étaient 
réfugiés pour échapper à la mort, périrent étouffés par les flammes. 
Aprés avoir porté l'incendie de tous cótés, le sire de Jeumont, appre- 
nant que toute la jeunesse de Florennes était au siége de Maéstricht et 
que cette place se trouvait ainsi sans défense, résolut de s'en rendre 
maitre. Les malheureux habitants qui y avaient été laissés, étant pour 
la plupart sans armes, vieux ou infirmes, furent frappés d'épouvante, et 
recourant à l'unique moyen de salut qui leur restait, ils mirent le feu 
au fanbourg, afin d'empécher leurs ennemis de s'y établir. Mais c'était 
tomber de Charybde en Scylla. Au moment méme où l'incendie com- 
mençait, il s'éleva nn grand vent, qui poussa les flammes sur la ville, 
de sorte qu'une grande partie des maisons fut brülée avant que les 
assiégeants se fussent emparés de l'autre cóté de la place. Tous les 
habitants sans distinction furent impitoyablement massacrés, et ce qu'ils 
avaient de plus précieux fut réduit en cendres. Aprés quoi, le comte 
fit enjoindre et signifier par la voix du héraut à tous ses hommes 
d'armes qu'ils eussent à marcher en tonte hâte sur la ville de Fosse, 


OT Ww. o YN.» 





148 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


rabilibis incolarum flamma voraci consumptis, auctoritate 
comitis edictum est generaliter et voce significatum preconia 
ut omnes armis instructi ad expugnandam urbem de Fosse, 
multorum hominum incolatu insignem, muro sollidissimo et 
profundissima fossa circumclausam festinarent. 

Quamvis tunc perpaucos baberet defensores, hii tamen ali- 
quandiu impetum obsidencium potentissime pertulerunt; qui 
tandem tanta constancia tantaque virtute continuaverunt con- 
gressum, quod, confractis antemuralibus, villam invitis urbanis 
intraverunt, et sicut jussum fuerat, quotquot armatos repere- 
runt occiderunt. Sic unico assultu urbe capta, ibi tantam rerum 
opulenciam, tantas diviciarum copias stipendiarii repererunt, 
ut neque numerus esset, neque mensura. Quapropter comitem 
mox adeuntes rogaverunt ut hiis spoliis et manubiis in recom- 
pensacionem laborum potirentur, et pro. meritorum qualitate 
distributis locupletarentur universi. Hoc tamen dux penitus 
denegavit; sed cuncta dari jussit incendio , hoc recusando in- 
ferens et reiterans pluries : « Opus aliud majus restat ; multum 
« adhuc superest laboris, et nundum consummatum negocium, 
« ad quod evocati estis, quod , si ingenti preda onusti abiretis , 
« optatum non sortiretur effectum. » 

Spacio tridui occupato in destructione murorum, comes re- : 
diens villam de Couvin, Hanoniensium finibus conterminam, 
et ipsis semper adversam, locatis in girum agminibus, obsi- 
dione vallavit et assiliri precepit. Pro hac urbe Leodienses, 
quia in introitu patrie sita erat, magnam gerebant sollicitudi- 
nem, ut clausa muro sollido, victualibus et armis continue muni- 
retur. Habebat quoque robustos deffensores, qui bina congres- 
sione gentes comitis strenue repulerunt. Qui videns quod 
obsidio multarum ebdomadarum: ferias exigeret, et timens 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 449 


qui renfermait une nombreuse population et qui était entourée d'une 
muraille solide et d'un fossé profond. 


Cette place, quoique réduite à un petit nombre de défenseurs, ne 
laissa pas de résister quelque temps avec courage au choc des assail- 
lants. Mais ceux-ci revinrent à la charge avec tant de vigueur et 
d'acharnement , qu'aprés avoir fait une brèche aux murailles ils entré- 
rent de force dans la ville au premier assaut, et passérent au fil de 
l'épée , comme ils en avaient recu l'ordre, tous ceux qu'ils rencontré- 
rent les armes à la main. Ils y trouvérent d'immenses richesses et des 
trésors considérables, et demandérent au comte de Hainaut que, pour 
les dédommager de leurs fatigues, il leur abandonnát ces dépouilles et 
ce butin qui suffisaient à les enrichir tous, et qu'il les distribuát à 
chacun d'eux suivant ses services. Le comte s'y refusa péremptoire- 
ment et fit tout brûler eu répétant à plusieurs reprises pour justifier 
son refus : « Il vous reste encore beaucoup à faire; vous n'étes pas au 
« terme de vos travaux ni au bout de l'entreprise pour laquelle je 
« vous ai rassemblés , et si je-vous partageais ce butin, vous vous reti- 
« reriez sans achever la campagne. » 


Le comte, aprés avoir employé trois jours à la démolition de cette 
place, marcha contre Couvin, ville- située sur les frontières du Hai- 
naut, et qui lui avait toujours été hostile. Il l'investit aussitôt avec son 
armée et en commença le siége. Les Liégeois attachaient une grande 
importance à la conservation de cette ville, qui était la clef de.leur 
pays; aussi était-elle entourée d'une bonne muraille et toujours abon- 
damment pourvue de vivres et d'armes. Elle était en outre défendue 
par une brave garnison, qui repoussa vigourensement dans deux com- 
bats les gens du comte. Celui-ci, voyant que le siége pourrait durer 
plusieurs semaines, et craignant de perdre son temps et de s'exposer 


150 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


ne moram ibi trahendo non proficeret, sed pocius inutiliter 
operam consumeret, et aliunde majus emergeret dampnum, 
dampnis illatis contentus, ab hostili vastacione desiit, et ad 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 454 


à de graves embarras, s'il s'obstinait à rester devant la place, se con- 
tenta d'avoir dévasté les environs, leva le siége et rejoignit le duc de 
Bourgogne à marches forcées, pour délibérer avec lui sur ce qui res- 
tait à faire. 


CHAPITRE XXI. 


Les Liégeois abandonnent le siége de Maëstricht et sont battus par le duc de 
Bourgogne. 


L'élu de Liége, Jean de Baviére, serré de prés par les Liégeois et 
réduit à la plus grande détresse, eüt été contraint par la famine à 
se rendre, s'il n'eüt recu en secret des secours de quelques habitants 
de la partie de la ville soumise au duc de Brabant, frére du duc de 
Bourgogne, bien qu'ils fussent alliés aux assiégeants. En effet ceux 
qui avaient jusqu'alors soutenu vaillamment les efforts de l'ennemi 
avec ledit élu, épuisés par les fatigues d'un long siége et par les atta- 
ques continuelles des Liégeois qui ne leur laissaient aucun répit, ne 
faisaient plus le guet qu'avec négligence ,. et n'avaient plus d'espoir de 
salut que dans l'assistance des princes. Ceux-ci, en ayant été infor- 
més par des lettres et des messages, se mirent en campagne aprés avoir 
fait la revue de leurs troupes, dont le nombre s'élevait, dit-on , à 
huit mille hommes, sans compter les gens de pied, les soldats armés 
à la lépére, les archers ni les arbalétriers. Cette armée, partagée en 
deux corps, entra dans le territoire ennemi par le pays de Hasbain, 
qui était à quatorze lieues de la ville assiégée. 


A. 


Je crois qu'il n'est pas sans intérét et sans importance de trans- 
mettre à la postérité les noms des principaux seigneurs qui combat- 
tirent en cette occasion sous les ordres du duc de Bourgogne. On 
rerharquait, parmi les Bourguignons, les sires de Châlons, de Saint- 


152 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

lono, de Sancto Georgio, Despagni, de Vergiaco, de Novo 
Castro, de Forbourc, Despoisse, Galterus de Ruppibus, cum 
duce interfuerunt; de Picardia vero, Sabaudia , Scocia et Cam- 
pania cum comitibus de Marre, de Namuro ac de Grandi 
Prato, domini de Say, Guichardus Dalfini, de Baume, de He- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX." 453 


Georges, d'Épagny, de Vergy, de Neufcháteau, de Fribourg, d'Époisses 
et Gautier des Roches; parmi les seigneurs de Picardie, de Savoie , 
d'Écosse et de Champagne, les comtes de Mar, de Namur, de Grand- 
pré, le sire de Say, Guichard Dauphin, les sires de la Baume, de 
Helly, de Longueval, de Croy, de Rasse, Raoul de Flandre, le sire 
de Neuville, Regnier Pot, les sires de La Trémoille, de Conches, de 
Raon, de Chateauvilain, de Roye, de Loches, Ponce Périlleux, An- 
toine de Craon, les sires de Ghistelles, de Longueval, de Neuville, 
Pierre et Guillaume de La Trémoille, Louis de Ghistelles, Pierre de 
Fontenay, Jean d'Aulnay, David de Brimeu, Aubert de Rayneval, 
Jean de Courcelles, Jean de Moreuil, le sire de Gamaches et plu- 
sieurs écuyers fameux, Enguerrand de Bournonville, le Moine de 
Neuville, Girard de Bourbon, Simon de Craon, Jean de Breuil, An- 
toine de Villiers, Pierre le Maréchal, Barbery, Henri d'Allemagne, 
Guillaume de Sully. | 


Le duc et le comte, voulant procéder selon les regles , envoyèrent 
une seconde ambassade au sire de Perweis pour lui rappeler qu'ayant 
naguére engagé sa foi à l'élu, il devait craindre de ternir sa réputa- 
tion par un acte de félonie, et pour lui proposer une entrevue; ils lui 
laissaient, disaient-ils, touté liberté de choisir le temps et le lieu 
convenables, dans l'espérance que les deux partis pourraient étre ame- 
nés à poser les armes sans effusion de sang , avant de passer outre ou 
d'engager une action décisive; ils ne prenaient aucun plaisir à la 
dévastation du pays, avaient horreur du sang et ne désiraient qu'une 
bonne paix établie sur des bases raisonnables; s'il refusait les voies 
d'accommodement , il devait s'attendre à être poursuivi à outrance; 
enfin ils le priaient de faire connaitre en toute hâte sa résolution. 
Celui-ci répondit, en exagérant ses forces, que les paroles des 
princes n'étaient pas faites pour intimider son armée. Toutefois il 

Iv. 30 


154 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

vires suas in immensum extollendo legiones quas secum traxerat 
verbis principum dixerit non terreri, induciale tamen fedus 
octo dierum eligit, ut de communi omniuin consensu unanimi 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 455 
accepta une tréve de huit jours, afin de pouvoir se concerter avec ses 
concitoyens et répondre à l'objet du message. Mais les Liégeois, 
peuple d'un naturel inconstant, prompt à tourner au premier vent et 


156 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« illos pro dominacione violenta certaturos. Ostendite modo 
« bellum; ad vim videant vos paratos, et territi populosa mul- 
« titudine fugient aut succumbent. » 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 157 


« prêts à repousser la force par la force, et vous les verrez fuir effrayés 
« de votre nombre, ou tomber sous vos coups. » 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 1459 
« mille couleurs. Mais cet appareil d'armes éclatantes vous est connu 
« depuis long-temps, et vos ennemis n'en sont pas plus terribles. 
« Qu'est-ce que ces armes brillantes, sinon un trophée sans cesse 


160 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

forma esset, sub quibus regeretur ducibus, et de hiis cicius quod 
possent ipsum redderent doctiorem. Hii mandatum exequi cura 
sollerti cupiunt; et vix aurora solis subsequentis nunciabat 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 464 


térent avec zéle de leur mission, et dés le lendemain, au point du jour, 
un d'entre eux accourut vers le duc de toute la vitesse de son cheval, 
et lui annonca que les ennemis approchaient. Un autre survint peu 
aprés qui déclara qu'il n'y avait pas de temps à perdre, qu'il fallait 
prendre un parti sur-le-champ, que déjà le sire de Perweis et son fils, 
le nouvel élu de Liége, n'étaient plus qu'à une distance de dix lieues 
avec une armée nombreuse, et qu'ils se proposaient d'étre le lende- 
main dimanche à Tongres pour commencer l'attaque. Cette armée 
s élevait , disait-on , à trente-cinq mille hommes, tant d'infanterie que 
de cavalerie. Plusieurs nobles seigneurs d'Allemagne s'y étaient joints 
avec une suite nombreuse de gens sans aveu. Les Liégeois avaient 
aussi mandé d'Angleterre trois cents archers, en les priant de venir 
sans tarder et en leur promettant de récompenser largement leurs 
services. 


Le duc, sans s'effrayer aucunement de ces nouvelles, passa ses 
troupes en revue, et tint conseil à la háte avec le comte de Hainaut 
son beau-frére, et ses principaux chevaliers; car la circonstance 
n'admettait point de retards. I] fut d'avis qu'il fallait agir avec vigueur, 
et chercher avant tout les moyens de repousser l'attaque des ennemis. 
« Les Liégeois, dit-il, nation plus prompte à la révolte que vaillante 
« dans les combats, ne songent qu'à leur nombre qui fait leur seule 
« force, et brülent d'engager la bataille, comme vous le voyez. Mais 
« souvent un moment peut suffire pour comprimer l'insurrection la 
« plus redoutable. Vous avez plus d'une fois éprouvé la perfidie de ce 
« peuple mobile et toujours avide de nouveautés. Tout récemment 
« encore ils ont violé les traités , repoussé nos offres de paix et arrété 
« grand nombre des nôtres. Ils ont crevé les yeux aux uns et mutilé les 
« autres; ils en ont écorché un tout vif et pendu plusieurs; enfin ils 
« nous réservent des tourments pareils et méme de plus cruels. Ils ont 

IV. ' 21 





162 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« pacis sunt aspernando nostros comprehenderunt, quosdam 
«exoculaverant, quosdam membris truncaverunt, et unum 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 163 


« commis des attentats encore plus monstrueux en haine de leur élu, 
« dont nous avons embrassé la cause si juste et si légitime; ils ont 
« chassé les chanoines de la cathédrale, et répandu à terre le saint 
« chréme dans plusieurs églises, au mépris des sacrements de la foi et 
« sans respect pour les lois divines et humaines. Nous ne devons pas 
« laisser tant de crimes impunis; car Dieu, le seigneur des vengeances, 
« nous accordera une grande gloire si nous les chátions. Invoquons-le 
« donc pour obtenir la victoire, afin que notre petit nombre, qu'ils 
« méprisent , fasse prévaloir la bonne cause que nous défendons contre 
« ces adversaires peu aguerris et plus accoutumés au commerce qu'aux 
« combats. Nous ne pouvons souffrir plus long-temps les outrages 
« de cette multitude, digne de toute l'animadversion divine. Le chá- 
« timent que nous en tirerons nous vaudra des récompenses éter- 
« nelles. Prenons donc les armes pour combattre jusqu'à la derniére 
« extrémité, et placons toutes nos espérances de succés en celui dont 
« la protection n'a jamais failli à ceux qui espèrent en lui. » 


Ce discours fut accueilli de tous avec faveur, et aussitót, de l'avis 
unanime des ducs et des chevaliers ,. le héraut annonça dans le camp 
que les hostilités commenceraient le lendemain. Il fut enjoint à toutes 
les troupes de passer la nuit sous les armes et de faire le guet jusqu'au 
point du jour. Le matin, dés l'aurore, l'infanterie et la cavalerie se 
réunirent en bataille et sortirent en bon ordre de leurs quartiers. 
Après avoir marché environ un mille, ils apercurent de loin les enne- 
mis qui approchaient, et qui s'arrétérent tout à coup, par ordre de 
leur chef, pour diriger contre les nôtres leurs traits et le feu de leurs 
batteries de siége. Le duc, voulant s'en garantir, fit gravir à ses sol- 








164 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


possent tela et missilia tormentorum obsidionalium ad nostros 
emittere. Que dux cupiens vitare, in propinquo monticulo suos 
jubet ascendere et stativa habere, ut cum eis tucius deliberaret 
quid inde ageretur. In compendioso colloquio fuerunt circum- 
specti qui videntes quod juncto agmine et indissolubili comi- 
tiva adversarii se tenebant, dignum ducunt ut ex acie debite 
ordinata quadringenti peritissimi equestres armati ad unguem 
et qui equos velociores habebant, ab eis ex industria divide- 
rentur, qui tempore opportuno laxis habenis in eos irruerent. 

Quod poscebatur dux annuens, Picardis commisit nego- 
cium, eisdem mille gregariis junctis, hortaturque equites ut, 
si quando unquam equestri ope exercitum adjutum meminerint, 
illo die adnitantur, omnem spem in eorum impetu affirmans se 
habere. Rogat iterum ut, se substrahentes quam possent occul- 
cius et ad eos accedentes, quam cito bellum sentirent inchoa- 
tum, quanta maxima vi possent in hostes irruerent, sic conclu- 
dens : « Compertum , inquit, ego habeo verba non addere vir- 
« tutem, commilitones optimi, nec ex ignavo strenuum, neque 
« fortem ex timido ducis oracione fieri; sed quanta cujusque 
« vestrum animo audacia inest, in hoc patebit articulo. » 

In concione illa militari auctoritate precellebant domini de 
Croyaco, de Rasse, de Hely cambellanus regis, Ingerrannus de 
Bornevilla, Robinetus Ruffy. Quos cum dominus de Perves 
vidisset ab aliis per tractum sagitte elonguasse, contabuit cor 
ejus pre timoris angustia, et ut erat vir in armis doctissimus, 
suos sic alloquutus est : « Bellum, inquit, quod hucusque appe- 
« tivimus, opportet ut consideracius et concordius quam cre- 
« debamus geramus. Nam dux, intelligens magis opus esse 
. « industria quam viribus, insidias per illos quos aspicio parat, 
« et nisi festinentur decem milia sociorum ex Tungris quos sta- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 165 


dats un monticule voisin et les y établit, afin de pouvoir délibérer plus 
sûrement sur ce qu'il convenait de faire. Dans le conseil qui se tint 
alors, les plus expérimentés, voyant que les ennemis formaient une 
masse compacte et serrée , furent d'avis que l'on détachát quatre cents 
hommes armés de pied en cap, choisis parmi les cavaliers les plus 
habiles et les mieux montés, pour tomber vigoureusement sur l'en- 
nemi , quand il en serait temps. 


Le duc adopta la proposition et confia cette entreprise aux cheva- 
liers picards, auxquels il adjoignit mille hommes de pied. Afin d'exci- 
ter leur ardeur, il leur fit entendre que c'était le moment de montrer 
quel secours l'armée devait attendre de la cavalerie, et leur rappela 
qu'il mettait tout son espoir dans leur courage. Il leur recommanda 
de dérober leur marche aux ennemis le plus habilement qu'ils pour- 
raient, et de fondre sur eux avec toute l'impétuosité possible, des 
qu'ils verraient l'action engagée : « Je sais, chers compagnons, leur 
« dit-il en finissant, que les paroles ne donnent pas du coeur à qui 
« n'en a pas, et que la harangue d'uu général ne peut changer la 
« lácheté en valeur ni la timidité en audace. Que chacun de vous 
« montre seulement en cette occasion le courage dont la nature l'a 
« doué. » 

Parmi les chevaliers chargés de la conduite de cette entreprise on 
remarquait les sires de Croy, de Rasse, de Helly, chambellan du roi, 
Enguerrand de Bournonville et Robinet le Roux. À peine étaient-ils à 
une portée de trait du gros de l'armée , que le sire de Perweis les aper- 
cut et fut saisi d'épouvante. Comme il était fort expérimenté dans le 
métier des armes, il harangua ses troupes en ces termes : « Cette guerre 
« que nous avons tant souhaitée, dit-il, exige plus de prudence et de 
« concert que nous ne le pensions. Le duc de Bourgogne, qui sait que la 
« ruse est plus fiécessaire ici que la force, nous prépare quelque piége 
« avec ce détachement que j'apercois. Si les dix mille hommes que 
« nous avons mandés de Tongres ne se hâtent d'arriver à notre aide, 


166 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« tuimus venire, ab hiis equestribus opprimemur, nec in fina- 


« lihne me renntahitis falanm vatem. » Ad hac «e inenm nhmlit 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 167 


« nous serons écrasés par ces cavaliers, et vous verrez que je ne dis 
« malheureusement que trop vrai. » Il offrit en même temps, comme 
on le sut plus tard, d'aller chercher ce renfort. Mais quelques-uns le 
retinrent : « Comment, lui dirent-ils, vous laisseriez le camp sans 
« chef, et cela peut-étre de propos délibéré? C'est par vos ordres et 
« dans l'espoir de vaincre que nous nous trouvons engagés dans cette 
« entreprise périlleuse. Il faut que vous partagiez avec nous les chances 
« du combat. » 

Les deux armées restèrent en présence jusqu'a la troisième heure 
du.jour sans bouger; tous les esprits étaient comme interdits et frap- 
pés de stupeur. Enfin le duc, voyant que les Liégeois demeuraient 
immobiles , descendit dans la plaine, ordonna aux siens de mettre 
pied à terre, et s'avanca lentement vers les lignes ennemies. Trois fois 
il fit faire halte, et pendant ce temps il parcourait les rangs pour en- 
courager ses soldats : « Braves compagnons, disait-il aux uns, dans 
« la situation critique oà nous nous trouvons présentement il faut 
« agir et non délibérer. Déployez ici toute votre valeur; mais surtout 
« recommandez à Dieu le succés de cette entreprise, et placez toutes 
« vOs espérances en celui qui peut avec une poignée d'hommes triom- 
« pher sans peine d'une nombreuse armée. » — « Mes amis, disait-il 
« aux autres, conduisez-vous en hommes de coeur, et ces Liégeois, 
« si turbulents dans la paix, si lâches dans la guerre, ne résisteront 
« pas à vos coups. Que la nécessité double votre courage. » A d'autres 
enfin il répétait : « Soyons tous inébranlables; nous défendons la 
« bonne cause. Invoquons la protection d'en haut, et comptons sur 
« la victoire. » Il termina cette harangue par un beau mouvement. 
Quelques officiers lui conseillaient de se tenir un peu à l'écart et d'at- 
tendre l'issue du combat : « Dieu me garde, dit-il, d'abandouner 
« cenx qui par amour pour la gloire m'ont suivi au milieu du péril! 
« Il. ne convient pas à un bon général de se soustraire aux dangers. 
« Réglez-vous sur mes actions et non sur mes paroles : je veux non 
« seulement vous commander, mais encore vous donner l'exemple. 
« Maintenant allons, avec l'aide de Dieu, triompher des ennemis. » 











| 168 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


Et hiis dictis equum abiciens prima fronte se locavit, et alta 
voce clamando : Nostra Domina, duci Burgundie! signum erum- : 
pendi in adversários dedit, qui jam per montis declivum ad 
planiciem descenderant, sanctum Lambertum altis vocibus 
invocando, et vix a teli jactu distabant ab aciebus ducis. Hoc 
instanti adgressus mutuus inchoatur; utrobique clamores dis- 
soni in vicino aere multipliciter econizant; instar grandinis 
aerem occupat sagittarum dempsitas, que valde Leodiensibus 
nocuit, quia leviter armati in parte maxima habebant vultum 
discoopertum. Post, vibratis hinc inde gladiis, dirum inchoatur 
certamen, quod valde vehemens fuit atque grave; nec habet 
presencium memoria, quod alias tam periculosum tamque diu- 
turnum in principio fuerit. Nam vix per dimidiam horam stetit 
in ambigua spe pugna, nec discerni potuit utra pars meliorem 
esset reportatura calculum. Spretis humanitatis legibus, tan- 
quam in feras immanissimas ardentibus studiis et odio insacia- 
bili utrinque decertatur, et utrobique gladiis, asciis et ensibus, 
ac omnis generis instrumentis bellicis instabant viriliter, scientes 
quod res pro capite ageretur. Eorum tamen fida relacione didici, 
qui tunc presentes aderant, quod nostri tandem inferiores 
extitissent, nisi equites opem eis maturato, ut promiserant, 
tulissent ; unde sibi laudem acquisierunt perennem. Nam mox 
tractu et missilibus consumptis, ad strenuitatis titulum acqui- 
rendum mutuo se exhortantes, concitatis calcaribus equis, habe- 
nis quoque laxatis, atque dimissis lanceis, potentissime infestis 
cuspidibus in hostes a tergo et a latere irruerunt; mox deinde 
inter media ruunt agmina et dempsissimum dissipant hostium 
cuneum. Quacunque invehebantur, a leva et a dextra ictus 
cum lacertis ingeminantes hectoreis, eos haud secus quam pes- 
tifere sydero icti adversarii pavebant. Insistunt ex altera parte 


CHRONIQUE DE CHARLES VI.—-LIV. XXIX. 469 


À ces mots, le duc mit pied à terre, alla. se placer au front de ba- 
taille, et donna le signal de l'action en criant Notre-Dame au duc 
de Bourgogne! Pendant ce temps, les ennemis ayant quitté la hau- 
teur qu'ils occupaient étaient descendus dans la plaine, en invo- 
quant à haute voix saint Lambert, et n'étaient plus qu'à une portée 
de trait de l'armée du duc. La bataille commenca aussitôt ; l'air re- 
tentit de mille cris confus répétés par l'écho d'alentour, et une grêle 
de flèches obscurcit le ciel. Les Liégeois eurent beaucoup à souffrir 
dans ce premier choc, parce que leurs troupes étaient pour la plupart 
armées à la légère et avaient le visage à découvert. Mais quand on 
vint aux coups d'épée, le combat devint encore plus farieux et plus 
acharné. Jamais, de mémoire d'homme, aucune mélée n'avait été 
tout d'abord si rude ni si. sanglante. Pendant une demi-heure envi- 
ron, les chances furent égales de part et d'autre, et il eût été diffi- 
cile de dire lequel des deux partis aurait l'avantage. Foulant aux 
pieds tout sentiment d'humanité, ils s’attaquaient avec une fureur 
aveugle, avec une rage forcenée qui ne saurait étre comparée qu'à celle 


des bêtes féroces , se frappant à coups d'épées, de haches, de: poignards, . 


et d'autres instruments de mort; chacun savait que cette; journée 
était décisive. J'ai su, par le rapport fidèle de ceux qui assistérent à la 
bataille, que les nótres allaient enfin succomber, lorsque les chevaliers 
picards accoururent en toute háte, ainsi qu'ils l'avaient promis, et se 
couvrirent de gloire en les sauvant. En effet, aprés avoir épuisé leurs 
traits et tous leurs projectiles, ils piquérent leurs chevaux , fondirent 
sur les ennemis à bride abattue, la lance en arrêt, et les assaillirent 
en flanc et par derriére, s'exhortant les uns les autres à signaler leur 
vaillance. Bientót ils pénétrérent au milieu des rangs les plus épais, 
et y jeterent le désordre. Ils frappaient à coups redoublés de droite et 
de gauche avec une force irrésistible, et partout où ils allaient, leurs 
adversaires tremblaient comme sous l'influence d'un astre malin. Les 
gens de pied , chargeant à leur tour l'ennemi avec impétuosité, égor- 
gérent à coups de haches , comme des victimes, ceux qui étaient tom- 
bés à terre, relevérent le courage de leurs compagnons, et les rame- 


V | 22 


170 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

grégarii animosius, lapsos quasi victimas obtruncant securibus, 
süos elisos erigunt et restituunt habiles ad conflictum, sicque 
brevi per media eorum agmina prorumpunt. 

In principio namque pugne, sicut hostes decreverant, ut 
nostri cicius dispergerentur, vexillum ducis temptantes eripere, 
usque ad eumdem viribus penetrarunt. Sed tunc tantum tamque 
insigne virtutis, qua singulariter prefulsit , dedit argumentum, 
ut perpetua dignum judicetur memoria factum. ejus celebre, 
quo se.exereitui universo insignem reddidit. Nam quamvis esset 
natura pusillis, magnum tamen | 


.... ir exiguo patuit tunc corpore robur, 


et, more rugientis leonis, in hoc condempso cuneo et a dextris 
et a leva. hinc inde percuciens, et stragem operans, probitate 
sua hostium. türbavit animos et suos audaciores reddidit. Ut 
si crevit tunc ex alieno timore nostris audacia, abhinc omnia 
ira militaris prope vesano impetu egit. Hostium emarcuit virtus 
ommis, fracto vexillo sancti Lamberti; fit acies similis fluc- 
tuanti, nec tulit equitancium continuatum impetum. Ubique 
strages immanissima excercetur, ita ut interemptorum cruore 
locus pollueretur universus, ad gloriam militancium sub duce. 
À qua tamen acie, ut verum fatear, perpauci ex milibus et 
armigeris, quos nominatim: tangere supersedeo, privati sunt; 
qui timore perterriti ighominiose et cum perpetuo probro bel- 
licis se substraxerunt sudoribus, et inter quarros usque ad exi- 
tum belli'se delituerunt, decus generis sui et honestatem pro- 
priam tanta culpa funestando. - 

. Sic factum est justo Dei judicio, quod omnis illa hostium 
virtus, que prius armis, viribus, animis et numero videba- 
tur incomparabilis, contritta languido lacessita marte corruit. 





CHRONIQUE DE. CHARLES VI. — LIV. XXIX. 474 


nérent au combat avec eux; en sorte que bientôt toute l'armée des 
Liégeois fut mise en déroute. 


Au commencement de l’action, les ennemis, pour rendre la défaite: 
des nôtres plus prompte , avaient résolu de s'emparer de Ja bannière du 
duc, et ils s'étaient même frayé un chemin jusqu'à lui. Dans ce dan- 
ger pressant, le duc donna des preuves éclatantes de cette rare valeur 
qui le distinguait, et j'ai cru devoir conserver à jamais la mémoire du 
noble trait qui lui mérita l'admiration de son armée tout entière. I] 
était de petite taille, 


Mais en son faible corps régnait un grand courage. 


Il se jeta comme un lion rugissant sur ceux qui l'entoureient, frap- 
pant vigoureusement à droite et à gauche, et faisant un effroyable 
carnage; par ces prodiges de valeur il épouvanta les ennemis et 
enflamma l'ardeur des siens. Ceux-ci, enhardis par la frayeur méme 
de leurs adversaires, s'abandonnérent à tous les transports d'une fureur 
aveugle. L'étendard de saint Lambert ayant été mis en pièces, les Lié- 
geois plièrent; leur armée n'offrit bientôt plus que l'aspect d'une 
masse flottante et sans ordre, qui ne put soutenir les charges réitérées 
de la cavalerie. Ce ne fut plus alors de tous cótés qu'une horrible bou- 
cherie, et le champ de bataille fut inondé du sang des vaineus, à la 
grende gloire de ceux qui combattaient sous les ordres du duc de 
Beurgogne '. Cependant, je dois le dire, le duc ne fut pas également 
secondé par tous les chevaliers et les écuyers ; quelques-uns d'entre eux , 
dont je tairai les noms, se déshonorérent par leur lácheté et ternirent 
à jamais l'éclat de leur naissance et de leur réputation, en allant se 
cacher au milieu des chariots, où ils restèrent jusqu'à la fin du combat, 
pour se soustraire au danger. 


Ainsi , la justice de la Providence permit que toute cette multitude 


' Ce fut à cette bataille que le duc de Bourgogne gagna son surnom de Jean-sans-Peur. 


472 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 118 


d'ennemis, qui semblait incomparable en armes, en forces, en courage 
. et en nombre, füt écrasée et anéantie. | 

Au moment où les vainqueurs, lassés de tuer, ralentissaient le car- 
nage, et pendant que quelques soldats étaient à débattre avec le reste 
des vaincus le prix de leur rançon, on vit accourir tout à coup les dix 
mille hommes qui étaient sortis de Tongres. À la vue de ces nouveaux 
ennemis, ils massacrèrent aussitôt leurs prisonniers pour s’en débar- 
rasser et se préparèrent à combattre. Le sire de Perweis avait mandé 
à ce renfort de venir pendant que l’action durerait encore. Mais ils 
étaient partis trop tard. Lorsqu'ils ne furent plus qu'à un mille du 
champ de bataille et qu'ils connurent la défaite des Liégeois, ils son- 
gérent, non pas à recommencer le combat, mais à battre en retraite. 
La peur avait tellement glacé leurs coeurs, qu'ils ne pensérent qu'à 
fuir. La cavalerie les poursuivit l'épée dans les reins et à bride abattue 
jusqu'aux portes de Tongres, et en tua deux mille. Cet engagement 
cotta la vie au sire de Perweis, chef de la révolte; blessé mortelle- 
ment au coeur d'un coup de lance, il périt avec son fils l'élu de Liége. 
En dépouillant les morts on les trouva se tenant tous deux par la 
main. On n'a jamais pu savoir qui lui avait donné la mort '. De toutes 
les troupes qu'il avait rassemblées, la cavalerie seule échappa. Vingt- 
quatre mille hommes ? périrent, dit-on, dans cette bataille, qui eut 
lieu le dimanche 23 septembre. Le duc de Bourgogne ayant ordonné 
le dénombrement de ses troupes, il fut constaté qu'il n'avait perdu 
que soixante-dix chevaliers et écuyers?. Ainsi, pour n'avoir pas voulu 
suivre de sages conseils, ce peuple rebelle et intraitable fut complé- 
tement battu et descendit tout entier dans la tombe; et pour n'avoir 
pas su se soumettre à un joug salutaire, il recueillit le triste fruit de 
ses révoltes, en tombant sous le fer des Français. 


' Pierre de Fenin dit que le sire de  * Pierre de Fenin et Lefèvre de Saint- 
Perweis fut fait prisonnier avec son fils, Remy disent vingt-huit mille. 
que les ducs lui firent couper la tête, et — ' Monstrelet dit que le duc de Bourgogne 
qu'ils l'offrirent en présent à Jean de Ba- perdit de cinq à six cents hommes, parmi 
viére. lesquels il y avait cent ou cent vingt gentils- 
hommes. 


174 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. | 
Divina presente clemencia prevaluit pars ducis, et gloriosa 
victoria potitus est. Cum autem in campo belli im leticia et 
exultacione gracias Deo exhibuisset, de cujus munere venerat 
ut, tanto periculo superato, optatum erat bravium consequtus ; 
de consilio procerum extra villam Leodiensem sua erigi fecit 
tentoria, legeque humanitatis usus voce significavit preconia, 
ut omnes libere exirent ad requirendum corpora notorum .et 
amicorum, et ea quo vellent tumulanda deferrent. Ipsi tamen 
appropinquanti ad urbem omnes cives, abjectis armis, et id 
genus vestis induti, qua placare iratum Deum precarique 
veniam solebant , viris ecclesiasticis ferentibus sacra , quasi Deo 
obviam egressi, seque et sua urbemque ipsam ei supplices 
dedidere, rei exitum approbantes , quod de illis qui nec ordine 
juris vel racionis regi poterant triumphasset. Die iterum se- 
quenti, cum Leodiensis electus, insigni comitiva vallatus, duci- 
bus regraciaturus accessisset , ex urbibus de Huy, de Tungre et 
de Dynant atque aliis reliquis nuncii venientes ad ducem, 
palmis effusi et gementes veniam pecierunt et humilem obedien- 
ciam offerendo, supplicantes ut patriam recommendatam habe- 
ret, nec insontes ob malignancium factionem iram ejus incur- 

rerent. | 

Super quo celebrato compendioso consilia, duces verbis sic 
eos. agrediuntur ::« Scimus vos non vestra voluntate sed quo- 
« rumdam ' iniquissimorum instinctu contra rem publicam et 
« dominum vestrum naturalem jam mortuos conjurasse. Nunc 
« quoniam vos sic casus optabilis nostri fecit arbitrii, si quod 
« ultro facere jussi faciatis, minime acceptabimus quod rogatis, 
« nisi sedicionum tradentur principales actores, de quibus 
« sumpto supplicio, quicquid super regimine patrie conclude- 
« mus, facere promittetis. » His auditis, quando quidem preter 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. —- LIV. XXiX. 475 


Le duc de Bourgogne, qui grâce à la protection de la divine Pro- 
vidence venait de remporter une victoire si glorieuse, aprés avoir 
remercié Dieu avec effusion, sur le champ de bataille méme, de la. 
faveur qu'il lui avait faite et du succés qu'il lui avait accordé, marcha 
sur Liége d'aprés l'avis de ses principaux officiers, et fit annoncer par 
la voix du héraut que, conformément aux lois de l'humanité, les 
habitants pouvaient sortir en toute süreté pour chercher les corps de 
leurs parents et de leurs amis et leur donner la sépulture en tel lieu 
qu'il leur plairait. Mais à peine eut-il dressé ses tentes autour de la 
ville, que les bourgeois déposérent les armes, et vinrent se présenter 
devant lui en habits de suppliants, précédés de leurs prétres qui por- 
taient les objets sacrés, comme s'ils eussent eu à fléchir la colére du 
Seigneur et à implorer sa miséricorde. Ils ‘remirent à sa discrétion 
leurs personnes, leurs biens et leur ville, et le félicitérent de son 
succés et du triomphe qu'il avait obtenu sur des rebelles qui ne savaient 
pas obéir aux lois de la justice et de la raison. Le lendemain, l'élu de 
Liége, suivi d'un brillant cortége, vint rendre grâce aux ducs,. et en 
méme tempe arrivérent des députés de Huy, de Tongres, de Dinant et 
de.toutes.les antres villes du pays, pour faire leur soumission au duc 
de Bourgogne. Ils se présentèrent en tendant les mains vers lui et 
en pleurant, lui demandérent pardon, firent serment de lui obéir, 
et le suppliérent de prendre leur patrie sous sa protection et de ne pas 
faire tomber sur les innocents le châtiment dà aux crimes de quelques 
factieux. ' | 
: Les ducs, aprés avoir tenu conseil à la hâte pour délibérer sur ce 
sujet, répondirent en ces termes : « Nous-savous que clest à l'instiga- 
«;tion de quelques traitres qui sont morts, plutôt que par l'effet de 
« votre volonté que vous avez couspiré contre la chose publique et con- 
« tre votre seigneur naturel. Maintenant que la victoire nous a rendus 
« les arbitres de votre sort, et que vous étes obligés de faire ce que 
« vous auriez dà faire de vous-mémes, nous n'acquiescerons pas à vos 
« prières que vous ne nous ayez livré les principaux chefs de la révolte, 
« pour qu'ils soient mis à mort, et que vous ne preniez l'engagement 
« d'exécuter tout ce que nous déciderons touchant le gouvernement 


116  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


spem supplicii sui nulla mencio fieret , haud quicquam abnuere 
de peticionibus ducum ; indeque obsides ducentos ex diciori- 
bus ville Leodiensis dederunt, qui capite luerent, nisi ducum 
in omnibus obtemperarent precepto. Et tunc de civitate sexa- 
ginta cum domicello de Ruppe Forti, conspiracionum fautore 
precipuo , quamvis provecte etatis existeret , aliisque multo auc- 
toritate et diviciis precelleret, tradiderunt. Hic pinguis erat 
supra modum, ita ut more femineo mammillas haberet cingulo 
tenus prominentes; qui, cum extra menia urbis in ducum pre- 
sencia constitutus conspiracionis seriem confessus fuisset, et 
confessionem ejus ceteri approbassent, iniquitatum fructus 
adjudicati sunt colligere et capitis truncacionem subire. Dum 
autem ad decollandum ducerentur, factus est concursus populi 
utriusque sexus, suorum deplorantis exterminium, qui eisdem 
insultando , et eorum abhominando scelera , singulorum memo- 
riam execrantes, orabant ut cum proditore Juda eternis incen- 
diis haberent porcionem, quia consulentibus ipsis amicos, notos 
et affines procuraverant interfici. 

Inde dominum de Joco Monte, utique immisericordem virum, 
cum multis bellatoribus duces ad urbes destinaverunt reliquas, 
que rebelles extiterant, ut sontes conjuracionis simili pena 
punirent. Cum autem obsides datos apud Valencianas misissent, 
ut ibi custodirentur, ad victorie perhennem memoriam, previa 
deliberacione matura, incolis et patrie | onera imposuerunt que 
sequntur. 

« Et primo quod de villis de Dynan, de Tungre, .. . * porte 
diruerentur principales, et ab utraque parte villarum effractis 
muris et solo equatis, et vallo penitus complanato. 


' D y a ici une lacune dans le manuscrit. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 477 


« de votre pays. » En entendant ces paroles, les députés, charmés qu'il 
ne füt pas question de les punir, comme ils s'y étaient attendus, 
n'eurent garde de repousser les propositions des ducs. Ils donnérent 
en otage deux cents des plus riches bourgeois de Liége, qui devaient 
répondre sur leur téte de la fidéle exécution de tout ce qui serait 
ordonné par les ducs. Puis ils livrérent soixante Liégeois, parmi les- 
quels on remarquait le damoisel de Rochefort, qui s'était montré l'un 
des plus ardents fauteurs de la révolte, bien qu'il fût d'un âge avancé, 
et le plus riche et le plus considérable d'entre les bourgeois. C'était un 
homme d'un embonpoint tellement démesuré , qu'il avait des mamelles 
qui lui tombaient jusqu'à la ceinture. Conduit hors de la ville en pré- 
sence des ducs, il se reconnut coupable de tous les projets formés par 
les conspirateurs, et ses complices firent les mémes aveux. Ils furent tous 
condamnés à avoir la téte tranchée en expiation de leur crime. Lors- 
qu'on les conduisit au lieu de l'exécution, ils furent suivis par une foule 
innombrable d'hommes et de femmes, qui avaient à pleurer la mort de 
leurs parents tués dans la bataille, et qui leur prodiguérent toutes sortes 
d'insultes, maudissant leurs coupables machinations, vouant leur mé- 
moire à l'infamie, et leur souhaitant d'aller partager dans les enfers le 
supplice du traitre Judas, parce que c'était à leurs perfides conseils que 
chacun d'eux devait la perte de ses amis , de ses parents, de ses alliés. 

Les ducs chargérent ensuite le sire de Jeumont, qui s'était signalé 
par sa cruauté impitoyable, de marcher avec un corps nombreux de 
troupes contre les autres villes qui avaient pris part à la révolte, et 
de chátier pareillement tous les coupables. Ils dirigérent sur Valen- 
ciennes les otages qu'on leur avait donnés, et pour perpétuer le souve- 
nir de leur victoire, ils imposérent aux vaincus, après une mûre déli- 
bération, les conditions suivantes ' : | 


« Premiérement, les portes principales des villes de Dinant, de 


Tongres , de. .... ^, seront détruites, les murs abattus et rasés, et les 
remparts démolis. 


* Voir les articles de ce traité dans Mons- — * Les noms des autres villes n'ont pas été 
trelet, qui les rapporte plus en détail. indiqués par le Religieux. 


IV. 23 





178 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

« Iterum et quod privilegia antiqua tocius regionis afferren- 
tur, et que vellent vim haberent, ceteris penitus anullatis. 

« Iterum et quod in campo, in quo bellum commissum 
fuerat, ecclesiam collegialem duodecim canonicorum construe- 
rent, qui assidue pro animabus ibidem peremptorum Domi- 
num exorarent, quibus eciam mille libras annui et amortizati 
resditus assignarent. 

« Iterum et quod ubique fidelitate domino Leodiensi electo 
manualiter promissa et sacramentis vallata, hanc jurarent in 
perpetuum servare; quam et si suadente dyabolo aut propria 
iniquitate violarent, multa peccunialis urbibus imponeretur, 
regique, duci Burgundie, comiti Hanoniensi et domino Leo- 
diensi, cuilibet centum milia scuta auri solvere tenerentur, et 
quod de istis omnibus littere conficerentur, et lituis personan- 
tibus voce preconia divulgarentur ubique. » | 

Ut res gesta ad ducis Brebancie pervenit noticiam, impacien- 
tissime tulit, quod ardenter optaverat, opem fratri duci Bur- 
gundie non tulisse , seque fraude domieelli Montis Gaii, quem 
fidelissimum reputaverat, deceptum. Qui quidem armiger sibi 
timens , ne propter prodicionem capite plecteretur, transmeato 
mox fluvio Mose, in Alsaciam fugit, unde oriundus erat, et in 
quodam inexpugnabili et fere inaccessibili castro ad tempus sta- 
tuit immorari. 

CAPITULUM XXII. 


De morte ducisse Aurelianensis. 


In castro ville Blesensis, mensis decembris quarta die, domina 
Valencia, Aurelianensis ducissa, ex duce Mediolani et filia 
quondam regis Francie Johannis procreata, que ab infausto 
interitu viri sui vitam duxerat in continuis lamentis, unde et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 479 


« Jtem , les antiques priviléges de tout le pays seront apportés et 
soumis à des commissaires, qui les eonfirmeront ou les annuleront 
à leur gré. 

« Jtem , il sera fondé par les Liégeois sur le champ de bataille une 
église collégiale de douze chanoines, auxquels sera assigné un revenu 
annuel de mille livres de rente amortie, et qui prieront Dieu régu- 
liérement pour les ámes de ceux qui ont péri. 


« Jtem , les Liégeois préteront serment entre les mains de mon- 
seigneur l'élu, et jureront de lui demeurer à jamais fidéles; et si, 
par les suggestions du diable ou par leur propre iniquité, ils viennent 
a violer ce serment, une amende sera imposée à toutes leurs villes, 
et ils seront tenus de payer cent mille écus d'or au roi, autant au 
duc de Bourgogne, autant au comte de Hainaut, autant à monsei- 
gneur de Liépe. Il sera dressé des lettres de tous lesdits articles, qui 
seront publiés partout à son de trompe par la voix du hérant. » 


Le duc de Brabant, en apprenant tout ce qui s'était passé, éprouva 
un vif chagrin de n'avoir pas secouru son frére le duc de Bourgogne, 
comme il l'avait ardemment souhaité, et d'avoir été indignement 
trompé par le damoisel de Montjoie, qu'il avait cru si fidéle. Aussi 
cet écuyer, craignant que sa trahison ne lui coütát la vie, passa la 
Meuse en toute hâte, s'enfuit dans l'Alsace, sa patrie, et se tint caché 
pendant quelque temps dans un cháteau imprenable et presque inac- 
cessible. T- 


CHAPITRE XXII. 


Mort de la dachesse d'Orléans. 


Le 4 décembre mourut à son cháteau de Blois madame Valentine, 
. duchesse d'Orléans, fille du duc de Milan et d'une fille du roi de 
France Jean ‘. Depuis la fin tragique de son mari, elle avait passé tous 


‘ Isabelle, mariée à Jean Galéas Visconti. 


RS o EE CE D 
E 


180 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


quidam asserunt quod pre cordis amaritudine languorem insa- 
nabilem incurrerat, ab hac luce substracta mundiali, in eccle- 
sia dicte ville sepulta est. 


CAPITULUM XXIII. 


Rex, precipiente regina, de Parisius eductus , Turonis perductus est. 


De stirpe regia procreati domini Sicilie et Navarre reges, 
duces quoque Diturie et de Borbonio cum rege et regina tunc 
Parisius residebant. Qui, audita victoria ducis Burgundie, secun- 
dum exigenciam temporis regni negocia disponere statuerunt. 
Secreciora inde solito celebraverunt mutua colloquia, in qui- 
bus, quamvis se mutuo monuerint ut concludenda sub sigillo 
taciturnitatis consignarent et penes se quasi sepulta compri- 
merent, ita ut nec officiales regii possent vel leve aliquod col- 
ligere argumentum, ex eorum tamen deliberacione verissimile 
videntur processisse que sequntur. | 

Quinque namque ebdomadarum emenso spacio, summe 
auctoritatis cives et prepositum mercatorum accersitos in domo 
regia sancti Pauli regina affabilius alloquuta solito, in presencia 
prenominatorum regum et principum, dixit regem dominum 
suum et se villam et ipsius habitatores semper gratos et recom- 
mendatos habuisse et habere; nec crederent relacioni mendose, 
que sibi falso imponebat de cathenis ferreis urbis, armis quoque 
auferendis verbum habuisse, cum nunquam excogitasset, sed - 
scirent sibi placere ut pro una duas haberent cathenas, si vel- 
lent, et ut forcius solito armarentur. Addidit iterum ut nego- 
ciacioni et aliis mechanicarum arcium officiis vacantes pacifice, 
ut boni subditi, fidelitatem erga regem et pacem mutuam indis- 
solubiliter servarent, ut sic ceteris civitatibus regni cedentes 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 181 


les jours de sa vie dans les larmes; quelques-uns méme assurent que 
son chagrin l'avait jetée dans une langueur incurable. Elle fut enterrée 
dans l'église de ladite ville. 


182 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

in exemplum propensius regis et sui graciam consequerentur. 
Verbisque finem faciens, per cancellarium Francie dici fecit 
eos mirari non debere, si regina tot armatos homines hucusque 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 483 


personne, et de ce qu'il y avait quelque désaccord entre les princes, 
que c'étaient des affaires trés graves, et qu'il ne convenait pas qu'elle 
leur en fit part. 


Mais on s'apercut bientót avec un vif déplaisir que la suite ne répon- 
dit pas à ces belles paroles. En effet deux jours aprés, c'est-à-dire le 
40 novembre , dans l'aprés-midi, le roi, qui était retombé malade, 
fut enlevé du Palais au nom de la reine et par son ordre, le plus 
secrétement qu'il se put faire, à l'insu méme des officiers de sa maison 
et des bourgeois, et porté sur un bateau pour étre transféré ailleurs. 
Les seigneurs susdits sortirent ensuite en armes par la porte Saint- 
Jacques, et, suivant ce qui avait été décidé et convenu, ils conduisirent 
le roi par terre à Tours avec les gens de guerre, qu'ils avaient jusqu'a- 
lors tenus à Paris et dans les environs, au grand préjudice des habi- 
tants. Ils l'y retinrent enfermé comme de coutume jusqu’au 29 no- 


vembre qu'il recouvra la santé. On disait généralement , et cela était. 


fort vraisemblable, que c'étaient les princes qui avaient conseillé cet 
enlévement subit, dans la crainte que le roi n'accueillit favorablement 
le duc de Bourgogne, qui approchait de Paris, et ne prit plaisir à l'en- 
tretenir. Le duc en fut justement irrité, et pendant qu'il continuait 
. sa route vers la capitale, il envoya son beau-frére le comte de Hai- 
naut à Tours , pour qu'il cherchát à rétablir par sa médiation la bonne 
harmonie entre lui et le duc d'Orléans. 


184 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


CAPITULUM XXIV. 


Na hile ane mache ennt anta innatatnm cnmnasitm intae Recenndia at Aumtiente 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 185 


CHADIThFE YYIV 


186 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 
« mancipentur. Fiat in ore tuo verbum; esto inter nos pacis 
« mediator. Scio quod omnibus ipsis carus sis et quod obtem- 
« perabunt dictis tuis. » 

His auditis, quando quidem preter spem offensas sic dulciter 
remittebat, prono capite, defixis in terram genibus, inde gra- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 187 


« nous. Je sais combien vous leur êtes cher à tous, et je suis sûr qu'ils 
« suivront vos conseils. » 


À ces mots, Jean de Montaigu, qui était loin de s'attendre que le 
duc lui pardonnát si généreusement ses offenses , tomba à ses genoux 
et le remercfa humblement. Il lui promit de le servir en toute circon- 
stance avec un dévouement inviolable, et s'engagea par serment à lui 
. demeurer fidèle et soumis, quoi qu'il püt arriver, et à travailler à : 
l'accomplissement de ses voeux. Voulant méme lui inspirer une con- 
fiance plus entière et ne lui laisser aucun doute sur sa parole, il pria 
le duc de faire partir avec lui quelques-uus de ses plus fidéles cheva- 
liers. Le duc y consentit aprés beaucoup de difficultés et l'invita à 
diner. 


Déjà précédemment, ledit grand-maitre de la maison du roi, qui 
savait que le duc lui portait une haine implacable, et qui avait presque 
désespéré de ses affaires, s'était fait donner par le duc de Berri le 
cháteau de Nonette, forteresse inexpugnable et presque inaccessible, 
située dans les montagnes d'Auvergne, où il comptait se réfugier avec 
sa famille et tout ce qu'il avait de plus précieux, et, dans ce cas, il 
devait laisser audit duc le cháteau neuf de Marcoussis et ses apparte- 
nances. Mais quand il se vit réconcilié avec le duc de Bourgogne, il 
alla trouver le roi à Tours avec le comte de Hainaut et quelques-uns 
des familiers dudit duc, et s'entremit avec tant de succés auprés de la 
reine et des princes de la famille royale, qu'il obtint tout ce que le 
duc désirait. ' | 

Lorsque ces envoyés furent de retour, le duc de Bourgogne fit so 
entréeà Paris en appareil de guerre et en ordre de bataille, et y fut 
recu avec toutes sortes d'honneurs. Il se trouva dans la foule accourue 
sur son passage des Flamands et des Bourguignons, qui, à la vue de 
leur seigneur, manifestérent leur joie par des acclamations qui n'étaient 
dues qu'à la royauté. Messeigneurs les ducs qui résidaient auprés du 
roi apprirent cette circonstance avec un vif déplaisir, et en firent un 
crime à toute Ja ville. Aussitôt après son entrée, le duc fit publier . 


188 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

que voce preconia predas sub capitali pena vetuisset excercere, 
indisciplinate tamen phalanges, que planam ‘patriam occupa- 
bant, mandato minime obtemperaverunt, et sic residua bona 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 189 


partout par la voix du héraut que le pillage était défendu sous peine 
de mort. Malgré ces ordres, les bandes indisciplinées qui occupaient 
la campagne firent main basse sur tout ce qu'avaient épargné les 
troupes de la reine et de messeigneurs les ducs. En un mot, il n'y 
eut pas dans tout le royaume une seule province , la Normandie et la 
Bretagne exceptées , qui, aprés avoir été pillée par les gens de la reine 
et de messeigneurs les ducs depuis Páques jusqu'à l'arrivée du duc, ne 
füt cruellement ravagée par les Bourguignons depuis cette époque 
jusqu'à la fin de janvier. Pour mettre un terme à ces déprédations, 
le roi enjoignit au duc par un message de renvoyer ses gens, sous peine 
d'étre réputé coupable de lése-majesté. Mais le duc refusa d'obéir, 
alléguant que cet ordre n'était pas l'expression de la volonté du roi. Il 
garda donc ses hommes d'armes dans les environs de Paris, au grand 
préjudice des habitants, jusqu'à la conclusion du traité qui se négo- 
ciait entre lui et le duc d'Orléans. . : 


CHAPITRE XXV. 


Les Parisiens prient le roi de revenir à Paris. 


Personne n'ignorait que. tous ces maux tenaient à l'absence du roi. 
Aussi les Parisiens , affligés de se voir privés depuis si long-temps de 
la vue de leur souverain bien aimé, envoyérent en députation à Tours 
le prévót des marchands et quelques-uns des plus notables bourgeois, 
afin d'obtenir du roi qu'il revint le plus promptement possible. Ces 
envoyés se présentérent d'abord à monseigneur le duc de Berri, qui, 
en apprenant les motifs de leur voyage, les reçut avec beaucoup 
d'égards et leur fit bonne chére. Il leur fit visiter aprés diner les appar- 
tements de son cháteau, leur montra ses joyaux les plus précieux, et 
aprés les avoir entretenus familiérement, il approuva leur désir et 
leur promit avec empressement de faire tout ce qui dépendrait de lui 
pour les satisfaire. Charmés de cette réponse, ils allérent implorer 
humblement l'appui du duc de Bourbon. Mais ce prince s'emporta 


490 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


crederent erga ducem Borbonii humiliter implorare, mox in 
injurias prorumpens eisdem improperando dixit gavisos fuisse 
super nece ducis Aurelianensis, et laudes regias exclamasse duci 
Burgundie ingredienti in urbem, addens in calce verborum, 
quod hoc non fuerant signa fidelium subditorum, et ideo quod 
petebant modis omnibus impediret, nisi facere consentirent 
quod in cedula tunc porrecta scriptum erat. Hec precise conti- 
nebat ut regi appropinquanti Parisius summe auctoritatis cives 
sibi obviam exirent, funes in collo ferentes et clamantes mise- 
ricordiam , indeque ad beneplacitum ejus multam peccunialem 
subirent. | 

Quod onus detestabile abhorrentes, cedulam indignam 
responsione unanimiter concluserünt, regique sine medio quod 
optabant verbo tenus dignum duxerunt supplicare. À quo 
benigne recepti et benignius auditi, cum de prosperitate urbis 
et salute singulorum affabiliter quesivisset, id quod rogabant 
modis omnibus optare se dicit et celerius quam posset reverte- 
retur Parisius. Sicque cives, ipsi cum graciarum actionibus 
vale dicto redeuntes , urbem ineffabili gaudio repleverunt. 


CAPITULUM XXVI. 


De confirmacione tractatus et pace jurata inter Burgundie et Aurelianensis duces in 
ecclesia urbis Carnotensis. 


Ut autem composicionis forma inter duces Burgundie et 
Aurelianis in regis et regine presencia, regum quoque Sicilie 
et Navarre, ducum eciam Guyenne, Biturie, Borbonii, comitis 
Hanonie, et aliorum de regali prosapia existencium conclusa , 
firmior haberetur, et secundum omnes circumstancias prolo- 
quutas servaretur, ipsam magister regalis hospicii memoratus 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 19 


contre eux en injures , et leur reprocha de s'étre réjouis de l’assassinat 
du duc d'Orléans et d'avoir accueilli le duc de Bourgogne à son entrée 
dans la ville avec des acclamations qui n'étaient dues qu'à la royauté. Il 
ajouta en finissant que ce n'était pas ainsi qu'agissaient des sujets fidèles, 
et qu'il s'opposerait de tout son pouvoir à ce qu'ils demandaient, s'ils 
ne consentaient à faire ce qui était contenu dans une cédule qu'il leur 
présenta. Cette cédule stipulait qu'à l'arrivée du roi les principaux 
bourgeois de Paris viendraient à sa rencontre la corde au cou en criant 
merci et qu'ils paieraient telle amende qu'il lui plairait de leur infliger. 


Les Parisiens, indignés de ces propositions tyranniques, résolurent 
unanimement de n'y faire aucune réponse et de s'adresser directement 
au roi pour obtenir ce qu'ils désiraient. Le roi les recut fort bien, les 
écouta avec bonté , et aprés s'étre enquis affectueusement de l'état de la 
ville et de la santé de chacun d'eux, il leur déclara qu'il n'avait rien 
plus à coeur que de les contenter, et qu'il retournerait à Paris le plus 
tót qu'il pourrait. Les bourgeois le remerciérent, prirent congé de 
lui, et rapportérent ces bonnes nouvelles anx Parisiens, qui en furent 
transportés de joie. | | 


CHAPITRE XXVI. 


Traité de paix signé et juré entre les dues de Bourgogne et d'Orléans 
dans l'église de Chartres. 


Pour consolider la paix qui avait été conclue entre les ducs de 
Bourgogne et d'Orléans, en présence du roi, de la reine, des rois de 
Sicile et de Navarre, des ducs de Guienne, de Berri et de Bourbon, 
du comte de Hainaut et des autres princes du sang, et pour assurer 
l'exécution de tout ce qui avait été arrêté, le grand-maitre de la 
maison du roi obtint que le traité füt rédigé par écrit et divisé par 
articles ainsi qu'il suit : 


192 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

in scriptis redigi, et in articulos dividi impetravit, qui sequun- 
tur de verbo ad verbum. 

. Primus articulus continebat quod mensis marcii nona die 
dux Burgundie ápud Carnotum coram rege compareret perso- 
naliter, sexcentis tamen associatis viris, inter quos centum ex 
generosis proavis trahentes originem possent interesse, et hii 
omnes loricas ferrent et arma , si placeret, lanceis, asciis, cassi- 
dibus, ocreisque ferreis dumtaxat exceptis. 

Additum est quod regem, reginam, dominum ducem 
Guienne, alios quoque dominos de progenie regali reperiret 
cum suis decurionibus et familiaribus, in habitu quem consue- 
verant deferre ante casum, excepto comite Hanoniensi cum 
societate sua; et quod rex, nomine et ut custos precipuus 
ducis Aurelianensis ac fratrum suorum, promitteret quod duci 
accedenti vel eciam redeunti, nee gentibus suis per se vel per 
alium aliquod impedimentum in corporibus vel bonis procu- 
rabit; idque jurare regina, dux Guienne, Sicilie et Navarre 
reges, duces quoque Biturie, Borbonii ac eciam Aurelianensis 
nomine suo ac fratrum suorum eciam tenebuntur. 

« Iterum, quod pro duce Aurelianensi , fratribus , amicis et 
familiaribus suis similes securitates tradet, et de hiis littere 
conficientur ad majorem securitatem predictorum. 

« Item, et quod Hanonie comes, auctoritate regia sigillo 
regio roborata, quadringentis associatus armatis pugnatoribus 
et centum balistariis , utrique parti predictas securitates jurabit. 
Et si utra pars contrarium attemptet, id impediet pro posse et 
partem ream viribus sustinebit. 

« Iterum, et quod dux Aurelianensis eum fratribus coram 
rege in tali numero virorum et modo simili munitus ut dux 
Burgundie poterit comparere. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 193 


' * 


Le premier article portait que le duc de Bourgogne comparaitrait 
en personne le 9 mars devant le roi en la ville de Chartres, qu'il 
pourrait se faire accompagner de six cents hommes, parmi lesquels on 
lui permettrait de comprendre cent seigneurs d'illustre naissance, qui 
pourraient tous àvoir des cuirasses et telles armes qu'il leur plairait, 
excepté des lances, des haches, des casques, et autres armures dé fer. 


Les autres articles contenaient les stipulations suivantes : « Il trou- 
vera en ladite ville le roi, la reine, monseigneur le duc de Guienne 
et les autres princes du sang. Ceux de ses officiers et de ses familiers 
qui viendront avec lui seront vétus des mémes habits qu "ils avaient 
coutume de porter avant l'événement , excepté le comte de Hainaut et 
sa suite. Le roi , au nom et. comme tuteur principal du duc d'Orléans 
et de ses frères , promettra que le duc et ses gens, lorsqu' ils viendront 
ou s'en iront, n'éprouveront aucun tort ni par lui ni par d'autres, 
soit dans leurs personnes, soit dans leurs biens. La reine, le duc; de 
Guienne, les rois de Sicile et de Navarre, les ducs de Berri et de 
Bourbon, et méme le duc d'Orléans, en son nom et au nom a de pes 
frères, seront tenus de faire les mêmes promesses. 


« Jtem , des sûretés semblables seront données pour le duc d Orléans , 


ses fréres, amis et familiers , et pour plus grande garantie, il sera 
dr 'essé des lettres à ce sujet. 


, E . 

« Item , le comte de Hainaut, par commission du roj, scellée du 
grand sceau, aura avec lui quatre cents hommes d'armes et cent arba- 
létriers, et jurera lesdites süretés à l'une et à l'autre des parties. Et si 
l'une des parties attente quelque chose à l'encontre, il l'empéchera 
autant qu'il sera en lui, et soutiendra par la force la partie opprimée: 


« Jtem , le duc d' Orléans pourra comparaître avec ses frères devant 
le roi, escorté du méme nombre d'hommes et en même équipage que 
le duc de Bourgogne. 


: . 
sd ‘à ; 


IY. 25 


194 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« Item, quod et in loco designato, ipsa die, rege cum regina, 
prenominatis dominis et eorum consilio residente, in absencia 
tamen ducis Aurelianensis et fratrum suorum, dux Burgundie 
per quemcunque voluerit verba proferri faciet formaliter que 
sequentur : « Metuendissime et summe domine mi , ecce domi- 
« num ducem Burgundie, cognatum vestrum, qui ad presen- 
« ciam vestram venit, tanquam vestrum humilem et fidelem 
« subditum, servitorem et cognatum, pro casu qui accidit in 
« persona domini Aurelianensis, fratris vestri, qui processit suis 
« voluntate et precepto et quem fieri procuravit pro bono ves- 
« tro ac eciam regni vestri * , ut promptus est declarare, si vobis 
« placeat. Ipse tamen intellexit quod inde magnam displicen- 
« ciam habuistis, unde dolet et irascitur, quantum potest ; et 
ideo, metuendissime et summe domine mi, vobis humiliter 
« in quantum potest supplicat ut hanc displicenciam amoveatis 
« de corde vestro et ipsum teneatis in vestris gracia et amore; 
« et sic, metuendissime et summe domine mi , ipse per graciam 
« Dei promptus est et semper erit obedire in cunctis que sibi 
« precipietis. » | 


f 


« Iterum et quod, hiis prolatis, iterum dux dicet regi : « Me- 
« tuendissime et summe domine mi, verba dicta a me proces- 
« serunt, et super hiis que continent vobis supplico, quantum 
« possum. » | 

« Iterum quod mox regina, dominus dux Guyenne, et ceteri 
domini recitabunt bonam voluntatem quam dux Burgundie 
habet erga regem ad obediendum et serviendum. sibi, suppli- 
cando ut requestas. suas gratas habeat, et quod eidem totum 
parcat. 


' Ce passage, emprunté au n° 5959 fol. 89 v. , manque dans le n° 5958. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 19$ 


« Jtem , le même jour et au lieu désigné, en présence du roi, de la 
reine, des seigneurs susdits et de leur conseil, dont cependant seront 
pour lors absents le duc d'Orléans et ses frères, le duc de Bourgogne 
fera prononcer en son nom, par qui bon lui semblera, les paroles 
qui suivent : « Mon trés redouté et souverain seigneur, voici monsei- 
« gneur le duc de Bourgogne, votre cousin, qui se présente devant 
« vous comme votre humble et fidèle sujet, serviteur et cousin , pour 
« le fait qui a été commis en la personne de monseigneur d'Orléans, 
« votre frére, par sa volonté et par ses ordres, pour votre bien et 
« pour le bien du royaume, aisi qu'il est prêt à le déclarer, s'il vous 
« est agréable. Il a appris que vous en aviez éprouvé un grand déplai- 
« sir, et il en est affligé et fâché autant qu'il le peut. C'est pourquoi, 
« mon trés redouté et souverain seigneur, il vous supplie aussi hum- 
« blement qu'il lui est possible de bannir ce déplaisir de votre coeur 
« et de lui rendre votre faveur et votre amitié, et cela étant, mon 
« trés redouté et souverain seigneur, il est et sera toujours, grâce à 
« Dieu, disposé à vous obéir en toutes les choses que vous lui com- 
« manderez. » 


« Jtem, aprés cela, le duc dira lui-même au roi : « Mon trés redouté 
« et souverain seigneur, les paroles que vous venez d'entendre ont été 
« dictées par moi ; je vous supplie , autant qu'il est en moi, d'y avoir 
« égard. » 


« Jtem, la reine, monseigneur le duc de Guienne et les autres 
seigneurs se porteront ensuite garants de la bonne volonté que le duc 
de Bourgogne a d'obéir au roi et de le servir, et le supplieront d'avoir 
pour agréable sa requéte et de lui accorder un pardon plein et entier. 


196 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« [tem et quod tunc rex respondebit : « Pulchre cognate, 
« propter bonum regni nostri, amoremque regine et aliorum 
« de regali prosapia hic presencium, et propter fidelitatem ac 
« bóna servicia, que speramus in vobis semper reperire, quod 
« requisistis concedimus et vobis totum remittimus. » 

« Iterum et hiis peractis , rex retrahere faciet ducem Burgun- 
die, et statuet ut in suo reditu oret vel orari faciat ducem Aure- 
lianensem et fratres suos ut a cordibus suis deponent rancorem 
et displicenciam quam conceperunt contra ipsum et quod de 
cetero sint boni amici , et eidem totum indulgeant. 

«Item et post, rex ducem Aurelianensem et fratres suos jube- 
bit accedere, et reiterabit verba ducis Burgundie et supplica- 
cionem ejus, et quod eidem concessit. Verba eciam iterum eis 
dicenda per ducem Burgundie recitabit, et ordinabit quod ipsis 
prebeant assensum. Tunc rex, duce Burgundie evocato, ipsi pre- 
cipiet proferre verba ab ipso ordinata. Ille autem qui pro ipso 
loquetur sic dicet : « Domine Aurelianensis , et vos domini fra- 
« tres vestri, ecce dominum Burgundie, qui vobis supplicat ut 
« rancorem et omnem displicenciam deponatis de cordibus ves- 
« tris, quam concepistis contra ipsum, et quod de cetero sitis 
« boni amici, et totum eidem indulgeatis. » Addet et idem dux 
Burgundie : « Cognati carissimi, et id vobis supplico. » Acce- 
dentque tunc regina, dux Guienne, et alii domini ad ducem 
Aurelianensem et fratres suos, et orabunt ut concedent duci 
Burgundie quod humiliter postulavit. Sequenterque rex sub- 
junget : « Carissime fili, et vos nepotes carissimi , consenciatis 
« atque gratum habeatis quod egimus, et quod recitatum vobis 
«fuit, et ei parcatis totum. » Posteaque respondebunt unus 
post alterum : « Domine mi carissime, jussu vestro concedo, 
« consensio, gratumque habeo quicquid egistis, et remitto sibi 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. — 497 


« Jtem , le roi répondra alors : « Beau cousin, pour le bien de notre 
« royaume, pour l'amour de la reine et des autres princes du sang ici 
« présents, pour la fidélité et les bons services que nous attendons de 
« vous , nous vous accordons ce que vous demandez et vous remettons 
« toutes choses. » 


« Jtem , cela fait, le roi fera retirer le duc de Bourgogne et ordon- 
nera qu'à son retour il prie ou fasse prier le duc d'Orléans et ses fréres 
de bannir de leurs cœurs le ressentiment et la colère qu'ils ont con- 
cus contre lui, d'étre désormais bons amis avec lui et de lui pardon- 
ner tout le passé. 


« Jtem , le roi fera approcher ensuite le duc d'Orléans et ses frères, 
leur répétera les paroles et les priéres du duc de Bourgogne, et leur 
dira qu'il lui a pardonné. 1l lira aussi les paroles qui devront leur être 
adressées par le duc de Bourgogne, et leur ordonnera de les agréer. 
Puis, rappelant le duc de Bourgogne, il lui enjoindra de prononcer les 
paroles ordonnées par lui, et celui qui parlera pour ledit duc dira : 
« Monseigneur d'Orléans, et vous messeigneurs ses fréres, voici mon- 
« seigneur de Bourgogne, qui vous supplie de bannir de vos coeurs 
« toute la colére et tout le ressentiment que vous avez concus contre 
« lui, d’être désormais bons amis avec lui et de lui pardonner tout le 
« passé. » Ledit duc ajoutera lui-méme : « Oui, trés chers cousins, je 
« vous en supplie. » Alors la reine, monseigneur le duc de Guienne et 
les autres seigneurs s'approcheront du duc d'Orléans et de ses fréres, et 
les prieront d'accorder au duc de Bourgogne ce qu'il leur a si hum- 
blement demandé. Puis, le roi ajoutera : « Mon trés cher fils, et vous 
« mes très chers neveux, approuvez et agréez ce que nous avons fait 
« et ce qui vous a été exposé; accordez-lui un pardon plein et entier. » 
Les jeunes princes répondront l'un aprés l'autre : « Mon trés cher 
« seigneur, d’après vos ordres, j'accepte, j'approuve et j'agrée tout ce 
« que vous avez fait, et je lui remets toutes choses. » Aprés quoi, le roi 
fera dire: « Et moi je veux et commande que vous observiez fidélement 
« tout ce que j'ai fait et ce que je vais en outre ordonner présentement 





198 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 


« totum. » His peractis, tunc rex dici faciet : « Et ego volo vobis- 
.« que precipio ut firmiter teneatis quicquid feci, et quod nunc 
« ordinabo ulterius in ista materia, scilicet quod vos simul 
« maneatis ut boni amici, simulque faciant servitores et fami- 
« liares utriusque partis, et quod nunquam pro isto casu nec 
« quod inde sequutum est aliquid mutuo petatis; inhibeoque 
« omnibus sub pena ire regie incurrende, et in quantum me 
« timetis offendere, quod nunquam ob istam occasionem dis- 
« cencionem vel divisionem moveatis inter vos, nec contra 
« quamcunque personam, que se intromiserit de negocio isto, 
« auctoritate mea vel alias, aliquem rancorem habeatis vel ali- 
« quod odium, nec aliquod impedimentum vel dampnum cor- 
« pori suo vel bonis inferatis; sed unusquisque vestrum hoc 
« indulgeat omnibus, sicut et ego remitto, dumtaxat illis excep- 
« tis qui crimen commiserunt in fratrem nostrum ducem Aure- 
« lianensem. » | 

«Item quod hec omnia de sanguine regio nostro procreati 
promittent et jurent in manu regis, super crucem Domini et 
sancta Dei evvangelia. 

« Item, et quod rex matrimonium faciet comitis Virtutum, 
fratris ducis Aurelianensis, et filie ducis Burgundie, et occasione 
dicti connubii dux ipse Burgundie quatuor mille libras turo- 
nenses annui resditus assignabit in perpetuum dicte filie pro 
ipsa et his qui procreabuntur ab ipsa. Iterum centum et quin- 
quaginta mille francos auri tradet pro sola vice, ut de quinqua- 
ginta mille ementur resditus pro dicta filia et suis heredibus, et 
de aliis centum mille maritus ordinabit ad sue beneplacitum 
voluntatis. 

« Item et dictus dominus Virtutis obtinebit in successione 
possessionum ' patris et matris talem porcionem que jam fuit 














EEE 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 199 


« en cette affaire, c'est-à-dire, que vous demeuriez bons amis, que 
« vos serviteurs et familiers en fassent autant de part et d'autre, et que 
« jamais vous n'éleviez l'un contre l'autre quelque réclamation pour 
« ledit cas ou ce qui s'est ensuivi. Je vous défends à tous, sous peine de 
« vous exposer à ma royale colére, et en tant que vous craignez de 
« m'offenser, d'avoir jamais aucune querelle ni différend entre vous 
« à ce sujet, de garder de la haine ou du ressentiment contre aucun de 
« ceux qui se seront entremis dans cette affaire, soit en mon nom , soit 
« autrement, de leur causer aucun tort ni dommage dans leur per- 
' « sonne ou dans leurs biens. Que chacun de vous pardonne comme je 
« pardonne moi-méme à tous, à l'excaption toutefois de ceux qui ont 

« commis l'attentat sur la personne de notre frè ère le duc d'Orléans. » 


« Jtem, tous les princes du sang royal promettront et jureront 
toutes ces choses entre les mains du roi sur la croix de Notre-Sei- 
gneur et sur les saints évangiles. 


« Jtem, le roi mariera le comte de Vertus, frère du duc d'Orléans, 
à la fille du duc de Bourgogne, et à l'occasion dudit mariage, le duc 
de Bourgogne assignera à sadite fille, pour elle et pour les eufants 
qu'elle aura, une rente perpétuelle de quatre mille livres tournois par 
an. Il donnera en outre cent cinquante mille francs d'or une fois 
payés, dont cinquante mille seront employés à acheter des rentes pour 
sadite fille et ses héritiers, et des cent mille autres le mari disposera 
selon son bon plaisir. 


« Jtem, ledit comte de Vertus aura dans la succession de son pére 
et de sa mére la part qui luia déjà été assignée ou qui pourra lui com- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXIX. 201 


péter; sur laquelle part il assignera à ladite dame pour son douaire 
quatre mille livres tournois de revenu annuel. » . 


202 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXIX. 

ad stabilius fundandum statum rerum, prefatum subjunxit 
connubium, et quod domino Virtutum hereditario jure compe- 
tebat; et tunc tractatum predictum ipsemet, regina, Sicilie et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV, XXIX. 208 


Vertus, et régla sa part d'héritage dans la succession paternelle. Il 
jura ensuite sur la croix de Notre Seigneur et sur les saints évangiles 
d'observer inviolablement ledit traité; ce que firent aussi la reine, 
les rois de Sieile et de Natarfe, lé duce dé Giiemne, de Berri, d'Or- 
léans, de Bourgogne, de Bourbon , de Hollande et de Baviére. Étaient 
présents les comtes d'Alencon, de Mortain, d'Eu, de Vertus, de la 
Marche, de Vendóme, et de Dreux, le dauphin d'Auvergne, les 
comtes de Tancarville, de Roucy, de Braine, de Namur, de Tonnerre, 
de Dammartin, de Conversant, de Salm, de Vaudémont , qui pré- 
térent le méme serment, en présence de monseigneur lé cardinal de 
Bar, de‘l’archevèque de Sens, des évêques d'Angers et de Poitiers, de 
deux présidents du Parlement, de douze conseillers, du trésorier de 
la sainte Chapelle, de Jean Chanteprime, de Nicolas des Prés, et de 
plusieurs autres chevaliers, qui manifestérent la joie la plus vive, dans 
la persuasion où ils étaient que le royaume allait enfin goûter les 
charmes de la paix et les douceurs du repos et de l'aisance. 


Aosi Domiui 
MCOCCIX. 


CHRONICORUM 
KAROLI SEXTI 


LIBER TRICESIMUS. 


Pontificum 1: ( Alexander ), 
Imperatorum ix, 
Anni Domini stccocix. 4 Francorum zxx, 
Anglorum x, e 
Sicilie 1x. 


CAPITULUM 1. 


Abbaciam Regalis Montis fulgur in parte consumpsit. 


IxTERIM dum hec aguntur, die....* subito celum obductum 
nubibus obscuras induxit tenebras pene palpabiles circum- 
quaque in Parisiensi dyocesi, et variis choruscacionibus inter- 
polata luce micantibus ruptis, mugierunt clamosa tonitrua , et 
cum tonitruo processit fulgur mixtum, quod dampnum multum 
intulit, et specialiter in Regalis Montis abbacia famosa , unde 
multi doluerunt. Sane subito, more suo, campanile constructum 
in medio ecclesie subintrans, tante activitatis extitit, quod ex 
igne trabibus ligneis et laqueariis fastigium sustinentibus in- 
jecto consumpta coopertura plumbea et campanis ad modum 
cere liquefactis , totam mediam illam partem destruxit cum 
parte maxima lapidearum voltarum. 


' Il y a ici une lacune d'un ou deux mots dans le n° 5958, fol. 302 r. 

















CHRONIQUE 


DE CHARLES VI. 


LIVRE TRENTIÈME. 


1** année du règne du pape Alexandre, 











9 ——— de l'empereur, 

An du Seigneur 1409 '. € 30° —— du roi de France, 
10* ——-- du roi d'Angleterre, 
9* ——————- du roi de Sicile. 


CHAPITRE I". 


La foudre consume en partie l'abbaye de Royaumont. 


PENDANT que ces événements se passaient, un malheur déplorable y, ac Seigneur 
arriva dans le diocèse de Paris. Un jour le ciel se couvrit tout-à-coup  ‘‘* 
d'épais nuages, qui produisirent l'obscurité la plus profonde. De nom- 
breux éclairs sillonnérent les nues; le tonnerre gronda avec un bruit 
effroyable et le feu du ciel occasionna de grands dégâts, surtout dans 
la fameuse abbaye de Royaumont. Il tomba, comme il arrive ordinai- 
rement, sur le clocher placé au milieu de l'édifice, et causa un incendie 
si violent, que les poutzes et la charpente qui soutenaient le toit de 
l'abbaye furent brülées, la couverture de plomb et les cloches fon- 
dues, une partie des bâtiments et presque toutes les voûtes en pierre 
détruites de fond en comble. 


' L'année 1409 commença le 7 avril. 


206 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 207 


CHAPITRE 1I. 


Le concile de Pise s'assemble pour procéder à l'élection d'un scul pape. 


Tous les chrétiens qui, inspirés par la grâce du Saint-Esprit, 
gémissaient de voir l’Église, la mère universelle des fidèles, depuis - 
si long-temps écrasée sous le poids de l'exécrable schisme, et qui 
maudissaient la coupable ambition des deux prétendants aux hon- 
neurs suprémes de la papauté, recommandaient la convocation des 
deux colléges de cardinaux comme un moyen facile d'arriver à la paix 
et à l'union. Leurs voeux furent enfin exaucés. Des archevéques, des 
évêques, des abbés, des chanoines des églises cathédrales et des pro- 
fesseurs des universités furent députés solennellement de France, 
d'Angleterre , de Bohéme et des autres royaumes et seigneuries de la 
chrétienté , et partirent tous avec empressement, pour aller au con- 
cile de Pise travailler à l'extirpation du schisme. 


De tous ces députés, monseigneur Guy de Roye, archevêque de 
Reims, fut le seul qui n'atteiguit pas heureusement le terme de son 
voyage. Quoiqu'il eût jusqu'alors, soit dans les assemblées publiques, 
soit en présence des princes, soutenu hautement le mérite de Pierre 
de Luna, il n'avait pas laissé de partir avec le cardinal de Bar, pour 
participer à une œuvre si agréable à Dieu. Je crois devoir insérer ici 
le récit de l'aventure déplorable qui mit fin à ses jours. Les denx prélats 
s'étant arrêtés dans un village situé à deux journées de Génes, le mart- 
cha] du cardinal se prit de querelle à l'occasion de ses chevaux avec 
le maréchal du lieu, et le tua. Les habitants furieux se jetèrent aussi- 
tót sur le meurtrier et le mirent à mort; puis, courant à l'hótel du 
cardinal, ils massacrérent dans leur rage forcenée cinq de ses gens 
qu'ils rencontrérent. Comme ils menaçaient de pousser encore plus 
loin leur vengeance, l'archevéque se montra aux fenétres de l'hótel, 
et éssaya de les apaiser par de douces paroles; mais, au méme instant, 


208 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


habuerunt obviam, ferali rabie peremerunt. Ulteriüs ad faci- 
nora volentes procedere, cum prefatus archiepiscopus, ad fenes- 


-- " RE RE PT 40.24. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 209 


il tomba percé d’une flèche et expira sans proférer une seule parole. 
Non contents de tous ces attentats, ils se disposaient à mettre le feu à 
la maison, pour étouffer dans les flammes le cardinal et le reste de ses 
gens, lorsqu'il survint un courrier du gouverneur de Gênes qui fit 
cesser l'émeute au nom de son maître. Ce gouverneur, sous l'autorité 
duquel était placé le village, ne laissa pas ce crime impuni, et la 
vengeance qu'il en tira fut éclatante. Après avoir fait célébrer les 
funérailles de l'archevéque avec toute la pompe imaginable, il fit 
périr par différents supplices, sans distinction de rang, d'áge ni de 
sexe, tous ceux qui avaient pris part à cette sanglante émeute, et fit 
raser l’hôtel où avait logé le prélat. 


Je reviens aux dispositions prises pour assurer la paix de la sainte 
Église de Dieu. Messeigneurs les cardinaux avaient fixé au 20 mars 
la première session du concile. Ils devaient se réunir dans la belle et 
spacieuse nef de la cathédrale de Pise, où l’on avait fait préparer des 
siéges selon le rang et la dignité des prélats qui formaient l'assemblée. 
Voici dans quel ordre ils prirent place. Le premier siége , qui était de 
niveau avec l'autel situé à l'entrée extérieure du chœur, et qui se trou- 
vait à douze pieds de cet autel , fut occupé, ainsi qu’il convenait, par 
messeigneurs les cardinaux de Palestrine, d'Albano , d'Ostie, du Puy, 
de Thury et de Saluces, partisans de monseigneur Benoît, et par les 
cardinaux de Naples, d'Aquilée, de Colonne, des Ursins, de Bran- 
cace, de Ravenne, de Lodi et de Saint-Ange, adhérents de Grégoire. 
En face dudit autel, dont les cótés étaient occupés par les protono- 
taires du sacré palais, était le banc des ambassadeurs. Parmi les en- 
voyés du roi de France l'évéque de Meaux seul était présent; le roi de 
Sicile Louis était représenté par l'évéque de Gap, deux chevaliers, 
un docteur és lois et un secrétaire; le roi d'Angleterre, par un che- 
valier, un docteur et un clerc, qui venaient de la diéte tenue par les 
Allemands à Francfort. D'autres siéges avaient été disposés des deux 
côtés de ladite nef jusqu'aux portes de l’église pour ceux qui étaient 

iv. 27 


210 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LiB. XXX. 
in legibus cum uno secretario, necnon pro rege Anglie, cum 


CHRONIQUE DE CHARLES Vk — LIV. XXX. — 214 


prélats, pour les évêques et les abbés; des escabeaux étaient réservés 
aux envoyés des chapitres et des couvents. Dans le reste de ladite 
nef, étaient assis sur des siéges beaucoup plus bas les ambassadeurs qui 
n'étaient pas prélats, ceux des rois, des seigneurs et communes, les 
docteurs et les autres envoyés des chapitres et des couvents. Lorsque 
chacun eut ainsi pris place, monseigneur le cardinal de Palestrine 
célébra une messe solennelle du Saint-Esprit. Aprés quoi, un doc- 
teur prononca un sermon, dans lequel il exposa fort éloquemment les 
motifs de la tenue du contile, et engagea les assistants à prier avec 
ferveur pour l'union de l'Église. On ne fit rien de plus ce jour-là. 


Le mardi 26 mars, eut lieu la seconde session ou réunion de cé 
saint concile. Pendant la messe, qui fut dite par un prélat de l'autre 
collége, le cardinal de Milan invita l'assemblée par une exhortation 
solennelle à prier dévotement le Seigneur de daigner mener à bonne 
fin l'entreprise qu'ils avaient formée pour la paix de l'Église. Aprés 
cela, les prélats se couvrirent tous de leurs chapes, et prirent des 
mitres blanches. Un des chapelains qui se trouvaient là ayant entonné 
l'Orate, toute l'assistance se mit à genoux pour chanter le psaume : 
Miserere met, Deus. Un cardinal finit cette pause par une collecte; 
puis il en commença une autre, et après une antienne, qui fut chantée 
par les chapelains, un d'eux continua à haute voix les litanies, aux- 
quelles répondirent les prélats. Aprés l'oraison, le méme chapelain 
entonna l'hymne : Veni, creator Spiritus , et dit ensuite à haute voix : 
Levez-vous. Alors tous les prélats se levérent, et entendirent debout 
.en grande dévotion l'évangile, qui fut lu par un cardinal vétu d'une 
dalmatique. 


212 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


cardinali dalmatica insignito evvangelium unum devotissime 
audierunt. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 2413 


Ces préliminaires achevés, il fut enjoint à tous au nom du concile 
de sortir de l'église, à l'exception des prélats , des ambassadeurs et des 
docteurs. Puis on désigna un avocat, des notaires, des procureurs et 
des promoteurs qui furent chargés d'accuser les deux prétendants à la 
papauté. On délégua ensuite d'autres personnes, pour inscrire les 
noms de ceux qui venaient à ce sacré concile et pour s'informer depuis 
combien de temps ils étaient dans les prélatures , afin que chacun füt 
placé suivant son rang. Lorsque ces divers commissaires eurent prété 
serment de s'acquitter consciencieusement de leur office, l'avocat 
monta en chaire pour annoncer en plein concile ce qui avait été résolu. 
Il exposa à haute et intelligible voix les prétentions opiniátres des 
deux compétiteurs, qu'il nomma plusieurs fois l'un Benofictus au lieu 
de Benedictus , autre Errorius au lieu de Gregorius, rappela dans un 
long discours depuis combien de temps ils entretenaient le déplorable 
schisme dans l'Église de Dieu, et comment ils avaient été dûment 
cités devant le sacré concile dans l'intérét du rétablissement de la paix, 
et déclara que, si aprés avoir été sommés publiquement de comparaitre 
ils s'y refusaient, ils seraient considérés comme contumaces. Il en dit 
autant des soi-disant cardinaux de Fieschi , d'Auch et de Challant, qui 
étaient du parti de Benoit, et du soi-disant cardinal de Todi , qui était 
du parti de Grégoire. Alors un des promoteurs se leva, supplia instam- 
ment le concile d'approuver les requétes de l'avocat, et demanda qu'il 
lui en füt donné acte par les protonotaires, les clercs de chambre et les 
autres notaires qui se trouvaient là. Le concile y consentit conformé- 
ment aux usages pratiqués en justice; puis deux cardinaux , accom- 
pagnés d'un archevéque, d'un évéque , dudit avocat et desdits notaires, 
savancérent vers les portes de l'église, les firent ouvrir, citérent à 
haute voix les personnes ci-dessus mentionnées et demandérent à la 
foule environnante si l'on savait qu'il y eût quelqu'un de leurs gens 
logé dans la ville. Ils retournérent ensuite à leurs places, et l'un 
d'eux ayant alors dit au nom de tous qu'ils n'avaient trouvé personne, 
les accusateurs demandérent qu'il y eût déclaration de contumace et 








214 €HRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

familiaribus in urbe locatum, ad sedes suas redeuntes, ab ore 
unius retulerunt neminem eorum reperisse, sicque accusatores 
pecierunt ut reputarentur contumaces et super hoc sibi fieri 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 215 


qu'il leur en fût donné acte. Alors le cardinal de Palestrine, qu'on 
appelait aussi le cardinal de Poitiers, et qui était le plus ancien, 
comme ayant été promu au cardinalat avant le schisme, consulta ses 
collègues sur ce qu'il y avait à faire. Ils furent tous d'avis qu'il fallait 
remettre l'affaire au lendemain. Le reste de l'assemblée ayant donné 
son assentiment à cette résolution en répétant placet, placet, cette 
session se termina là. 


La troisiéme session se tint le lendemain avec les formalités sus- 
dites, et les deux prétendants ainsi que ceux de leurs adhérents sus- 
mentionnés furent cités de nouveau. Comme aucun d'eux ne comparut 
ni personne pour eux, les promoteurs requirent instamment qu'ils 
fussent déclarés contumaces. Cependant l'assemblée, par un sentiment 
de bienveillance, résolut unanimement que la sentence serait différée 
jusqu'au samedi suivant, qui était le dernier jour de mars. Ainsi fut 
close cette session. 


La quatriéme session eut lieu au jour dit avec les formalités ordi- 
naires. Lesdits prétendants n'ayant pas comparu furent déclarés 
contumaces à la requéte de l'avocat et des promoteurs, et par un 
acte écrit, dont le cardinal de Palestfine donna lecture. Ce prélat 
ajouta qu'on accorderait encore un délai à leurs adhérents jusqu'à la 
prochaine session, qui fut fixée au lundi d’après l'octave de Pâques, 
parce qu'on ne devait exercer aucnne juridisjion pendant toute cette 
semaine. Chagun ayant approuvé le choix de l’église de Pise pour la 
célébration du concile, l'assemblée se sépara. 





216 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CAPITULUM III. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 217 


CHAPITRE III. 


Résolutions prises par le saint synode depuis le 15 avril jusqu'au 22 mai. 


218 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

quod ille quem papam nominabant suum promptus erat com- 
parere, dum tamen esset in alio loco, et promittebat complere 
que juraverat, si alter eciam adimpleret, dureque redarguendo 
suos cardinales, dixit quod injuste et irracionabiliter fecerant 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 219 


remplir ses engagements, si son compétiteur en faisait autant. Il 
bläma méme durement les cardinaux de son parti, et leur dit qu'ils 
avaient fait un acte injuste et déraisonnable en opérant ladite sous- 
traction. 


Lorsqu'il eut fini de parler, lesdits ambassadeurs sortirent pour un 


moment de la salle. L'assemblée décida unanimement qu'on les rap- 


pellerait, et qu'on leur enjoindrait de Ja part du concile de rédiger 
par écrit leurs propositions et la nature des pouvoirs qu'ils avaient 
reçus de leur maître ; ce qu'ils firent non sans beaucoup de difficultés. 


Pendant ce temps-là, ceux de leurs gens qui gardaient leurs chevaux 
en dehors de l'église se prirent de querelle, et leur dispute excita 
une grande rumeur. Les ambassadeurs eux-mêmes, en se retirant, se 
livrérent à de vives contestations , au grand scandale de tous ceux qui 
se trouvaient là. Tout cela prouva clairement qu'ils n'étaient venus 
que pour entraver les affaires de l'Église. 


Dans la méme semaine, arriva à Pise un Italien nommé Charles 
Malatesta, seigneur de la vile de Rimini, où résidait alors Gré- 
goire, autrement dit Errorius; c'était un homme lettré, doué d'une 
grande facilité d'élocutiom et habile orateur. Il requit trés instamment 
messeigneurs les cardinaux de différer le concile et de choisir un autre 
lieu. On désigna pour conférer avec lui de trés doctes clercs, messei- 
gneurs les cardinaux d'Albano et de Thury du parti de Benoit, et 
messeigneurs d'Aquilée et de Milan du parti de Grégoire, qui lui dé- 
montrérent par beaucoup de raisons qu'il était impossible d'acquies- 
cer à sa demande ; il s'en retourna donc sans avoir rien obtenu. 


Le dimanche 24 avril, l'archevéque de Toulouse célébra la messe, 
en présence de tous les membres du concile, dans l'église de Saint- 
Martin. Pendant le service divin, un frère mineur, évêque de Digne 





220 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
misse, quidam frater minor, episcopus Dignensis in Proven- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 221 


en Provence, prononça un sermon, dont le texte était : Mercenarius 
fugit. Il démontra fort éloquemment que les deux prétendants n'étaient 
point de vrais pasteurs, mais des mercenaires, et qu'ils devaient être 
chassés en raison des voies qu'ils avaient tenues. Il repoussa formel- 
lement leurs propositions et prouva qu'ou ne devait pas avoir plus 
d'égard à la requéte des ambassadeurs du duc Robert de Baviére. Ce 
jour-là méme, lesdits ambassadeurs partirent tout-à-coup, on ne sait 
pourquoi, sans attendre une réponse, quoiqu'on leur eût accordé 
- audience pour le lendemain. 


. Le 24 avril, le sacré concile s'assembla dans la cathédrale. Après la 
messe , qui fut célébrée avec les cérémonies accoutumées , l'avocat du 
sacré concile monta en chaire, et, du consentement de toute l'assis- 
tance, lut à haute et intelligible voix l'exposé complet des divisions 
qui avaient afiligé l’Église depuis le commencement du schisme, et de 
la conduite qu'avaient tenue les souverains pontifes et les cardinaux 
pendant tout ce temps. La lecture de cet exposé, que messeigneurs 
les cardinaux avaient fait rédiger par écrit, dura trois heures. On 
lut ensuite les requétes présentées par les promoteurs contre les deux 
prétendants, et portant que le concile agréait la réunion et l'accord 
des deux colléges, et tout ce qui pouvait s'ensuivre; qu'il approuvait 
aussi la convocation faite par eux d'un concile général; qu'il main- 
tenait et déclarait valides les sommations faites aux deux prétendants; 
de plus, que le lieu de Pise était convenable pour la célébration du 
concile; que , les deux prétendants ayant été düment cités et déclarés 
contumaces , pour fait de schisme et attentat contre la foi , il requérait 
que tous leurs partisans et adhérents fussent désormais réputés schis- 
matiques et hérétiques; qu'en outre les deux prétendants seraient pri- 
vés de la dignité pontificale, et leurs partisans de tous lenrs bénéfices, 
honneurs et offices , et que, s'ils tentaient quelque chose contre ladite 
privation, ils pourraient étre punis par des juges séculiers; que tous 
les rois ou princes et généralement tous autres, de quelque condition 
qu'ils fussent, seraient déliés de leurs serments envers les deux pré- 


222 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

tus, eorum quoque fautores omnibus beneficiis , dignitatibus, 
officiis privarentur, et si contra privacionem istam aliquid 
attemptarent, puniri possent per judices seculeres; iterum 
quod omnes reges et principes et generaliter omnes, cujuscun- 
que status essent , penitus absolverentur a juramentis prestitis 
duobus contendentibus. Ordinatum et tunc fuit in eodem con- 
silio, ut viri litterati, honeste conversacionis et bone consciencie, 
eligerentur ad recipiendum informaciones testesque producen- 
dos per promotores prefatos contra duos contendentes et spe- 
cialiter super continuacione scismatis pertinaci et super conclu- 
sionibus mutuo inter se factis, et ad nominandum predictos 
' viros, ut procederetur ulterius in facto. Dicti consilii fuit con- 
tinuata dieta ad diem Martis propinquam, ultimam mensis 
apprilis. 

- Ipsa die, dominus patriarcha Alexandrinus , magister Symon 
Cramaut, Universitatis Parisiensia nuncii, ducum Brabancie, 
Hollandie ac patrie Leodiensis villam Pisanam ingressi sunt; 
subsequenter quoque ambassiatores Anglie, videlicet archiepi- 
scopus Salberiensis cum uno episcopo, duobus abbatibus, uno 
milite et duobus doctoribus in comitiva nobili ducentorum 
equitum, Applieuerunt postea ambassiatores archiepiscopi Ma- 
guntinensis et archiepiscopi Coloniensis cum apparatu insigni. 
Nuneii tamen Colonienses ad duas dietas de villa Pisana a gen- 
tibus marchionis de Mala Spina capti fuerant et detenti, sed 
interventu et favore domini Boussicaudi, gubernatoris Janue, 
cum omnibus bonis suis fuerant liberati. 

Ultima die apprilis, congregato consilio, et missa ab episcopo 
Luxoviensi in presencia nunciorum Anglie celebrata , post leta- 
nias et observancias pretactas, archiepiscopus Salberiensis, 
anglicus, cathedram ascendit, et sermonem faciens, unum et 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 223 


tendants. 1l fnt décidé dans le méme concile qu'on choisirait certaines 
personnes lettrées, de bonne réputation et de conscience pure, pour 
recueillir les informations et recevoir les dépositions des témoins qui 
seraient produits par lesdits promoteurs contre les deux prétendants, 
particuliérement en ce qui touchait leur obstination à maintenir le 
schisme et les résolutions qu'ils avaient prises de concert, et pour faire 
choix de commissaires qui seraient chargés de poursuivre l'affaire. Le 
concile s'ajourna au mardi suivant, qui était le dernier jour d'avril. 


Le méme jour, monseigneur le patriarche d'Alexandrie, maitre 
Simon Cramaut, les envoyés de l'Université de Paris, des ducs de 
Brabant , de Hollande et du pays de Liége arrivérent à Pise; ils furent 
bientót suivis par l'ambassade d'Angleterre, qui se composait de l'ar- 
chevéque de Salisbury, d'un évéque , de deux abbés, d'un chevalier et 
de deux docteurs avec une brillante escorte de deux cents cavaliers. 
Vinrent ensuite les ambassadeurs de l'archevéque de Mayence et de 
l'archevêque de Cologne en grand appareil. Les envoyés de Cologne 
avaient été pris à deux journées de Pise et retenus prisonniers par les 
gens du marquis de Malespina ; mais le gouverneur de Génes , messire 
Boucicault, avait obtenu par son intervention qu'ils fussent relâchés 
avec tout leur équipage. 


Le dernier jour d'avril, lorsque le concile fut assemblé et que la 
messe eut été dite par l’évêque de Lisieux en présence des ambassa- 
deurs d'Angleterre, aprés les litanies et les cérémonies susdites, l'ar- 
chevéque de Salisbury monta en chaire, et prononca un sermon, dans 
lequel il accabla de justes reproches l'un et l'autre des deux préten- 


^. 


224 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


alterum contendencium racionabiliter increpando, exhortatus 
est dominos cardinales et consilium ut procederent diligenter ad 
unionem Ecclesie. Nilque amplius actum est die illa; sed fuit 
continuata ad diem quartam maii, dieque sequenti cardinalis 
Burdegalensis, altera quoque sequente cardinalis Hyspanie 
villam illam ingressi sunt. 

Die quarta maii consilio congregato , dum episcopus Ebroy- 
censis divina celebrabat, Anglorum nuncii, qui tunc firesentes 
aderant, ad latus sinistrum, patriarcha vero, episcopi Mel- 
densis et Constanciensis, nuncii regis Francie, episcopus quoque 
de Gap, nuncius regis Sicilie, ad latus dextrum post cambella- 
num Rome sederunt. Peractisque misse sollempniis, cum prelati 
post consuetas observancias ornamenta sumpsissent ecclesias- 
tica, et patriarcha post primum cardinalem episcopum, do- 
minum scilicet Penestrinum, sedisset, sicut statutum fuerat, 
quidam excellentissimus doctor Bononiensis, Petrus Daquaran 
nominatus, cathedram ascendens, questionibus factis ab am- 
bassiatoribus ducis Ruperti de Bavaria respondens, subtiliter et 
profunde ostendit contendentes per cardinales et consilium 
sufficienter evocatos, et quod contra eosdem poterant juste 
procedere , sed et illi domini, sub quibus tunc residebant, 
prolatas dubitaciones a nunciis dicti ducis Ruperti penitus 
anullando. | 

Postea eciam advocatus ascendens cathedram, dixit quod ad 
examinandum testes per promotores producendos contra duos 
contendentes cardinalis de Laude ytalicus et cardinalis sancti 
Angeli pro duobus collegiis, pro regno Francie episcopus 
Luxoviensis et tres doctores, pro regno Anglie unus doctor, pro 
Provencia unus et pro Alemania duo, velut ad id ydonei , nomi- 
nati fuerant, et hoc omnes approbaverunt assistentes. Addidit 





226  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

finem dans verbis quod, quia dominus Lendislaus , qui se dice- 
bat regem Sicilie, armis Saone urbem infestabat, que erat 
Florentinorum, impediendo sacrum consilium , aliqui ad eum 
mitterentur, qui auctoritate consilii preciperent ut inde rece- 
dens resipisceret ab inceptis. Et hic sermo bonus in oculis 
omnium assistencium visus fuit, dietaque continuata fuit ad 
diem decimam maii. In congregacione ista nuncii Maguntini et 
Colonienses non interfuerunt ob discordiam motam inter eos 
pro prioritate sessionis, ordinatumque extitit ut reducerentur 
ad pacem. 

. Octava die maii , in ecclesia sancti Michaelis, quia tnnc cele- 
brabatur festum aparicionis ejusdem archangeli, presentes 
fuerunt cum consilio cardinales , missamque celebravit dominus 
patriarcha, qui, predicacionem faciens, sex raciones posuit, per 
quas proposiciones nunciorum ducis Ruperti de Bavaria effica- 
citer destruxit ét anullavit, qui ponebant in dubium si car- 
dinales poterant evocare papam suum ; si poterant sibi subs- 


. trahere obedienciam; si ambo collegia poterant se habilitare 


mutuo. Nam luculenter probavit quod hec omnia racionabiliter 
poterant pro tanto bono, sicut extirpacio scismatis et unio 
universalis Ecclesie, et quod quidquid tactum fuerat consilium 
poterat confirmare; multaque ibi tetigit faciencia ad bonum 
unionis. In isto consilio interfuerunt archiepiscoporum Ma- 
guncie et Coloniensis nuncii, et sicnt statutum fuerat, inter- 
mixti consederunt, et primus de Colonia ; missaque peracta, per 
prometorem et unum clientem muki prelati citati sunt ad 
comparendum die sequeriti, tà domo Carmelitarum, coram com- 
missariis per consilium ordinatis, ad jurandum in causa ambo- 
rum contendencium. 

Ista die, post prandium, in ecclesia sancti Martini cum do- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 227 


comme monseigneur Ladislas , soi-disant roi de Sicile, infestait par 
ses attaques la ville de Savone, qui appartenait aux Florentins, et 
entravait ainsi la tenue du sacré concile, il était à propos qu'on lui 
envoyát une députation pour lui enjoindre, au nom dudit concile, 
de se retirer et de cesser toute hostilité. Cet avis fut goûté de toute 
l'assemblée, et l'on s'ajourna au 10 mai. Les ambassadeurs de Mayence 
et de Cologne n'assistérent point à cette session, parce qu'ils eurent 
une contestation au sujet de la préséance; il fut convenu qu'on 
essaierait de rétablir le bon accord entre eux. 


Le 8 1nai, les cardinaux se réumirent avec les autres membres du 
coucile dans l'église de Saint-Michel, parce que c'était le jour où l'on 
célébrait la fête de l'apparition de eet archange. Monseigneur le pa- 
triarche dit la messe, et précha. Il combattit et repoussa victorieuse- 
ment par six raisons les propositions des ambassadeurs du duc Robert 
de Baviére, qui mettaient en doute si les cardinaux pouvaient citer 
leur pape, s'ils pouvaient lui soustraire l'obédience, et si les deux 
colléges pouvaient s'habiliter mutuellement. Il prouva éloquemment 
que tout cela pouvait se faire raisonnablement pour un aussi grand 
bien que l'extirpation du schisme et l'union de l'Église universelle, 
et que le concile pouvait ratifier tout ce qui avait eu lieu, et à ce pro- 
pos il présenta plusieurs autres considérations en faveur de l'union. 
À cette session se trouvérent les ambassadeurs des archevéques de 
Mayence et de Cologne , qui prirent place parmi les autres assistants, 
celui de Cologne ayant la préséance, ainsi qu'il avait été décidé. Aprés 
la messe, le promoteur, assisté d'un sergent, cita plusieurs prélats à 
comparaître le lendemain, dans la maison des Carmes, pour prêter 
serment dans l'affaire des deux prétendants devant les commissaires 
délégués par le concile. 


Le méme jour, aprés diner, les ambassadeurs des rois et des princes 


228 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

minis cardinalibus nuncii regum et principum et prelati con- 
gregati, tunc cardinalis Penestrinus dixit quod fratres sui in 
prosequcione unionis nichil agere intendebant sine delibera- 
cione consilii, et quia omnes nequibant in hiis deliberacionibus 
interesse, bonum erat aliquos ordinare qui semper presentes, 
cum deliberaretur, essent , et deliberata aliis nunciarent, et si 
aliquos dignos ad hoc repererant, illos nominarent. Ad hoc 
patriarcha dixit jam conclusum pro nacione Francie, ut de 
qualibet provincia archiepiscopus , si presens esset, et in absen- 
cia episcopus vel doctor hujus provincie interesset. Fueruntque 
nominati postea pro Francia patriarcha, archiepiscopi presen- 
tes; pro provincia Senonensi, episcopus Meldensis; pro Rotho- 
magensi, episcopus Luxoviensis , et sic de aliis; pro Provencia, 
que semper cum Francis stabat, episcopus de Gap; statutum- 
que ut sic de ceteris nacionibus fieret, et ut soli nominati in deli- 
beracionibus remanerent. . 

Inde cardinalis Albanensis, novam materiam intrans, nun- 
cios Petri de Luna nunciat brevi venturos, querens tria , quo- 
modo reciperentur , audirentur, vel eciam tractarentur. Addi- 
dit et requestis per promotores factis vicesima quarta apprilis 
ut per dictum decerneretur consilium, quod ad ipsum, ut 
representans universalem Ecclesiam , cognicio pertinebat extir- 
pacionis scismatis ac decisionis ipsius. Statutumque est ut die 
crastina post prandium provinciarum deputati < cum cardina- 
libus propter hoc 'congregarentur. | 

Super hoc nona maii loqutus patriarcha pro nacione Fran- | 
cie et Provencie dixit quod, mutua deliberacione habita, rata 
habebant per cardinalem postulata, adducens ultra ut pro- 
mociones prelaturarum duorum contendencium usque ad limi- 
tatum tempus approbarentur per dictum consilium; cui mox 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 229 


ainsi que les prélats étant réunis avec messeigneurs les-cardinaux dans 
l'église de Saint-Martin, le cardinal de Palestrine dit que ses fréres 
n'entendaient rien faire pour la poursuite de l'union sans que le con- 
cile en eüt délibéré, et que, comme ils ne pouvaient tous assister à 
ses délibérations, il était à propos de déléguer quelques uns d'entre 
eux qui seraient présents à toutes les discussions et informeraient les 
autres de ce qui aurait été résolu; il demanda en méme temps qu'on 
nommát ceux qu'on jugerait les plus capables de remplir cette mission. 
Le patriarche répondit qu'il avait été déjà décidé, en ce qui concer- 
nait la nation de France, que chaque province serait représentée par 
son archevêque, et en son absence par un évêque ou un docteur de 
ladite province. On nomma ensuite pour la France le patriarche et les 
archevéques présents; pour la province de Sens, l'évéque de Meaux; 
pour celle de Rouen, l’évêque de Lisieux, et ainsi des autres; pour la 
Provence, qui se réunissait toujours avec la France, l'évéque de Gap. 
Il fut aussi arrété qu'il serait fait de méme pour les autres nations, et 
que ceux qui seraient nommés resteraient seuls désormais aux délibé- 
rations. 

Le cardinal d'Albano prit ensuite la parole sur un autre sujet ; ‘il 
annonça la prochaine arrivée des ambassadeurs de Pierre de Luna, et 
demanda comment on les recevrait, comment on leur donnerait au- 
dience et comment on les traiterait. Il ajouta aussi aux requétes qui 
avaient été faites le 24 avril par les promoteurs une requéte nouvelle 
tendant à ce que le concile statuát que c'était à lui, comme représen- 
tant l’Église universelle, qu'appartenait la connaissance de l’extirpa- 
tion du schisme. ll fut résolu que le lendemain , aprés diner, les députés 
des provinces s'assembleraient avec les cardinaux pour traiter de cette 


' affaire. 


Le lendemain donc, qui était le 9 mai, le patriarche, ayant pris la 
parole pour la nation de France et de Provence, dit qu'aprés mûre 
délibération ils acquiescaient à la requéte du cardinal; il demanda en 
outre que ledit concile approuvát pour un certain temps qui serait fixé 
les promotions de prélats faites par les deux prétendants. On lui répou- 
dit qu'on y aviserait à la fin. Quant à la réception des ambassadeurs de 


230 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LiB. XXX. 
resnonaum fnit auod in finalikms fieret. Ouantnm ad recencio- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 281 
Pierre de Luna, il ne discuta pas la question des honneurs qu'on 
devait leur rendre, attendu qu'ils n'avaient pas encore adopté la sous- 
traction d’obédience. Pour ce qui était de savoir si on leur accorde- 
rait audience, il dit qu'il fallait , avant de les entendre , leur demander 
quels étaient leurs pouvoirs et par qui ils étaient envoyés, ajoutant 
qu'il était convenable de les traiter avec égard et d'empécher qu'il leur 
füt fait aucume insulte ni mure. 


Après le patriarche, l'archevéque de Salisbury parla pour la nation 
anglaise, et fut d'accord avec le patriarche sur tous les points excepté 
un seul. I] dit qu'il était étonné que les uns eussent fait la soustrac- 
tion, les autres non, qu'il était nécessaire qu'ils n'eussent tous dans 
le concile qu'une méme volonté et que la soustraction füt com- 
mune à tous; il conclut qu'il ne fallait rendre aucun honneur aux 
ambassadeurs de Pierre de Luna, et le patriarche revint lui-méme 
à cet avis. Un certam évêque de Cracovie, envoyé du roi de Pologne, 
les ambassadeurs de Mayenoe et de Cologne, et quelques cardinaux 
qui n'avaient pas fait la soustraction demandérent qu'on en délibérát. 


Le vendredi 10 mai, la messe ayant été célébrée par l’évêque de 
Marseille avec les cérémonies accoutamées, et le concile étant entré 
en séance avec les élus des provinces , l'avocat exposa les propositions 
qui avaient été émises ; mais il ne fit pas mention de la soustraction de 
nos cardinaux. Ceux-ci, interrogés à ce sujet par les promoteurs an- 
gleis, demandèrent qu'il en füt encore délibéré. On consulta sur ce 
point toute l'assistance, qui fut unanimement d'avis que la soustrac- 
tion devait être commune à tous. Alors -monseigneur le patriarche, 
qui était assis entre les denx plus amcieus cardinaux, quitta sa place 
pour monter en chaire, et déclara à haute voix , au nom dnm concile, 
que la soustraction d'obédience avait pu et avait dû être faite aux deux 
compétiteurs ; que ceux qui l’avaient faite le pouvaient et le devaient, 
que personne n'était tenu désormais de leur obéir, et qu'il serait müre- 
ment délibéré au sujet des promotions faites par eux , depuis qu'ils 
avaient cessé de travailler à l'union de l'Église. En outre, comme 





232 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

quod super habilitacione promocionum per eos facta, de post 
quod cessaverant a prosequeione unionis Ecclesie, mature deli- 
beraretur. Ulterius et quia dies prima productionis testium con- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 233 


la première prodnetion des témoins contre les deux prétendants n'avait 
pu avoir lien à cause des fêtes au milieu desquelles elle tombait, il 
renvoya au 47 mai pour la seconde production des témoins et pour la 
continuation de ladite affaire. 


. Le 14 mai, en présence des élus des provinces, quelques évêques et 

docteurs furent délégués pour dresser la minute de ladite sonstrac- 
tion, qui devait être soumise à l'examen dn concile, corrigée par lui, 
s'il y avait lieu, et envoyée, aprés correction, à toutes les nations de 
la chrétienté. Le 13, monseigneur le cardinal de Palestrine dit en 
plein concile que tous ses fréres consentaient à la soustraction ordon- 
née par le concile. Le 17 du méme mois, à la demande des promoteurs, 
il fut décidé en assemblée générale que ladite soustraction serait lue 
publiquement , selon l'usage. D'autres requétes , dont il est fait men- 
tion dans la. cédule suivante , furent également faites et accordées, et 
l'audience fut renvoyée au 22 mai. Ce jour-là, monseigneur le pa- 
triarche, montant en chaire, lut à haute voix, du consentement du 
concile général, ladite cédule qui était ainsi concue : 


« L'an du Seigneur mil quatre cent neuf, le vendredi 47 mai, le 
« saint et universel synode, ici assemblé au nom de Jésus-Christ, 
« déclare, prononce et décerne par des motifs raisonnables et légi- 
« times qu'il a été permis de renoncer librement et impunément à 
« l'obédience de Pierre de Luna, qui se faisait appeler Benoit XIII, 
« et à celle d'Ange Corrario, qui prenait le titre de Grégoire XII, 
« prétendant tous deux injustement à la papauté, et que cette renon- 
« ciation a été licite, en ce qui concerne ledit Benoit, depuis qu'il a 
« damnablement refusé , malgré ses serments solennels , de poursuivre 
« la voie de cession, et de la mettre sérieusement à exécution; en ce 

IY. 30 


234 .CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

« juratam realiter prosequi et eamdem effectualiter adimplere 
« dampnabiliter omisit, et a prefato Gregorio, ex eo tempore 
« quo viam cessionis per eum juratam et sollempni voto promis- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI — LIV. XXX. 235 
« qui touche ledit Grégoire , depuis qu'il a pareillement négligé, mal- 
« gré ses promesses et ses serments solennels, de poursuivre la voie 
« de cession et de la mettre sérieusement à exécution. De plus, ledit 
« saint synode, par les motifs ci-dessus mentionnés , prononce , statue, 
« ordonne et décerne que tous les fidéles auront à se soustraire à l'obé- 
« dience desdits prétendants à la papanté en général et de chacun d'eux 
« en particulier, puisque, aprés avoir été canoniquement requis et 
« cités en cette présente affarre du schisme et de la foi, ils ont été 
« légitimement déclarés contumaces. Ledit saint synode décerne, 
« prononce et ordonne que dorénavant ladite obédience sera tenue 
« par tous comme soustraite et qu'on agira en conséquence. I] dé- 
« cerne en outre et déclare nulles, de nul effet et de nulle valeur, il 
« casse et annulle, tant pour le passé que pour l'avenir, toutes procé- 
« dures, sentences, condamnations, privations, déclarations d'inha- 
« bilité, constitutions et censures quelconques, faites ou à faire par 
« lesdits prétendants ou par l'un d'eux, au préjudice de l'union ou au 
« sujet de la poursuite de ladite union, contre ceux qui se sont sous- 
« traits ou qui voudront se soustraire. 


« Jtem, ledit saint synode, en faveur de la foi et pour l'extirpation 
« du schisme ainsi que pour l'union et la paix de l'Église si cruelle- 
« ment déchirée , décerne, prononce et déclare que tous ceux qui en 
« la présente affaire sont ou peuvent être juges ou assesseurs, de 
« quelque rang, qualité et condition qu'ils soient, fussent-ils méme 
« revétus de la dignité de cardinal, etc., pourront déposer comme 
« témoins légitimes dans le concile, et qu'on devra ajouter foi entiére 
« à leurs dépositions et témoignages. 


« Jtem, attendu qu'en raison de la longueur et de la diversité des 
« articles produits en ladite affaire, l’interrogatoire des témoins 


236 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 231 
« pourrait se prolonger d'une manière fâcheuse, le saint synode 
« décerne, prononce et déclare que les commissaires ou examina- 
« teurs, délégués à cet effet par le saint synode, pourront faire un 
« choix dans lesdits articles , y ajouter , retrancher ou changer quelque 
« chose, et même recevoir de nouveaux articles, entendre des témoins 
« à ce sujet et faire des interrogatoires, selon qu'il leur semblera utile 
« et avantageux pour la prompte expédition de l'affaire, et qu'ils pour- 
« ront méme envoyer hors du lieu de la tenue du concile, principa- 
« lement à Florence, pour recevoir et examiner certains témoins. 


« Par les raisons susdites, avec connaissance de cause et aprés müre 
« délibération, le saint synode ordonne, statue et décerne qu'une @ 
« troisiéme réunion aura lieu pour la production des preuves et des 
« témoins et pour la poursuite de l'affaire, selon que le saint synode 
« le jugera convenable, et fixe cette réunion au mercredi 22 de ce 
« mois, auquel jour il a ordonné et arrêté la prochaine session. 


« Le saint synode, attendu la notoriété des faits dont il s'agit, noto- 
« riété légitimement constatée par l'évidence de ces faits, par les dépo- 
« sitions des témoins et par les autres preuves, décerne, prononce et 
« déclare, aprés mûre délibération, que les délits, crimes, excès et 
« autres choses nécessaires à la décision de cette affaire, déduits au 
« pétitoire de la présente cause contre lesdits Benoit et Grégoire, pré- 
« tendants à la papauté, par les promoteurs ou procureurs délégués à 
« cet effet par le saint synode, ont été et sont notoires , qu'il a fallu et 
« qu'il faut passer outre comme sur choses notoires , parce que l'affaire 
« est de telle nature, qu'un scandale est imminent et qu'il y a évi- 
« demment péril en la demeure. — Prononcé à Pise en concile géné- 
« ral, le 25 mai. » 


On renvoya la session suivante au 29 du méme mois, pour déci- 
der à quelle époque il serait statué sur le principal, et ce jour-là on 





238 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

super principali ; qua vicesima nona die statuta fuit ad hoc dies 
quinta mensis junii sequentis. In congregacione autem illa vel 
sessione ultima octies viginti archiepiscopi , episcopi et abbates 
mitris ornati, sexcies viginti magistri in theologia, trecenti quo- 
que doctores in jure civili et canonico , exceptis nunciis regum 
et principum*. Tunc quoque expectabantur nuncii regum Hun- 
garie, Boemie et magnus magister hospitarum Rodiensium. 


CAPITULUM IV. 


De electione pape Alexandri. 


Utriusque collegii dominis cardinalibus a sancta synodo 
auctoritate concessa ut ad electionem procederent unici vicarii 
Christi, sub quo dilectissima ejus sponsa Ecclesia, quam tamdiu 
obstinata ambicio amborum contendencium ancillari coegerat, 
honorem recuperaret pristinum et regnis dominaretur uni- 
versis, invocata Spiritus Sancti gracia, que agenda susciperet 
dirigenda, conclave circa festum sancti Johannis Baptiste in- 
gressi sunt, Ne a semitis rectitudinis deviarent , preces vallidas 
principum compatriotarum, favorem , opulenciam vel quorum- 
dam generis claritatem justo favorabilius attendentes, ut actu 
simili annales sepius referunt accidisse, quotquot pestiferum 
scisma oderant et reprobabant devotis oracionibus divinas 
aures pulsabant, ut votis eorum sic condescendere placeret, 
quod inchoata valerent commendabili fine terminare. 

Qui regis consiliis assistebant assidue ambigendum dicebant 
ne, domini justo remissius in agendis se habentes, mora nimia 
aliquod impedimentum intermedium allatura esset. Quapropter 


, Fi faut supposer ici Fomission d’an mot tel que affuerunt. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 239 


fixa la délibération au 5 juin suivant. À cette dernière assemblée ou 
session assistèrent cent soixante archevéques, évêques et abbés mitrés, 
ceut vingt docteurs en théologie, trois cents docteurs en droit civil 
et en droit canon, sans compter les ambassadeurs des rois et des 
princes. On attendait aussi les envoyés des rois de Hongrie et de 
Bohéme et le grand-maitre des hospitaliers de Rhodes. 


CHAPITRE IV. 


Élection du pape Alexandre. 


Messeigneurs les cardinaux des deux colléges entrérent en conclave 
le jour de la féte de saint Jean-Baptiste, aprés avoir demandé au Saint- 
Esprit qu'il les éclairât de sa grâce, afin de procéder, en vertu des 
pouvoirs que leur avait conférés le saint synode , à l'élection d'un seul 
et unique vicaire de Jésus-Christ, sous le gouvernement duquel 
l'Église, són épouse bien-aimée, qui avait été pendant si long-temps 
l'esclave de l'ambition obstinée des deux prétendants, pût recouvrer 
son ancienne splendeur et sa domination universelle. Comme on crai- 
gnait que les pressantes instances des princes de leur pays, que le cré- 
dit, la puissance et la noblesse de quelques seigneurs n'eussent trop 
d'empire sur leur esprit, comme il arrive souvent en pareille circon- 
stance, et ne les fissent dévier du sentier de la justice, tous ceux qui 
détestaient et réprouvaient le funeste schisme adressaient d'humbles 
et ferventes priéres au Seigneur, pour qu'il daignát mener à bonne 
fin cette sainte entreprise. 


Les conseillers intimes du roi disaient qu'il était à craindre que, si 
messeigneurs les cardinaux trainaient l'affaire en longueur, leurs 
lenteurs ne fissent surgir quelques difficultés. En conséquence, le roi 
leur adressa à la hâte un message pour les exhorter à faire toute la 
diligence possible. Mais le courrier n'avait pas encore fait la moitié 





240  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


ipsis. compendiosam epistolam acceleracionis exhortativam 
misit. Sed antequam nuncius medium itineris attigisset, eos 
audiens negocium consumrnasse, non ulterius progredi dignum 
duxit. Sane sancte conversacionis ac devocionis virum Petrum 
de Candia, ordinis fratrum minorum, in sacra pagina excellen- 
tissimum professorem, de archiepiscopatu Mediolanensi ad car- 
dinalatum assumptum, quem sciebant ex Candia, Grecie remo- 
tissima insula, et ex ignota prosapia ortum, cui nec opum acervi 
sed tenuis facultas res eciam familiares ministrabat, in sum- 
mum pontificem elegerunt circa finem junii, julliique septima 
die Alexandrum quintum vocaverunt. Que cum regi litteris 
intimassent sui nuncii Pisis missi, et quam laudabiliter olim 
studio Parisiensi sacre scripture flores odoriferos ubique longe 
lateque per orbem spargere docuerat, promocionem ejus tam 
favorabiliter acceptavit ac si regnicola vel de regio sanguine 
procreatus extitisset. 


. CAPITULUM V. 
De expedicione bellica ducis Borbonil. 


Ad finem anni transacti calamum cogit redire Sabaudiorum 
indisciplinata concio , quam dux Burgundie in suum evocaverat 
auxilium contra Aurelianis ducem. Nam tractatu pacis firmato 
inter eos, solum natale repetens, in ducem Borbonii, regis 
avunculum, ex insperato viribus insurrexit. Memini me non- 
nullos circumspectos tam inopinate invasionis originem sisci- 
tando tunc dixisse quod ex latenti odio ducis Burgundie in 
prefatum ducem concepto a longo tempore procedebat. Sed 
istos ut sequar non inclinat animus. Nam occasionem referunt 
qui secreta facti norunt, quod de Callomonte, Montmerle, 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 244 
du chemin, qu'il apprit que tout était terminé, et il ne jugea pas à 
propos de poursuivre son voyege. Les cardinaux avaient en effet élu 
pour pape, vers la fin de juin, un pieux et saint homme, nommé 
Pierre de Candie ', de l'ordre des Fréres mineurs , fameux docteur en 
théologie, qui de l'archevéché de Milan avait été promu au cardinalat. 
Il était né en pays lointain, dans l'ile de Candie, l'une des iles de la 
Gréce, appartenait à une famille obscure et n'avait qu'un mince 
patrimoine qui suffisait à peine à ses besoins. Il fut couronné le 7 juil- 
let sous le nom d'Alexandre V. Les ambassadeurs que le roi avait 
envoyés à Pise lui ayant notifié cette élection, et rappelé en méme 
temps avec quel talent et quel éclat ledit Pierre avait autrefois enseigné 
la théologie dans l'Université de Paris, le roi aocueillit ce choix avec 
autant de faveur que si c'eüt été un Francais ou méme un prince 
du sang royal. 


CHAPITRE V. 


Expédition du duc de Bourbon. 


Je remonte à la fin de l'année derniére, pour raconter ce que firent 
les bandes indisciplinées de Savoyards que le duc de Bourgogne avait 
appelées à son secours contre le duc d'Orléans. Aprés la conclusion 
du traité de paix entre les deux princes, ces bandes, en retournant 
dans leur pays, fondirent tout à coup sur les terres du duc de Bour- 
bon, oncle du roi. Je me souviens d'avoir entendu dire à certaines 
personnes considérables, à qui je demandais la raison de cette agres- 
sion inattendue , que c'était sans doute un effet de la haine secréte que 
le duc de Bourgogne nourrissait depuis long-temps contre ledit duc. 


' Pierre de Candie, surnommé Philarge, successivement évêque de Vicence et de 
Novare, puis archevéque de Milan. 
IV. 81 





242 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


Cuscey, Larc, Villa Nova, et de Bello Respectu, oppidis famo- 
sis in Bello Joco constructis, comiti Sabaudie debitum homa- 
gium dux facere recusabat. Et quamvis sub spe tractatus in 
statu maneret negocium, armiger quidam Aymedius de Viriaco, 
vir utique nobilis, sed non locuplex, in favorem prefati comi- 
tis, et, ut postea notum fuit, non sine ipsius connivencia, sed 
sugestione, patriam de Bello Joco, que empcionis titulo duci 
obvenerat, cum inquietissimis viris, qui sub ipso militabant, 
hostiliter statuit subintrare. Ut tantam temeritatem juste agredi 
videretur, et velum cause honestioris obtendens, quia nuper 
de Ytalia onustus preda rediens a ducis gentibus fuerat spo- 
liatus, et sibi satisfieri pluries in vanum pecierat, diffidencie 
litteras ipsi Parisius miserat, cum tamen minime ignoraret 
eum in Borbonio residere. Ut rei exitus comprobavit, hoc 
fraudulenter agebat; nam antequam ad eum deferri potuissent, 
oppidum fortissimum vocatum Ambery, in sublimi colle situm, 
quod a domino de Villars dux emerat, violenter occupavit 
cum duobus aliis, quorum nomina quo ad presens non teneo, 
et gente sua munivit. Et tunc patriam libere et sine obice, velud 
tempestas vallida, perlustrando diu, quotquot de agricolis, 
incolis quoque aliis obviam habuit, etati, sexui nec condicioni 
parcens, sine misericordia peremit crudeliter, et breviloquio 
utens, nullam rem relinquit incolumem, cui ferro aut igne 
noceri posset. | 

Tam diram grassacionem dux magnanimus audiens, nec 
secus quam dignum erat infensus, properans ad vindictam, 
mox illustres comites de Claro Monte filium suum, de Alenco- 
nio, de Marchia, de Vindocino, dalfinum Alvernie, Arturum 
fratrem ducis Britanie, comitem Divitis Montis, magistrum 
hospicii regii dominum Johannem de Monte Acuto et quam- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 243 


Je ne partage point ce sentiment. Des gens mieux informés attribuent 
cette invasion des Savoyards à ce que le duc de Bourbon refusait de 
faire hommage au comte de Savoie ' de plusieurs places importantes 
situées dans le Beaujolais, telles que Chaumont, Montmerle, Cusset, - 
Larc, Villeneuve et Beauregard. Bien que des négociations fussent 
entamées à ce sujet, un écuyer nommé Amédée de Viry, de noble 
extraction mais sans fortune, résolut , dans l'intérét dudit comte, et, 
‘comme on le sut plus tard, de concert avec lui et par ses ordres, 
d'envahir à la téte des pillards qu'il commandait le pays de Beaujeu 
que le duc de Bourbon possédait à titre d'achat. Afin de justifier une 
telle agression en la couvrant de quelque motif plausible, il pré- 
tendit qu'il avait à se venger des gens du duc, qui avaient pillé ses 
bagages, lorsqu'il revenait d'Italie chargé de butin. N'ayant pas, 
malgré ses demandes réitérées, obtenu réparation de cet outrage, il 
avait envoyé un cartel au duc à Paris, bien qu'il n'ignorát pas que 
ce prince se trouvait alors dans sa résidence du Bourbonnais. La suite 
prouva que ce n'était là qu'un vain prétexte; car avant que les lettres 
de défi eussent pu parvenir au duc, il s'empara de la place d'Am- 
berieux , située sur une haute montagne, que le.duc avait achetée au 
sire de Villars”, ainsi que de deux autres forteresses dont j'ai oublié 
les noms, et y mit de ses gens en garnison. Dàs ce moment il courut 
le pays librement, ravageant tout sur son passage, comme un torrent 
impétueux, massacrant sans pitié tous les habitants, laboureurs ou 
autres, qu'il rencontrait, et n'épargnant ni l'áge, ni le sexe, ni le 
rang. En nn mot, il mit tout à feu et à sang. 


L'illustre duc de Bourbon, justement irrité de ces dévastations 
cruelles, se disposa à en tirer vengeance. Il manda en toute háte le 
comte de Clermont son fils, les comtes d' Alencon, de la Marche et de 
Vendôme, le dauphin d'Auvergne, Arthur, comte de Richemont, frère 
du duc de Bretagne, messire Jean de Montaigu, grand-maitre de la 


' Amédée VIII, dit le pacifique. ^ Humbert VII, sire de Thoire et de Villars. 


244 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


plures alios sub celeritate evocavit, rogans ut cum quantis 
possent militaribus copiis sibi auxilium ferrent. Viginti milia 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 245 
maison du rei, et un grand nombre d'autres seigneurs, les priant de 
venir à son secours avec autant de troupes qu'ils pourraient. Il ras- 
sembla ainsi vingt mille chevaliers ou écuyers d'élite. Toutefois il était 
si impatient de se venger, qu'il n'attendit pas leur arrivée, et se mit 
en marche immédiatement avec quatre mille hommes armés de pied 
en cap, s'avancant à grandes journées pour défendre ses possessions 
envahies. Il atteignit ses ennemis vers le commencement du mois de 
mai, établit son camp sur les bords de la Saóne, et prenant avec lui 
douze cents chevaliers et écuyers, il traversa aussitót cette riviére. 


Amédée de Viry, apprenant l'arrivée soudaine du duc et se sentant 
hors d'état de lui résister, fut saisi d'épouvante et chercha son salut 
dans la fuite. À cette nouvelle, ceux de ses gens qui étaient restés dans 
le pays, effrayés de se voir cernés tout à coup par les hommes d'armes 
qui formaient l'avant-garde du duc, désespérérent de leur cause, et 
abandonnant le butin qu'ils avaient fait s'enfuirent en toute hâte 
vers la Saóne pour passer à l'autre bord. Plus de trois cents d'entre 
eux furent égorgés dans cette déroute. Parmi ceux que le fer avait 
épargnés, les uns, et ce fut le plus petit nombre, se jetérent dans la 
riviére et gagnérent l'autre rive à la nage; les autres, emportés par 
leurs chevaux, affaiblis par la fatigue, ou ne sachant pas nager, et 
embarrassés d'ailleurs par leurs lourdes cuirasses et leurs autres vête- 
ments, disparurent engloutis sous les flots. 


Aprés avoir ainsi déjoué les projets de ses ennemis, le duc de 
Bourbon marcha sur les places qui appartenaient au comte. La plu- 
part de ces villes se soumirent sans résistance ; la garnison les évacua 
à la premiére sommation et obtint de sa générosité la vie sauve. Mais 
le château d'Amberieux, où Amédée avait placé soixante hommes 
d'armes et quinze arbalétriers, refusa de se rendre, et opposa une 
vigoureuse résistance. Le duc ne put s'en rendre maitre qu 'aprés trois 
assauts et fit décapiter ses perfides ennemis. 











246 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

Cum autem oppida Aymedii solotenus evertisset, ne amplius 
essent receptaculum hostium; et per mensem maium terram 
comitis hostiliter et sine resistencia perlustrasset, hoc comes 
dictus, cujus pater filius fuerat sororis hujus ducis, egre ferens, 
et quod se noxe illate conscium reputabat, litteras amicabiles 
excusacionem pretendentes sibi misit, cum adhuc occupabatur 
in predictis. In ipsis sub compendio scriptum erat : « Illati in- 
« commodi culpam dilectus avunculus in nepotem innocentem, 
« supplico, non retorqueat, quoniam ex possessionibus Ayme- 
« dii invasoris nequissimi, que satis habundeque suppetunt, 
« dampna statuam resarcire, cum juramento affitmans quod, si 
« ad manus venerit, illum sine dubio vobis mittam, ut pro 
« commissis subeat condignum supplicium, sicut vobis placue- 
« rit, et a tante temeritatis audacia deinceps ceteri terreantur. » 

Nundum verba pacifica hauserant aures benigne, cum a duce 
Burgundie apices allati sunt, in quibus significabat se venturum 
in proximo cum copia militari, non ad nocendum quippiam, sed 
amore amborum principum ductus, et ut tute et sine suorum 
periculo posset comitem Sabaudie, sororium dilectissinrum, visi- 
tare; iterum se supplicare ut, rapinis, cedibus et incendiis ces- 
santibus, mutue pacis is constitueretur arbiter. Quod dux beni- 
gne annuit, de consilio militum, mox mittens plures nuncios, 
qui quos evocaverant principes meritis graciis compensarent, 
quia in sui favorem. sumpsissent milicie laberiosos spiritus, 
dicerentque congregato exercitu nune minime indigere, cum 
jam utrinque intrassent tractatum pacificum. 

Sic ergo, duce Burgundie mediante, res talem exitum sortite 
sunt, quod, utrinque detersa omni transacti rancoris nebula 
et injuriarum obliti, castrum Belli Respectus cum pertinenciis 
restitueretur duci. Quo peracto , idem dux milites misit, qui de 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 247 


Toutes Jes forteresses d'Amédée étaient rasées; elles ne pouvaient 
plus désormais servir de repaire à l'ennemi , et depuis un mois le duc 
de Bourbon courait le pays du comte de Savoie sans éprouver de résis- 
tance. Ledit comte, dont le père était neveu du duc par sa mère, 
effrayé de ces hostilités, et ne voulant pas laisser croire au duc qu'il les 
avait provoquées , lui adressa des lettres d'excuse concues à peu prés 
en ces termes : « Je vons supplie, mononcle bien aimé, de ne pas faire 
« retomber sur votre neveu qui est innocent le châtiment du mal 
« qu'on vous a fait. Je vous indemniserai de vos pertes aux dépéus de 
« l'audacieux qui vous a attaqué, et dont les biens sont plus que suffi- 
« sants pour cette réparation. Je vous jure que, s'il tombe entre mes 
« mains, je vous l'enverrai sans hésiter, afin que vous le punissiez de 
« ses méfaits comme il le mérite et comme il vous plaira; son cháti- 
« ment servira d'exemple, et effraiera ceux qui seraient tentés d'imiter 
« une pareille témérité. » 


Avant que ce message de paix ft parvenu au duc de Bourbon, il 
avait déjà reçu une lettre du dnc de Bourgogne, par laquelle ce prince 
lui annoncait qu'il allait venir à la tête de ses troupes, non dans des 


intentions hostiles, mais par amour pour lui et pour son adversaire, , 


et dans l'espoir qu'il pourrait en toute süreté visiter avec les siens son 
beau-frére bien aimé le comte de Savoie. Il demandait en méme temps 
qu'on s'abstint de toutes déprédations, massacres et incendies , et qu'on 
le prit pour arbitre et pour médiateur. Le duc y consentit sans peine, 
et d'aprés le conseil de ses chevaliers il envoya aussitót des courriers 
à tous les seigneurs qu'il avait mandés, pour leur témoigner toute 
sa reconnaissance de ce qu'ils avaient bien voulu s'exposer en sa faveur 
aux fatigues d'une expédition, at pour lenr dire qu'il n'avait plus besoin 
de leur secours, puisque des négociations étaient entamées de part et 
d'autre. 

I] fut en effet stipulé , par l'entremise du duc de Bourgogne, que les 
deux princes oublieraient leurs injures et mettraient de cóté tout res- 
sentiment, et que le château de Beauregard avec ses appartenances 
serait rendu au duc de Bourbon. Cela fait, le duc de Bourbon envoya 


248 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


municipiis Callomonte, Montmerle, Cuscey, Larc et Ville Nove 
fidelitatem et homagium facerent comiti cum juramentis con- 
suetis. Inde dictis facta cupiens compensare, nundum quindena 
transacta, Aymedium ipsi duci, ut promiserat, destinavit; 
quem cum vinculis alliguatum duodecim diebus in teterrimis 
carceribus tenuisset, ipsum victus suorum precibus sibi pre- 
sentari fecit, et in presencia multorum lilia deferencium nequi- 
ciarum suarum pandens hystoriam, agravat scelera, indicia 
exponit, et perfidiam prolixiori sermone detestatur. Ex tunc 
metu Aymedius attonitus, cum post tot verborum tonitrua 
fulmen ultimum in se crederet eructurum, et inde procidens 
ad pedes ejus pro vita humiliter precaretur, tunc addidit : 
« Scelera, inquit, pretacta dignum ignominiosa morte te indi- 
« cant; sed liliatorum morem sequens, ne proclivior ad inju- 
« riarum vindictam quam ad veniam videar, in favorem dilec- 
« tissimi nepotis delicta tibi remitto. » Hoc audito; quando 
quidem preter spem offensam sic dulciter remittebat , immen- 
sas inde gracias retulit sibi, vita comite in cunctis et contra 
omnes, dumtaxat comite Sabaudie excepto, deinceps servicium 
suum spondet, cum sacramentis asserens quod ab ejus obse- 
quiis nulla dies, casus ullus avelleret in perpetuum. Et ut nulla 
ex parte de ejus promisso dubitaret, inde coram astantibus 
protulit publicum juramentum. 


CAPITULUM VI. 
De nupciis ducis Brabancie. 


Die lune decima quinta jullii, dux Brabancie Antonius, frater 
ducis Burgundie, in villa de Bruxella uxorem duxit nomine... ' 


' Il y à ici ane lacure d'un mot dans le manuscrit. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 249 


des chevaliers au comte de Savoie pour lui faire hommage , suivant les 
formes et avec les serments accoutumés, des forteresses de Chaumont , 
de Montmerle, de Cusset, de Larc et de Villeneuve. Le comte ne tarda 
pas à tenir sa parole. Quinze jours aprés la conclusion du traité, il 
envoya Amédée audit duc, ainsi qu'il l'avait promis. Le duc le fit 
charger de chaînes et le laissa pendant douze jours au fond d'un cachot ; 
mais enfin, cédant aux instances de ses chevaliers, il se le fit amener 
en présence d'un grand nombre de princes du sang, lui exposa tout au 
long le récit de ses méfaits, en l'appuyant de preuves, lui en démontra 
l'énormité et lui reprocha amérement sa perfidie. Amédée, atterré par 
ces reproches accablants, crut voir la foudre prête à tomber sur lui ; il 
se prosterna aux pieds du duc et lui demanda gráce humblement : 
« Tous ces forfaits, reprit le duc, prouvent assez que vous ne méritez 
« qu'une mort ignominieuse ; mais, à l'exemple des princes des fleurs 
« de lis, je veux faire voir que je sais renoncer à la vengeance et par- 
« donner les injures; je vous fais gráce en faveur de mon bien aimé 
« neveu. » À ces mots, Amédée de Viry, qui ne s'attendait pas à tant 
de clémence, offrit au duc les plus vifs remerciments; il promit de 
lui étre toujours dévoué en toute occasion envers et contre tous, 
excepté le comte de Savoie, et jura qu'aucune circonstance ne le 
détacherait désormais de són service. Afin qu'on ne doutát point de 
sa promesse, il préta serment au duc en présence de tous les assis- 
tants. 


CHAPITRE VI. 


Mariage du duc de Brabant. B 


Le lundi 15 juillet, Antoine, duc de Brabant, frére du duc de Bour- 
gogne, épousa à Bruxelles la fille unique du marquis de Moravie, 
nommée....' Nulle princesse au monde n'était de plus illustre ori- 


' Élisabeth , fille de Josse de Luxembourg, marquis de Moravie. 
IV. 52 


250 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

unicam filiam marchionis Moravie, qua nulla istis diebus in 

orbe generosiori prosapia effulgebat, utpote de altissimo san- 

guine Boemie, Hungarie et Cracovie regum procedentem, et 

que in regnis eorum et dominiis debebat consanguinitatis jure 
a. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 


251 


gine; car elle était issue du noble sang des rois de Bohéme, de Hongrie 


da nnmis n8 Anmnte hÁeitam da lane mnenmmnns E niani 


252 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CAPITULUM IX. 


De tractatoribus missis ad Anglicos. 








mm AnTAIE NE rura DY OO WD au www ^-^ 


254 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CAPITULUM XI. 


De recepcione cardinalis de Baro. 





256 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

tare. Nuper regi ducis Mediolani et comitis Pavie humiles 
destinaverat litteras ! tyrannidem Fascini Canis, et intollera- 
biles molestias, quas, eorum amplo patrimonio in parte magna 
usurpato, nequiter inferebat. Cui , prout fatebantur, cum resis- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 257 


au roi des lettres fort humbles du duc de Milan et du comte de Pavie. 
Ces deux seigneurs lui dénonçaient les usurpations de Facino Cane, 
qui s'était déjà rendu maitre de la plus grande partie de leurs posses- 
sions, et se plaignaient des maux insupportables qu'il leur faisait 
endurer. Ne pouvant, disaient-ils, lui résister sans l'assistance des 
Francais, ils suppliaient le roi de les prendre sous sa protection et 
sous sa souveraineté, et d'envoyer quelqu'un pour recevoir en son 
nom leur serment de fidélité. 


Le roi accepta avec empressement cette marque de déférence toute 
particuliére, qui n'avait été accordée à aucun de ses prédécesseurs , et 
confia cette mission au maréchal. Messire Boucicault, afin de s'en ac- 
quitter plus dignement, emprunta de l'argent aux Génois et leva une 
armée composée de Français et d'Italiens. Après avoir exhorté les 
habitants à s'abstenir des discordes civiles, qui sont toujours si 
funestes aux grandes villes, et à demeurer fidéles au roi, il se mit en 
route le 30 juillet. Ne voulant pas arriver à Pavie sans s'étre distingué 
par quelques brillants faits d'armes , il prit d'assaut la ville rebelle de 
Tortone et tous les cháteaux d'alentour, et les rendit au comte de 
Pavie. Il forca ensuite l'entrée de la ville et du cháteau de Plaisance, 
y mit garnison malgré les habitants et y attendit les illustres seigneurs 
de Lodi, de Créme et de Crémone, dont il avait réclamé le secours. 
Lorsque toutes ses forces furent rassemblées, il passa le P6 et ren- 
contra le comte de Pavie, qui l’introduisit dans la ville au milieu d'un 
brillant cortége. Là ledit comte lui fit serment de fidélité, lui livra, 
ainsi qu'il l'avait promis, sa personne, ses villes et ses cháteaux, et le 
combla de présents, afin de s'assurer son assistance, toutes les fois qu'il 
en aurait besoin. 


En quittant Pavie , le maréchal alla se loger dans une abbaye nom- 
mée Chiaravalle, à peu de distance de Milan, et fit annoncer son arrivée 
au duc. Celui-ci, charmé de cette nouvelle, se disposa à l’accueillir 
avec les plus grands honneurs; il alla à sa rencontre accompagné des 
principaux habitants, et aprés l'avoir salué affectueusement et lui avoir 
donné le baiser de paix, il l'introduisit dans la ville au milieu d'un 

IV. 33 


258 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
civibus comitatus, ivit in occursum ejus, impensoque pacis 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 250 


grand concert de musique , des applaudissements et des acclamations 
du peuple. Toutefois, messire Boucicault, qui se défiait de l'incon- 
stance des Lombards, établit un poste de ses gens à la porte qu'on 
appelle porte de Romagne, afin de prévenir les séditions qui pour- 
raient éclater. Puis il parcourut à cheval les rues de la ville, recut du 
peuple tous les honneurs dus à la majesté royale, et arma chevaliers, 
en présence du duc, lesdits seigneurs de Lodi , de Créme et de Cré- 


mone. 


Le duc, voulant accomplir ses promesses avec solennité, se rendit 
avec le comte de Pavie sur la place publique, qu'on avait tendue de 
tapisseries et d'étoffes tissues d'or et de soie. Là, au milieu d'un 
immense concours de peuple, s'adressant au maréchal, il lui déclara 
humblement à haute et intelligible voix, qu'il lui remettait comme 
au lieutenant du roi la garde et la défense de sa personne, de sa ville 
et de son pays. Le maréchal accepta, moyennant qu'on remplirait 
exactement certaines conditions, qui furent rédigées par écrit et 
remises au duc deux jours aprés. Elles portaient que les droits de tous 
seraient respectés sans acception de rang; qu'il serait défendu, sous 
peine d'une amende arbitraire, de s’injurier de part et d'autre en se 
traitant de Guelfe et de Gibelin, dénominations qui avaient été jus- 
qu'alors la source de dissensions mortelles en Italie; que le duc ne 
révoquerait point les ordonnances et statuts établis après mûre déli- 
bération des habitants du pays ; que toute la ville les approuverait et 
que le duc ne commettrait plus le péché honteux qu'on lui reprochait. 
Toutes ces choses furent accordées sans difficulté. Alors le maréchal 
se ceignit d’une riche épée, reçut nn sceptre d’or comme marque de 
l'autorité suprême et prit place sur un trône royal. Lorsqu'il eut été 
ainsi investi du souverain pouvoir, il ft jurer au duc de garder fidèle 
obéissance au roi de France, et s'engagea par un serment solennel 
à lui préter assistance. Il décida ensuite que ses troupes prendraient 
possession des châteaux du duc, et qu'on lui fournirait des gens de 


260 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 264 


guerre pour aller combattre Facino Cane. O aveuglement et impré- 
voyance des mortels! Il ignorait que, gráce aux intrigues de ce méme 
Facino Cane, le marquis de Montferrat était en ce moment maitre de 
Génes. ' | 


En effet, lesdits seigneurs, considérant que l'alliance conclue par le 
maréchal avec de si puissants princes doublait ses forces et les rendait 
incapables de lui résister, eurent recours à la ruse, et cherchérent 
d'abord à lui inspirer des craintes sur la perte de sa seigneurie, 
pour le forcer à revenir sans avoir rien terminé. Ils commencèrent 
donc à infester les alentours de Gênes et prirent d'assaut deux places 
qui étaient dans la dépendance du maréchal. Le marquis de Montferrat, 
voyant méme qu'il n'était resté à Gênes qu'une faible garnison, et 
comptant sur ses relations avec les Gibelins, qu'il avait toujours favo- 
risés, conclut un traité secret avec les familles des Doria et des Spi- 
nola, qui, en raison du crédit dont ils jouissaient, étaient chargés de 
la garde d'une des portes de la ville. Ils détestaient le maréchal, parce 
qu'il avait toujours réprimé vigoureusement leurs révoltes et leurs 
tentatives séditieuses. Aussi étaient-ils tout disposés à le trahir. Ils en- 
trérent dans les vues du marquis et lui mandérent d'établir dans les 
villages voisins de Génes les quatorze cents hommes d'armes et les deux 
mille brigands qu'il avait amenés avec lui, en attendant qu'ils pussent 
mettre leur dessein à exécution. 


Dés lors les émeutes recommencérent dans la ville. Des ouvriers 
s'attroupérent dans les rues et formèrent des groupes menacants où 
l'on se parlait à voix basse. À cette nouvelle, messire de Choleton ', 
chevalier, que le maréchal avait laissé à Génes pour háter l'envoi de 
l'argent qu'on lui avait promis, convoqua les habitants au palais le 
2 septembre, et leur adressa quelques réprimandes en les engageant à 


' Monstrelet l’appelle "le chevalier de Chelette , seigneur de Collettrie. 





262 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
servandam. Sed post verba paciflca, cum nil sibi timens ad 
castrum villé tenderet, a quodam Johanne Turlet nuncupato 
in via occisus füit, et in frustra a supervenientibus divisus. 
Videntes igitur traditores quod negocium ad votum succe- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 263 


rester fidéles au roi. ll arut que ces conseils pacifiques suffiraient; mais 
pendant qu'il retournait sans défiance au château de la ville, il fut 
assassiné par un nommé Jean Turlet, et le peuple qui survint le mit 
en pièces. | 

Les traîtres, voyant que les choses marchaient au gré de leur désir, 
assemblèrent les citoyens, et se mirent à énumérer longuement les 
charges accablantes que le maréchal faisait peser sur eux ; ils décriè- 
rent sa tyrannie dans les termes les plus insolents et les plus injurieux, 
et lui aliénèrent à tel point tous les coeurs, que chacun se déchaina 
contre lui comme contre un ennemi public, et qu'on n'entendit plus 
de tous côtés que ces cris : « Meurent les Français, ces gens insatia- 
bles! » Pour consommer leur œuvre, ils firent en terminant un pom- 
peux éloge du marquis de Montferrat et persuadérent à la multitude 
de le choisir pour gouverneur. Tous levérent la main en signe d'as- 
sentiment; puis ils allérent au devant dudit marquis et de ses gens, 
qu'ils recurent avec de grands honneurs, en criant à haute voix par 
les rues : J’ive le peuple et la liberté! ls le conduisirent ainsi au palais 
au milieu d'un immense cortége de Gibelins. Après cela, quelques uns 
d'entre eux, poussés par une espéce de rage frénétique, se précipitérent 
comme des furieux les armes à la main dans les maisons des Français, 
visitérent de force les réduits les plus secrets et se partagèrent l'or, 
l'argent et tout ce qu'ils trouvérent d'objets précieux. Ils saisirent tous 
ceux qu'ils rencontrérent fuyant vers les châteaux, et leur firent subir 
mille tourments, leur crevant les yeux, leur coupant les oreilles, et 
leur laissant ensuite la vie pour qu'ils servissent de risée et d'exemple 
aux autres, ou les faisant périr cruellement en haine du maréchal. 

À la nonvelle de tant de craautés et de la trahison qui lui enlevait 
Gênes, Boucicault éprouva le plus vif ressentiment, et se mit aussitôt 
en devoir de se venger en faisant souffrir toutes sortes de maux aux 
habitants. Il partit à la hâte avec tout ce qu'il put emmener de gens 
de guerre, afin de s'établir dans les places voisines de la ville et d’être 
ainsi plus à portée d’exécuter son dessein; mais il les trouva déjà au 
pouvoir de ses adversaires. Cependant ceux qu'il avait laissés dans la 
ville étaient assiégés dans la principale forteresse et vivement pressés 





264 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
merant; quos tandem cum non possent amplius tollerare, mar- 


CRT 22402 Te -2dRn. fas dal f2ll 2f. te 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 265 


par les habitants. Ne pouvant prolonger leur résistance, ils offrirent 
au marquis de se rendre, s'il leur laissait la vie sauve. Le marquis y 
consentit, à condition qu'ils n'emporteraient avec eux ni argent ni 
bagage, et pour ajouter un nouvel outrage à ceux qu'avait déjà recus 
. le maréchal, il exigea qu'ils partissent vétus d'une simple tunique et 
tenant un báton à la main, et qu'ils se présentassent en cet état à 
leur maitre. 

Lorsque la tranquillité eut été rétablie dans la ville, Facino Cane, 
qui se défiait de l'inconstance des Lombards, dont il avait eu plus 
d'une fois à se plaindre , et qui craignait aussi un soulèvement de leur 
part, s'en retourna pour veiller à la défense de la partie de la Lom- 
bardie qu'il avait enlevée de force au duc de Milan, et pour laquelle 
il ne reconnaissait pas de suzerain. 

Le maréchal, de son cóté, ayant perdu tout espoir de recouvrer 
Gênes, songea à se venger d'une autre manière. Il entra sur les terres 
du marquis de Montferrat, afin d'y mettre tout à feu et à sang, tant que 
celui-ci occuperait Génes; il manda en méme temps par un message au 
roi de France l'échec qu'il avait essuyé , et le pria d'envoyer à son se- 
cours des gens de guerre, promettant de les payer largement dés qu'ils 
seraient sortis du royaume. Le roi et les seigneurs de France furent in- 
dignés de la trahison de Génes, et comme ils en ignoraient les motifs, 
ils firent emprisonner tous les Génois qui se trouvaient alors à Paris, 
et députérent des chevaliers en ambassade, avec mission de s'enquérir 
exactement à Génes de ce qui s'était passé. Les Génois répondirent qu'ils 
enverraient sous peu des ambassadeurs au roi de France pour lui don- 
ner satisfaction. Conformément à cette promesse, ils lui adressérent, 
vers la fin de septembre, au nom des anciens, des lettres d'excuse, 
portant que monseigneur le maréchal avait attenté violemment à leur 
liberté, qu'il faisait peser sur eux un joug insupportable, qu'il les avait 
réduits à la misère par ses exactions multiplices et excessives, qu'il les 
faisait périr sans aucune forme de justice, en un mot qu'il n'y avait 
point de plus cruel tyran dans toute la chrétienté. Ils ajoutaient que 
ce n'était pas eux qui s'étaient révoltés contre les Francais, que les 
seuls coupables étaient des étrangers , dont trois avaient été condamnés 

IV. 34 


266 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

tyrannidem superabat. Addebant et cives suos nusquam insur- 
rexiase in Franeos, sed forenses , ex quibus tres adjudicati fue- 
rant suspendio, et ideo supplicabant ut sibi pacificarentur et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 261 
à étre pendus. Lis suppliaient donc le roi de déposer tout ressenti- 
ment et de leur rendre ses bonnes grâces, et témoignaient un vif 
désir de le servir humblement en toute circonstance. Mais ils furent 
congédiés avec une réponse peu satisfaisante. 


Vers le méme temps, le pape, mécontent de ce que les habitants 
de l'autre côté des Alpes , par crainte des hostilités qui régnaient dans 
le pays de Génes, n'osaient plus traverser cette contrée soit par terre 
soit par mer, ni venir le trouver à Pise, où il était encore, députa vers 
les Génois le cardiral de Saluces, qui leur était cher comme compa- 
triote et comme parlant la méme langue qu'eux. Il lui avait remis des 
lettres apostoliques, dans lesquelles il recommandait aux Génois de 
demeurer en son obédience , de ne pas entraver le passage des ultra- 
montains , de n'accorder ni secours ni assistance à Ladislas et de garder 
au roi de France la fidélité qu'ils lui avaient jurée. Les Génois promirent 
de se conformer à toutes ces recommandations, et ajoutérent qu'ils 
avaient armé des galéres qui tenaient la mer pour assurer les commu- 
nications avec Pise. 


CHAPITRE XIV. 


Mort de messire Jean de Montaigu, grónd-maltre de ja maison du roi. 


. Ceux qui ont la principale autorité dans les cours, qui croient avoir 
assis leur fortune sur une base inébranlable, qui mettent les richesses 
au-dessus de tout , et qui pensent qu'on ne saurait étre vertueux si l'on 
n'est pas dans l'opulence, cesseront sans doute de se croire heureux, 
lorsque, mesurant leur grandeur sur celle d'autrui, ils songeront à la 
déplorable destinés de messire Jean de Montaiga. Ils verront, en lisant — 
l'histoire de France, que jamais la fortune n'entraina personne vers sa 
ruirie avec plus de rapidité. Il semblait, comme dit le vulgaire, qu'elle 
se. repentit d'avoir élevé trop haut un homme issu de bourgeois obscurs, 


* Le père du sire de Montaigu était un 1265, qui était devenu conseiller et cham- 
notaire de Paris, anobli par le roi Jean en — bella: du roi ; sa mère, Biette Cafsinel, était 





268 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


urbanis parentibus sementivam trahentem carnis originem, 
iusto cicius ad regis Karoli defuncti noticiam. et ut sederet cnm 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 269 


de l'avoir placé fort avant dans la faveur du feu roi Charles et rendu 
l'égal des plus illustres seigneurs. 


Le sire de Montaigu , entré fort jeune au service du roi en qualité 
de secrétaire , se coricilia tellement ses bonnes grâces, qu'il obtint la 
permission d'assister aux conseils publics et privés. Le roi le combla 
méme avec générosité de toutes sortes de biens, et pour le relever aux 
yeux des seigneurs de sa cour, il lui confia la surintendance générale 
des finances. Enrichi par tant de faveurs, le sire de Montaigu fit con- 
struire le beau cháteau de Marcoussis et plusieurs autres habitations 
qui surpassaient en magnificence les résidences royales; enfm il acheta 
la vidamie de Laon et d'antres terres trés considérables, et rehaussa 
par ces acquisitions l'éclat de sa grandeur. Afin d'asseoir sa puissance 
sur une base plus solide, il maria ses sœurs et ses trois filles à d'illustres 
seigneurs de France, et devint le beau-pére du comte de Braine, du 
sire de Craon, et de..... * Grâce à son crédit, ses deux frères furent 
nommés, l’un archevêque de Sens, l'autre évêque de Paris. Il osa 
méme demander et obtint pour son fils la main de la fille du conné- 
table Charles d'Albret, qui par son pére et par sa mére tenait à la 
famille royale. Récemment encore il était parvenu, à force de lar- 
gesses, à se faire donner la charge de grand-maître de la maison du 
roi , qui était convoitée par plusieurs compétiteurs. On lui avait con- 
féré en méme temps l'administration générale du royaume, avec une 
pleine et entière autorité, dans la paix et dans la guerre, au dedans 
et au dehors, sur tous les officiers royaux, grands et petits, et le gou- 
vernement de la maison du roi, de celles de la reine et des ducs. Aussi 
n'y avait-il rien qu'il ne pût ambitionner. 


. C'était sans contredit la plus belle position qu'un sujet p&t avoir 


sœur du chevalier Guillaume Cassinel, sei- — * Le troisième gendre du sire de Mon- 
gneur de Romainville, de Pomponne et de taigu était Jean , vicomte de Melan. 

Ver, et de Ferry Cassinel, archevéque de 

Reims. 


210 GHRONIGORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

si ultima progressu magnifico respondissent. Sed pleramque 
racionis oculos nimia prosperitas claudit, et instabiles sunt res 
humane. Nam cum majoribus regni insolenter se preferret, 
experimento didicit nil tam altam quod non possit deprimi, et 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XX3. 274 
après les princes du sang. 1l s'y maintint pendant quinze ans, heureux 
sans doute , si Ja fin eût répondu à de si brillants débuts. Mais sonvent 
la prospérité nons aveugle, et la fortune est changeante. Au faite même 
de cette grandeur, dont il était si fier, il apprit à ses dépens qu'il n'y 
a rien de si élevé qui ne puisse être abattu, et que telle est la triste 
condition des mortels, qu'ils sont toujours exposés à tomber sous les 
coups du mépris ou de l'envie. Il venait journellement à la cour des 
princes des gens qui ne se faisaient aucun scrupule de dire que c'était 
un homme sans instraction , et de tourner en ridicule sa maigreur, sa 
petite taille, sa barbe clair-semée, et le bégaiement dont il était affligé ; 
ils répétaient qu'il n'avait ni assez de force ni assez d’habileté pour 
supporter le poids de tant d'affaires. En méme temps d'autres ennemis 
cherchaient à le dénigrer auprés du roi de Navarre et du duc de Bour- 
gogne , qui le haissaient ; ils lui imputaient d'infámes trahisons et l'ac- 
cusaient d'avoir contribué à la maladie du roi, d'avoir plus que tout 
autre entretenu le schisme de l'Église, d'avoir semé et de semer 
encore la discorde entre les princes, de détourner à son profit les 
trésors du roi et de commettre envers lui toutes sortes d'infidélités. 
Par toutes cae menées, ils déterminèrent les seigneurs à s'assembler, 
au mois d'octobre, dans l'abbaye de Saint- Victor-lez-Paris , pour déli- 
bérer sur Jes griefs imputés au sire de Montaigu. On .s'engagea par 
serment à garder le plus profond silence sur ce qui serait décidé dans 
cette conférence, et à n'en rien révéler à personne, pas méme aux 
principaux officiers. 


Cependant les amis du sire de Montaigu, soupçonnant ce qui se 
passait, l'avertirent que les princes, et principalement le duc de 
Bourgogne , animés contre lui d'une haine implacable, en dépit des 
promesses qui lui avaient été faites, machinaient quelque complot pour 
le perdre et avaient juré sa mort. Ils lui conseillaient donc de s'éloi- 
guer avec tous ses biens pour échapper à leur vengeance. Mais i1 ne 


272 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


Re. GR... D, ce 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 213 


partagea point ces craintes et ne fit aucun cas de ces conseils; il comp- 
tait beaucoup trop sur l'amitié du roi, de la reine et du duc de Berri, 
comme il l'apprit bientôt à ses dépens. Telle est la faiblesse humaine, 
que nous ignorons toujours ce que nous réserve le lendemain. Le lundi 
7 du méme mois, comme il retournait seul, selon son habitude, et 
sans défiance à sa maison de Saint-Victor, il fut toutà coup saisi et fait 
prisonnier dans la rue par le prévót de Paris, Pierre des Essarts, et 
par les sergents armés qui l'accompagnaient. Le prévót lui dit : Je vous 
arréte , traître infáme, et, quoiqu'il appelát au Parlement, le fit trai- 
ner ignominieusement au petit Châtelet. Là, il fut jeté au fond' d'un 
cachot et remis à la garde du sire de Helly, conformément aux ordres 
du duc de Bourgogne. On emprisonna en méme temps l’évêque de 
Chartres et maitre Pierre de l'Esclat, principaux conseillers de la 
reine et du duc de Berri, et plusieurs autres notables persorinages. La 
ville fut mise en émoi par ces arrestations, et le peuple prit les armes. 
Mais le prévót de Paris, Pierre des Essarts, parcourut les rues avec 
ses gens, en criant qu'il avait mis la main sur ceux qui trahissaient le 
roi, et qu'il les tiendrait sous bonne garde. Il parvint ainsi à calmer 
l'émeute, et persuada aux habitants de retourner à leurs méGers et à 
leurs affaires. 


Deux jours aprés, le Parlement nomma des commissaires pour exa- 
miner l'affaire et pour entendre les dépositions des dénonciateurs et 
des accusateurs. Le sire de Montaigu fut interrogé sur les griefs ci-des- 
sus mentionnés et sur d'autres plus graves encore, et, comme il per- 
sistait à tout nier, on résolut de le mettre à la torture pour lui arra- 
cher des aveux. Cependant l'évéque de Paris , ses amis et ses parents, 
qui savaient que le duc de Bourgogne était son plus grand ennemi, 
allérent le trouver à plusieurs reprises, se jetérent à sés pieds et lui 
demandérent vamement , dans les termes les plus humbles et avec les 

IY. 35 


274 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 

in eum ainplius táborare, pluries adierunt, semelque itérum 
ac tercfo, semper humi prostrati, in vanum pro vita preces 
supplices ' effüderünt, similemque humilitatem regi Navarre 
exhibentes, hoc pro responsione habuerunt : « Non dubitetis, 
inquit, quia vere sibi injusticia non fiet. » Cum regina eciam 
dux Biturie causam snam, victi precibus amicorum , suscepe- 
rant commendandam in principio procèssus ; vitare tamen ne- 
quiverunt fati nécessitatem persuasivis consiliis. Nam cum 
predicta éceleta fassus fuisset, et manu sua sifnasset violencia 
tormentorum, dominis regii Parlamenti dictantibus in eum 
finalem sentenciam , capitale supplicium adjüdicatus est subire 
in urbe Parisiensi, ut hec monumentum suppliciorum ejus esset 
que ante fuerat ornamentum honorum. 

Nam, sicut mos est piscatoribus hamo escam superducere, 
quo pisces, dum avida escam digluciunt, hanro ineauti capian- 
tur, ita dyabolus, ad hominum decepcionem, quibus assiduas 
molitur insidias, obtentu temporalis felicitatis velut quadam 
grata esca suam fallaciam operit; divicias ostentat, spondet, 
honores ingerit, vitam quietam ac jocundam in ocio et volup- 
tate repromittit. Cupidi autem tanto impetu ad illa rapienda 
feruntur, ut non ante dolum improvidi animadvertant, quam 
tandem in morte, cum sensu carnis amarissimo, velut hamo 
suis faucibus infixo , ad littus se ‘trahi senserint ad supplicium- 
que vocati, ut is experimento didicit. Die igitar decima sép- 
tima hüjus merisis, ad forum rerum venalium, lituis personan- 
tibus et multitudine magna armatorum civium comitatus, cum 
adductus fuisset, in viaque manibus ligneam crucem tenens, 
qua se assidue muniebat, cum tot signa: devocionis ostendisset, 
‘ut eciam omnes, qui eum ante exosum habuerant. ad laorimas 
excitasset, libtor ipsum secuti 'feriews , nec exprimens propter 





CHRONIQUE DE CHARLES :VL — LIV. XXX. 275 


plus vives instances, la gtâce du sire de Montaigu, Ils adressérent les 
mêmes supplications an roi de Navarre, qui se contenta de leur ré- 
pondre : « Ne craignez rien, on lui fera bonne justice. » La reine et le 
duc de Berri, cédant aux priéres de ses amis, avaient aussi intercédé 
en sa faveur au commencement du procés; mais leurs démarches ne 
purent changer sa destinée. Le sire de Montaigu, vaincu par les dou- 
leurs de la torture, avoua les crimes qu'on lui tmputait et signa de 
sa main cet aveu. Le Parlement prononca alors contre lui une sen- 
tence capitale, et le cotdamna à subir sa peine dans cette méme 
ville de Paris, qui avait été naguére le théâtre de sa splendeur. 


De méme que les pécheurs suspendent à l'hamecon l'appát auquel 
vient imprudemment se prendre le poisson affamé, de méme le 
démon, pour mieux tromper les hommes auxquels il tend sans cesse 
des piéges, déguise ses perfides desseins sous l'amorce séduisante des 
jouissances d'ici-bas. Il étale à leurs yeux les richesses, leur promet 
les honneurs, et leur laisse entrevoir les charmes d'une vie tranquille 
et agréable passée au sein du repos et du plaisir. Entraînés par ces 
apparences trompeuses, ils se jettent avec avidité sur l'amorce qui 
leur est offerte, et dans leur imprévoyance ils ne s'apercoivent de la 
trahison, que lorsque leur perte est inévitable, et que, sentant toute 
l'amertume de l'appát, ils se voient pris en quelque sorte à l'hamegon 
et trainés sur le rivage où ils doivent mourir. Le sire de Montaigu ne 
l'apprit que trop à ses dépens. Le 17 de ce mois, il fut conduit aux 
halles à son de trompe et au milieu d'une nombreuse escorte de bour- 
geois en armes; il tenait à la main une croix de bois, qu'il baisait 
souvent pour se fortifier contre la mort, et il donnait tant de témoi- 
gnages de dévotion, qu'il arracha des larmes méme à ceux qui le hais- 
saient auparavant. Le bourreau le frappa de sa hache, sans donner, 
suivant l'usage, Jecture de la sentence , et Jui ayant tranché la tête 


276 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 277 
d'un seul ooup, il la mit au bout d'une lance et pendit le corps au 
gibet. Je crois devoir mentionner ici que lesdits ducs avaient député 
des seigneurs de la cour pour recueillir les derniéres paroles du con- 
damné. Ces seigneurs revinrent mornes et abattus. Comme on leur 
demandait pourquoi les crimes d'un si puissant. personnage n'avaient 
pas été publiés, ils répondirent qu'il avait déclaré à la multitude, en 
montrant ses mains disloquées et son bas-ventre déchiré, que la vio- 
lence des tourments lui avait seule arraché des aveux, et que le duc 
d'Orléans et lui n'étaient coupables que d'avoir trop prodigué l'argent 
du roi. 


CHAPITRE XV. 


Comment les ducs travaillérent à la réforme de l’État. 


. Le roi de Navarre et les ducs de Berri, de Bourgogne et de Hol- 
lande avaient entrepris depuis long-temps de réformer les abus qui 
s'étaient introduits dans le gouvernement du royaume. Comme ils ne 
pouvaient rien décider pendant la maladie du roi sans le consente- 
ment de la reine et du duc de Guienne, ils allérent plusieurs fois à 
Melun pour les prier de revenir. La reine et le duc ajournérent leur 
retour jusqu'au commencement du mois de décembre , en leur recom- 
mandant toutefois d'aviser aux moyens de réforme et de poursuivre 
hardiment leur projet. Les princes , ainsi autorisés à agir, ordonnérent 
que les collecteurs ordinaires et extraordinaires des deniers royaux 
rendraient compte de leur gestion par-devant les comtes de la Marche, 
de Vendóme et de Saint-Pol et quelques doctes personnages, et que 
pendant ce temps leurs fonctions seraient remplies par d'autres. 
Comme depuis long-temps messieurs de la chambre des comptes, 
désapprouvant la prodigalité avec laquelle le roi répandait ses largesses 
sur des gens indignes, consignaient par écrit les dons qui étaient faits, 
et ajoutaient en marge des registres : Recuperetur ou Nimis habuit, il 


278 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
eciam indignis consueverat largiri, dona eciam in scriptis redi- 
gebant, addentes margine registrorum Recuperetur vel Nimis 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 279 


fut arrété que les registres seraient remis auxdits commissaires, et que 
ceux-ci feraient tout restituer jusqu'au dernier sol, nonobstant tout 
appel, à ceux qui avaient profité de ces largesses ou à leurs héritiers. 
On suspendit aussi de leurs fonctions tous les membres de la chambre 
des comptes, à l'exception d'un seul, qui devait suppléer tous les autres 
jasqu'à ce qu'on eût mürement délibéré sur la nécessité d'en augmen- 
ter ou d'en dimnraer le nombre. On destitua de méme les trésoriers 
généraux, et ceux qui, sous leurs ordres, étaient chargés de perce- 
voir les impóts, et l'on choisit à leur place quelques-uns des plus 
riches bourgeois de Paris. On espérait qu'ils rempliraient fidélement 
leur devoir; car ils n'avaient pas besoin de faire leur fortune aux 


dépens du trésor royal. 


Lesdits ducs décidérent également, pour le bien de tous, que la 
ville de Paris serait remise en jouissance de ses anciens priviléges; 
qu'on lui rendrait son prévót des marchands, ses échevins , ses cen- 
teniers , ses soixanteniers et ses cinquanteniers, et qu'il serait permis 
désormais aux habitants de s'armer, chacun selon son rang, pour veil- 
ler à la süreté de la ville et pour exécuter les ordres du roi ; que les 
bourgeois auraient le droit de posséder des fiefs en franchise, comme les 
nobles, et que seuls dans le royaume ils jouiraient de cette prérogative 
qui était exclusivement réservée aux bourgeois nés à Paris. Peu aprés, 
ils obtinrent du roi une charte confirmative de ce privilége, scellée du 
sceau royal. Le prévót des marchands, Charles dit Guldoé, alla, d’après 
l'avis des notables bourgeois, porter aux princes les remerciements 
eolennels de ses concitoyens; toutefois il déclara que les Parisiens 
n'avaient besoin ni des centeniers ni des autres chefs de quartiers, et 
qu'ils entendaient s'en passer, comme ils l'avaient fait depuis trente 
ans; qu'ils se félicitaient d'avoir vécu en paix pendant tant d'années 
sous l'autorité du roi ; qu'ils mettaient leurs personnes et leurs biens 
à la disposition de ce prince, de la reine et de ses enfants, et qu'ils 
leur obéiraient jusqu'à la mort; mais que, s'il survemait quelque 
guerre entre les princes, ils ne s'en méleraient en aucune facon, à 
moins d'un ordre exprés et verbal du roi. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 281 


CHAPITRE XVI. 


282 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


CAPITULUM XVII. 


GHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 283 


CHAPITRE XVII. 


Conseil tenu au sujet de l'état du roi et du gouvernement du royaume. 


Le 4°" décembre, le roi étant revenu à la santé, le roi de Navarre, 
les dues de Berri, de Bourgogne, de Bourbon, de Hollande, de 
Brabant et de Bavière, et les illustres comtes de la Marche , de Ven- 
dôme, de Saint-Pol, de Nevers et d'Alençon vinrent le féliciter, et 
l'étommérent fort en lui apprenant que le grand-maitre de sa maison, 
messire Jean de Montaigu, qu'il avait toujours regardé comme le plus 
fidèle de ses serviteurs, avait été décapité en punition de tous ses 
méfaits. - 


D'aprés le conseil desdits princes du sang, le rot ordonna qu'une 
assemblée générale des barons du royaume aurait lieu à Paris; pour 
aviser aux moyens dé réformer l'État; de rétablir l'ordre dans les 
affaires publiques et d'assurer la tranquillité du peuple et .]a prospé- 
rité du royaume. La reine et le duc de Guyenne devaient assister à 
cette assemblée. En conséquence, les rois de Navarre et de Sicile; 
lesdits ducs et douze comtes allérent les chercher et les amenérent à 
Paris en grande pompe, le dernier dimanche de décembre. Le mardi 
suivant, dernier jour du mois, le roi se rendit au Parlement, et prit 
place sur son trône, pour tenir le lit de justice, où il devait régler 
l'état des affaires, ajnsi qu'il avait été convenu. Le comte de Tañcar- 
ville, qui était le plus ancien de tous.les seigneurs présents à l'assem- 
blée, fut chargé de porter la parole, , €& prononça un éloquent dis- 
cours , dont voici la substance. 


Il rappela d'abord que, gráce aux soins et à la prudence de la reine, 
la tréve avec l'Angleterre avait été jusqu'alors prolongée d'année en 
année, et que le roi avait envoyé une députation solennelle pour traiter 
avec les Anglais d'une nouvelle prolongation, mais que les ambassa- 


284 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 
rere. Addidit et regem fide dignorum relatu cognovisse quod 
rex Anelie pugnatores congregabat ad inauietandum regnum : 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 285 
deurs d'Angleterre, après s'être fait long-temps attendre , ne s'étaient 
pas rendus à la conférence. Il ajouta que le roi savait de source cer- 
taine que le roi d'Angleterre levait des troupes pour attaquer le 
royaume; qu'il priait en conséquence tous les seigneurs qui se trou- 
vaient là de se tenir préts à combattre, ainsi qu'ils y étaient. obligés 
par leur serment de fidélité, et d'aviser sérieusement aux moyens de 
payer les chevaliers et les écuyers. Il déclara que le roi confirmait de 
nouveau ce qu'il avait ordonné depuis trois ans, savoir que, quand il 
serait hors d'état de s'occuper des affaires du royaume, la reine gou- 
vernerait à sa place; que, si son excessif embonpoint ou quelque 
autre raison l'empéchait elle-méme de vaquer à ce soin, monsei- 
gneur le duc de Guyenne, son fils aîné, serait investi de l'autorité, et 
ne serait plus sous la tutelle de la reine, mais sous la direction des 
princes du sang. Il annonca en finissant que, comme précédemment 
les finances du roi avaient été distribuées avec prodigalité à des gens 
indignes , le roi avait délégué quelques membres de sa famille et cer- 
taines personnes d'expérience et de savoir, pour faire une enquéte à 
ce sujet, pour réintégrer dans le trésor royal certaines sommes d'ar- 
gent, et iustituer de nouveaux collecteurs des impôts et des revenus 
publics. 

Aprés cet exposé, qui fut développé fort longuement, monseigneur 
le duc de Berri prit la parole comme étant le plus âgé, et traita som- 
mairement la question. Il déclara qu'il mettait sa personne et ses biens 
à la disposition du roi; les autres princes du sang se levérent tous et 
firent humblement la méme déclaration. « Comme chacun sait, ajouta 
« le duc, que les Anglais, ennemis du royaume, ont déjà réuni des 
« troupes pour attaquer la France, et que, pour leur résister, il faut 
« des sommes d'argent considérables, nous nous empressons d'aban- 
« donner les pensions annuelles, dont la munificence royale nous a 
« gratifiés jusqu'à présent, ainsi que la moitié des subsides de nos do- 
« maines. » Il conclut en disant qu'il semblait bon et convenable à 
tout le monde que désormais monseigneur le duc de Guienne prit les 
rénes du gouvernement à défaut du roi, qu'il ne demeurát plus sous 
la tutelle de la reine, et qu'il choisit à son gré un des princes du sang 


— mn mm A — ^ mm. aem eme A 





286 . CHRONICORUM .KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


cludit et universis placere dignissimumque videri, ut dominus 
dux Guienne deinceps in regis absencia regni moderaretur 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 287 
pour avoir soin de sa personne. Le roi les remercia tous, et l'assemblée 


se sépara. 


Trois jours aprés, le roi, ayant accordé à son oncle le duc de Berri 
le gouvernement de la Guienne et les revenus de cette province sa 
vie durant, lui demanda à qui il devait confier la tutelle du duc de 
Guienne. Le duc s'excusa sur son grand áge et fit un pompeux éloge 
du duc de Bourgogne, qu’il désigna comme le plus propre à cet 
emploi. Monseigneur le duc de Guienne, qui se trouvait là, ayant 
accepté ce choix avec empressement, le duc de Berri ajouta aussitôt 
qu'il ne se refusait pas à assister de temps à autre aux conseils, 
toutes les fois qu'il lui plairait de l'y appeler. Mais voyant que pen- 
dant les trois mois qui suivirent on ne l'avait pas mandé une seule 
fois, il fut.fort irrité de ce qu'on le négligeait ainsi. Son mécontente- 
ment s'accrut encore, quand il apprit que les ducs de Bourgogne - 
et de Brabant avaient fait, à son insu, des alliances secrétes avec le roi 
de Navarre, qui était alors à la cour, quoiqu'il y eût des gens qui l'as- 
surassent que les princes confédérés avaient l'intention de le consulter 
dans toutes les circonstances importantes. ll éprouvait aussi un vif 
déplaisir de voir que le duc de Bourgogne eût pour principal conseiller, 
dans toutes les affaires difficiles, le prévót de Paris, que l'on jugeait 
généralement indigne d'un tel honneur, qui était d'un caractère dur et 
emporté, et qui appartenait à une famille obscure. Cet homme, dé- 
pourvu de sagesse et de prévoyance, oubliant la triste fin de Jean de 
Montaigu qu'il avait fait condamner à mort pour avoir pris une part 
trop active aux dissensions de la cour, s'était fait donner la surinten- 
dance générale des finances et des revenus du roi. Aveuglé, comme son 
prédécesseur, par la cupidité , il ne songeait qu'à amasser des trésors et 
à enrichir outre mesure son frére et ses parents. Pour cela, il persuada 
. auduc de Bourgogne d'extorquer de l'argent aux habitants du royaume 
à titre de réforme ou d'emprunt et sous toutes sortes d'antres pré- 


288 CHRONICORUM KABOLI SEXTI LIB. XXX. 


dominum ducem Burgundie inducens ut et reformacionum et 
accomodatorum titulis, vel quocunque alio modo posset, a 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 289 


textes. Telles furent, au dire des pens sages, les causes du mécontente- 
ment du duc de Berri et les motifs de la discorde et de la haine qui 
. éclatérent entre lui et le duc de Bourgogne ; dés lors ledit duc de Berri 

commença à craindre que le roi de Navarre et le duc de Bourgogne, 
ses neveux, ne tramassent quelque complot contre lui. 


CHAPITRE XVIII. 


Visite de monseigneur le duc de Guienne à l'abbaye de Saint-Denys. 


Monseigneur le duc de Guienne, ayant obtenu du roi que le duc 
de Bourgogne fût son gouverneur et son guide jusqu'à ce qu'il eût 
atteint l’âge de puberté, résolut d'aller visiter dévotement l'église 
royale de saint Denys, patron particulier de la France. Il s'y rendit le 
dimanche veille de la dédicace de cette église. Le vénérable abbé et 
les religieux , charmés d'apprendre que le jeune prince venait leur 
faire visite, allérent au-devant de lui jusqu'en dehors du parvis, en 
procession solennelle, avec les croix et les textes des évangiles, 
comme c'était leur coutume, et l'introduisirent dans l'église au son 
des orgues et en chantant les louanges de la sainte Trinité. 


CHAPITRE XIX. 


Différend survenu entre l'Université et les ordres mendiants. 


On disait partout que monseigneur le pape Alexandre avait par 
uue faveur toute particuliére confirmé aux fréres mendiants leur 
ancien privilége d'entendre les confessions et de donner l’absolution, et 
leur avait méme conféré le droit d'administrer les autres sacrements 
dans les églises paroissiales et de recevoir à titre de secours pour 


IV. | 37 


290 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


ecclesiis possent alia administrare sacramenta ecclesiastica, et 
in subsidium victus recipere decimas sibi oblatas. Fuerunt et 


de nunciis, qui fuerant Romam missi, qui venerabili rectori 
endi D. 





eis -atelaem n an hella nl haar id anntinan 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 291 


leur subsistance les dimes qui leur seraient offertes. Quelques-uns 
des ambassadeurs qui avaient été envoyés à Rome assuraient au véné- 
rable recteur de l'Université de Paris, qu'ils avaient vu à la cour 
pontificale la bulle scellée d’un sceau de plomb qui contenait ces 
concessions, que, comme il y avait ces mots : du consentement et de 
l'avis de nos frères les cardinaux, ils étaient allés voir chacun d'eux 
en particulier, pour leur demander si ces priviléges jusqu'alors inouis 
avaient été accordés avec leur participation, et que tous avaient ré- 
pondu négativement. Cette concession tournant au préjudice des ecclé- 
siastiques qui avaient charge d'ámes, ledit recteur, sur les plaintes 
réitérées des suppóts de l'Université, convoqua des assemblées géné- 
rales de docteurs et de professeurs, dont les principales eurent lieu 
dans l'église des Bernardins. Il y fut décidé que tous les mendiants 
seraient rejetés du giron de l'Université leur mére et qu'on ne les 
laisserait plus précher à Paris, jusqu'à ce qu'ils eussent remis l'ori- 
ginal des bulles et renoncé aux priviléges qu'elles leur conféraient. 
Ledit recteur leur ayant signifié cette décision, les frères précheurs 
et les religieux de Notre-Dame du Carmel revinrent aussitôt à l’obéis- 
sance, et remirent une copie de la bulle transcrite tout au long en 
forme d'acte authentique. J'ai cru devoir en insérer ici la teneur, 
d'aprés la copie délivrée par Ange Baglioni de Pérouse, docteur en 
décrets et archiprétre de l'église de cette ville. Voici quel était le 
préambule : 


« Alexandre , évêque , serviteur des serviteurs de Dieu, à tous nos 
« vénérables frères les patriarches , archevéques et évêques et à nos 
« bien aimés fils les prélats élus, salut et bénédiction apostolique. 
« L'Église triomphante, qui règne dans les cieux, qui a un pasteur 
« éternel, qui est servie par la cohorte des saints et dont les chœurs 
« des anges chantent la gloire, s’est constitué pour vicaire ici-bas 
« l'Église militante, qui est unie par un lien ineffable au fils unique 
« du Dieu vivant, à notre Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ lui- 
« même procédant du Père par l'illumination du Saint-Esprit, qui 


292 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« ipse Christus a patre progrediens per illustracionem Para- 
« cleti, qui ab utroque procedit, statuit fidei firmamentum, quod 
« ab ea vel ut a primitivo fonte ad singulas ortodoxas nacio- 
« nes ejusdem fidei rivuli diriventur. Ad hujusmodi Ecclesie 
regimen voluit Christi clemencia Romanum pontificem depu- 
« tare ministrum, cujus instructionem ac doctrinam eloquio 
« veritatis evvangelice traditam cuncti renati fonte baptismatis 
« teneant et observent. Qui enim sub hac doetrina cursus vite 
peregerint salvacionis graciam merebuntur; qui vero ab ea 
« deviaverint, aut errores contra illam tenuerint, dampnacionis 
« sentencia ferientur. » 

Narrabat postea quomodo Bonifacius papa octavus in cons- 
titucione que incipit Super cathedram, quam postea papa 
Clemens quintus in Viennensi consilio innovavit, super predi- 
cacionibus fidelium populis faciendis, audiendis eorum con- 
fessionibus, penitenciis injungendis eisdem, et tumulandis 
defunctorum corporibus, qui apud predicatorum et minorum 
ordinum fratrum ecclesias sive loca sancta eligerent sepulturam, 
que quidem constitucio eciam successive ad heremitarum sancti 
Augustini et beate Marie de Carmelo ordinum fratres per sedem 
appostolicam extensa fuit, auctoritate appostolica statuit eciam 
ut dictorum ordinum fratres in ecclesiis et locis eorum et in 
plateis omnibus libere valeant clero et populo predicare et ver- 
bum Dei proponere, hora illa dumtaxat excepta, in qua vellent 
prelati ecclesiarum coram se facere sollempniter predicare, in 
qua fratres ipsi cessarent predicare, preterquam si aliud de 
ipsorum prelatorum consensu procederet ex licencia speciali; in 
studiis autem generalibus, ubi sermones ex more fieri solent, 
diebus illis quibus predicari sollempniter consuevit, ad funera 
eciam mortuorum , et in festis specialibus seu eciam particula- 


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CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 293 


« procéde de l'un et de l'autre, a établi, comme fondement de la foi, 
« que cette Église est pour ainsi dire la source première, d’où décou- 
« lent les ruisseaux de ladite foi vers toutes les nations orthodoxes. 
« L'ineffable bonté de Jésus-Christ a daigné confier le gouvernement 
« de ladite Église au pontife de Rome, et a voulu que tous ceux qui 
« sont régénérés par les eaux du baptême observassent et suivissent 
« l'instruction et la doctrine qui lui ont été transmises par la parole de 
« l'évangile. En effet , ceux qui auront passé leur vie dans la pratique 
« de cette doctrine mériteront la gráce du salut; ceux qui au con- 
« traire s'en seront écartés, ou se seront égarés dans des voies oppo- 
« sées, seront frappés de la sentence de damnation. » 


La bulle rappelait ensuite ce que le pape Boniface VIII avait statué 
dans la constitution Super cathedram , renouvelée depuis par le pape 
Clément V au concile de Vienne, touchant le droit de faire des pré- 
dications aux fidéles, d'entendre les confessions, d'imposer des péni- 
tences, et d'inhumer les corps des défunts qui auraient choisi leur 
sépulture dans les églises ou les lieux saints appartenant aux fréres 
précheurs et aux fréres mineurs; laquelle constitution fat ensuite 
étendue successivement par le saint siége apostolique aux ermites de 
l'ordre de Saint-Augustin et aux religieux de Notre-Dame du Carmel. 
Ledit pape y avait réglé que les fréres desdits ordres pourraient pré- 
cher librement et annoncer la parole de Dieu au clergé et au peuple 
dans leurs églises et lieux saints, et sur toutes les places, excepté à 
l'heure oà les prélats des églises voudraient faire précher solennelle- 
ment en leur présence; auquel cas, lesdits fréres cesseraient de pré- 
cher, à moins d'une permission spéciale de ces prélats ou de leur 
consentement exprés ; que lesdits fréres pourraient et auraient le droit 
de précher dans les écoles publiques, oü il est d'usage de faire des 
sermons et de précher à certains jours désignés expressément, ainsi 
qu'aux funérailles des morts et dans les fétes spéciales ou particuliéres 
desdits frères, excepté à l'heure où l'on a coutume d'annoncer la 
parole de Dieu au clergé dans lesdits lieux et écoles, et à moins qu'un 
évêque ou quelque prélat supérieur n’eût convoqué ou jugé à propos 








294 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


ribus eorumdem fratrum, possent eidem fratres et liceret eis 
predicare libere, nisi forsitan in illa hora qua solet ad clerum 
in predictis locis seu studiis proponi verbum Dei, episcopus vel 
prelatus superior clerum ad se generalitèr convocaret, aut ex 
aliqua racione vel causa urgente, clerum ipsum duceret con- 
gregandum; in ecclesiis autem parrochialibus, fratres illi nulla- 
tenus auderent vel deberent predicare vel proponere verbum 
Dei, nisi fratres ipsi a parrochialibus sacerdotibus invitati vel 
vocati fortassis existerent, vel de ipsorum placito vel assensu 
petita licencia vel obtenta foret , nisi episcopus vel prelatus per 
eosdem fratres predicari mandaret. 

« Statuit eciam et ordinavit idem Bonifacius predecessor, 
« auctoritate predicta, in singulis civitatibus et dyocesibus in 
« quibus loca fratrum ipsorum consistere dinoscerentur, ac 
« civitatibus et dyocesibus ac locis ipsis vicinis, in quibus locis 
« non habentur, magistri, priores, provinciales predicatorum 
« aut eorum vicarii, ac generales ac provinciales , ministri ac 
« custodes minorum ac predicatorum ordinum prefatorum ad 
« presenciam prelatorum eorumdem locorum se conferrent per 
« se vel fratres, quos ad hoc ydoneos fore putarent, ut fratres 
« qui ad hoc electi forent civitatibus et dyocesibus confessio- 
« nem suorum subditorum confiteri sibi volencium audire vale- 
«rent, et hujusmodi confitentibus, prout secundum Deum 
« cognoscerent, imponerent penitencias salutares, et eisdem 
« beneficium absolucionis impenderent, gracia ac beneplacito 
« eorumdem; ac deinde prefati magistri, priores, provinciales 
« et ministri ordinum prefatorum eligere studerent personas 
« sufficientes, ydoneas, vita probatas atque discretas, peritas 
« ad tam salubre ministerium et officium exequendum, quas 
« si ab ipsis electas presentarent vel facerent presentari prelatis 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 295 


de convoquer une assemblée générale du clergé pour quelque raison 
ou cause urgente; que, quant aux églises paroissiales, lesdits fréres 
n'oseraient et ne devraient y précher ou y annoncer la parole de 
Dieu, que quand ils y seraient invités ou appelés par les prétres de 
ces paroisses, ou quand ils auraient demandé et obtenu leur permission 
et leur consentement, ou quand l'évéque ou tout autre prélat leur 
ordonnerait de précher. 


« Ledit Boniface , notre prédécesseur, ajoutait la bulle, a aussi statué 
« et ordonné, en vertu de la méme autorité, que dans toutes les villes, 
« diocèses et lieux voisins où lesdits fréres auraient une maison, 
« comme aussi dans les villes, diocèses et lieux voisins où ils n'en 
« auraient point, les maîtres, prieurs et provinciaux des frères pré- 
« cheurs ou lewrs vieaires, les généraux et provinciaux, ministres 
« et gardiens des frères mineurs et desdits ordres précheurs se présen- 
« teraient aux prélats desdits lieux , soit en personne , soit par ceux 
« de leurs frères qu’ils jugeraient dignes de les représenter, afin que 
« ceux qui seraient choisis à cet effet pussent dans lesdites villes et dio- 
« céses entendre la confession des personnes de la dépendance desdits 
« prélats qui voudraient se confesser à eux, qu'ils leur imposassent selon 
« la volonté de Dieu, des pénitences salutaires, et leur départissent le 
« bénéfice de l'absolution, sous le bon plaisir et avec la permission 
« desdits prélats ; qu'en conséquence lesdits maîtres, prieurs, provin- 
« ciaux et ministres desdits ordres auraient soin de choisir des per- 
« sonnes aptes et idoines, d'une conduite irréprochable, d'une discré- 
« tion profonde, et capables de remplir un si saint ministère; qu'après 
« les avoir ainsi choisies, ils les présenteraient ou les feraient présenter 
« auxdits prélats, afin qu'avec leur permission et sous leur bon plaisir 
« les fréres désignés pussent dans les villes et diocèses desdits prélats 





296 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« antedictis, ut de illorum licencia et beneplacito, in civitati- 
« bus, dyocesibus eorum hujusmodi persone sic electe confes- 
« siones se confiteri volencium audirent, eis imponerent peni- 
« tencias salutares ac beneficium absolucionis impenderent, 
« prout superius est expressum. Et alia racionabilia et utilia 
« dictus Bonifacius predecessor ordinavit et statuit, prout in 
« eadem constitucione plenius continetur. 

« Postea vero, ad pie memorie Johannis pape vicesimi se- 
« cundi eciam predecessoris nostri noticiam deducto quod 
« quondam Johannes de Polliaco, in sacra theologia magister, 
« in quibusdam articulis tangentibus penitencie sacramentum 
« non sobrie sed perperam sapiebat, infra scriptos articulos 
« periculosos continentes errores docens publice in suis predi- 
« cacionibus et in scolis, primum quidem astruens videlicet 
« quod confessi fratribus habentibus licenciam generalem au- 
« diendi confessiones teneantur eadem peccata que confessi 
« fuerant iterum confiteri proprio sacerdoti; secundo, quod, 
« stantestatuto Omnis utriusque sexus in consilio generali Roma- 
« nus pontifex non potest facere quod parrochiani non tenean- 
« tur omnia peccata sua semel in anno proprio sacerdoti con- 
« fiteri, quem dicebat esse parrochialem curatum, nec Deus 
« posset hoc facere , quin, ut dicit, implicet contradictionem; 
« tercio, quod papa non posset dare generalem potestatem 
« audiendi confessiones, ymo nec Deus, quin confessus habens 
« licenciam generalem teneatur iterum confiteri suo proprio 
« sacerdoti, quem dicit, ut premittitur, esse parrochialem cura- 
« tum, predictus Johannes et predecessor, volens scire si sug- 
« gesta sibi in eadem parte veritatem haberent, prefatum Johan- 
« nem de Polliaco de consilio fratrum suorum evocari, atque 
« articulorum premissorum copiam eidem magistro Johanni 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 297 


« entendre les confessions de ceux qui désireraient se confesser à eux , 
« qu'ils leur imposassent des pénitences salutaires et leur départissent 
« le bénéfice de l'absolution, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Ledit 
« Boniface, notre prédécesseur, a ordonné et statué à ce sujet beaucoup 
« d'autres choses utiles et raisonnables, qui sont développées plus au 
« long dans ladite constitution. 


« Plus tard, le pape Jean XXH, de pieuse mémoire, l'un de nos 
« prédécesseurs, ayant appris que Jean de Poilly, docteur en théolo- 
« gie, n'avait pas de saines opinions sur certains points touchant le 
« sacrement, de pénitence, qu'il enseignait publiquement dans ses 
« prédications et dans les écoles certains articles contenant des 
« erreurs dangereuses, et qu'il soutenait, premièrement que ceux qui 
« S'étaient confessés à des fréres ayant une permission générale d'en- 
« tendre les confessions, étaient tenus de confesser les mémes péchés 
« à leur propre prétre; secondement que, d'aprés le statut Omnis 
« utriusque sexüs établi en concile général, le pontife romain ne 
« peut faire que Jes paroissiens ne soient pas tenus de confesser tous 
« leurs péchés au moins une fois l'an à leur propre prétre, c'est-à-dire 
« au curé deleur paroisse, et que Dieu méme ne le pourrait faire sans 
« que cela impliquát contradiction ; troisiémement , que le pape ne 
« peut donner un pouvoir général d'entendre les confessions, que 
« Dieu méme ne le peut, sans que celui qui s'est confessé à quelqu'un 
« ayant un pouvoir général à cet effet soit tenu de se confesser de 
« nouveau à son propre prétre, c'est-à-dire au curé de sa paroisse, 
« ainsi qu'il a été dit ci-dessus; ledit Jean notre prédécesseur, voulant 
« savoir si ce qui lui avait été rapporté à cet égard élait vrai, fit citer 
« ledit Jean de Poilly, d'aprés l'avis des cardinaux, lui fit remettre 
« une copie des articles ci-dessus mentionnés et lui accorda audience 
« pour qu'il se justifiát tant devant lui et devant sesdits fréres les car- 
« dinaux en plein consistoire, qu'ailleurs devant quelques uns desdits 
« frères délégués par lui, dans le cas où ledit docteur essaierait de 
« défendre lesdits articles et leur contenu. Ledit maitre Jean déclara 

IV. 30 


298 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« tradi fecit, et ad defensionem suam audienciam plenam sibi 
« prebuit, tam in sua dictorumque fratrum suorum presencia et 


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in consistorio , quam alibi coram aliquibus fratribus ipsis per 
eum ad hoc deputatis, si prefatus magister dictos articulos et 
contenta in ipsis defendere niteretur. Qui quidem magister 
Johaunes asserebat paratum credere et tenere in premissis et 
alias ea que tenenda et credenda sedes appostolica diffiniret. 
Prefatusque Johannes predecessor, attendens quod dictorum 
articulorum assercio, predicacio et doctrina redundare pote- 
rat in multarum perniciem animarum, ipsosque per plures 
magistros in theologia examinari fecit diligenter, et ipse eciam 
cum dictis fratribus suis collacionem sollempnem habuit super 
premissis, per quas quidem collacionem et examinacionem 
super hoc prehabitas comperit predictos articulos doctrinam 
non sanam sed periculosam multum ac veritati contraria 
tenere ; quos eciam articulos omnes et singulos idem magister 
Johannes, veris sibi racionibus, oppinioni sue dudum habite 
contrariis, demonstratis , in eodem eonsistorio revocavit asse- 
rens eos non veros, sed contrarium verum esse, cum diceret 
nescire se racionibus sibi factis in contrarium respondere. 

« Ideo, ne per assercionem, predicacionem et doctrinam 
hujusmodi in errorem, quod absit, anime simplicium prola- 
berentur, omnes predictos articulos et quemlibet eorum, 
tanquam falsos et erroneos et a doctrina sana devios, idem 
Johannes predecessor auctoritate appostolica condempnavit 
et reprobavit de fratrum suorum consilio predictorum , doc- 
trinam ipsis contrariam veram esse et catholicam, asserens 
quod illi qui predictis fratribus confiterentur non magis tene- 
rentur eadem peccata iterum confiteri, quam si alias illa con- 
fessi fuissent eorum proprio sacerdoti, juxta dictum consi- 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 299 
« qu'il était prêt à croire et à tenir pour vrai tout ce que le saint siége 
« apostolique déciderait qu'il faut croire et tenir pour vrai. Et ledit 
« Jean, notre prédécesseur, considérant qu'il était dangereux pour 


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300 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« lium generale. Optans veritatis vias notas esse fidelibus, et 
« cunctis erroribus precludere aditum, felicis recordacionis 
« Alexandri pape quarti et Clementis quarti, Romanorum pon- 
« tificum predecessorum, vestigia imitando, universis et singulis 
« districtius inhibuit, ne quisquam dictos articulos per eumdem 
« Johannem predecessorem condempnatos et reprobatos et 
« contenta in eis vel aliquo ipsorum, ut pote a catholicis men- 
« tibus respuenda , tenere auderet seu defensaret, ac universis et 
« singulis patriarchis, archiepiscopis, episcopis et electis per 
« appostolica scripta precipiendo mandavit, ut in civitatibus et 
« dyocesibus omni convocato clero communiter premissa omnia 
« et singula per se vel per alios publicarent sollempniter, nec 
« non eidem Johanni màndavit, ut ipse in scolis vel sermone 
« Parisius predictos articulos et contenta in eisdem, tanquam 
« veritati contraria, proprio vocis oraculo et assercione con- 
« stanti publice deberet revocare; ac eciam se facturum illud 
« dictus Johannes de Polliaco efficaciter repromisit. 

« Cum autem, sicut nuper, fratrum predicatorum et mino- 
« rum predictorum ac eciam heremitarum sancti Augustini 
« et beate Marie de Carmelo ordinum lamentabilis querela ad 
« nostrum perduxit auditum , quod nonnulli clerici et eccle- 
« siastice persone ac utriusque sexus homines, nedum pre- 
« dictos, dampnatos per eumdem Johannem predecessorem, 
« ut prefertur, sed eciam quosdam alios articulos, prorsus 
« erroneos et sacris canonibus contrarios, eciam publice non 
« verentur astruere, et per illos proprias et multorum sim- 
« plicium animas inficere, illosque et devociones eorumdem 
« fratrum ordinis predicatorum, et ne christifideles sua pec- 
« cata fratribus ipsis confiteantur, dampnabiliter detrahere 
« satagunt, eciam contra eamdem constitucionem predicti 








CHRONIQUE DE CHARLES VI.— LIV. XXX. — 304 


« deses prédécesseurs les pontifes romains Alexandre IV et Clément IV, 
« d'heureuse mémoire, d'oser affirmer ou soutenir lesdits articles, 
« condamnés et réprouvés par ledit Jean notre prédécesseur, ainsi 





302  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« Bonifacii predecessoris super hoc editam, ut prefertur, qui 
« quidem dicti erronei articuli sequntur per ordinem in hec 
« verba : primus talis est : Con/fessus fratri admisso in forma 
« Dudum, teneatur eadem peccata iterum curato confiteri ; 
« dampnatur per papam Jobannem vicesimum secundum in 
« statuto quod incipit Vas electionis. Secundus : Conclusiones 
« Johannis de Polliaco dampnate per Johannem vicesimum 
« secundum sunt satis vere et a quocunque licite possent. suffi- 
« cienter sustineri. Statutum Johannis vicesimi secundi, edictum 
« Vas electionis, est irritum et inane, quia, cum illud fecit, here- 
« ticus erat, et per consequens quidquid fecit dictus Johannes 
« sive mendicantibus sive aliis ante revocacionem inane fuit, 
« stante statuto Omnis utriusque sexus, nec Deus nec papa de 
« potencia, sua potest facere quin confessus fratri mendicantt 
« admisso iterum confiteri teneatur suo curato. Confessio fra- 
«tribus admissis facta est dubitabilis et incerta; quapropter 
« homines tenentur dimittere incertum , et sic solum suis sacer- 
« dotibus curam animarum habentibus et sub pena peccati 
« mortalis *, Quamvis fratres admissi habeant auctoritatem 
« absolvendi et audiendi confessiones , tamen populus subjectus 
« non habet potestatem accedendi ad mendicantes admissos sine 
« licencia propru sacerdotis. Fratres petentes privilegia pro con- 
« fessionibus audiendis et sepulturis habendis sunt in peccato 
« mortali, et Romani pontifices talia privilegia concedentes 
« mendicantibus aut eisdem confirmantes sunt in peccato mor- 
« tali, et ex consequenti, non sunt aut fuerunt pastores , sed 
« fures, latrones et lupi. Sacerdos curatus, dans licenciam 
« mendicantibus audiendi confessiones, magis dispensat cum 
« statuto Omnis utriusque sexus, quam papa fratribus dans 


* I faut supposer ici l'omission d'un mot tel que confiteri 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 303 


« veau ses péchés à son curé; article condamné par le pape Jean XXII 
« dans le statut Vas electionis. 2°. Les conclusions de Jean de Poilly, 
« condamnées par Jean X XII, sont assez vraies et pourraient sans 
« crime étre suffisamment soutenues par qui que ce soit. Le statut 
« Vas electionis publié par Jean XXII est nul et de nulle valeur, 
« parce que, quand il l'a fait, il était hérétique, et par conséquent 
« tout ce que ledit Jean a fait en faveur des mendiants ou autres 
« avant son rétablissement est nul, d'apres le statut Omnis utriusque 
« sexüs; et ni Dieu, ni le pape, de sa propre autorité, ne peut faire 
« que celui qui s'est confessé à un frére mendiant admis ne soit pas 
« tenu de se confesser de nouveau à son curé. La confession faite à des 
« fréres admis est douteuse et incertaine ; c'est pourquoi les hommes 
« sont tenus de renoncer à ce qui est incertain, et de se confesser 
« seulement aux prétres ayant charge d'ámes , et ce, sous peine de 
« péché mortel. Quoique les fréres admis aient pouvoir d'absoudre 
« et d'entendre les confessions, cependant le peuple sujet n'a pas 
« droit d'aller aux mendiants admis sans la permission de son 
« propre prétre. Les frères qui demandent des priviléges pour en- 
« tendre les confessions et pour avoir des sépultures sont en péché 
« mortel, et les pontifes romains qui accordent ou qui confirment de 
« tels priviléges aux mendiants sont en péché mortel, et par consé- 
« quent ils ne sont point et n'ont jamais été pasteurs; ce sont des 
« voleurs, des larrons et des loups. Le prétre curé, qui donne aux 
« mendiants la permission d'entendre les confessions , la donne avec 
« plus de droit, selon le statut Omnis utriusque sexûs , que le pape 
« donnant cette permission auzdits fréres selon la forme de la décré- 
« tale Dudàm; considérant qu'il serait pernicieux de soutenir, de 
« défendre et d'enseigner les anciens articles ci-dessus désignés, con- 
« damnés et réprouvés avec tant de prudence et de solennité par ledit 
« Jean , notre prédécesseur, et les articles nouveaux de méme nature 
« également condamnés par nous comme erronés et contraires aux- 
« dits canons, et voulant aviser à un remède salutaire, nous avons, de 
« concert avec nos fréres les cardinaux de la sainte Église romaine, 
« vu et examiné lesdits nouveaux articles avec toute la maturité 





304 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


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licenciam  mendicantibus juxta formam decretalis Dudum; 
nos vero attendentes quod nimis | perniciosum esset anti- 
quos dudum, ut premittitur, per eumdem Johannem prede- 
cessorem cum tanta sollempnitate et maturitate dampnatos et 
reprobatos, et eciam hujusmodi novos articulos per nos, veluti 
erroneos et eciam eisdem canonibus contrarios, tenere, 
astruere, vel docere; nec non in hac parte salubriter provi- 
dere volentes , eosdem novos articulos et quos nos eciam una 
cum fratribus nostris sancte Romane. Ecclesie cardinalibus 
mature, prout tanti negocii qualitas exigit, vidimus et exami- 
navimus, nec non eciam per plerosque in sacra theologia 
magistros ac quosdam doctores in jure canonico recenseri 
fecimus diligenter; per quam quidem examinacionem repe- 
rimus eciam novos articulos fuisse et esse falsos, confictos et 
erroneos, et eisdem canonibus contrarios , et propterea ipsos 
ut tales de eorumdem fratrum consilio condempnamus et 
reprobamus, volentes quod, si quis deinceps predictos arti- 
culos asserere, aut in scolis aut alibi glosare, deffendere, seu 
tenere aut predicare presuinpserit, tanquam hereticus sit 
censendus et excommunicacionis sentenciam ipso facto incur- 
rat, a qua nisi per summum pontificem , preterquam in arti- 
culo mortis , non possit absolvi. 

« Quo circa universitati vestre per appostolica scripta dis- 
tricte precipientes mandamus, quatinus universi et singuli 
vestrum, convocato clero civitatis et dyocesis vestrarum , eis 
premissa omnia et singula, per vos et alios, ubi et quando 
super hoc et per eosdem fratres vel ipsorum aliquem seu ali- 


« quos fueritis requisiti, auctoritate nostra sollempniter publi- 
« cetis; ac eciam per rectores ipsarum parrochialium ecclesiarum 
« civitatis et dyocesis predictarum in hujusmodi parrochialibus 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 305 


« nécessaire dans une affaire si grave , et nous les avons fait revoir avec 
« soin par plusieurs docteurs en théologie et en droit canon. Cet exa- 
« men nous a convaincu que lesdits nouveaux articles étaient et sont 
« faux, mensongers, erronés et contraires auxdits canons. En con- 
« séquence, d’après le conseil de nosdits frères , nous les condamnons 
« et réprouvons comme tels, voulant que quiconque à l'avenir osera 
« mettre en avant lesdits articles, les commenter, défendre , soutenir 
« ou précher dans les écoles ou ailleurs, soit regardé comme héré- 
« tique et encoure de fait la sentence d'excommunication, dont il ne 
« pourra être absous que par le souverain pontife, sauf le cas où il 
« serait à l'article de la mort. 


« C'est pourquoi nous enjoignons formellement et mandons par 
« lettres apostoliques à votre université que, tous et chacun de vous, 
« convoquant le clergé de vos ville et diocése, vous lui fassiez con- 
« naitre solennellement en notre nom toutes et chacune des choses 
. « susdites, par vous ou par d'autres, où et quand vous en serez 
« requis par lesdits fréres ou par quelqu'un d'entre eux, et que 
« vous les fassiez publier dans les églises paroissiales par les pasteurs 
« desdites églises dans les ville et diocése susdits. Et si par hasard 
« xous trouvez que quelques-uns d'entre eux soutiennent, défendent 

IV. 39 





306 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXX. 


« ecclesiis publicari faeiatis. Et si quos forsan hujusmodi arti- 
« culos dampnatos, novos et veteres, aut eorum aliquem seu 
« aliquos astruere vel tenere seu predicare reperietis, contra 
« illos communiter vel divisim tanquam hereticos seu de catho- 
« lica fide suspectos procedere, nec non ipsos et eorum quem- 
« libet, juxta tantorum excessuum qualitatem, per censuram 
« ecclesjasticam et alia juris opportuna remedia auctoritate 
« predicta compescere, nec non ad observandum dictam con- 
« stitucionem prefati Bonifacii predecessoris nostri juxta ejus 
« tenorem compellere racione previa studeatis , contradictores 
« per censuram ecclesiasticam, appellacione postposita , com- 
« pescendo, invocato ad hoc, si opus fuerit, auxilio brachii 
« secularis, non obstante predicta, que incipit Omnis utriusque 
« sexus , et aliis constitucionibus appostolicis contrariis quibus- 
« cunque, seu si aliquibus communiter vel divisim a sede appos- 
« tolica indultum existat, quod interdici, suspendi vel excom- 
« municari non possint, per litteras appostolicas non facientes 
« plenariam ac de verbo ad verbum de indulto hujusmodi men- 
« cionem. — Datum Pisis, quarto idus octobris, pontificatus 
« nostri anno primo; et copia data fuit Mercurii vicesima men- 
« sis novembris. » 

Quamvis non sic amplum esset concessum privilegium, sicut 
vulgo ferebatur, quia tamen in bullis illis pretacta et forsitan 
a quibusdam collacionis gracia alias alleguata sub tantis gravi- 
bus penis mendicantes procuraverant prohibenda, fratrum 
tamen predicatorum Universitas statuit excusaciones audire in 
processione sollempni , dominica prima mensis marcii , in eccle- 
sia sancti Martini de Campis celebrata. Ibi quidam ejusdem 
ordinis ad populum de sollempnitate diei sermonem faciens, 
dixit bullam insciis fratribus suis impetratam, nec eamdem 


e 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 307 


« ou préchent lesdits articles condamnés, nouveaux et anciens, vous 
« procéderez contre eux soit en général, soit en particulier, comme 


308 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XXX. 


approbabant, eisque sufficiebat uti privilegiis concessis ante 
summum pontificem nunc ad apicem assumptum summi gradus 
ecclesiastici, et ideo supplices exorabant matrem Universi- 
tatem, ut, sicut sibi obtemperabant humiliter, sic eos gratos et 
ordinem recommandatum haberet. Horum eciam exemplum 
fratres beate Marie de Carmelo postea sequti sunt. Et quia 
ceteri mendicantes se tenuerunt obstinati, Universitate procu- 
rante, auctoritate regia , ante domicilia eorum lituis personan- 
tibus, ad ignominiam majorem, voce preconia, sub amissione 
bonorum temporalium prohibitum est curatis et viris eccle- 
siasticis, ne quemquam eorum sinerent in ecclesiis suis predi- 
care, confessiones audire nec absolucionis sacramentum mi- 
nistrare. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXX. 


309 





CHRONICORUM 
KAROLI SEXTI 








312 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


CAPITULUM Il. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 313 


CHAPITRE II. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 


315 


316 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
parte destruxisset, et ulterius in comitatum progredi statuisset, 
videns quod id baronibus patrie displicebat, ad locupleciorem 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 347 


Aes nine imnortantes naseaasinns dn anmte. La ville avant été rasde loe 


348  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 

vicibus repetitis sollempnia celebraverunt consilia, que quamvis 
in principio secreta extiterint, ut cunctis tamen postmodum 
notum fuit, tria principaliter tacta sunt , que circa regis et regni 
regimen versabantur. 

Dux namque Biturie, a cujus imperio aliorum sentencia 
dependebat, regni justiciam conculcatam multipliciter ac lesam, 
statum regis non honeste continuatum, ut deceret, ac domi- 
nacionem ejus in multis diminutam, et primo per innocentum 
irracionabilem necem, per frequentancium regiam vilipenden- 
dam concionem, ac parvipensionem regalis progeniei, pro- 
lixiori sermone et luculenter ostendit. Addidit et assistentes 
cognacionis jure et fidelitatis regi debite obligari ut predicta 
reformarentur in melius, multis mediis persuadens, ut erat 
facundissimus super omnes aurea lilia deferentes, ut propter 
hoc mutuas inirent confederaciones cum juramentis firmatas, 
et quod starent contra quoscunque viventes qui remedium 
apponendum in predictis conarentur impedire. 

In oculis omnium assistencium sermo bonus visus fuit, 
oblatoque a singulis sagittariorum numero et armatorum ad 
unguem, pactum federis juraverunt, et quod cum exercitu 
congregando, cernentibus cunctis, cujuscunque preeminencie 
essent, villam Parisiensem intrarent, et regi super hiis deli- 
berata intimarent, 

A regnicolis ómnibus procul dubio sperabatur quod ad per- 
sequendum hostes regni hanc expedicionem bellicam prepa- 
rarent, asserentes et quod propter istam causam dux eciam 
Burgundie suos subditos ac feodales nunciis et apicibus evo- 
cabat , mutuoque inde exultabant, cum ex reformacionibus ante 
tactis erarium regale satis munitum crederent pro stipendiis 
solvendis. Tribus mensibus jam exactis, ad hoc opus domini 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 319 
avaient traité trois points principaux qui concermaient le gouverne- 
ment du roi et du royaume. 


320 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
constituti a collectoribus et servitoribus regiis aliisque in- 
dignis, et nuper ultra meritum premiatis, immensas exege- 
rant peccunias trecentorum milium scutorum auri; sed nil 
in gazis regiis intulerant, ut ordinatum fuerat. Quapropter de 
eonsilio Parisiensis prepositi accumulandi peccunias dux Bur- 
gundie aliam viam invenit. Sub pretextu sane Franciam defen- 
dendi contra ducem Lencastrie, tunc regem Anglie nomi- 
natum , qui jam, ut publice ferebatur, bellatores adunabat ad 
inquietandum Franciam, ex civitatibus regni quosdam cives 
summe auctoritatis Parisius evocavit, et ipsis modum inven- 
tum ad habendum pro pugnatoribus stipendia competencia 
intimavit. Hiis omnibus taxum villis impositum dedit in cedu- 
lis, precipiens ut sine dilacione collectum prima die maii Pari- 
sius mitteretur. Et ut lecius fieret et sine murmure, in ipsis 
addiderat quod exactionum regiarum collectores summam pec- 
cunialem singulis civitatibus restituere tenerentur. 

Super petitis modica deliberacione habita, omnes unani- 
miter responderunt urbes regni satis oneratas esse regiis exac- 
tionibus, posseque se de reformacionibus inchoatis quod 
requirebat supplere. Indeque recedentibus civibus, ne inde 
exosus dux Burgundie ipsis esset, ad dominum ducem Guienne 
accedens, quia rex infirmitate solita laborabat, supplicavit ne 
illud accommodatum colligeretur, asserens quod aliam viam 
ad habendum peccunjas reperiret. | 


CAPITULUM VIl. 
De morte Alexandri pape et electione Johannis vicesimi tercii. 


Hiis diebus, universalis Ecclesie summum pontificem domi- 
num Alexandrum quintum fere octogenarium gravis arripuit 


322 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


egritudo; qua ingravescente, cum lecto decubuisset et dominos 
cardinales accivisset, eos mestos dulciter consolatus est dicens : 
« Ascendo ad patrem meum et patrem vestrum, et ideo non 
« debetis contristari. » Themna sumptum, more suo, profun- 
dissime deducens, et postulans pro se Christum exorari ut 
ad eum valeret ascendere in spiritu contrito et humiliato, pie 
ac religiose fidem Christi articulatim disseruit , eosque duleiter 
monnit ut unionem Ecclesie continuare studerent; verbisque 
finem faciens, rogavit ut Franciam et Universitatem Parisien- 
sem recommendatam haberent, que nephandissimum scisma 
sic studuerant pro posse extirpare, omnibusque vale dicens, 
mensis maii exacta tercia die, circa noctis medium, inter verba 
oracionis spiritum reddidit Creatori. Cujus corpus, sicut vivens 
statuerat, ad ecclesiam fratrum minorum delatum est, ut ibi 
sepeliretur, prius tamen observanciis servatis in morte sum- 
morum pontificum consuetis. Die igitur sequenti, inter missa- 
rum sollempnia, ad recommendacionem defuncti, fratrum mi- 
norum generalis Æssumptus est in celum sumens pro themnate, 
et inter celos primum, secundum et finale deducens, ostendit 
ut in primo, scilicet Universitate Parisiensi, ex predicatoribus 
Petrus de Tarentesia, Petrus quoque de Palude Jherosolimi- 
tanus patriarcha, de minoribus vero Alexander de Halis et 
Alexander papa tunc presens velud stelle lucidissime clarue- 
rant. Procedensque ad secundum, cum eum virtutes singulas 
conservasse viciaque declinasse, velut jubar et speculum om- 
nium mortalium, multis mediis probasset, tandem pro celo 
tercio ipsum glorificandum dignum duxit, concludens verbum 
assumptum, quod assumptus est in celum. 

Ab obitu vero ejus domini cardinales Neapolitanus, Alba- 
nensis, Viviariensis, Aniciensis, episcopi, Laudensis, Yspalen- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 323 
d'une grave maladie. Lorsqu'il vit que son état empirait, il assembla 
messeigneurs les cardinaux prés de son lit de mort, et chercha à les 
consoler avec douceur du chagrin qu'ils éprouvaient : « Je remonte 


324 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


sis, Ravanatensis, Tudertinensis, Meletensis, de Ursinis, Burde- 
galensis, presbyteri, de Brancassiis, Hariensis, Bononiensis, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 3925 


et du Puy, les cardinaux prétres de Lodi, de Séville, de Ravenne, de 
Todi , de Malte, des Ursins et de Bordeaux, et les cardinaux diacres 
de Brancace, d'Aire, de Bologne, de Colonna, de Saint-Ange, .de 
Challant, de Palestrine, de Thury, de Saluces, de Fieschi et de Bar 
attendaient, conformément aux usages romains, que neuf jours se 
fussent écoulés depuis la mort du pape pour procéder à une nouvelle 
élection. Après ce terme, et lorsque les funérailles eurent été célé- 
brées avec toute la pompe possible, lorsqu'on eut dit une messe pour 
l’…âme du défunt et une messe du Saint-Esprit, enfin lorsque son 
éloge funébre fut achevé, les cardinaux furent bumblement priés et 
requis de s'assembler pour élire d'un commun accord et selon Dieu 
un seul et unique pasteur de l'Église universelle. Ils acquiescérent à 
ce vœu, et entrérent en conclave le 44 dudit mois, avant la fin du 
jour, dans le palais qu'habitait monseigneur Alexandre'pendant son 
pontificat. Trois jours aprés, à la septiéme heure du jour, ils élurent 
monseigneur Balthazar ', cardinal diacre du titre de Saint-Eustache 
et légat de Bologne, personnage de noble extraction et de grande expé- 
rience dans les affaires , qui prit le nom de Jean XXIII. 


CHAPITRE VIII. 


Les ducs de Berri et d'Orléans , les comtes de Clermont, d'Alencon et d'Armagnac 
lèvent des troupes pour combattre le duc de Bourgogne. 


On s'étonnait avec d'autant plus de raison de voir les illustres ducs 
de la maison de France lever de tous cótés des gens de guerre dans les 
diverses provinces du royaume et dans les pays étrangers, qu'on savait 
que les Anglais, ennemis du royaume, n'avaient pas paru, et que 
les bruits qui avaient couru jusqu'alors sur leur arrivée prochaine 
n'avaient aucun fondement. Mais lorsqu'on apprit que les prépa- 
ratifs qui étaient poussés de part et d'autre avec tant d'ardeur étaient 


' Balthazar Cossa , Napolitain. 





326 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 

prolem, audierunt, circumspecti anxiosa suspiria pectoribus 
eduxerunt ab ymis, et inde regni intollerabile dampnum presa- 
gierunt futurum. Ut hanc sentenciam sequar inclinat animus, 
addens et quod sequencia inde pocius tragedorum essent depro- 
menda boatibus , quam hystorice retexenda; libensque manus 
calamum retraxisset, nisi que regno contingent commendabi- 
lia vel note subjacencia dare posteris suscepisset. Ex officio igi- 
tur veniens ad narranda, et mente sepius illud evvangelicum 
revolvens, quod omne regnum in se ipso divisum desolabitur, 
dampnabam utique degenerem miliciam gallicanam , quia 
inexpiabili odio velud furiis agitata arma vertere in regni 
viscera disponebat. 

Mirum dictu et a seculo tunc vivencium inauditum, non 
sine ejus adversariorum mercenario conductu utrobique nego- 
cium parari sciebatur. Nam auctoritate ducis Biturie, ut Aqui- 
tanos, Vascones, Britanos, Normanos et Aurelianenses per- 
transeam, et presens affuit comes de Divite Monte, obediens 
fratri suo duci Britanie cum Anglicorum copia et sagittariorum 
patrie. Nec minori subsidio regnicolarum vallatus dux Bur- 
gundie ex multis nacionibus regno malivolis Brabantinos, 
Lothoringos, Alemanos aggregaverat et Flandrenses. Et unde 
multi nec immerito stupebant, uterque dux astruebat se aucto- 
ritate regia et ob honorem et tuicionem regni pugiles congre- 
gasse, quos tamen non ignorabant ejus tritticeas messes habun- 
danciores solito subsequentesque vindemias proximas vasta- 
turos. Michi autem sedulo inquirenti hiis qui secretis consiliis 
ex officio assistunt quomodo sic dicti duces dissidentes tanta 
auctoritate pollere poterant, responsum est : « Dux Burgundie, 
« rector regni, ardua queque disponit ad libitum, sibique 
« obtemperare cupiunt cum consiliariis regiis fortunam viri 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 321 
destinés à une guerre civile et presque domestique entre des princes 
unis par les liens du sang et appartenant à la maison de France, 
les personnes de savoir et d'expérience témoignèrent une profonde 
douleur en songeant aux maux intolérables qui allaient fondre sur le 
royaume. Leurs appréhensions ne furent que trop justifiées, et le récit 
des faits qui suivent conviendrait mieux aux accents de la muse tra- 
gique qu'au style de l'histoire. Aussi aurais-je volontiers déposé la 
plume, si je ne m'étais fait une loi de transmettre à la postérité les 
événements heureux ou malheureux survenus dans ce royaume. Mais 
en poursuivant mon récit, je me rappelais souvent ces paroles de 
l'Évangile : Tout royaume divisé en lui-méme sera désolé, et je mau- 
dissais l'aveuglement de la chevalerie frangaise, qui égarée par les 
transports d'une haine implacable se disposait à tourner ses armes 
contre le sein de la patrie. 

C'était en effet une chose étrange et inouïe de voir les armements 
qu'on faisait de part et d'autre en appelant à son secours et en sou- 
doyant ouvertement les ennemis du royaume. Le duc de Berri, qui 
avait à sa solde des Aquitains, des Gascons, des Bretons, des Normands 
et des Orléanais, se ménagea l'assistance du comte de Richemont, qui 
vint ep France à l'instigation de son frère le duc de Bretagne, avec un 
corps d'Anglais et d'archers du pays. Le duc de Bourgogne, qui n'avait 
pas moins de Français sous ses ordres, y avait joint des troupes levées 
chez les nations hostiles à la France, des Brabancons, des Lorrains, 
des Allemands et des Flamands. Ce qui surprenait le plus tout le 
monde, c'est que les deux ducs prétendaient avoir fait ces levées au 
nom du roi , dans l'intérét et pour la süreté du royaume. Personne 
n'ignorait cependant que leurs dégâts allaient anéantir l'espoir qu'on 
ayait concu d'une abondante récolte et d'une belle vendange. Je m'en- 
quis auprès de ceux à qui leurs charges donnaient entrée aux conseils 
secrets comment i] se faisait que lesdits ducs eussent un te] pouvoir. 
Voici oe qui me fut répondu : « Le duc de Bourgogne, en sa qualité de 
« régent du royaume, gouverne à sa fantaisie , et ses volontés sont une 
« loi non seulement pour les conseillers qui se sont attachés à sa for- 
« tune, mais aussi pour ceux qui sont chargés de la garde du sceau 





328 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


« sequentibus eciam qui jussa regia habent corroborare sigillo. 
« Alios ardor tenet, et avidius optant regem informare super 
« quibuscunque arduis, queque ducunt racionabilia et justi- 
«cie consona, ejus nomine utentes, sacramentis sese mutuo 
«astrinxerunt quod hec ipsi in villa Parisiensi intimabunt, 
« addentes et cum armatorum agminibus congregatis. » 

Universorum judicio, pactum sic juramento firmatum sine 
detrimento et direpcione bonorum regnicolarum effectum sor- 
tiri minime videbatur. Quapropter rex, circa medium jullii, 
corporalem incolumitatem assequtus , illustrium suorum , ducis 
quoque Burgundie usus consilio, misit duci Biturie litteras con- 
tinentes : « Dilectissime patrue, desideramus vos videre et 
« audire et eos qui vobiscum sunt. Ideo pugnatores remit- 
« tentes, ne nostris subditis molesti sint, acceleretis venire. » 
Sed mandato regio minime obtemperavit, respondens quod 
omnes sui cognati et benivoli humiles ardenter desiderabant 
commodum et honorem persone sue ac regni; ideo supplica- 
bant ut permitterentur accedere cum illis quos adduxerant, 
sicut duci Burgundie permittebat. Omnibus tunc notum fuit 
quod inter ambos principes effusa erat contencio et quod 
utrinque inexpiabili odio laborabant. 

Quod ne in regni discrimen verteretur, consiliarii regii decre- 
verunt principiis periculosis obstare, et apices regios ad urbes 
regni mittere , formam similem in substancia continentes. Post 
salutem regiam consuetam , insertum erat et sub pena criminis 
lese majestatis ut ubique milites et armigeri, arma deponentes 
et de municipiis exeuntes, illorum custodiam ad hoc nuper 
deputatis relinquerent; qui si perlustrantes regnum predas ali- 
quas exercerent, regiis injungebant justiciariis ut criminaliter 
punirentur. Additum est iterum ut nullus, cujuscunque preemi- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 329 


« royal. Ses adversaires sont jaloux de son autorité, et n’ont rien plüs 
« à cœur que d'informer le roi de tout ce qui se passe, et de lui faire 
« connaître ce qui leur parait raisonnable et juste. Sous prétexte de le 
« servir, ils se sont engagés entre eux par serment à venir à Paris pour 
« lui notifier leurs résolutions, décidés, disaient-ils, à les soutenir par 
« la force des armes. » 


Tout le monde était d'avis que ce pacte, scellé par des serments 
solennels , ne pouvait être exécuté sans qu'il en coûtât cher aux habi- 
tants du royaume, dont les biens seraient livrés au pillage. Aussi le roi, 
ayant recouvré la raison vers le milieu de juillet, envoya au duc de 
Berri , d'aprés le conseil des principaux seigneurs et du duc de Bour- 
gogne, un message concu en ces termes : « Trés cher oncle, nous dési- 
« rons vous voir et vous entretenir, vous et ceux qui sont avec vous. 
« Licenciez vos troupes, pour qu'elles ne soient pas à charge à nos 
« sujets, et venez en toute háte nous trouver. » Le duc n'obéit point à 
cet ordre, et répondit au roi que tous ses cousins et humbles sujets 
désiraient ardemment le bien et l'honneur de sa personne et du 
royaume; qu'en conséquence ils le suppliaient de permettre qu'ils 
vinssent avec leurs hommes d'armes comme le duc de Bourgogne en 
avait obtenu l'autorisation. Chacun put voir alors que la guerre était 
déclarée entre les deux princes et qu'ils étaient animés l'un contre 
l'autre d'une haine implacable. 


Afin de prévenir les malheurs qui pouvaient s'ensuivre pour le 
royaume et d'étouffer ces discordes à leur naissance, les conseillers 
du roi envoyérent aux principales villes de France des lettres royales, 
dans lesquelles, aprés la formule ordinaire de salut, il était enjoint à 
tous les chevaliers et écuyers, sous peine d'étre réputés criminels de 
lése-majesté, de déposer les armes et de sortir des places fortes qu'ils 
occupaient , pour en remettre la garde à ceux qui avaient été délégués 
naguére à cet effet. Si lesdits hommes d'armes se mettaient à courir et 
à piller le royaume, il était ordonné aux justiciers du roi de les punir 
criminellement. Les lettres portaient en outre que nnl, de quelque 


IV. 42 





330 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


nencie esset, de discordia consanguineorum suorum se intro- 
mitteret néc arma sumeret. Et si post novendium a publicacione 
regiarum litterarum quis inobediens existeret, rex volebat ut 
castra sua et domicilia a suis occuparentur ministris, a quibus 
eciam destruerentur funditus, si obstinati remanerent ‘. Sed 
huic mandato regio a neutralibet parte obtemperatum est. 


CAPITULUM IX. 


De translacione corporis sancti Clari, 


Ad honorem tocius celestis curie, et precipue gloriosi mar- 
tiris sancti Clari, mensis jullii .....* die, corpus ejus, quod in 
prioratu monasterii Sancti Dyonisii super Epte fluvium quiesce- 
bàt, a venerabili abbate ejusdem monasterii Philippo transla- 
tum est de capsa lignea in aliam sumptuosissime deauratam , 
quam laudabilis religiosus frater Johannes Foquenbarge, de 
Abbatis villa oriundus, propriis sumptibus fabricari fecerat, 
posteris religiosis dans exemplum parsymoniam servandi sicut 
ipse, ut loca sancta decorent. 


CAPITULUM «X. 


De bello rapacium avium alias inaudito. 


. Circa hujus mensis inicium, in Hanonie comitatu rem pere- 
grinam et alias inauditam innumerabili * rapacium avium 
inter se compugnancium rostris et ungulis processisse fama 
vulgalis referebat. Quamvis autem.specie dissimiles essent, ac si 

* Var. : n° 5959, fol. 102 v. , si obstinatus — * ll faut supposer ici l'omission d'un mot 
remaneret. tel que rrultitudine. 


' Dl y a une lacune d'un mot dans le ma- 
nuscrit. 











CHRONIQUE DE CHARLES VI, —LIV. XXXI. 394 


rang qu'il fût, ne devait s'entremettre dans la querelle des cousins du 
roi, ni prendre les armes à cette occasion , et que, si neuf jours après 
la publication il s'en trouvait qui n'eussent pas encore obéi, leurs 
cháteaux et résidences seraient occupés par les gens du roi, et détruits 
de fond en comble au cas qu'ils persistassent dans leur désobéissance. 
Mais cet ordre ne fut exécuté ni de part ni d'autre. 


CHAPITRE IX. 


Translation du corps de saint Clair. 


Le ..... juillet eut lieu une pieuse cérémonie en l'honneur de tous 
les saints en général et de saint Clair en particulier. Le corps de ce 
glorieux martyr qui reposait dans le prieuré de Saint-Clair-sur-Epte, 
dépendant de l'abbaye de Saint-Denys, fut transféré par le vénérable 
abbé Philippe d'une chásse de bois dans une magnifique chásse d'or, 
que le digne frére Jean de Fauquemberg, originaire d'Abbeville, 
religieux de ladite abbaye, avait fait fabriquer de ses propres deniers. 
C'était léguer un bel exemple à ses frères, que de leur apprendre à 
consacrer ainsi leurs épargnes à la décoration des lieux saints. 


CHAPITRE X. 


Combat extraordinaire entre des oiseaux carnassiers. 


Au commencement du méme mois, il arriva, dit-on, dans le comté 
de Hainaut un événement étrange et jusqu'alors inoui. Une immense 
quantité d'oiseaux carnassiers se livrérent bataille entre eux à coups 
de becs et de serres. Bien qu'ils fussent d’espèces différentes, on eût 
pu croire qu'ils s'étaient ligués les uns contre les autres. Les cigognes 
jointes aux hérons et aux pies attaqnérent les corneilles, les corbeaux 
et les geais, La mélée &'engagea au milieu de eris aigus et de croasse- 
ments effroyables. Aprés un long combat, la victoire resta enfin aux 


332  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


tamen disposuissent mutuo se juvare, ciconie cum heronibus 
et picis contra corniculas, corvos et graculos non sine croci- 
tacione et clamore terribili bellum rostris et unguibus commit- 
tentes in finalibus vicerunt, et utrinque ex numero cadaverum 
occumbencium avium duo quarri impleri potuissent. Inde non- 
nulli circumspecti et scientifici viri periculosa prelia in brevi 
presagiebant futura vel peracta, et in vanum eos credidi non 
loqutos. Nam nundum elapso mense, ex multis partibus ad 
regem missi fuerunt nuncii, qui ad propositum sequencia 
retulerunt. 


CAPITULUM XI. 


Gallici infauste pugnaverunt. 


Cum enim rex Sicilie Ludovicus, pape pugil precipuus, co- 
pias disposuisset mittere, ut ipsi summo pontifici iter redde- 
rent securum usque Romam, cum Lendislao, qui se dicebat 
regem Sicilie, navale prelium infeliciter commiserunt et victi 
succubuerunt, sexcentis ex eis interfectis, amissis quoque opi- 
bus, quas domino suo susceperant conservandas. 


CAPITULUM XII. 


De tutore regis Hyspanie. 


' Patruus regis Hyspanie, qui curam persone sue et regni gere- 
bat, cum adhuc impubes esset , litteras ad regem misit congra- 
tulacionis gracia, continentes quod eo duce et auspice contra 
regem Granate et regnicolas, qui tributa antiqua solvere recu- 
sabant, gloriosum obtinuerat triumphum, quo triginta milia 
Sarracenorum referebantur occisa. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 333 


334 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. KXXI. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 


CHAPITRE XIII. 


Défaite des chrétiens en Prusse. 


| 335 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 337 
telle, et eût jeté l'épouvante parmi leurs adversaires, s'ils se fussent 
arrétés quelque temps pour reprendre haleine. Mais, emportés par 
une folle ardeur et par le désir de signaler leur vaillance, ils poursui- 


338 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
intulisses utique : « Nune, proc dolor! degenerans gallica mili- 
cia predale regnum efficit. » 

Hane autem nequam libenciam solito acrius excrescentem 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 339 
chevalerie française, dégénérant de ses ancêtres, met le royaume à 
feu et à sang. » 

Le roi, voulant couper court per une juste rigueur à cette licence 
funeste qui croissait de jour en jour, fit publier à Paris, d'aprés le con- 


340 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 

consilio ad id prefatam dominam vallidis inclinaverunt preci- 
bus. Sequenti eciam die claves castri per prepositum prefatum 
regi obtulerunt, qui et ipse ut remitteretur offensa supplicavit. 
Id tamen rex non annuit; sed eo precipiente, ballivus Silva- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 34 
ils firent offrir au roi les clefs du cháteau par ledit prévót, qui demanda 


aussi grâce pour les coupables. Le roi ne voulut pas leur pardonner, 
et par son ordre le bailli de Senlis traina ignominieusement à Paris le 


342 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


perlectis litteris ducem ipsum respondisse nepotem bene con- 
sultum , cum Universitas Parisiensis, cives quoque et commu- 
nitas secum starent; sciret tamen se regis patruum et cognatos 
ejus mutuo confederatos, ipsi utique fideles et obsequiosos, 
velle cum eodem loqui super quibusdam arduis personam suam 
et regni commodum tangentibus, et jurasse ad eum Parisius 
accessuros cum sua comitiva in conspectu ommium id volen- 
cium intueri. 

Gratis auribus responsum non audivit dux prefatus , nec sibi 
placitum erat ut cum sua comitiva ad regem accederet. Qua- 
propter, palatinis et consiliariis regiis in ejus presencia consti- 
tutis, deliberatum extitit quod sibi insignes et notabiles persone 
mitterentur, quas caras sibi sciebant, que propositum ejus, si 
possibile esset , immutarent. Viri ergo merito nominandi Autis- 
siodorensis episcopus, inclitus comes Marchie, magnus prior 
de Rodis, Guillelmus de Tygnonvilla et dominus Gonterus 
Colli, regis secretarius, regia legacione functi, Pictavis magnis 
itineribus contendentes, a duce ipso Biturie in castro suo honori- 
fice et amicabiliter sunt recepti. Cumque de regis salute, regine, 
domini ducis Guienne, fratrum et sororum ejus diligenter inqui- 
sisset, desingulorum incolumitate gavisus, die sequenti, videlicet 
decima et octava augusti, in presencia Alenconii, Clari Montis, 
Armeniaci, Augi et Bresne comitum, nec non Rothomagensis et 
Bituricensis archiepiscoporum , episcoporum eciam de Maleses, 
Lussoniensis, Pietavensis et Carnotensis , abbatum vero sancti 
Maxencii et sancti Guillani, domini eciam Parteniaci , senescalli 
Pictavie, domini de Bellavilla et plurium aliorum usque ad 
viginti et quatuor numerum, eisdem graciam fecit dicendi 
quidquid placeret. 

Autissiodorensis episcopus propositum susceperat peroran- 


- 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 343 
de Berri, aprés en avoir pris connaissance, avait répondu que son 
neveu ne manquait pas de bons conseillers, puisque l'Université de 
Paris, les bourgeois et la commune étaient pour lui , mais qu'il croyait 
devoir le prévenir que lui, oncle du roi, et ses alliés, qui étaient aussi 
de la famille royale, tous également fidèles et dévoués à sa majesté, 
désiraient entretenir ledit roi sur plusieurs choses importantes qui tou- 
chaient à la süreté de sa personne et au bien du royaume, et qu'ils 
avaient juré de l'aller trouver à Paris en compagnie de leurs hommes 
d'armes à la face de tous ceux qui voudraient en étre témoins. 


Cette réponse causa un vif déplaisir au duc de Bourgogne; il ne lui 
convenait pas que son rival vint trouver le roi avec ses gens de guerre. 
ll assembla aussitót les conseillers du roi avec les officiers du palais 
pour en délibérer. Il fut décidé qu'on députerait vers le duc d'illustres 
et notables personnages, qu'on savait lui étre chers, pour le faire chan- 
ger de résolution, s'il était possible. L'évéque d'Auxerre, le noble 
comte de la Marche, le grand-prieur de Rhodes, Guillaume de Tignon- 
ville et messire Gontier Col, secrétaire du roi, furent chargés de cette 
mission, et se rendirent à Poitiers en toute diligence. Le duc de Berri 
les reçut en personne à son château avec toutes sortes d'égards et de 
prévenances ; il s'enquit avec intérêt de la santé du roi, de la reine, 
de monseigneur le duc de Guienne, de ses fréres et de ses soeurs, et 
témoigna qu'il était ravi d'apprendre qu'ils se portaient bien. Le len- 
demain, 18 août, il leur donna audience en présence des comtes 
d'Alencon, de Clermont, d'Armagnac, d'Eu et de Braine, des arche- 
véques de Rouen et de Bourges , des évêques de Maillezais, de Luçon, 
de Poitiers et de Chartres, des abbés de Saint-Maixent et de Saint- 
Guislain, du sire de Parthenay, sénéchal de Poitou, du sire de Belle- 
ville et de plusieurs autres seigheurs au nombre de vingt-quatre. 


L'évéque d'Auxerre devait porter la parole; mais comme il était 


344 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


dum; sed, quia gravi egritudine tunc laborabat, dominus 
Guillelmus de Tygnonvilla miles, vir utique litteratus et face- 
tus, vicem supplens, post impensum singulis assistentibus 
debitum salutacionis affatum, cum salutaciones regias premi- 
sisset, credencie oblatis litteris, legacionis intentum, ut prius 
articulatim dux scribi jusserat , disertissime recitavit. Ex scrip- 
tura prelibata, que salutacione premissa, ad certificandum 


deinceps de statu mutuo regis et ducis dulciter incitabant, 


sumens inicium : 

« Regie, inquit, majestati, illustrissimi principes , notum est 
« iniquos assentatores majores regni de regio sanguine pro- 
« creatos ad intestinas discordias incitasse; qua de causa pacta 
« et confederaciones cum nonnullis ejusdem generis statuerunt. 
« Confederatos dominos certum est ad regem accedere velle cum 
« comitiva armata, et ob hoc non modo in dominiis suis milites 
« et armigeros congregasse, sed et in confinio ubi rex degit ad 
« presens, quod non consuetum est in regno nec debet fieri 
« sine ejus licencia, ut alias, excellentissime princeps, in con- 
" « sistorio regali et presencia baronum regni luce clarius voce 
« ostendistis. Rex autem, previdens oculo perspicaci , quod , si 
« continuentur incepta , alii de regali progenie procedentes ad 
« similia agenda inducentur, et ut coram eo in statu simili com- 
« pareant, congregaciones dictas displicencius quam credi posset 
« attendit, cum clarissime pateat quod ad destructionem regni 
« et per consequens persone sue ac prolis regie tendant. Nam 
« cum regnicolis evocandis eciam evocarentur exteri, qui non 
gratum habent regnum, sed ipsius felicitati invident ac de 
« principum divisione letantur. Et esto quod suppeditaretur 
« una pars, altera nunquam secura maneret, sicque regnum 


A 


« inter guerrarum procellas perpetuo fluctuaret, nec obediretur 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 345 


alors gravement malade, il fat remplacé par messire Guillaume de 
Tignonville, personnage renommé pour son esprit et son savoir. Après 
avoir adressé à toute l'assistance les compliments d'usage, et offert les 
salutations du roi, il présenta ses lettres de créance, et lut, article 
par article, à haute et intelligible voix, les instructions des ambassa- 
deurs, telles que le duc les avait fait rédiger par écrit. Aprés cette 
lecture, qui le conduisait tout naturellement à parler des rapports du 
roi et du duc, il s'exprima ainsi : 


« Trés illustres princes, le roi sait que ce sont de perfides courti- 
« sans qui ont allumé la guerre civile entre les grands du royaume 
« issus de son sang ; il n'impute qu'à leurs conseils les pactes et les 
« alliances conclus entre plusieurs d'entre eux. Il sait aussi que les 
« princes confédérés veulent venir le trouver avec leurs gens de guerre, 
« et qu'ils ont fait en conséquence des levées de chevaliers et d'écuyers, 
« non seulement dans leurs propres terres , mais jusque dans le pays où 
« està présent le roi. C'est ce qui ne se pratique point dans ce royaume, 
« c'est ce qui ne doit point se faire sans l'autorisation du roi, comme 
. « vous l'avez vous-méme, trés excellent prince, si clairement démontré 
« autrefois dans un conseil royal, en présence des barons du royaume. 
« Or le roi, qui craint, dans sa prévoyante sollicitude, que de tels 
« abus, s'ils ne sont pas réprimés, n'encouragent les autres princes du 
« sang à former des entreprises semblables et à se montrer à la cour 
« en pareil équipage, voit avec un extréme déplaisir ces rassemble- 
« ments de troupes qui menacent évidemment la süreté du royaume 
« et par conséquent celle de sa personne et de son fils. Car il est cer- 
« tain qu'outre les habitants du royaume on appellerait aussi sous les 
« armes les étrangers, qui sont mal intentionnés pour la France, qui 
« portent envie à sa prospérité et se réjouissent de la discorde des 
« princes. Quand même l’un des partis triompherait à l’aide de ces 
« secours étrangers, il ne serait point pour cela en sûreté ; le royaume 
« serait ainsi continuellement en proie aux orages de la guerre civile, et 
« la majesté royale ne serait plus obéie comme elle doit l'étre, parce que 


IV, 44 





346 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
« regie majestati ut deceret propter diminutam ejus potenciam ; 
« dubitaretur iterum ne tam nobilissimum regnum adversarii 
« occuparent. Est et alia racio displicencie regie. Nam et si inter 
« partes pactum induciale aut aliud iniretur, eciam non sine in- 
« tollerabili dampno expellerentur extranei, ut alias visum fuit. 
'« Sic regnicolarum bona diriperentur penitus, agri manerent 
« inculti, mercium cessaret devexio, hinc et inde oriri posset 
« rebellio, vel clamorem popularem posset Deus exaudire, et in 
« detrimentum illorum qui talia paterentur. Sic luce clarius 
« patet quod, si congregaciones fiende exequcioni darent quod 
« mente conceperunt, verteretur in destructionem regni. Nam 
« si revolvantur annales, multe destructiones regnorum ex divi- 
' « sionibus processerunt. Et id summa veritas universaliter con- 
« cludit in Evvangelio dicens : Omne regnum in se ipso divisum 
« desolabitur. » | 

Qui loquebatur , rogans inde assistentes aurea lilia deferentes 
ut ab odiis intestinis abstinerent, addidit regem domini ducis 
Biturie personam et honorem hucusque cordialiter dilexisse, 
cum antiquior de domo Francie descendentibus existat , exceptis 
eciam liberis sibi propinquior, ipsumque cum duce Burgundie 
dive memorie * ab infancia educaverit benigne et instruxerit in 
agendis, postquam agere cepit in sceptris; nec ignorare quod 
attendens bonum regni in obediencia et unione principum con- 
sistere ad hoc pluries elaboraverit, eciam snis sumptibus, et ad 
finem res prudenter perduxerit; idque in presenti actu sperabat 
amore sui et regni, quorum commodum et honorem sciebat se 
indubitanter optare. « Hinc est quod legatos suos dirigens ad 
« dilectissimum patruum, excellentissime princeps, vobis sub 
« fidelitatis juramento, racione generis et hominii debiti, et si 


* War. : n° 5959 fol. 103 v., digne memorie. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 347 


« son autorité serait affaiblie. y aurait aussi à craindre qu'un si beau 
« royaume ne tombât au pouvoir de ses adversaires. Le roi éprouve 
« encore un autre sujet de déplaisir en pensant que, quand même les 
« deux partis en viendraient à une trêve ou à quelque accommodement, 
« on ne parviendrait à chasser les étrangers qu'avec de grands dom- 
« mages, comme cela a déjà eu lieu. Les biens des habitants serasent. 
« livrés au pillage, les campagnes resteraient incultes, le commerce 
« cesserait, la révolte éclaterait partout, ou bien Dieu exaucerait les 
« cris du pauvre peuple , et ferait tomber sa colère sur ceux qui souf- 
« friraient de tels excés. Il est donc prouvé jusqu'à l'évidence que les 
« troupes qui doivent étre levées, ne pourraient mettre leur projet à 
« exécution qu'en causant la ruine du royaume. Consultez les annales, 
« et vous y verrez que la plupart des états ont péri par les divisions 
« intestines. C'est ce que Dieu, qui est la vérité méme, vous apprend 
« par ces paroles de l'Évangile : Tout royaume divisé en lui-méme 
« sera désolé. » 


L'orateur, s'adressant alors aux princes des fleurs de lis qui se trou- 
vaient là, les pria de renoncer à leurs haines intestines. Hl ajouta que 
le roi avait toujours eu fort à cœur les intérêts de moriseigneur le duc 
de Berri et qu'il l'avait toujours chéri, tant parce qu'il était le plus âgé 
des princes de la maison de France et son plus proche parent aprés ses 
enfants, que parce qu'il avait veillé à son éducation conjointement 
avec le duc de Bourgogne de pieuse mémoire, et l'avait éclairé de ses 
conseils depuis son avénement au tróne; qu'il n'ignorait pas que ledit 
duc , considérant que la tranquillité d'un état dépend de l'obéissance et 
de l'union des princes , avait maintes fois travaillé à amener ce résultat, 
méme à ses propres dépens, et qu'il y avait réussi par sa prudence; 
que, dans la conjoncture présente, il n'attendait pas moins de son 
amour pour le roi et pour le royaume, aux intéréts et à l'honneur 
desquels il le savait entièrement dévoué. « Voilà pourquoi, dit-il, très 
« excellent prince, le roi a député des ambassadeurs vers vous, son oncle 
« bien aimé; il vous demande et vous requiert , au riam de la fidélité 
« que vous lui aveo jurée:et que vous lui devez comme parent et comme 


348 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


« 


A 


^ 


sibi optatis in aliquo complacere, postulat et requirit ut 
omnes evocati pugnatores ad solum natale remittantur, et ad 
hoc obligat nepotes et consanguineos vestros, qui secum sunt. 
Hii Deum utique et celicolas in testes evoeant, contestantur 
quod nunquam vestrum procuraverunt dedecus, sed vobis 
promittunt servicium, amorem et honorem impendere, ad 
que de jure cognacionis tenentur, indubitanter sperantes quod 
remittere potestis armatorum agmina congregata, ne regno 
inferant intollerabile dampnum vel gravamen. Premissis igitur 
que non modo vos Deo regnicolisque gratum reddent, sed et 
regi , qui excelsum submittens animum, vos requirit ut ad eum 
cum familia communi accedentes, principalis post ipsum in 
regni regimine sitis, et arbiter discordie inter lilia deferentes 
orte. Et ne locorum distancia vos excuset , propius accedatis, 
ut sic familiarius et cicius suos nuncios vobis mittat, et super 
agendis liberius deliberare possitis. Nam indubitanter sperat 


« od r prudenciam vestram consanguineorum suorum so- 
gu 


« 


« 


piri poterit discordia, rexque faciet pro posse quod omnes 
contentabuntur de ipso. » 


CAPITULUM XVI. 
De responsione ducis Biturie. 


Ad prelibata redacta in viginti articulis, quos, ut potui, 


compendiose recollegi, ne attediarent lectorem, dux Biturie 
archiepiscopum Bituricensem cancellarium suum statuit respon- 
dere. Qui, quamvis doctor famosissimus existens, facundissi- 
mus eciam reputaretur inter ceteros prelatos, legatorum tamen 
judicio , prolixiori sermone, verba solum curialia protulit, ideo 
breviter retexenda. Primo dixit ducem merito regraciari regi 











CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXI. 349 


« vassal, et en tant que vous désirez lui complaire, de renvoyer dans 
« leurs foyers tous les gens de guerre que vous avez assemblés; il y 
« oblige également vos neveux et vos cousins qui sont auprés de lui. 
« Ceux-ci prennent à témoin Dieu et les saints, jurant qu'ils n'ont 
« jamais travaillé à votre déshonneur, et promettant de vous servir, de 
« vous aimer et de vous honorer, comme ils y sont tenus par les liens 
« du sang. Ils espérent que vous voudrez bien licencier vos hommes 
« d'armes, de peur qu'ils ne fassent retomber sur le royaume des maux 
« et des dommages intolérables. En agissant ainsi, vous vous rendrez 
. « agréable à Dieu, aux habitants du royaume, et particulièrement au 
« roi, qui dans sa magnanimité daigne vous requérir de venir auprés 
« de lui avec votre maison ordinaire , pour occuper la premiére place 
« aprés lui dans le gouvernement du royaume, et devenir l'arbitre de 
« la querelle qui a éclaté entre les princes des fleurs de lis. Afin que la 
« distance qui vous sépare ne vous serve pas d'excuse, il vous invite à 
« vous rapprocher de lui de maniére à ce qu'il puisse vous envoyer ses 
« ambassadeurs plus familiérement et plus vite, et s'entendre plus faci- 
« lement avec vous sur ce qu'il faut faire. Il a le ferme espoir que gráce 
« à votre prudence la discorde qui régne entre les princes du sang 
« pourra être assoupie , et il fera de son côté tous ses efforts pour que 
« chacun soit content de lui. » 


CHAPITRE XVI. 


Réponse du due de Berri. 


Le duc de Berri chargea l'archevéque de Bourges, son chancelier, 
de répondre à cette requéte, qui était rédigée en vingt articles, et 
que j'ai rapportée le plus sommairement que j'ai pu, pour ne pas fati- 
guer le lecteur. C'était un trés fameux docteur, renommé pour son 
éloquence entre tous les prélats du royaume. Cependant, au dire 
des ambassadeurs, le long discours qu'il prononca ne contenait que des 
paroles et des compliments de cour; aussi me contenterai-je de le 
résumer trés succinetement. Il dit d'abord que le duc remerciait trés 


350 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
humillime, cum, memor persone sue, in signum dilectionis 
singularis, suam prosperitatem corporalem, regine et libero- 
rum eorum certificare dignabatur, sciretque ipsum semper sibi 
fidelem et obedientem extitisse et pro viribus procurasse per- 
sone sue ac regni commodum et honorem : « Et in hoc, inquit, 
« perseverare vita comite promitüt, ut jure cognacionis et 
« hominii tenetur. » Finemque verbis faciens : « Et regiis, inquit, 
« obtemperando mandatis, Turonis in brevi tendet cum multis 
. « dominis de progenie regali, et tunc per suos nuncios super 
« tactis articulis sic intendit tespondere, quod ipsi regi, domino 
« Guyenne et toti mundo sufficiet, quoniam tunc percipient 
« bonam intencionem quam gerit ad honorem et utilitatem 
« regis atque regni. » 


CAPITULUM XVII. 


Ducem Biturie dux Burgundie statuit impedire. 


Ut autem duci legati regii vale dicto responsionem ipsius 4n 
regali consistorio retulerunt, indirecta omnium judicio visa 
fuit nec sufficienter correspondens articulis. Quapropter, con- 
sensu assistencium, dux Burgundie, velut ad resistendum 
patruo et impediendum ejus votum, statuit quod sequitur. 
Prima illi cura fuit ex evocatis copiis pugnatorum circum circa 
Parisius Sequane pontes munire, et ejus profundis gurgitibus 
aaves aptas mercibus, equis et quarris transmeandis submergi , 
ne ad eum quis adverse partis posset sine licencia transire vel 
transmeare. Attendensque ducem Biturie dixisse pluries quod 
eo volente vel invito cum agregata comitiva regem visitaret 
Parisius, portas urbis a parte sua constructas, dumtaxat tri- 
bus exceptis, muris obstrui precepit, excubiasque noeturnas 











CHRONIQUE DE CHARLES VI, — LIV. XXXI. 351 


humblement le roi de s'étre souvenu de sa personne, et de lui avoir 
donné une preuve toute particuliére d'affecuon , en daignant lui faire 
savoir qu'il était en bonne santé ainsi que la reine et ses enfants; qu'il 
protestait avoir toujours été un sujet fidéle et soumis, et avoir eu 
autant que possible en vue le bien et l'honneur du roi et du royaume, 
et qu'il promettait de persévérer toute sa vie dans les mémes senti- 
ments, comme il y était tenu par les liens du sang et par ceux de 
l'hommage. Il termina ainsi : « Conformément aux ordres dn roi, le 
« duc se rendra bientôt à Tours avec phasienrs princes de la famille 
« royale, et alors il compte répondre au sujet desdits articles par l'en- 
« tremise de ses envoyés, de. facon à satisfaire le roi, monseigneur de 
« Guienne et tout le monde, et à prouver les bonnes intentions dont il 
« est animé pour le bien et pour l'honneur du roi et du royaume. » 


CHAPITRE XVII. 


Le duc de Bourgogne se dispose à déjoner les projets du duc de Berri. 


Les ambassadeurs du. roi , ayant pris congé du duc, rapportérent sa 
réponse au conseil. On la trouva généralement équivoque et insuffi- 
sante en ce qui concernait les articles proposés, et du consentement 
de tous, le duc de Bourgogne prit des mesures ayant pour but de 
résister à son oncle et de déjouer ses projets. Son premier soin fut 
de faire garder tous les ponts de la Seine aux environs de Paris par 
les hommes d'armes qu'il avait rassemblés, et couler à fond tous les 
bstemix propres an transport des marchandises, des chevaux et des 
voitures, afin qu'aucun de ses adversaires ne pût entrer dans la ville, 
soit par terre, soit par eau, sans son autorisation. Considérant ensuite 
que le duc de Berri avait annoncé à plusieurs reprises qu'il viendrait 
trouver le roi à Paris, bon gré, mal gré, en compagnie de ses gens 
de guerre, il fit murer toutes les portes du cóté par oà le duc pou- 
vait arriver, à l'exception de trois, établit des sentinelles pour la 
nuit sur les murs et dans l'intérieur de la ville, ainsi qu'une garde 





352 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


super muros et in urbe stacionesque diurnas in portis ab 
armatis continuari civibus, ne quis nisi cognitus ingrede- 
retur civitatem. Centenariis eciam ville, quinquagenariis et 
decanis quibus id preceperat evocatis, persuasit ut capita- 


neum haberent, sub cujus regula predicta exercerent. Sed : 


omnes, nullo dissenciente , responderunt nuper ducem Biturie 
ductum amore civium onus hujus officii acceptasse et diu illud 
laudabiliter exercuisse, ideo alterum novum capere indignissi- 
mum reputabant. Jussit iterum idem dux voce preconia et 
auctoritate regis, ut omnes feodales ejus, quotquot deinceps 
convenirent, preposito Parisiensi juramenta prestarent, quod 
sub eo vel sub duce, quociens opus esset, militarent; quod et 
multi recusaverunt facere, ipsum prepositum reputantes tanto 
honore indignum. 

Non segnius pars alia se preparabat ad bellum domesticum, 
et utrinque discursiones hostiles exercentes in cunctis hostium 
more dampnificabant regnicolas, dumtaxat exceptis cedibus et 
incendiis, intollerabilibusque rapinis vexabant ecclesias, monas- 
teria et loca Deo dicata. In tanta adversitate viri ecclesiastici 
humili cum plebe conversi ad Dominum in celebris processio- 
nibus et missarum sollempniis orabant devotissime dicentes : 
« Domine Jhesu Christe, parce populo tuo, et ne des regnum 
« Francie in perdicionem, sed dirige in viam pacis principes. » 
Quorum vota Dominus non exaudivit , quia forsitan pro quibus 
effundebantur digni gracia non erant. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 353 
bourgeoise aux portes pendant le jour, avec défense de laisser entrer 
aucune personne inconnue. H manda aussi les centeniers , les cinquan- 
teniers et les dizainiers de la ville, qu'il avait chargés du soin de faire 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — HV. XXXI. 


CHAPITRE XVIII. 


Le duc de Berri publie,un manifeste pour faire connaître ses intentions. 


356 


356 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


niaci Anglicos, Vascones et extraneos congregatos ad depre- 
dacionem urbis modis omnibus anhelare. 


CAPITULUM XIX. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 357 
d'Armagnac,, ainsi que les Anglais, les Gascons et les étrangers qu'il 
amenait avec lui, n'aspiraient qu'au pillage de la capitale. 


CHAPITRE XIX. 


368 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 

ut remitteret pugnatores congregatos, ne regnum dampnifica- 
rent, ducem dixit et consanguineos suos majestati regie sup- 
plicare ut libere ad ipsam possent accedere, addens in calce 
verborum, quod tunc luculenter sibi ostenderent justiciam 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 359 


était violée de mille manières, son état et sa puissance grandement 
diminués : « Trois choses, dit-il, trés excellent prince, qu'ils ne peu- 
« vent supporter plus long-temps. » 


Ce discours achevé, le roi ne mit pas l'affaire en délibération, 
comme c'était son habitude. Il répondit sur-le-champ à l'arche- 
véque : « Nous nous étonnons que notre oncle bien aimé ait concu 
« une telle pensée. Dites-lui que nous ne le recevrons qu'autant 
« qu'il se décidera à mettre bas les armes. » Le roi de Navarre et le 
duc de Bourgogne se jctaut à ses pieds le remerciérent de cette résolu- 
tion. Le roi, d'aprés leur conseil, fit dresser de ce qu'il avait dit des 
lettres scellées de son sceau , qu'il expédia aux villes, aux chátelains 
et aux chátellenies les plus éloignés, défendant à tous, sous les peines 
réservées à la tráhison, de faire pubher les lettres de son oncle et de 
ses alliés, et leur enjoignant de les envoyer ou de les apporter à son 
chancelier à Paris, dés qu'elles leur parviendraient; Aprés quoi, il 
congédia les députés du duc, et chargea une nouvelle ambassade com- 
posée de l'archevéque de Reims, de monseigneur Simon Cramaut, 
de messire Pierre de Navarre, du comte de Saint-Pol et de plusieurs 
autres illustres personnages, de se rendre auprés dudit duc pour l'en- 
gager à venir sans ses hommes d'armes, et pour lui dire que le roi le 
lui commandait et l'en priait; mais cette tentative échoua comme la 


précédente. 


Au bout de trois jours, le duc de Berri, qui avait quitté Chartres 
aprés l'avoir laissé piller par ses troupes, et qui s'était rendu à Étampes, 
répondit aux envoyés : « Retournez auprès de monseigneur le roi, 
« présentez-lui nos humbles salutations et priez-le de permettre que 
« ses cousius et son oncle aillent le trouver, comme ils ont juré de le 
« faire; car ils sont trés affectionnés à sa personne, et n'ont en vue, 


360  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


« referant vulgares, nisi ad honorem regni et regie majestatis. » 
Iterum ad persuadendum predicta et immutandum ducis pro- 
positum, Francie venerabilis regina elaborare statuit per se 
ipsam; sed cum quinque diebus id frustra temptasset, confe- 
derati domini eam vale dicentes rogaverunt, ut cum ipsis in 
oppinione condescendens regi supplicaret ne suis fidelibus et 
humilibus amicis denegaret quod extranei facile impetrarent. 


CAPITULUM XX. 


Qualiter se habuerunt consiliarii regis inter tot vicissitudines rerum. 


Dux Burgundie et cum cancellario Francie regales consiliarii, 
attendentes se frustra hiis dissuasivis legacionibus laborasse ad 
pacem, ut parti adverse timorem incuterent, edicto regio et 
voce preconia Parisius fecerunt promulgari ut omnes indiffe- 
renter feodati nobiles et ignobiles, quotquot loricati poterant 
comparere, prompti essent sub vexillo regio militare, quociens 
id juberetur. Hujus autem edicti generalis consultores sibi 
modicum acquisierunt honorem; rem quoque a seculo tunc 
omnium vivencium inauditam universi reprobando mirabantur. 
Ideo perpauci obtemperaverunt precepto, et quotquot arma 
sumpserunt libere protestabantur ubique quod sub quocunque 
principe nisi sub rege minime militarent. 

Quorumdam circumspectorum judicio, rex vexillum suum 
sibi precepit afferri in ecclesia beati Dyonisii conservatum vo- 
catum auriflamma. Nam dicebant unam partem contendencium 
humiliari posse eciam sine conflictu, si videret quod alteri 
adhereret, vel utramque, si neutri favorem daret, et tunc 
utrique jubere posset libere arma deponere et contra se stare 


' Far. : n° 5959 fol. 105 r., coram se. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 361 


« quoi qu'on en dise, que l'honneur du royaume et de sa royale ma- 
« jesté. » L'auguste reine de France essaya elle-méme de persuader ledit 
duc et de changer sa détermination. Mais pendant cinq jours elle fit 
à cet effet d'inutiles tentatives, et les princes confédérés, en prenant 
congé d'elle, la suppliérent d'entrer dans leurs sentiments et d'inter- 
céder auprés du roi , pour qu'il ne refusát point à d'humbles et fidéles 
sujets et amis ce que des étrangers obtiendraient sans difficulté. 


CHAPITRE XX. 


Comment les eonseillers du roi se conduisirent au milieu de ces conjonctures critiques. 


Le duc de Bourgogne, le chancelier de France et les conseillers du 
roi, considérant l'inutilité de leurs efforts pour rétablir la paix, réso- 
lurent d'intimider leurs adversaires et firent publier à Paris par la voix 
du héraut et à son de trompe une ordonnance royale, portant que 
tous les vassaux du roi sans distinction, nobles ou non, qui étaient 
en état de prendre les armes, se tinssent préts à venir se ranger sous 
la bannière royale, toutes les fois qu'ils en seraient requis. Cette ordon- 
nance fit peu d'honneur à ceux qui l'avaient conseillée; c'était une 
chose tout-à-fait inouie, qui étonna beaucoup et qui fut universelle- 
ment réprouvée. Aussi peu de personnes y obéirent, et ceux méme qui 
prirent les armes protestérent hautement en tous lieux qu'ils ne com- 
battraient que sous les ordres du roi. 


D'aprés l'avis des gens les plus sages, le roi se fit apporter sa ban- 
niére, dite oriflamme, qui était déposée dans l'abbaye de Saint-Denys. 
On pensait que l'un des deux partis, en voyant cette banniére dans les 
rangs opposés, se soumettrait sans tirer l'épée, ou que le roi les rédui- 
rait l'uii et l'autre à faire leur soumission, s'il demeurait neutre entre 
eux, et qu'alors il pourrait facilement leur enjoindre de mettre bas 
les armes, et les forcer au besoin de s'en référer à lui de leur diffé- 
rend. Mais les principaux membres du conseil et le chancelier repous- 

IV. 46 


362 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


judicialiter, si placeret. Id tamen in consilio presidentes cum 
cancellario contempserunt , et dissuadentes multis viis arma in 
consanguineos movere, eos suo debere dimitti arbitrio et quod 
discordia eorum regiam majestatem non tangebat. 

O utilitatis rei publice conservatores solliciti, quam incon- 
sulto pectore protulistis odium inexpiabile consanguineorum 
regis ipsum non tangere, cum, propter aviditatem regiam gu- 
bernandi ortum , jam in ejus vestibulis arma hostilia minentur, 
ut cernitis. Nec potestis ignorare quin hec fiant in regni direp- 
cionem predalem. Ex cunctis oris Francie, tam ab exteris quam 
a domesticis hostiliter occupatis, agrestes accole jam continuis 
clamoribus regias aures pulsant, et seviciam concionum milita- 
rium * excecrantes, se bonis omnibus destitutos lacrimabiliter 
conqueruntur et redactos ad mendicitatem odibilem. Videtis et 
matrem urbium circumquaque per viginti miliaria sic copiis 
militaribus obsessam , quod in ipsam neque in vicinas urbes 
aliquid nequit inferri, nec per terram neque amnes famosas, 
nisi peccuniis redimatur, vel furtive vel violenter id fiat. Nec 
ignoratis frustra exteros subsidiarios tarditatem et pusillanimi- 
tatem gallicane milicie irridere, regnicolasque ducibus publice 
maledicentes et absque erubescencie velo profiteri quod ab hos- 
tibus Anglicis dulcius et modestius se credidissent tractandos 
quam sub ipsis. Si ergo, prestantissimi domini, rex dictus est 
a regendo et protegendo subditos cum dextera prepotenti, non 
video quod hec mente recolligens possit siccis oculis vel sub 
dissimulacione pertransire, nisi assentatorum more fortunam 
conteridencium attendentes quam detrimentum patrie id ipsum 
docuissetis. Utensque breviloquio, animum in consultando libe- 
rum non habuistis, dum tam diu utrobique maluistis compla- 


* War. : n° 5959 fol. 105 r., militancium. 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 363 


serent cet expédient et cherchèrent par toutes sortes de moyens à dis- 
suader le roi de prendre les armes contre ses cousins, disant qu'il 
devait les laisser vider eux-mémes leur querelle, et que leurs dis- 
cordes ne touchaient en rien sa royale majesté. 


O gardiens vigilants des intéréts publics, vous avez fait preuve de 
grande inconséquence en déclarant que la haine implacable des cousins 
du roi ne le touchait en rien, lorsque vous étes témoins que cette 
haine, qui n'a d'autre motif que l'ambition de gouverner, fait retentir 
jusqu'aux portes du Palais le bruit menacant des armes. Vous ne pou- 
vez ignorer que ces préparatifs ne tendent qu'à la ruine du royaume. 
N'entendez-vous pas s'élever de toutes les provinces de France, 
dévastées par les étrangers et par les Français, les cris de détresse 
des malheureux habitants des campagnes, qui ne cessent de maudire 
la cruauté des gens de guerre et qui se plaignent les larmes aux yeux 
d'étre dépouillés de tous leurs biens et réduits à la plus affreuse 
misére? Ne voyez-vous pas la capitale méme cernée de tous cótés 
dans un rayon de vingt lieues, et si étroitement bloquée qu'on n'y 
peut rien introduire ni par terre ni par eau, non plus que dans les 
villes voisines, à moins qu'on n'en achéte le droit, ou qu'on n'ait 
recours à la ruse ou à la violence? Ne savez-vous pas que les mer- 
cenaires étrangers insultent impunément à l'inaction et à la pusil- 
lanimité de la chevalerie francaise, et que les habitants du royaume 
maudissent hautement les ducs et proclament sans crainte qu'ils 
seraient traités avec plus d'égards et de ménagements par les An- 
glais, leurs ennemis, que par eux? Or, trés illustres seigneurs, si 
un roi est institué pour gouverner et protéger ses sujets de toute 
sa puissance, je ne vois pas comment il pourrait, pour peu qu'il 
songe à ses devoirs, fermer les yeux sur tant de maux et les con- 
templer d'un œil sec; il faudrait croire alors que vous préoccupant, 
comme font les flatteurs, du succès des partis rivaux plutôt que 
des intéréts de la patrie, vous l'avez vous-même détourné du droit che- 
min. En un mot, vous n'avez pas délibéré en toute liberté d'esprit, 
puisque vous avez mieux aimé pendant si long-temps complaire à l’un 





364  €HRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


cere, quam auctoritatem regiam ad refrenandum mala emer- 
gencia et hucusque subsequuta ' excitare. Ideo horum omnium, 
veritatis timidi transgressores , noxios vos merito reputabo, et 
revera ad omnium vestrum dedecus et opprobrium sempi- 
ternum. | 


CAPITULUM XXI. 


Dux Burgundie gentes suas armatas Parisius introduxit, et Brabantini villam 
Sancti Dyonisii predati sunt. 


Interim dum cum Britanis, Normanis, Picardis et domes- 
ticis Gallicis Aquitani, Lothoringi cum Sabaudiensibus, Bra- 
bantinis, Burgundionibus, Anglicis et Flandrensibus per 
viginti miliaria circumcirca Parisius patriam devastarent, por- 
tas urbis Parisiensis hucusque a civibus custoditas ne quis in- 
grederetur vel egrederetur incognitus, dux Burgundie auctori- 
tate regia jussit cunctis introeuntibus libere reserari. Ibidem 
octies mille pugiles cum, majoribus capitaneis sui exercitus 
evocavit, statuens ut domiciliis. civium locarentur. Quod non- 
nulli summe auctoritatis et ex generosis proavis ducentes origi- 
nem impacienter ferentes de villa cum mobilibus clandestine 
recesserunt, et se Meldis, aliis quoque urbibus transtulerunt. 
Dux ibi residens et attendens quod, quantum pugilum ad- 
auctus erat numerus, tanto majore peccunia in stipendium 
opus erat, sibique deesset facultas ad hoc competens, preposi- 
tum Parisiensem ordinavit , qui collectam peccunialem ab uni- 
versis burgensibus levaret et ad libitum, cujus minor summa 
non minus quani ad sex auri scuta descenderet. Et hec fuit tam 
rigorose collecta, quod, si quis solucionem distulisset, donec 
impositum taxum persolvisset, in domicilio clientes regii pone- 


* Far. : n° 5959 fol. 105 r. , subsequencia. 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 365 


ou à l'autre parti que de faire servir l'autorité royale à arréter les 
maux qui nous ont affligés et ceux qui nous afiligent encore. C'est 
pourquoi , láches transgresseurs de la vérité, je ne crains pas de vous 
déclarer coupables et de transmettre à la postérité le souvenir de votre 
honte et de votre infamie. 


CHAPITRE XXI. 


Le duc de Bourgogne fait entrer ses gens d'armes dans Paris. — Les Brabançons 
pillent la ville de Saint-Denys. 


Pendant que les Áquitains avec les Bretons, les Normands, les 
Picards et ceux de l'Ile-de-France d'une part, et les Lorrains avec les 
Savoyards , les Brabançons, les Bourguignons, les Anglais et les Fla- 
mands d'autre part, ravageaient les environs de Paris dans un rayon 
de vingt lieues, le duc de Bourgogne ordonna aü nom du roi que les 
portes de la ville, qui avaient été gardées jusqu'alors par les bourgeois 
avec défense de laisser entrer ou sortir aucun inconnu , fussent ouvertes 
à tout venant. En méme temps il manda à Paris huit mille hommes de 
ses troupes avec ses principaux capitaines, et les logea chez les bour- 
geois. Quelques personnes notables et d'illustre famille, mécontentes 
de cette mesure, sortirent secrétement de la ville avec tous leurs biens 
et se transportérent à Meaux ou ailleurs. Le duc de Bourgogne, consi- 
dérant d'un autre cóté que, plus il augmentait ses forces, plus il avait 
besoin d'argent pour l'entretien de ses gens de guerre, et qu'il n'avait 
point de quoi les payer, ordonna au prévót de Paris de lever sur les 


bourgeois un impót général, dont ledit prévót fixerait le taux à son 


gré, pourvu que la moindre taxe ne füt pas au-dessous de six écus d'or. 
Cette imposition fut levée avec une extréme rigueur. Si quelqu'un 
différait de payer, on mettait chez lui des gens du roi , qu'il était tenu 
d'héberger tous les jours jusqu'à ce qu'il eüt acquitté ce qu'on exi- 
geait de lui. On assure que sur la somme qui fut ainsi recueillie le 
prévót ne distribua aux chevaliers et aux écuyers qu'environ six mille 
vingt écus d'or, et qu'il en garda la plus grosse part pour lui. Ce qui 
donnait quelque vraisemblance à cette imputation, c'est qu'il y avait 


366 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 

bantur, quibus quereret stipendia et cotidianas expensas. Ex 
hac summa nonnisi sex milia et viginti aureorum preposi- 
tum distribuisse militibus et armigeris certum est. aui et sihi 


368 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
indisciplinatis concionibus precipere a consuetis rapinis absti- 


370 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


genitores amore tanti martiris super omnes alias singulariter 
servasse , et revera ad eius vituperium sempiternum. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 


CHAPITRE XXII. 


314 


372 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


Post gratam responsionem cum sibi vale dixissent , iterum 
coram rege et suis illustribus adepta audiencia, statum regni 
dolorosum disertissime declarando et ad pacem exhortando, 
bellum consanguineorum multis dissuaserunt mediis, ad memo- 
riam reducentes quot potentissimorum extiterint exterminium 
finale. « Et si vera pocius quam dictu speciosa, inquiunt, alle- 
« gentur, ad hoc urget ambos illustres principes inexpiabile et 
« exprobrandum odium, quod, sicut cunctis notum est, ex 
« cupidine regnum regendi procedit; qua auctoritate et utrum- 
« que excludendum, et ad sua tuendum dominia remittendum 
« jussu regio censemus. Sic possunt, et non alias, regnum 
« reddere pacatum, et revera ad laudem perpetuam primi rece- 
« dentis. Quod si acquiescant facere, in locum eorum ex trino 
« statu eligantur viri prudentes, experti, timentes Deum , et qui 
« zelum ad rem publicam habeant; nam indubitanter speramus 
« quod sic regi atque regno cuncta prospere succedent. » 
= Verba ista sermone prolixiori prolata attente recollegerunt 
assistentes, et consequenter ad ea septembris vicesima quarta 
die rex Navarre, vir utique eloquens et circumspectus, in Pala- 
cio regali, coram rege, domino duce Guienne, Burgundie et 
Brabancie ducibus, necnon comite Marchie, conestabulario 
Francie, consiliariis regiis , Universitate et civibus Parisiensi- 
bus , in hanc sentenciam verba fecit. 

« Ante presidenciam regie majestatis, inquit, et sibi assisten - 
cium, ego, duces quoque Burgundie et Brabancie, sui humiles 
« consanguinel et servitores fideles, comparentes, quoniam 
« vulgo dicitur quod ambicio dominandi et thesaurizandi cupi- 
« ditas est causa dissencionis nostre et cognatorum nostrorum, 
« regno utique periculosa nisi breviter sopiatur, quod mente 
« conceperunt ad exaltacionem dominii et justicie ipsius, hoc 


A^ 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 313 


- Les députés, charmés de cette réponse, prirent congé du duc, et 
allérent trouver le roi, qui leur donna audience en présence des sei- 
gneurs de sa cour. Ils exposérent trés éloquemment l'état déplorable 
du royaume, lui remontrérent combien il était intéréssé à la paix et à 
la réconciliation des princes, et le priérent de se rappeler que les dis- 
cordes civiles avaient souvent causé la ruine des plus puissantes monar- 
chies. « S'il faut, ajoutérent-ils, faire entendre ici la vérité plutôt que 
« des paroles spécieuses, ce qui anime les deux illustres princes l'un 
« contre l'autre, c'est une haine implacable et funeste qui n'a d'autre 
« motif, comme chacun sait, que l'ambition de gouverner le royaume. 
« C'est pourquoi nous pensons qu'il serait à propos que votre royale 
« majesté les exclüt tous deux dudit gouvernement et les renvoyát dans 
« leurs domaines. Il n'y a pas d'autre moyen de rendre la paix au 
« royaume, et celui des deux qui se retirera le premier acquerra une 
« gloire éternelle. S'ils consentent à s'éloigner, vous pourrez alors 
« choisir dans les trois états, pour les remplacer, des hommes sages, 
« éclairés, craignant Dieu, et dévoués au bien public, et nous espé- 
« rons qu'ainsi tout ira bien pour le roi et pour le royaume. » 

L'assemblée écouta avec attention ces remontrances de l'Université, 
qui furent longuement développées. Le roi de Navarre, prince re- 
nonimé pour son éloquence et pour sa sagesse, se chargea d'y répondre 
dans une audience qui eut lieu le 24 septembre au Palais, eu présence 
du roi, de monseigneur le duc de Guienne, des ducs de Bourgogne et 
de Brabant, du comte de la Marche, du connétable de France, des 
conseillers du roi, de l'Université et des bourgeois de Paris. Il s'ex- 
prima à peu prés en ces termes : 

. « Les ducs de Bourgogne et de Brabant, et moi, qui sommes les 
« humbles cousins du roi et ses fidéles serviteurs, nous nous présen- 
« tons devant sa royale majesté et les seigneurs de sa cour, pour ré- 
« pondre aux bruits accrédités parmi le peuple que l'ambition de com- 
« mander et le désir d'amasser des richesses sont la cause de la discorde 
« qui règne entre nous et nos cousins, discorde qui peut devenir, dit-on, 
« trés préjudiciable au royaume, si elle n'est promptement assoupie. 
« Nous demandons à faire connaitre le projet que nous avons concu 








374 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


« depromere dignum ducunt. Non equanimiter sane sufferentes 
« famam suam falsa suspicione denigratam, dicunt non ambi- 
« cione nec cupiditate ducti hucusque in Palacio mansisse , sed 
« Sincero amore regis et regni, quod equidem et de aliis consan- 
« guineis eorum sperandum est. Verbisque fidem facere cupien- 
« tes, subsidiis nunc hucusque in terris suis dono regio per- 
« ceptis abrenunciant penitus, ut deinceps ad utilitatem regni 
« secundum regis beneplacitum convertantur. Ánnuas eciam 
« pensiones ex erario regali persolvi consuetas, si sic et aliis 
« placeat, dignum ducunt remittere, regi quoque in omnibus 
« suis sumptibus servire; cui et si placuerit quod partes suas 
« repetent, juxta Universitatis judicium, ut laudem sibi acqui- 
« rant, prompti sunt primi exire, dum tamen assecurati sint 
« quod alii eamdem viam teneant. In sentenciam iterum Uni- 
« versitatis transeuntes , dicunt et racioni consonum ut de trino 
« statu prudentes et non suspecti eligantur, qui regni ardua 
«secundum Deum et justiciam disponant, nec ad hoc deinceps 
« contendencium aliqua pars admittatur, supplicantes ut, si qua 
« pars aliquid precedencium recuset, auctoritate regia graviter 
« puniatur. » 

Finemque verbis faciens, ut de novo accommodate peccunie 
Parisius civibus restituerentur, cum inde gravati essent, agres- 
tibusque accolis graviter dampnificatis propter guerram immi- 
nentem aliquid de subsidiis relaxaretur consuetis, et ut cuncta 
que dixerat duces prenominati approbarent supplicavit. Vive 
vocis oraculo dux Burgundie hoc affirmans, indignum se repu- 
tavit regimine tanti regni, ut erat regnum Francie. 


In oculis omnium circumstancium boni sermones visi sunt 
prelibati, et tunc cum rex regi Navarre de bona intencione sua 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 375. 


« pour relever la puissance et la justice du roi. Vivement offensés des 
.« imputations calomnieuses par lesquelles on dénigre notre réputa- 
« tion, nous affirmons que ce n'est ni l'ambition ni la cupidité qui nous 
« a retenus jusqu'à présent à la cour, c'est uniquement notre amour 
« sincére pour le roi et pour le royaume, et nous aimons à croire qu'il 
« en est de méme des autres princes du sang. Voulant donner plus de 
« crédit à nos paroles, nous renoncons entiérement aux subsides que 
« la munificence royale nous a permis jusqu'à ce jour de percevoir dans 
« nos terres, afin que cet argent soit appliqué désormais aux besoins du 
« royaume suivant le bon plaisir du roi. Nous sommes disposés méme, 
« si nos adversaires y consentent aussi, à abandonner les. pensions 
a annuelles qui nous sont payées sur le trésor royal, et à servir le roi 
« à nos dépens. Pour lui complaire encore davantage, nous retourne- 
« rons dans nos domaines , conformément à la requéte de l'Université, 
« et nous aurons la gloire et le mérite de partir les premiers, pourvu 
« que nous soyons assurés que nos adversaires en feront autant de leur 
« côté. Il est encore un point sur lequel nous adoptons le sentiment 


« de l'Université. Nous pensons comme elle qu'il est raisonnable de. 


« choisir dans les trois états des personnes sages et intégres, pour 
« régler les affaires du royaume selon Dieu et selon la justice, et 
« de n'admettre désormais au gouvernement aucun des deux partis 
« rivaux, et nous demandons avec instance que quiconque repoussera 
« ces propositions soit sévérement puni au nom du roi. » 

Le roi de Navarre termina en suppliant qu'on rendit aux bourgeois 
de Paris les sommes qu'on leur avait tout récemment empruntées et 
dont ils avaient grand besoin, qu'en raison des maux et dommages 
dont les habitants de la campagne étaient accablés à l'occasion de la 
guerre on diminuát quelque chose des subsides qui pesaient sur eux, 
enfin que lesdits ducs approuvassent tout ce qu'il avait dit. Le duc de 
Bourgogne déclara qu'il y adhérait et qu'il se reconnaissait inca- 
pable de gouverner un royaume aussi grand qu'était le royaume de 
France. 

Toute l'assistance applaudit à ces paroles, et le roi remercia le roi 
de Navarre de ses bonnes intentions. Aprés quoi, l'on fit retirer tout 











376 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
regraciatus fuisset, ceterisque expulsis, in consistorio soli prin- . 
cipes remansissent , id solum conclusum fuit? oblaciones facte 
duci Biturie referrentur. Ut autem cognitum fuit ipsum ducem 
die lune ante festum beati Dyonisii ad domum suam de Win- 
cestre solo miliari a Parisius distantem pervenisse, et per cir- 
cuitum copias pugnatorum collocasse, rex et ejus consilium 
ad eum mitti legaciones ex variis et notabilibus personis decre- 
verunt. 

Quas comi fronte inolita benignitate recipiens, et facta 
dicendi gracia quod placeret, vento verba commisisse et enar- 
rasse pfedicta idem reputavit, addens in responsione quod, sí 
et regni regimen trino statui subderetur, ipsemet inter nobiles 
annumerari volebat. Hac repulsa nuncii non contenti, cum eo 
usque ad Omnium Sanctorum festum multa continuaverunt 
secreta consilia. Durante quoque spacio, regnicolarum animos 
ad spem pacis erigebant; sed nil penitus profecerunt, quamvis 
media ad propositum tacta sunt que sequntur. Frustra siqui- 
dem oblatum est ut dux uterque quingentis tantum associatus 
armatis ad regem accederet, rex vero secum haberet mille et 
quingentos , et sub hac condicione quod, durante pacis collo- 
quio, justicia exerceretur in villa non per prepositum Parisien- 
sem, quem dux exosum habebat, sed per dominos Parlamenti, 
comes eciam Marchie et conestabularius villam custodirent, ad 
subitos motus, si emergerent, comprimendos. Incassum eciam 
temptatum est ut, durante pacis colloquio, rege apud Corbo- 
lium residente, ambo duces in parte dextera et sinistra cum 
suis legionibus residerent; sed quia patria jam alimentis omni- 
bus destituta tantis exercitibus sufficere minime valuisset, id 
dux Biturie noluit acceptare. 


# Far.: n° 5959 fol. 106 r. , id solum concluserunt quod, - 

















CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 371 


le monde, excepté les princes qui tinrent conseil entre eux, et déci- 
dérent qu'on donnerait avis au duc de Berri des propositions qui 
étaient faites. Mais on apprit bientót que ledit duc était venu s'établir 
le lundi avant la féte de Saint-Denys à son cháteau de Bicétre, qui 
n'était qu'à une lieue de Paris, et qu'il avait logé ses hommes d'armes 
aux alentours. Áussitót le roi et son conseil résolurent de lui envoyer 
"une ambassade composée de plusieurs personnages notables. 


Le duc recut ces députés avec son affabilité et sa courtoisie ordi- 
naires , et leur permit d'exposer l'objet de leur mission. Mais il tint 
peu de compte de leurs paroles, et répondit que, si le gouvernement 
était confié à des représentants des trois états, il demandait à faire 
partie de ceux de la noblesse. Les députés ne se rebutérent pas; ils 
eurent avec lui plusieurs autres conférences secrétes jusqu'à la Tous- 
saint, et durant cet intervalle les habitants du royaume concurent 
quelque espérance de pacification. Mais les divers expédients auxquels 
on ent recours pour arriver à ce but n'eurent aucun succès. Ainsi, 
vainement fut-il proposé que les deux ducs vinssent trouver le roi 
avec une escorte de cinq cents hommes d'armes seulement, le roi en 
ayant quinze cents en sa compagnie, sous la réserve que, pendant les 
pourparlers, la justice serait rendue dans la ville, non par le prévót 
de Paris, que le duc de Berri haissait, mais par messieurs du Parle- 
ment, et que le comte de la Marche et le connétable veilleraient à la 
tranquillité publique, et réprimeraient les séditions qui pourraient 
éclater. Vainement aussi fut-il demandé que, le roi résidant à Corbeil 
pendant les conférences , les deux ducs s'établissent avec leurs troupes, 
l'un sur la rive droite de la Seine, l'autre sur la gauche. Le duc de 
Berri refusa, sous prétexte que le pays était dépourvu de vivres et de 
provisions et ne pourrait suffire à l'entretien de tant de troupes. 


Iv. 48 





378 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
Durante spacio antedicto, aliqui utrobique quietis impa- 
cientes et qui corda juvenilia sequebantur, nunc portarum civi- 
tatis Parisiensis inquietantes custodes, aut recuperando pecus 
raptum vel victum per Sequanam missum, multas occursiones 
hostiles et parva prelia commiserunt, in quibus et multi non 
interfecti sunt, sed victis cum camisiis solum redire conces- 


sum est. , 
CAPITULUM XXIII. 


De tractatu composito inter duces. 


Jam jamque utrinque evocatas legiones tedebat tam diu inef- 
ficaciter mansisse in pago Parisiaco, quem eciam spacio quin- 
que ebdomadarum ducenta milia militum , scutiferorum, gre- 
gariorum et balistariorum sustinuisse non immerito stupebant, 
et quod incredibile hucusque procul dubio ab universis extiterat. 
Videntes autem principes quod, consumptis omnibus alimen- 
tis, eciam hyemis inclemencia intollerabilis imminebat , infecto 
negocio pro quo venerant, ingloriose statuerunt redire, prius 
tamen tali quali tractatu composito, quem et diviserunt in 
decem articulos qui sequuntur. 

« Et primo quod omnes domini de progenie regali existentes, 
excepto comite de Mortaing, fratre regis Navarre, ad partes 
suas redirent cum suis militaribus copiis; una et eadem die 
dictas copias remittent, et poterit dux Biturie apud Gyen super 
Ligerim manere, secum eciam retinere comitem Ármeniaci tan- 
tum quindecim dierum spacio. Rex Navarre ibit ad ducatum 
suum de Nemours, et dux Brabancie ducissam Burgundie soro- 
rem suam poterit visitare. | 

« Item et quod nullus dominorum per terram alterius domini 
transibit cum suis militaribus copiis, ne inde dampnificetur, et 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 379 


Durant ces négociations, quelques jeunes gens des deux partis, fati- 
gués de leur inaction et entrainés par leur bouillante ardeur , se firent 
une guerre d'escarmouches, les uns poussant jusqu'aux portes de Paris, 
pour tácher de pénétrer par surprise dans la ville, les autres faisant 
des sorties pour recouvrer le bétail qu'on leur enlevait, ou pour assu- 
rer les convois qui descendaient la Seine. Ces combats étaient peu 
meurtriers; on se contentait de dépouiller les vaincus et de les ren- 
voyer en chemise. 


CHAPITRE XXIII. 


Traité couclu entre les ducs. 


Les troupes qu'on avait rassemblées de part et d'autre dans les 
environs de Paris commencaient à se lasser de leur longue inaction, 
et l'on s'étonnait avec raison que le pays eüt pu suffire pendant cinq 
semaines à la subsistance de deux cent mille hommes, tant chevaliers 
qu'écuyers, arbalétriers et gens de pied. C'était en effet une chose 
vraiment incroyable. À la fin, les princes, voyant que les vivres étaient 
épuisés et qu'on était menacé d'un hiver trés rigoureux, résolurent 
de renoncer à leur entreprise et de se retirer sans bruit, aprés avoir 
toutefois conclu un traité tel quel. Ce traité était divisé en dix articles, 
ainsi qu'il suit : 

« Premiérement, tous les princes du sang royal, à l'exception du 
comte de Mertain, frère du roi de Navarre, retourneront dans leurs 
domaines avec leurs geus de guerre , qu'ils licencieront tous ensemble 
le méme jour. Le duc de Berri pourra rester à Gien sur la Loire, et 
retenir auprés de lui le comte d'Armagnac , mais pendant quinze jours 
seulement. Le roi de Navarre se rendra dans son duché de Nemours, 


et le duc de Brabant pourra aller voir la duchesse de Bourgogne sa 
soeur. E 


« Jtem , aucun desdits seigneurs ne passera avec ses hommes d'armes 
sur les terres d'un autre, afin qu'elles n'aient à souffrir aucun dom- 


380 CHRONICORUM KARGLI SEXTI LIB. XX XI. 


si oporteat de necessitate transire, erit sine faciendo moram, 
et cum minimo dampno quod poterit perpetrari. 

« Item, quod omnia oppida et municipia regis solum depu- 
tatis ab antiquo custodibus committentur, nec ponentur in 
ipsis alie nove copie, et id domini litteris suis confirmabunt, 
et commissario regio hoc jurabunt, et similiter capitanei ab 
ipsis dominis deputati. 

« Iterum et, si opus fuerit, rex mittet milites suos cum illis 
qui recedent, ne moram faciant petendo natale solum , et cum 
minimo dampno quod fieri poterit. 

« Item, et quod prefati domini non revertentur ad regem, 
nisi prius fuerint evocati per patentes litteras suo sigillo robo- 
ratas et conclusas in magno regis consilio, et quod hoc requirat 
urgens necessitas. Nec reditum suum domini procurabunt, et 
id eciam jurabunt et promittent commissario regio. Super hoc 
eciam rex sub suis litteris confirmabit quod hoc ordinavit. Et 
si contingeret regem unum ex hiis evocare, ipsa et eadem die 
alterum eciam evocabit. 

« Item, in manu commissarii regalis dicti domini jurabunt, 
quod a die Pasche anni millesimi quadringentesimi et undecimi 
usque ad aliud Pascha anni sequentis , per viam factr, rigoris, 
vel vituperii verbalis unus contra alterum non procedet; et 
inde littere regie fient, certas penas, si opus fuerit, continentes 
contra transgressores hujusmodi juramenti. | 

Item, et quod rex eliget quosdam probitate conspicuos viros, 
non suspectos, nec pensionibus nec juramento cuicunque 
astrietos nisi sibi, qui eidem agsistent in consiliis, nomina- 
que electorum prefatis dominis ostendentur et super electione 
proferent vota sua. | | 

« Îtem, et prefati domini Biturie et Burgundie duces, quamdiu 




















CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 381 


mage, et s’il faut de toute nécessité les traverser, ce sera sans s’y 
arrêter et avec le moins de dégât que faire se pourra. 


« Jtem, les garnisons des villes et places fortes appartenant au roi 
seront remises sur l'ancien pied, et il n'y sera point ajouté de nou- 
velles troupes. Les seigneurs confirmeront par lettres cette disposition, 
et jureront par-devant un commissaire royal de s'y conformer; les 
capitaines nommés par eux en feront autant. 


« Jtem, s'il est besoin, le roi enverra quelques-uns de ses chevà- 
liers pour veiller à ce que les troupes desdits seigneurs, en retour- 
nant dans leur pays, ne séjournent pas trop long-temps sur les terres 
d'autrui, et y commettent le moins de dégát que faire se pourra. 

« Jtem , lesdits seigneurs ne reviendront auprés du roi qu'autant 
qu'ils seront mandés par lettres patentes scellées de son sceau et con- 
firmées par son conseil, et en cas de nécessité urgente. Ils ne cherche- 
ront pas à se faire rappeler; ils s'y engageront et en feront serment 
par-devant le commissaire royal. Le roi confirmera par lettres qu'il 
l'a ainsi ordonné, et s'il arrive qu'il mande l'un d'eux, il devra le 
méme jour mander l'autre également. 


« Jtem , lesdits seigneurs jureront entre les mains du commissaire 
royal que, depuis le jour de Páques de l'an mil quatre cent onze jus- 
qu'au jour de Páques de l'année suivante, ils ne procéderont l'un contre 
l'autre ni par vo'e de fait ou de rigueur ni par paroles injurieuses ; 
et de ce il sera dressé des lettres royales portant certaines peines, s'il 
est nécessaire, contre les transgresseurs de ce serment. 


« {tem , le roi choisira pour former son conseil certaines personnes 
probes et intégres, qui ne seront liées à nul autre qu'à lui par pen- 
sions ou par serments, et les noms desdites personnes seront commu- 
uiqués auxdits seigneurs qui feront connaître ce qu'ils en pensent. 


« Jtem , lesdits ducs de Berri et de Bourgogne, pendant tout le temps 


' 382 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
absentes erunt, regimen domini ducis Guienne committent 


Anahne militihne eihi œratie nra inaie ot naminihne eornm ot 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 383 


de leur absence , remettront le gouvernement de monseigneur le duc 
de Guienne à deux chevaliers de leur choix, qui seront leurs repré- 
sentants et agiront en leur nom; et comme le duc de Berri n'avait pas 
obtenu de lettres au sujet dudit gouvernement , il lui en sera délivré. 


« Jtem , le prévót de Paris sera privé de la prévóté et de tous les 
. pouvoirs qui lui ont été conférés, et le roi disposera desdits emplois 
selon son bon plaisir. 


« Jtem , il ne sera fait, soit à présent, soit à l'avenir, aucun tort ni 
par le roi , ni par lesdits seigneurs , aux chevaliers ou écuyers qui ont 
fait partie des corps de troupes rassemblés par lesdits seigneurs, ou 
qui ont refusé de s'y joindre , non plus qu'à leurs héritiers; et ils pour- 
ront obtenir à ce sujet des lettres du roi et desdits seigneurs. » 


Cet accommodement fut à peine conclu entre les ducs , que les che- 
valiers et les écuyers engagés à leur service, qui avaient vécu jus- 
qu'alors dans le luxe et la bonne chère à Paris, considérant qu'ils 
étaient écrasés de dettes, résolurent de partir furtivement l'un aprés 
l'autre. Ils auraient ainsi frustré leurs créanciers, si ceux-ci n'y avaient 
mis bon ordre. Voici ce qu'ils firent. Ils dressérent un état des sommes 
qui leur étaient dues, et le remirent aux bourgeois armés qui étaient 
chargés de la garde des portes , et auxquels il fut ordonné de ne laisser 
sortir les gens de guerre qu'autant qu'ils montreraient leurs quit- 
tances. La plupart d'entre eux furent ainsi obligés de mettre en gage 
leurs armes et les objets précieux qu'ils avaient en leur possession. 
Alors le nombre des étrangers commença à diminuer de jour en jour; 
plusieurs d'entre eux s'en retournérent avec un immense butin, des 
trésors considérables et un riche mobilier, tout en blámant les len- 
teurs et les irrésolutions des ducs, et en regardant le traité qu'ils 
avaient conclu comme une honte pour eux. Il y en eut qui parlérent 
favorablement de la conduite du duc de Berri , et qui le louérent fort 
d'avoir obligé son neveu à sortir de Paris; d'autres au contraire firent 
un mérite au duc de Bourgogne d'avoir résisté à son oncle, et de 





384 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


fuerat urbem, quod modis omnibus affectaverat et juraverat 
cum suis confederatis. Quidquid tamen rei exordium, pro- 
gressus et exitus laudis contineat, circumspectorum relinquo 
judicio. Finem tamen narracionis faciens, ut condictum fuerat 
inter duces, una et eadem die, videlicet octava mensis novem- 
bris , recedentes, ut equaliter distarent de villa Parisiensi, dux- - 
Biturie Dordanum, et alter Meldis peciit; non sine publicis 
maledictionibus plebis. 


CAPITULUM XXIV. 


De hiis qui ad gubernandum regnum electi sunt. 


Quod conclusum fuerat in tractatu rex cupiens adimplere, 
id quisbusdam viris injunxit circumspectis, qui ex viris eccle- 
siasticis Remensem archiepiscopum , Sanctique Flori et Novio- 
niensem episcopos , cum dominis eciam de Offemonte, de Mal- 
liaco, de Rambure, de Blaru, novem alios milites elegerunt, 
quorum industria regnum prudencius solito regeretur. Cum 
eisdem , de consensu Biturie atque Burgundie ducum, rex potes- 
tatem liberam et generalem administracionem super regnum 
universum , ut et in pace et guerra, intus et foris, super majores 
et minores, plenamque jurisdictionem instituendi et destituendi 
regios exactores et resdituum regni concessisset, mox preposi-- 
tum Parisiensem dominum Petrum de Essartis, duci Biturie 
sibique confederatis exosum, deposuerunt, et dominum Bru- 
nellum de Sancto Claro substituerunt loco ejus. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI: — LIV. XXXI. 385 


l'avoir empéché d'entrer dans la ville avec ses gens de guerre , comme 
il le désirait si ardemment et comme lui et ses alliés l'avaient juré. , 
Je laisse aux sages le soin de décider ce qu'il y a de louable dans toute 
cette affaire; je dirai seulement, pour terminer mon récit, que les 
ducs, conformément à ce qui avait été convenu entre eux, partirent 
le méme jour, c'est-à-dire le 8 novembre, accompagnés des malé- 
dictions du peuple, et se rendirent , le duc de Berri à Dourdan, le duc 
de Bourgogne à Meaux, afin de se trouver l'un et l’autre à une égale 
distance de Paris. 


CHAPITRE XXIV. 


De ceux qui furent choisis pour gouverner le royaume. 


Le roi, voulant mettre la derniére main à l'exécution des clauses 
du traité, chargea quelques gens sages de lui désigner de nouveaux 
ministres. Il choisit, d’après leur avis, parmi les membres du clergé, 
l'archevéque de Reims et les évéques de Saint-Flonr et de Noyon, 
parmi les laiques , les sires d'Offemont, de Mailly, de Rambures et de 
Blaru, et neuf autres chevaliers sur l'habileté desquels il se reposa de 
l'administration du royaume. Il leur donna, du consentement des 
ducs de Berri et de Bourgogne, une pleine et entière autorité sur tout 
le royaume, le droit de commander à tous les officiers grands et 
petits, en temps de paix et en temps de guerre, au dedans et au de- 
hors, et tout pouvoir d'instituer ou de destituer les exacteurs royaux. 
Le premier acte de leur autorité fut de déposer le prévót de Paris, 
messire Pierre des Essarts, qui était hai du duc de Berri et de ses 
alliés; ils nommérent à sa place messire Bruneau de Saint-Clair. 


jv. | | 49 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 


387 


388 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


nana amiesinnis annnanis at hanmem m na smie mahilis menta 


\ 
4 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 389 
obtenu à cet effet une autorisation spéciale, délivrée et accordée par 
les conseillers du roi, pour la défense de l'état ou de sa majesté; qu'il 
était permis à tous les habitants du royaume de défendre leur pays 
contre les dévastations des brigands, et de tuer les agresseurs, sans 





CHRONICORUM 


CHRONIQUE 





392 : CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Fidelitatem quoque regis multis laudibus commendans, cum 
vexillum Ecclesie deferendum tradidisset cum  observanciis 
consuetis, concomitante benedictione paterna, sibi et suis 
pugnatoribus vale dicens, precepit ut ad debellandum Lendis- 
laum, qui suam patriam per tyrannidem occupabat, et Grego- 
rium intrusum, quem hucusque secum tenuerat, maturaret. 

Dignum credo et presenti satis convenire hystorie, ut poste- 
rorum -mandetur memorie quod tunc summe auctoritatis 
domini nominandi Ludovicus de Lognyaco, Paulus Ursini, 
Anthonius insignis marchio de Contron, senescallus Augi, Tri- 
tannus de la Jaille, Guido de Laval, Henricus de Picqueton , 
Petrus de Beauno, dominus de Boscagio , et Johannes Capucii 
in exercitu armorum et strenuitate pollebant. Et hii omnes 
cum magnis itineribus ad hostes contenderent, nec ab eis nisi 
quatuor leucis distarent, mox Lendislaus ad regem nuncium 
litteras diffidencie ferentem destinavit; qui eum cum donis 
remuneratum remisisset, quemdam capitaneum in armis stre- 
nuum Drache vocatum premisit, qui vias et itinera ad hostes, 
cum quantis bellum administraretur copiis, qui tractus castro- 
rum queque forma esset, sub quibus regerentur ducibus, 
exploraret, et cicius quod posset ipsum de hiis redderet doctio- 
rem. Sed cum ipse jam Perusium cum mille et quingentis tan- 
tum bellatoribus attigisset , cuidam famoso capitaneo, Tartaille 
nomine, qui anteguardiam Lendislay conducendam eum duobus 
mille pugnatoribus susceperat , quem et occasione simili premi- 
serat, obviavit; cum quo atrox prelium commisit de suorum 
consilio, tandemque hinc inde multis occisis et letaliter sau- 
ciatis triumphum obtinuit gloriosum. 

Faustum eventum cum exuberanti leticia rex audivit, et 
tunc ad concionem militibus evocatis : « Nunc, inquit, arram 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL — 393 
principal champion et protecteur de la sainte Église. Puis, aprés avoir 
fait le plus pompeux éloge de la fidélité de ce prince, il lui remit 


394 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« bravii tenentes, commilitones optimi, hostes stare in vicino 
« ambiguum vobis non est, quos et non censeo timendos, cum 
« sub signis adulterinis et usurpatis militantes anathematis 
« vinculo subjaceant, et lesas erga Deum et celicolas deferant 
« consciencias. » 

Inter loquendum tamen, antequam dominum Ludovicum de 
Logniaco, cui primam aciem commiserat , constituisset preire, 
a longe percipiens hostes cum fastu maximo accedentes , addi- 
dit : « Et nunc , carissimi, in instanti negocio , facto non con- 
« silio opus est; quantum audaces geratis animos nunc pateat, 
« et precipue Jhesu Christo rei exitum commendantes spem 
« victorie in eum reponatis. » Et hec dicens cum lituorum 
sonitu agrediendi signum dedit, die sancti Yvonis. Hoc instanti 
utrobique clamores dissoni in vicino aere multipliciter echo- 
nizaht, instar grandinis aerem occupat sagittarum dempsitas. 
Inde spretis humanitatis legibus, tanquam in feras immanis- 
simas ardentibus studiis et odio insaciabili, gladiis, ensibus, 
asciis ac omnis generis instrumentis bellicis prope vesano 
impetu utrinque decertatum est. Non cum astucia aliqua nostri 
continuaverunt conflictum, sed a leva et a dextra ictus cum lacer- 
tis ingeminantes hectoreis, cum eos haud secus quam pestifero 
sydere icti adversarii paverent, tandem emarcuit virtus oinnis. 
Quod percipiens Lendislaus, animo consternatus , mox fugiens 
castrum propinquum Ruppis Sicca nominatum peciit indilate, 
ex tribus milibus quos secum traxerat paucis evadentibus. 
Ex remanentibus edita est strages ingens, cum decem comitibus 
eciam multis captis, ut subirent redempcionis jugum odibile; 
victores equis et spoliis usque ad nauseam ditati sunt. Sed Len- 
dislay et intrusi Gregorii vexilla ibi relicta ad summum pon- 
tificem in signum victorie transmiserunt. Que cum exuberanti 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 395 


« nous avons maintenant un gage certain.de la victoire. Réjouissons- 
« nous donc de ce que les ennemis sont si prés de nous; car ils sont, 
« à mon avis, d'autant moins à craindre qu'ils combattent sous la 
« banniére d'un bátard et d'un usurpateur, qu'ils ont été frappés 
« d'anathéme et que leur conscience n'est pas sans reproche à l'égard 
« de Dieu et des saints. » 

Comme le roi de Sicile achevait ces paroles et donnait le signal 
du départ à messire Louis de Logny, qui était chargé du comman- 
dement de son avant-garde, il apercut de loin l'ennemi qui s'avan- 
cait insolemment : « Mes amis, ajouta-t-il, il n'est plus temps de 
« délibérer, il faut agir. C'est maintenant qu'il convient de déployer 
« tout votre courage. Invoquez l'assistance de Jésus-Christ, et repo- 
« sez-vous sur lui du succès. » Aussitôt il fit sonner l'attaque. C'était 
le jour de la Saint-Yves. Au méme instant des cris terribles, poussés 
par les deux armées, firent retentir les échos d'alentour, et l'air fut 
obscurci par une gréle de traits. Les combattants, animés d'une 
haine implacable , et oubliant toutes les lois de l'humanité , se jetèrent 
les uns sur les autres comme des bétes féroces avec le plus cruel achar- 
nement, et s'attaquérent à coups d'épées, de poignards, de haches et 
de toutes sortes d'armes. Dans cette mélée furieuse, les nótres n'eu- 
rent pas recours à la ruse; ils assaillirent si vigoureusement leurs 
adversaires, en frappant sur eux à droite et à gauche, qu'ils jetèrent 
l'épouvante et la consternation dans leurs rangs; on eût dit qu'ils 
étaient atteints par le feu du ciel. Ladislas voyant les siens en déroute 
fut lui-méme saisi d'effroi, et s'enfuit:en toute hâte vers un château 
voisin nommé Rocca Secca. Des trois mille hommes qu'il avait avec lui 
fort peu échappérent. On fit un horrible carnage du reste ; dix comtes 
et beaucoup d'autres seigneurs furent faits prisonniers et mis à rangon. 
Une grande quantité de chevaux et un immense butin tombérent au 
pouvoir des vainqueurs. Le roi de Sicile envoya au pape, comme 
témoignage de sa victoire, les banniéres de Ladislas et celles de l'intrus 
Grégoire, qui étaient restées sur le champ de bataille. Le pape recut 
ce don avec une joie inexprimable; pour rendre gráces à Dieu, i] célé- 
bra une procession solennelle le jour de l' Ascension, et aprés la messe 


396 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

leticia recipiens , inde peracta processione sollempni cum actio- 
nibus graciarum, die Ascensionis Domini, post missarum sol- 
lempnia, in signum prodicionis ipsa signa in eminenciori loco 
palacii ex transverso suspendi et inde per urbem trahi pre- 
cepit, ubique populo acclamante : Vivat summus pontifex et 
victor rex Sicilie Ludovicus ! 


CAPITULUM II. 


De connubio regis Cypri et domicelle de Marchia. 


Unum quod millesimo quadringentesimo nono anno jam 
exacto Janus, Cypri, Jerusalem et Armenie rex inclitus, mul- 
torum judicio forma egregius et virtutibus commendandus, 
regem postulaverat et lilia aurea deferentes , memini nunc asse- 
quutum non sine Francigenarum gaudio, cum in regni hono- 
rem et gloriam redundaret. Sane ad memoriam reducens suos 
progenitores reges a generosa Francorum prosapia traxisse 
originem, ut iterum ad antiquum cognacionis titulum per pro- 
ductionem carnalem successores reduceret, magnum precepto- 
rem Cypri et priorem sancti Johannis Tholose, dominum Ray- 
mundum de Lescure, ordinis sancti Johannis Jerusalem, suos 
principales consiliarios, de quorum industria plurimum con- 
fidebat, ob hoc ad regem dignum duxerat destinare. 

Quorum adventu comperto, et quod strenui in armis exis- 
tentes ex generosis proavis nuncupatis de Lescure in Rouarge 
Ruthenensis partibus trahebant originem, eos propensius 
statuit honorare et comi fronte exceptos jussit ut, quamdiu 
manerent, sumptibus regiis reficerentur habunde. Factaque 
dicendi gracia que placerent, in consistorio principum, post 
debitum regie salutacionis affatum, se missos dicunt ut socie- 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 397 


il ordonna que lesdites bannières fussent suspendues en travers dans 
l'endroit le plus élevé de son palais, comme un monument de tra- 
hison. Puis il les fit promener par la ville, au milieu des acclamations 
du peuple, qui criait : Vive le souverain pontife et le victorieux Louis, 
roi de Sicile ! 


CHAPITRE II. 


Mariage da roi de Chypre avec la fille du feu comte de la Marche. 


Cette année fut signalée par un événement honorable et glorieux 
pour le royaume et qui causa beaucoup de joie aux Francais. L'illustre 
roi de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie, Janus', prince non 
moins remarquable par sa beauté que par ses vertus , obtint la main 
d'une princesse qu'il avait déjà demandée , l'an mil quatre cent neuf, 
au roi et aux princes du sang. Se souvenant que les rois ses aïeux 
tiraient leur origine de l'illustre maison de France, il avait voulu 
contracter une alliance qui lui permit de renouer ces antiques liens 
de parenté, et il avait député à cet effet vers le roi le grand-maître 
de Chypre et le prieur de Saint-Jean de Toulouse, messire Raymond 
de Lescure, tous deux de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ses prin- 
cipaux conseillers dans l'habileté desquels il avait grande confiance. 


Le roi, instruit de leur arrivée, et informé que ces deux braves 
chevaliers étaient issus de la noble famille des Lescure dans la province 
du Rouergue, résolut de les traiter avec des égards tout particuliers. 
Il les accueillit courtoisement, et voulut que pendant toute la durée 
de leur séjour en France ils fussent entretenus largement à ses frais. 
Lesdits ambassadeurs obtinrent audience dans le conseil des princes. 


' Janus ou Jean II, fils du roi Jacques I*, royaumes de Chypre, de Jérusalem et d'Ar- 
avait succédé à son père en 1308 dans les ménie. 





398 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


| tatem connublumque alicujus de ejus progenie peterent, que 
regi suo in matrimonio, in societate fortunarum omnium regni- 
que, et, quo nichil carius humano generi sit, liberorum junge- 
retur. Addentesque satis sciri opes ei non defuturas, cum 
orassent humiliter ne gravaretur cum eo genus miscere, rex 
peticioni annuens de consilio suorum illustrium, eis liberam 
auctoritatem concessit hospicia omnium consanguinearum per- 
scrutandi, et quam convenientem ad id reperirent eisdem non 
denegaret. 

Quod cum illi diligenti studio peregissent, tunc habita deli- 
beracione matura, dominam Carlotam de Borbonio, ex recta 
linea et viciniori beatissimi Ludovici procedentem, regis filio- 
lam, filiam quondam comitis Marchie, Vindocini et de Castris, 
sororemque de Marchia et Vindocini comitum , aliarum estima- 
tis moribus et meritis, elegerunt. Si quis eciam tunc formosi- 
tatem ejus attendisset, dixisset : « Hec est vere verus pulcri- 
tudinis radius, quam natura studio multo depinxit, nilque in 
ea erravit nisi quod mortalem statuit. » Et certe speciem ejus 
particularibus explanare sermonibus labor esset inutilis, cum 
ejus forma quasi omnium aliarum precelleret speciem adhuc 
integrum retinencium signaculum puellare. 

Ejus autem depictam effigiem cum, regi et principibus 
vale dicto, regi Cypri obtulissent, et ejus nature dotes excellen- 
ciamque generis retulissent, iterum eos ad regem, matrem, 
fratres consanguineosque puelle mox remisit; qui omnes una- 
nimiter consenserunt ut prenominatus preceptor, more pro- 
curatorum regum, cum ea matrimonium contraheret in facie 
Ecclesie et sponsali anulo decoraret. Inde in anno sequenti, 
ex munificencia regia eidem in baptismate promissa prepa- 
rantur virgini tanto culmini destinande immensorum sump- 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 399 


Aprés avoir offert au roi l'hommage de leurs salutations, ils exposé- 
rent qu’ils étaient venus demander pour leur maître la main d'une 
princesse de la race royale , afin qu'elle partageát avec lui sa fortune 
et son tróne, et qu'elle lui donnát ce que les hommes ont de plus 
cher au monde, des enfants. Ils ajoutérent qu'ils n'avaient pas besoin 
de parler des richesses qui l'attendaient, et priérent humblement le roi 
de consentir à cette alliance. Le roi, de l'avis de son conseil, acquiesca 
à leur demande, et leur permit de rendre visiteà toutes les princesses 
du sang royal, leur promettant de leur accorder celle dont ils auraient 
fait choix. 


Les envoyés du roi de Chypre s'acquittérent de leur mission avec 
zèle; aprés un mr examen et une étude attentive du caractère et du 
mérite de chaque princesse, ils fixérent leur choix sur madame Char- 
lotte de Bourbon, qui descendait en droite ligne de Saint-Louis, 
filleule du roi, fille du feu comte de la Marche, de Vendóme et de 
Castres, et sœur des comtes de la Marche et de Vendôme. En consi- 
dérant les agréments de sa personne, on pouvait dire: « C'est bien 
un vrai trésor de beauté ; la nature s'est plue à l'entourer de charmes; 
mais elle s'est trompée en la créant mortelle. » Aucune parole ne 
pourrait donner une idée de tant de gráce; il suffit de dire qu'elle 
était sans contredit la plus belle de toutes les princesses de son âge. 


Les ambassadeurs, ayant pris congé du roi et des princes, retour- 
nérent vers leur maitre , lui remirent le portrait de madame Charlotte 
et lui racontérent tout ce qu'ils avaient appris de ses brillantes quali- 
tés et de son illustre origine. Le roi de Chypre les renvoya aussitót 
vers le roi de France, vers la mère, les frères et les parents de la jeune 
princesse, qui tous d'un commun accord consentirent à ce que le : 
grand-maitre de Chypre l'épousát par procuration pour le roi, sui- 
vant la coutume, en face de l'Église, et lui remit l'anneau nuptial. 
L'année suivante, le roi, voulant accomplir les promesses qu'il avait 
faites au baptême de la jeune fiancée, fit préparer pour elle avec une 





400 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


tuum ornamenta , ut murenule, spinteres et perichelide, anuli, 
torques et serta ex auro purissimo et gemmis cum omnimoda 
supellectile, quorum omnium opera suum predicarent exces- 
sum, et regium luxum facile superarent. Quibus omnibus pre- 
paratis, ut honorificencius Francie vale diceret, eam Francie 
venerabilis regina, domina Ysabelis, in curru aureo et arcuato 
per urbem Parisiensem usque ad ecclesiam beate Marie con- 
duxit, ubi devocione peracta , cum regi, regine et consangui- 
neis se dulciter recommendasset, prefati nuncii decima quarta 
apprilis isto anno ipsam usque Venecias honorifice perduxe- 
runt, ubi et regem repperit, qui ejus desideratum prestolabatur 
adventum. | 
CAPITULUM III. 


: De dissencione ducum Aurelianis et Burgundie. 


Dum agebantur pretacta , nec dum diebus transactis Paschali 
sollempnitati deditis, in domo regia sancti Pauli rex consilio 
generali cum viris ecclesiasticis et suis illustribus super dispo- 
nendis arduis celebrato, duces Aurelianis et Borbonii, Alen- 
conii quoque et Ármeniaci comites audivit edictum regale in 
fine anni transacti promulgatum voce preconia et sub penis 
gravissimis penitus neglexisse. Non arma deposuerant , ut jus- 
sum fuerat, sed armatos homines retinebant, qui nec suis 
parcentes dominíis vicinos eciam bonis omnibus spoliabant, 
et quicquid hostís in hostem consuevit, dumtaxat cedibus 
et incendiis exceptis, excercentes, et adhuc longius residenti- 
bus inferre dampna solito majora minabantur. Qui secretis 
colloquiis regi ex officio assistunt, referunt in hoc instanti 
regem ducis Burgundie litteras recepisse continentes quod pre- 
nominati domini, .apud Carnotum et Wincestre prope Parisius 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 401 


munificence toute royale des ornements d'une richesse et d'une somp- 
tuosité dignes du haut rang qu'elle allait occuper, des pendants 
d'oreilles, des bracelets, des chaines, des anneaux, des colliers, 
des couronnes d'or rehaussées de pierreries et des meubles de toute 
espéce , dont la magnificence devait prouver sa générosité et éclipser le 
luxe des autres princes. Quand tont fut prét, l'auguste reine de France 
madame Isabelle la conduisit par la ville dans un carrosse doré jus- 
qu'à l'église de Notre-Dame, pour qu'elle fit ses adieux à son pays avec 
plus de solennité. La jeune princesse y fit ses dévotions, et aprés s'étre 
recommandée affectueusement au souvenir du roi, de la reine et de 
ses parents, elle partit le 44 avril de cette année et fut conduite avec 
les plus grands honneurs par lesdits envoyés jusqu'à Venise, où elle 
trouva le roi, qui attendait impatiemment son arrivée. 


CHAPITRE III. 


Mésintelligence entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne. 


Vers le méme temps et pendant les fétes de Páques, le roi, ayant 
assemblé un conseil général des prélats et des grands de son royaume 
pour délibérer sur les affaires de l’État, apprit que les ducs d'Orléans et 
de Bourbon , ainsi que les comtes d'Alencon et d'Armagnac n'avaient 
pas obtempéré à l'ordonnance royale qui avait été publiée l'année 
précédente par la voix du héraut, et dont l'observation avait été pres- 
crite sous les peines les plus sévéres. Ils n'avaient pas en effet mis bas 
les armes, ainsi qu'il leur avait été enjoint, et continuaient à entre- 
tenir des gens de guerre, qui dévastaient la campagne sans épargner 
méme les domaines du roi, commettaient toutes sortes d'hostilités à 
l'exception du meurtre et de l'incendie, et menaçaient de porter plus 
loin leurs ravages et de faire pis encore. Sur ces entrefaites, le roi, à 
ce que m'ont assuré ceux à qui leurs fonctions donnent entrée au con- 
seil, reçut une lettre du duc de Bourgogne, qui lui annonçait que les- 
dits seigneurs, au mépris des traités jurés à Chartres et à Bicêtre, 
se préparaient à venir trés prochainement troubler son repos et celui 

Iv. 51 





402 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


juratos parvipendentes tractatus , sibi et ville Parisiensi inten- 
debant modis omnibus et in proximo nocere. Sibi autem in 
finalibus offerens sui suorumque auxilium supplicabat, si eo 
non indigeret, auctoritatem tamen daret comitatum filie sue de 
Charoloys ac sua patrimonia defendendi, que in brevi, ut vera 
relacione didicerat, statuerant depopulanda penitus et devas- 
tanda. | 

Fuerunt et tam turbido statu rerum cum comite Sancti Pauli 
competitores alii, qui lucris propriis inhiantes custodiam civi- 
tatis Parisiensis supplices pecierunt; sed summe auctoritatis 
cives super hoc evocati libere responderunt, quod alium cus- 
todem recusabant preter ducem Biturie, ab eo nuper de con- 
sensu omnium liliatorum constitutum, supplicantes ut ipsimet 
more solito villam custodirent, donec pax firma fieret inter 
duces discordantes. 


CAPITULUM IV. 
De predonibus victis. 


Dum super deliberandis duraret colloquium, et edicto regio 
parvipenso arma non deponerentur, ex Hyspanis, Ytalicis exte- 
risque ex furtivo concubitu generatis et exulibus proscriptis, 
quedam nephanda concio octingentorum predonum, sub Poli- 
fer Radingo Philippoque de Spina ac nonnullis aliis ex sordido 
genere ortis capitaneis, audaciam temerariam sumpsit acrius 
solito inquietandi regnum. À recessu namque Biturie atque Bur- 
gundie ducum per pagum Carnotensem et adjacentem patriam 
continue grassantes hostiliter, mercatores pertranseuntes, qui 
merces peregrinas aut communes ad villam Parisiensem lucri 
faciendi gracia afferebant, crudeliter spoliabant, et si quos ex 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 403 


de la ville de Paris par tous les moyens possibles. Le duc lui offrait 
en méme temps son secours et celui de ses amis, le suppliant, s'il n'en 
avait pas besoin, de l'autoriser du moins à défendre les terres de la 
comtesse de Charolais sa fille et ses propres domaines, que ces mémes 
seigneurs , lui disait-on, avaient résolu de mettre à feu et à sang. 


Au milieu de ces agitations, le comte de Saint-Pol et quelques 
autres, qui ne cherchaient que des occasions de satisfaire leur cupidité, 
sollicitérent avec les plus vives instances le commandement de la ville 
de Paris. Mais les principaux bourgeois, consultés à ce sujet, répon- 
dirent hardiment qu'ils ne voulaient point d'autre capitaine que le duc 
de Berri, que le roi avait naguère délégué à cet effet du consentement 
de tous les princes du sang, et demandérent qu'on leur laissát le soin 
de veiller eux-mémes à la garde de la ville comme par le passé, jus- 
qu ce que la paix fût solidement rétablie entre les ducs. 


CHAPITRE IV. 


Défaite d'une bande de brigands. 


Pendant qu'on délibérait encore sur les affaires de l'État et que les 
princes persistaient à rester en armes, au mépris des ordres du roi, 
une bande de huit cents brigands, composée d'Espagnols, d'Italiens 
et d'étrangers, pour la plupart gens sans aveu et sans familles, avait 
osé infester le royaume , sous la conduite de Polifer Radingen , de Phi- 
lippe de l'Épine et d'autres capitaines d'obscure naissance. Depuis le 
départ des ducs de Berri et de Bourgogne, ces misérables couraient 
le pays Chartrain et les environs, détroussaient sans pitié les marchands 
qui faisaient le commerce d'échange avec Paris, et extorquaient de 
grosses sommes d'argent de tous les bourgeois ou paysans qu'ils ren- 
contraient. Ils se disaient enrólés sous les bannières du duc d'Orléans 
et des seigneurs de France, et lorsqu'ils passaient dans les villages, 


-X — — Mtt 


404 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


ruricolis aut civibus obvios haberi contigisset, ab eis ingentes 
peccunias extorquebant. Asserentes se eciam sub signis ducis 
Aurelianensis et dominorum Francie militare, cum villas cam- 
pestres peragrabant, aut illas cogebant jugum redempcionis 
subire odibile, aut domorum penetralia effringentes quicquid 
predari poterat auferebant, addentes quod in laborum remune- 
racionem , refectionem expensarum et ob debitum peccuniale 
stipendium eis talia licebant. 

Intollerabiles continuatos excessus rex impacienter audiens, 
et sepius regnicolarum querimoniis pulsatus, eis succurrere 
volens, ut decebat, deliberacione habita, cum a duce Aurelia- 
nensi, comite quoque de Alenconio et duce Borbonii litteris 
sciscitasset si ad dampnificandum regnum concionem evocäve- 
rant prefatam, omnesque negative respondissent, mox ad 
eorum exterminium finale mentem vertit. Comiti itaque Sancti 
Pauli et Boussicaudo, Francie marescallo, ac domino Brunello de 
Sancto Claro, Parisiensi preposito, commisit negocium peragen- 
dum. Qui, sine cunctacione accitis quingentis pugnatoribus et 
multis balistariis; die martis ultima mensis apprilis, circa quar- 
tam horam post meridiem de Parisius exeuntes, quamvis plu- 
viarum intemperies perduraret, de consilio tamen Boussicaudi, 
qui moram penitus arguebat, illuc noctu dieque magnis itine- 
ribus contenderunt. In villa de Clayes decem et octo lencis a 
Carnoto distante tunc hospitati et consuetas predas perpe- 
trantes Francorum ignorabant adventum , cum duo ex conso- 
dalibus raptis equis velocissimis cursu precipiti de Bonnevalle 
recedentes id eis nunciaverunt. Sed vix loricas et galeas sumere 
potuerunt, cum.nostri laxis habenis in eos insurrexerunt, cum 
jam se in parte maxima infra quoddam cymiterium retraxissent. 
Atrox commissum est prelium; diu tamen non duravit. Nam 























CHRONIQUE DE CHARLES VE — LIV. XXXII. 405 


ils les ranconnaient de la facon la plus odieuse, ou bien ils entraient 
de force dans les maisons et y prenaient tout ce qu'ils pouvaient 
emporter, sous prétexte qu'on ne leur avait point payé leur soide et 
qu'ils avaient le droit de s'indemniser de leurs fatigues et de leurs 
dépenses. 


Le roi apprit avec le plus vif mécontentement ces excès intolérables, 
et sur les plaintes réitérées de ses sujets, il résolut d'y porter remède. 
Aprés en avoir délibéré avec son conseil, il écrivit au duc d'Orléans, 
au comte d'Alencon et au duc de Bourbon, pour leur demander si 
c'étaient eux qui avaient ameuté ces bandes contre le royaume. Leur 
réponse ayant été négative, il se disposa aussitôt à exterminer tous les 
brigands jusqu'au dernier, et confia cette mission au comte de Saint- 
Pol, au maréchal de France Boucicault et à messire Bruneau de Saint- 
Clair, prévót de Paris. Ceux-ci rassemblérent en toute háte cinq cents 
hommes d'armes et un grand nombre d'arbalétriers et partirent de 
Paris le mardi, dernier jour d'avril, vers quatre heures aprés midi. 
Malgré une pluie continue, ils marchérent jour et nuit, faisant toute 
diligence, d'aprés les conseils de Boucicault, qui regardait le moindre 
retard comme trés funeste. Les brigands étaient alors cantonnés dans 
la ville de Claye, à dix-huit lieues de Chartres , et ils exercaient dans 
les environs leurs brigandages accoutumés, lorsque deux de leurs 
compagnons, qui revenaient de Bonneval, accoururent de toute la 
vitesse de leurs chevaux pour leur donner avis de l'arrivée des Fran- 
çais, à laquelle ils étaient loin de s'attendre. Ils eurent à peine le 
temps de prendre leurs cuirasses et leurs casques; nos gens fondirent 
sur eux à bride abattue. Ils s'étaient retranchés pour la plupart dans 
un cimetiére. Là s'engagea une lutte sanglante qui fut de courte durée. 
Lorsque les brigands se virent attaqués si vigoureusement et sur le 
point d'étre enveloppés par les chevaliers, les écuyers et tous les 
paysans qui étaient accourus des villages voisins, le souvenir de leurs 





406 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

impetu in eos facto, videntes quod a militibus , armigeris, cete- 
risque ruricolis qui ex vicinis villagiis accurrerant, poterant 
circumveniri, et attendentes iniquitates perpetratas, et quam 
lesas ferebant consciencias, cum jam multi gladiis cecidissent , 
animo consternati deficiunt et vincuntur. Ex illis qui remanse- 
rant quidam ad vicina fugerunt nemora, quos marescallus a 
suis insequi jussit. Multi qui amnem vicinum transnatare ut 
evaderent conabantur, capitaneum suum Philippum de Spina 
sequentes, submersi sunt, et ex aliis centum capti die quarta 
mensis maii Parisius adducti carceribus teterrimis retruduntur. 
Ex quibus multis submersis, qui nundum decimum quintum 
annum attigerant publice virgis cesi exilio releguantur, et cum 
Polifer et Radingo, septem quoque aliis capitaneis fere triginta 
alii; ut meruerant, vitam suspendio adjudicati sunt finire. 


CAPITULUM V. 


Rex duces ad pacem conatur reducere. 


Ad cohercionem ceterorum predonum sic dampnatis consor- 
tibus, eorum precipue assensu unanimi, quos in partem sollicitu- 
dinis regni rex secum sumpserat, et qui viam facti ducum con- 
tendencium penitus reprobabant, ut-concordie zelator, ad ipsos 
duces Biturie et Aurelianis archiepiscopum Bituricensem, iterum 
ad eosdem episcopum Novioniensem, Philippum de Callevilla, 
militem, Symonem de Nantodoro, et ad Burgundie ducem misit 
ut mediatores existerent tractatus pacifici. Apicibus regiis men- 
tem suam apperiens in substancia scribebat se transquilitatem 
regni et regnicolarum post anime sue salutem summo studio 
affectare, et precipue ut unitatem mutuam in pacis vinculo de 
regali sanguine procreati custodirent; ideo nuncios suos spe- 











408 CHBONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


ciales misisse, quos sciebat fideles et industrios, ad discordias 
sedandas ; iterum graviter pertulisse pet apparatus bellicos con- 
sanguineorum jam reiteratis vicibus regnum intollerabiliter gra- 
vatum; unde querimoriiis subditorum pie, ut regium est, con- 
dolens, edictali lege statuisse eos arma deponere et remittere 
bellatorum agmina congregata; idque et adhuc jubere et hor- 
tari, si timebant offendere regiam majestatem, et sub pena 
amissionis bonorum. « Et quoniam, emergentibus arduis, am- 
« plioribus , inquit, peccuniis indigemus, quam erarium regale 
« pati possit, subsidia, inquit, vobis regali munificencia huc- 
« usque concessa ad tempus reposcimus, statuentes ut arbitrio 
« dilecte consortis nostre regine, patrui quoque nostri ducis 
« Biturie, inter vos mota discordia sopiatur, octo mittentes ex 
« familiaribus vestris circumspectos, qui ambos dirigant in 
« agendis. » 


CAPITULUM VI. 


De responsionibus ducum. 


Qui missi fuerant dux Burgundie recepit comi fronte, sub 
compendio respondens se pro tantis nunciis sibi directis regi 
regraciari dulciter, cui et in omnibus promptus erat obedire 
tanquam suo domino naturali, a quo et tantam graciam rece- 
perat, quod liberos suos suis dignatus fuerat connubio mutuo 
copulare; sciretque cognati sui ducis Aurelianis amorem et 
concordiam affectuose optare, dum tamen quod ageretur utrin- 
que non obstaret tractatibus apud Carnotum ac Wincestre anno 
exacto compositis et ab omnibus aurea lilia deferentibus jura- 
tis, quos et ipse intendebat inviolabiliter custodire; . sed si illis 
rex aliquid. addere vellet, id libentissime compleret. Ad resti- 




















l 

CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 409 
qu'il avait appris avec peine tous les maux causés à plusieurs reprises 
dans le royaume par leurs préparatifs de guerre; que pour faire droit, 
ainsi qu'il le devait, aux plaintes de ses sujets, il leur avait enjoint 
par ordonnance royale de mettre bas les armes et de licencier leurs 
gens de guerre; qu'il les y invitait et exhortait encore , en tant qu'ils 
craignaient d'offenser la majesté royale et sous peine de la confiscation 
de leurs biens. « Et comme dans ces circonstances difficiles, ajoutait-il, 
« nous avons besoin de plus d'argent que ne pourrait nous en fournir 
« le trésor royal, nous vous redemandons pour un temps les subsides 
« que nous vous avions abandonnés jusqu'à ce jour par un effet de 
« notre munificence royale. Nous confions à la reme, notre épouse 
« bien aimée, et à notre oncle le duc de Berri le soin d'assoupir vos 
« différends, et vous enjoignons d'envoyer vers eux huit des plus sages 
« de vos familiers, que vous chargerez de la défense de vos intéréts. » 


CHAPITRE VE. 


Réponses des ducs. . 


Le duc de Bourgogne fit un gracieux accueil aux envoyés du roi ; il 
répondit en peu de mots qu'il remerciait affectueusement le roi d'un 
si honorable message, qu'il était prét à lui obéir en toutes choses 
comme à sou seigneur naturel, qu'il n'avait pas oublié que par une 
insigne faveur le roi avait daigné unir leurs deux familles par des ma- 
riages entre leurs enfants; qu'il souhaitait ardemment vivre en paix 
et en bonne amitié avec son cousin le duc d'Orléans, pourvu que les 
arrangements qu'on prendrait de part et d'autre ne continssent rien 
de contraire aux traités conclus l'année précédente à Chartres et à 
Bicétre et jurés par tous les princes du sang; que pour lui il avait 
l'intention de les observer scrupuleusement, que néanmoins il sousCri- 
rait volontiers aux changements que le roi voudrait y faire. Quant 
aux dommages causés par ses gens, il offrit avec empressement de les 


IV. 5a 


419 CHRONICORUM KAROLI SEX'TÍ LIB. XXXI. 


tucionem autem dampnorum evidencium a suis gentibus illa- 
torum promptum se offerens, addidit et congregatos bellatores 
se libenter remissurum, si id agerent ceteri; nam sciebat regem 
nolle quod ab eis inopinate circumveniretur et incaute, quod 
summo studio conabantur. Áccomodata eciam remittens sub- 
sidia et sua offerens ad beneplacitum regis , quod tamen se sub- 
mitteret regine et duci patruo, durum sibi esse dixit novum 
tractatum intrare, sed si sciret quod non prejudicaret aliis, ex 
suis libenti animo quatuor prudentes viros, ut rex statuerat, 
mitteret ad deliberandum cum ipsis. | 
Sic ambassiatoribus vale dicto, cum ducem Biturie adiissent, 
hoc solum àb eo responsum habuerunt : « Prius dilectissimum 
« nepotem nostrum ducem Aurelianensem adeuntes, sibi votum 
« regium intimetis, et cognito diligenter quid in animo senciat 
« redeatis. » Antequam tamen ad ipsum possent redire, circa 
finem maii dux Aurelianis patentes litteras responsivas ad 
regem, reginam, dominum ducem Guyenne et Universitatem 
Parisiensem direxit continentes quod regi regraciabatur de 
litteris sibi missis per prefatos sollempnes nuncios, in quibus 
statum suum prosperum intimabat, quem procul dubio affecta- 
bat sic perpetuo mansurum. Quod autem egre ferebat regnum 
multipliciter gravatum per pugnatores congregatos, precipiens 
ut ipsi duces armis depositis et ad concordiam redeuntes ipsos 
remitterent et arbitrio regine ac ducis Biturie se submitterent, 
rescripsit id obedienter se facturum, si justicia de multis fieret 
proditoribus, qui ejus regiam cotidie frequentabant, quos et 
tunc publice nominavit. Cum autem dominum Johannem de 
Nyelle, domini ducis Guyenne cancellarium , et dominum de 
'Hely militem iterum. instantissime nominasset, poscebat ut de 
dominis Karolo de Savosyaco, de Courcellis, vicedomino Ambia- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — A44! 
réparer, et ajouta qu'il était disposé à licencier les troupes qu'il avait 
rassemblées , si ses adversaires en faisaient autant; car il savait bien 
que le roi ne voulait pas l'exposer à étre surpris par eux sans défense, 
comme ils en avaient le désir. Il déclara qu'il consentait aussi à aban- 
donner les subsides dont il avait joui jusqu'alors; que ses biens méme 
étaient à la disposition du roi; que, pour ce qui était de se soumettre 
à l'arbitrage de la reine et du duc son oncle, il lui paraissait dur d'en- 
tamer un nouveau traité ; mais que, s'il avait l'assurance que ce traité 
ne préjudicierait en rien aux autres, il enverrait volontiers, suivant le 
désir du roi, quatre personnes sages pour en délibérer avec eux. 


Les ambassadeurs, ayant pris congé du duc de Bourgogne, se ren- 
dirent auprès du duc de Berri, qui se contenta de leur répondre : 
« Állez d'abord trouver notre bien aimé neveu le duc d'Orléans, 
« informez-le des intentions du roi et revenez me dire quelles sont 
« ses dispositions. » Mais vers la fin de mai, avant qu'ils fussent de 
retour auprés dudit duc de Berri, le duc d'Orléans adressa des lettres 
patentes au roi, à la reine, à monseigneur le duc de Guienne et à 
l'Université de Paris pour faire connaitre sa réponse". Il remerciait 
le roi du message qui lui avait été apporté par lesdits ambassadeurs, 
se félicitait de le savoir en bonne santé, et formait des voeux pour la 
durée de cet heureux état. Quant à ce que le roi voyait avec un vif dé- 
plaisir que les gens de guerre fissent souffrir toutes sortes de maux au 
royaume, et enjoignait aux ducs de mettre bas les armes, de licencier 
leurs troupes, et de vivre désormais en bonne intelligence apres avoir 
soumis leurs différends au jugement de la reine et du duc de Berri, 
il répondit qu'il était tout prêt à obéir, si le roi faisait justice de cer- 
tains traitres qui hantaient journellement sa cour. Il désignait nom- 
mément. comme tels messire Jean de Nesle, chancelier de monsei- 
gneur le duc de Guienne, et messire dc Helly, chevalier, et demandait 
qu'on mit en jugement messire Charles de Savoisy, le sire de Cour- 
celles, le vidame d'Amiens, Antoine de Craon, le sire de Fontenay, 


' Ces lettres patentes sont rapportées tout au long dans Monstrelet. 








12 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

nensi, Antonio de Crodonio, de Fonteneyo, Anthonio de 
Essartis et Moriseto de Ruilliaco judicium fieret secundum 
informacionem tradendam, non adinventa sed probata eorum 
nephandissima scelera continentem. L 


CAPITULUM VII. 


De hiis que rex statuit observare. 


" Ut autem regales nuncii redeuntes duces intractabiles repe- 
risse retulerunt, rex cum duce Guienne, consiliariis suis domi- 
nis Parlamenti, nonnullis episcopis ac Universitatis scientificis 
viris, nec non et quibusdam summe: auctoritatis eivibus com- 
municato consilio, quod successivis diebus deliberatum extitit, 
post festum sancti Johannis Baptiste, lituis precinentibus 
Parisius statuit publice promulgari, ut observaretur ab omni- 
bus. Et primo ne quis amborum contendencium ducum Parisius 
permitteretur ingredi ; et si qui eis favebant, mox ex urbe egre- 
derentur inermes et sub capitali pena; ne quis ex generosis 
proavis ducens originem pro quocunque domino arma sumere 
auderet, nisi de precepto regis, qui et eos de fidelitate promissa 
alteri, cujuseunque preeminencie esset , dispensabat. Ut autem 
rex securius in villa manere posset, portas ipsius precepit arma- 
tis eivibus solito diligencius custodiri, et quod nullus ensem 
ferret, gladium vel loricam, nisi de curia regis vel de villa 
existeret; omnesque sub multa voluntaria inferenda prompti 
essent arma capere, quociens opus esset; nullus autem ignotis . 
advenientibus arma vendere auderet, sine regis licencia, nec 
cuicunque domum suam conduceret, nisi vicinis vel ruricolis , 
quin cito nomina hospitum preposito Parisiensi intimaret. 


^ 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 413 
Antoine des Essarts et Moriset de Reuilly, aprés une enquête qui 
démontrerait que les crimes dont il les accusait n'avaient rien d'ima- 
ginaire et n'étaient que trop avérés. 


M4 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


CAPITÜLUM VIII. 


De tempestate horrenda, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 


CHAPITRE VIII. 


Affreux orage. 


A5 


M6  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Flandrie se transtulerat indilate, ceteri vero, quasi aspides 
surde, illud negligebant, addidit cancellarius, qui propositum 
sumpserat explicandum, ideo reginam apud Meledunum mis- 
sam, cum duce Biturie venturo loquuturam, et iterum id eis per- 
suasuram benigne. « Et quia, inquit, non speramus ducem et 
« comites secum existentes ipsum salubre consilium accepturos, 
« judicetque eonsilium tantam inobedienciam viribus vindican- 
« dam, et erarium regale insufficiens sit pro stipendiis, addunt 
« et quod cum regnicólis viri eciam ecclesiastici et Universi- 
« tatis Parisiensis peccuniis regem debeant juvare. » 

Id consensiit Remensis archiepiscopus pro prelatis assisten- 
tibus verbum sumens. Stipendia eciam quingentorum pugilum 
pro tribus mensibus cives Parisienses obtulerunt, quociens 
urgeret evidens necessitas. Universitatis autem deputati delibe- 
racionem super hoc pecierunt atque diem redeundi. Ad quam 
cum ad regis presenciam iterum acoessissent, et cancellarius 
Nostre Domine Parisiensis pro clero responsionem suscepisset 
proferendam , statum et victum omnium cotidianum exponens 
tenuem , dixit eis non suppetere facultates ut accomodarent 
aliquid; cunctis eciam constare quod mense quolibet aureorum 
ducenta milia reponi poterant in erario regali, sicque regem 
non indigere peccuniis alienis, si manus ejus prodiga non fuis- 
set justo munificencior, et cunctis postulantibus dominis 
prompta esset; sciretque ecclesiastica patrimonia admortizata 
ab antiquo accomodacionibus minime subjacere; nec reges 
digne vocari, si exactionibus injustis opprimant populum 
suum, sed quod eos deposicione dignos possent racionabiliter 
reputare, in annalibus antiquis possunt de multis legere. 
| Ob hanc audicionem finalem cum cancellario Francie non- 
null decuriones insignes ceperunt obloqui contra ipsum, 











P d 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 447 
Flandre, tandis que les autres princes s'étaient montrés tout-à-fait 
sourds à cette injonction; qu'en conséquence le roi avait envoyé la 
reine à Melun, pour en conférer avec le duc de Berri qui devait s'y 
rendre également, et pour chercher à les ramener à leur devoir par 
la persuasion. « Mais, continua-t-il, comme nous n’espérons pas que 
« le duc et les comtes ses partisans adoptent une résolution si sage, le 
« conseil étant d'avis qu'il faut réprimer par la force une telle dés- 
« obéissance, et les finances du roi ne pouvant suffire aux frais de cette 
« expédition, il est indispensable que le clergé et les membres de 
« l'Université contribuent avec les autres habitants du royaume à four- 
« nir l'argent nécessaire. » 


L'archevéque de Reims répondit au nom des prélats ‘qui se trou- 
vaient là qu'ils y consentaient; les bourgeois de Paris offrirent de 
payer la solde de cinq cents hommes pour trois mois, toutes les fois 
qu'il y aurait nécessité urgente. Mais les députés de l'Université de- 
mandèrent qu'on leur accordát du temps pour en délibérer et firent 
renvoyer l'affaire à une autre audience. Au jour marqué, ils se présen- 
térent de nouveau devant le roi. Le chancelier de Notre-Dame de 
Paris , portant la parole au nom du clergé, remontra qu'ils n'avaient 
pour vivre que de faibles ressources, et qu'il n’était pas en leur pou- 
voir de faire aucun prêt ; que chacun savait qu'il pouvait entrer tous 
les mois deux cent mille écus d'or dans le trésor royal, et que le roi, 
n'aurait pas besoin de recourir à des emprunts, s'il n'avait dissipé son 
argent en folles largesses et comblé de faveurs tous les seigneurs qui 
l'assiégeaient de leurs sollicitations; que les biens ecclésiastiques, étant 
amortis depuis long-temps, ne pouvaient être soumis à aucun emprunt ; 
que c'était se montrer indigne du titre de roi que d'écraser ses sujets 
d'exactions injustes, et que l'histoire des temps passés prouvait qu'en 
pareil cas on aurait droit de dire qu'un prince avait mérité d'étre 
déposé. —— 


Cette conclusion de l'orateur souleva contre lui un vif méconten- 
tement. Le chancelier de France et quelques seigneurs: l'aceusérent 
Jv. | 53 





4 
D 


448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXH. 
ferentes eum dixisse regem posse destitui a suis subditis. Sed 


.eum die dicta propter hoc comparuisset, a peritis in jure cano- 


nico et divino, visa ejus proposicione scriptis data, dictum fuit 
et in regis presencia quod id exemplariter referebat. 


CAPITULUM X. 


De litteris regi atque regnicolis a duce Aurelianensi missis , et quomodo conqueritur 
super morte dolorosa patris sui , et super justicia sibi penitus denegata. 


Dum agebantur predicta , et regiis obtemperando mandatis 
dux Burgundie quietus in Flandria resideret cum suis illustri- 
bus, nec mencio haberetur quod congregasset agmina bellato- 
rum, undique ex regni provinciis, immixto Alemanorum et 
exterorum mercenario conductu, milites et armigeri ad ducem 
Aurelianensem confluebant, qui ut hostes in regnicolas sevie- 
bant, dumtaxat cedibus et incendiis exceptis. Attendens autem 
dux prefatus quod inde penes modestos et prudentes graviter 
criminabatur, nec erubesceret in eum plebs maledicta publice 
jaculari, quodque rex cum summa displicencia id perferret , 
ad eumdem , dominum ducem Guienne, Universitatem et cives 
Parisienses patentes litteras destinavit, ut causam justam red- 
deret tanti bellici apparatus. Possem attediare lectorem, si quam 
diffuse genitorem nequiter interemptum recolens, reiterata 
ducis Burgundie execrabatur perjuria, transgrediendo tracta- 
tus, scriptis redigerem. Compendiose tamen tangendo media de 
hiis sub apicibus suo sigillo signatis, regem sic dignum duxit 
informare. |. 

« Vobis, domine noster metuendissime, nos Karolus Aure- 
« lianis et Valesii dux, Blesensis atque Bellimontis comes, et 
« Couciacy dominus, Philippus et Johannes Virtutum et Engole- 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 4419 
d'avoir dit que le roi pouvait étre déposé par ses sujets. Mais lorsqu'il 
comparut au jour fixé pour répondre à ce grief, les docteurs en droit 
canon et divin, ayant examiné sa proposition, qu'il avait rédigée par 
écrit, déclarérent en présence du roi qu'il n'avait voulu citer que des 
exemples. 


CHAPITRE X. 


Le duc d'Orléans écrit au roi et aux habitants du royaume ; il se plaint de ce que 
.son pére a été cruellement assassiné et de ce qu'on refuse de lui faire justice. 


Pendant que ces choses se passaient, que le duc de Bourgogne, 
conformément aux ordres du roi, se tenait en repos dans ses états de 
Flandre avec les seigneurs de sa cour, et qu'on ne parlait plus de 
levées de gens de guerre faites par lui , le duc d'Orléans avait rassemblé 
autour de sa personne un grand nombre de chevaliers et d'écuyers de 
toutes les provinces du royaume, et il y avait joint des mercenaires 
Allemands ou autres étrangers, leur laissant pleine liberté de com- 
mettre toutes sortes d'hostilités contre les habitants du royaume, à 
l'exception du meurtre et de l'incendie. Mais voyant que les gens 
sages et modérés lui faisaient un .érime de cette conduite, que le 
peuple l'accablait publiquement de ses malédictions et que le roi 
témoignait contre lui un vif mécontentement , il adressa des lettres 
patentes au roi, au duc de Guienne, à l'Université et aux bourgeois 
de Paris, pour justifier ses préparatifs de guerre. Je craindrais de 
fatiguer le lecteur en rapportant tout au long le récit qu'il faisait 
de l’assassinat de son père, et des parjures réitérés du duc de Bour- 
gogne, qu'il accusait d'avoir enfreint les traités. Je me contenterai 
d'exposer sommairement le contenu de ces lettres que le duc avait 
scellées de son sceau. Voici comment il s'adreseait au roi : 


« Trés redouté seigneur, nous, Charles duc d'Orléans et de Valois, 
« comte de Blois et de Beaumont et sire de Coucy, Philippe comte 
« de Vertus et Jem comte d'Angouléme, vos fils et neveux, avons 


420 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


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sime comites, vestri filius et nepotes, significare deliberavimus, 
quod, quanquam non ignoremus crudelem pieque condolen- 
dam necem domini genitoris nostri, unici fratris vestri ger- 
mani, cordialiter retinere, addimus et pietatis officium, san- 
guinis instinctus, nature debita, jura divina, canonica et 
civilia vos monere ipsam lamentabiliter recordari et ad fines 
qui sequuntur. | | 

« Notum est, metuendissime domine, universis quemdam 
nuncupatum Johannem, dictum ducem Burgundie, ob latens 
odium cordialiter conceptum, pessimam invidiam, cupidita- 
tem et ambicionem dominandi singulariter in regno, ut luce 
clarius cunctis constat, anno Domini millesimo quadringen- 
tesimo septimo, vicesima tercia die novembris, occidi jussisse 
patrem nosttum in villa vestra Parisiensi de nocte insidiose 
per iniquissimos proditores ad hoc mercede conductos, non 
sibi notificando prius aliquam conceptam malivolenciam , ut 
confessus est publice dictus pessimus et detestabilis homicida. 
Hog scelere nullum abhominabilius in se ipso reperietur in 
scriptis. Nam in conjunctum federe naturali et cognatum ger- 
manum parricidium commisit, cui jura sufficientem penam 
non dant; cui eciam sub sigillo et juramentis prestitis ad 
sancta evvangelia promiserat non dampnum aliquod directe 
vel indirecte, sed fraternam fidelitatem eciam bellicis expe- 
dicionibus, quod vinculum summe nobiles astringit, in 
signumque amicicie indissolubilis torques aureas mutuo com- 
mutaverant , quas et diu publice detulerunt. Quid plura? fra- 
ternam amiciciam mutua conversacione fingens, eumdem 
detentum ultima egritudine visitavit, et cum eo incolumitati 
dato in: presencia. principum :pocula gratulabunda recepit, 
acquievitque die sequente dominica convivari. Sed iniqui- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 421 
« résolu de vous noûfier ce qui suit. Bien que nous sachions que vous 
« n'avez point oublié la cruelle et déplorable fin de notre seigneur 
« et pére, votre frére unique, nous venons vous rappeler que la ten- 
« dresse paternelle, les liens du sang, les droits de la nature, les lois 
« divines, canoniques et civiles vous font un devoir d'en garder un 
« douloureux souvenir. 


« C'est une chose qui n'est que trop notoire, trés redouté seigneur, 
' « qu'un nommé Jean, qui se dit duc de Bourgogne, poussé par une 
« baine implacable et cachée, par une détestable jalousie, par la 
« cupidité et le désir de dominer seul dans le royaume , a fait trai- 
« treusement assassiner notre pére en votre bonne ville de Paris, le 
« 23 novembre de l'an mil quatre cent sept, pendant la nuit, par d'in- 
« fames meurtriers qu'il avait soudoyés à cet effet, sans lui avoir 
« laissé soupconner les mauvais desseins qu'il avait concus contre lui, 
« ainsi qu'il l'a publiquement confessé, le déloyal et exécrable homi- 
« cide..On chercherait en vain des exemples d'un crime plus abomi- 
« nable; car celui contre lequel il a commis un parricide que les lois 
« ne sauraient frapper d'une peine assez sévére était son parent, son 
« cousin germain; il avait promis par un serment scellé de son sceau 
« et sur les saints évangiles de ne lui faire aucun mal ni directement 
« ni indirectement, et de lui étre toujours uni par cette fraternité 
« d'armes, qui est un lien indissoluble pour la noblesse; ils avaient 
« méme échangé leurs colliers d'or en signe d'amitié et long-temps 
« ils-les portèrent en public. Bien plus, le traître, affichant pour son 
« cousin une affection fraternelle, feignit de se plaire en sa compagnie 
« et le visita assidüment pendant sa dernière maladie; après son réta- 
« blissement, il prit le vin et les épices avec lui en présence des 
« princes, et accepta à diner chez lui pour le dimanche suivant. Mais 
« les scélérats qu'il avait choisis pour instruments de ses infámes 
« machivations n'attendirent pas ce jour et l'assassinérent avec une 
« cruauté inexprimable. Est-il quelqu'un qui aurait eu le cœur assez 
« dur pour ne pas frémir d'horreur en voyant le frére du roi, enve- 


422 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
« tatis concepte exequutores sceleratissimi anticipantes termi- 
«num, ipsum inhumanius oeciderunt quam posset scriptis 


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notari. Quis tam ferrei pectoris fratrem regium circumventum 
insidiis, excerebrato capite, manu brachioque mutilatum, 
plagis undique confossum letalibus, et inde ad fetidissimum 
lutum tractum non abhorruisset vidisse? Id de abjectissimo 
viro mundi omnes de regio sanguine procreati doluissent; et 
ideo impacientissime perferunt quod detestabile facinus per- 
petratum tamdiu remanet impunitum. Et quid. post facinus 
egit abhominabilis interfector? Vestem lugubrem assumpsit, 
mesticiamque fingens, cum aliis lilia deferentibus quem neci 
dederat ad sepulturam conduxit. Inde videns quod ad lucem 
scelus incipiebat venire, illud regi Sicilie et duci Biturie con- 
fessus est se instiguante dyabolo perpetrasse. Sed ut culpam 
in innoxium patrem nostrum retorqueret , famam ejus conatus 
est perpetuo denigrare per falsas, mendaces et adinventas 
accusaciones, ut vobis alias patuit evidenter. | 

« Metuendissime domine, sic genitore ignominiose assumpto, 
mater nostra miserabiliter desolata vestre serenitati suppli- 
cavit ut nos recommendatos habentes sibi contra iniquissi- 
mum proditorem apperietis viam justicie, quod tenemini 
complere sine accepcione personarum, cum ad id constituti 
sint a Deo principes. Que post dilaciones plurimas in presen- 
cia domini ducis Guienne et regine serenissime domine au- 
dienciam, sicut preceperatis , adepta est. Finitoque proposito, 
idem dux et assistentes accusaciones mendaces adversarii fri- 
volas reputantes, excusaciones et justificaciones domini nostri 
genitoris gratas et acceptabiles dixerunt, promittentes ex ore 
domini ducis Guienne, ut supplicatum fuerat, quod crimi- 
nalis regius procurator nobiscum. adjungeretur; sed hoc non 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 423 


« loppé par une bande d'assassins, sa cervelle jaillissant sur le pavé, 
« sa main et son bras mutilés , son corps percé de mille coups mortels 
« et trainé dans la boue? C'est un spectacle qui eüt ému de pitié tous 
« les princes du sang royal, lors méme qu'il se füt agi du dernier des 
« hommes. Aussi voient-ils avec peine qu'un si détestable attentat 
« reste encore impuni. Et le crime commis, qu'a fait cet exécrable 
« meurtrier? ll a pris des habits de deuil, et affectant des airs de 
« tristesse il a assisté avec les autres princes aux funérailles de celui 
« auquel il avait donné la mort. Voyant ensuite que la vérité com- 
« mençait à se faire jour, il a avoué au roi de Sicile et au duc de 
« Berri que c'était lui qui avait commis le meurtre à l'instigation du 
« diable. Mais, afin de faire retomber l'odieux de son crime sur notre 
« père innocent , il a cherché à flétrir sa mémoire par des accusations 
« fausses, mensongéres et controuvées , comme on vous l'a clairement 
« démontré ailleurs. 


« Trés redouté seigneur, notre pére ayant été ainsi ignominieuse- 
« ment mis à mort, notre mére désolée supplia votre sérénissime 
« majesté de nous avoir pour recommandés et de lui faire justice d'un 
« si abominable forfait, ainsi que vous étes tenu de le faire sans accep- 
« tion des personnes ; car les princes ont été délégués par Dieu à cet 
« effet. Aprés been des délais, elle obtint enfin audience , par votre 
« ordre, en présence de monseigneur le duc de Guienne et de madame 
« la reine. Quand les faits eurent été exposés, ledit duc et les assis- 
« tants, convaincus du peu de valeur des accusations calomnieuses de 
« notre adversaire, agréèrent et approuvérent les excuses et justifica- 
« tions de notre pére, et promirent, par l'organe de monseigneur le 
« duc de Guienne, ainsi qu'on l'avait demandé, que le procureur cri- 
« minel se joindrait à nous pour la poursuite du coupable; mais le 
« perfide meurtrier a été jusqu'à ce jour assez puissant pour entraver 


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424 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


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fuit completum, obstante potencia impii interfectoris. Nam 


« videns animum vestrum ad faciendum justiciam inclinatum, 


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vestris litteris ac mandatis vilipensis, villam vestram Parisien- 


«sem ingressus est in apparatu bellico et pugnatorum copia 


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ex exulibus proscriptis et furtivo natis concubitu. Quorum 
adventum impacientissime perferentes, inde cum domina 
regina, domino duce Guyenne et consiliariis vestris recessistis 
et Turonis perrexistis. At ubi vobis constitit propter absen- 
ciam vestram regnicolas dampnificari graviter a prefatis 
pugnatoribus, qui ubique hostiliter grassabantur, Carnotum 
coactus fuistis redire, ut tractatum ab iniquissimo viro com- 
positum firmaretis, per quem statuit vitare ne officiales vestri 
scelus suum cognoscerent; quem tamen tractatum nullius 
valoris dicimus et propter causas sequentes. 

« Die enim juxta suum velle dicta accedens ad ecclesiam 
cathedralem, per quemdam proponi fecit quod propter com- 
modum vestrum atque regni interfici fecerat fratrem vestrum, 
rogans quod, si aliquam indignacionem ob id conceperatis 
contra ipsum, de animo yestro placeret deponere et sibi 
totum indulgere. O quam arrogantissimum et indecentissi- 
mum modum tenuit procedendo abhominabilis interfector, 
qui tantum vos ad iracundiam provocaverat quod non posset 
exprimi sono vocis, et qui secundum jura non erat indulgen- 
cie capax , nec cui licitum erat coram vobis comparere, nec 
alium pro se ipso presentare! Et esto si de inolita benignitate 
vestra id sibi permiseritis, eum omni humilitate venire debe- 
bat et confiteri peccatum ; quod contrarium tamen fecit, per- 
severando in iniqua obstinacione sua. Nam sepe repetens 
addit et vos minime displicenciam habuisse de scelere perpe- 
trato, quod est verbum erroneum, nec modo presentibus sed 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 425 


« l'exécution de cette promesse. Voyant que vous étiez disposé à nous 
« faire justice, il a osé, au mépris de vos lettres et de vos ordres, 
« entrer dans votre bonne ville de Paris en appareil de guerre et à la 
« téte d'une armée composée de proscrits et de bátards. Indigné de 
« tant d'audace, vous avez quitté Paris avec madame la reine, mon- 
« seigneur le duc de Guienne et vos conseillers, et vous vous étes 
« retiré à Tours. Mais quand vous avez su que votre absence laissait 
« les habitants exposés aux déprédations desdits gens de guerre, qui 
« se livraient à toutes sortes d'hostilités, vous avez cru devoir aller 
« à Chartres, pour y ratifier le traité que ce perfide avait conclu, et 
« au moyen duquel il avait voulu sonstraire la connaissance de son 
« crime à vos officiers; lequel traité nous déclarons nul et de nulle 
« valeur pour les causes ci-aprés exposées. 


« Un certain jour, qu'il avait fait fixer à son gré, il s'est rendu à la 
« cathédrale et a chargé je ne sais quel homme de vous dire que c'était 
« dans votre intérêt et dans l'intérêt du royaume qu'il avait fait tuer 
« votre frére, et qu'il vous priait de baunir de votre coeur le res- 
« sentiment que cette mort vous causait et de vouloir bien lui par- 
« donner. Est-il rien de plus insolent, de plus scandaleux que le pro- 
« cédé de cet abominable traître, qui avait mérité votre courroux 
« à un point qu'on ne saurait dire, qui n'avait aucune espéce de droit 
« à l'indulgence, et qui n'aurait dû ni se présenter devant vous, ni 
« charger personne de comparaitre pour lui? Mais puisque, par un 
« effet de votre excessive bonté, vous lui en aviez accordé la permis- 
« sion, il devait venir en toute humilité et confesser son crime; cepen- 
« dant il a fait tout le contraire, et persévérant dans son obstination 
« coupable, il a poussé l'audace jusqu'à répéter plusieurs fois que 
« vous n'en aviez éprouvé aucun déplaisir; ce qui est faux et impri- 
« merait une tache ineffacable à votre nom dans le présent et dans 
« l'avenir, si l'on trouvait un jour écrit dans l'histoire qu'une telle 
« parole est sortie de votre bouche. N'est-ce pas outrager directement 

Jv. 54 


426 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


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et futuris abhominabile, cum litteris legent auttenticis quod 
hoc verbum ab ore vestro exierit, cum directe tendat in 
dedecus regie majestatis, quod tam ignominiose occiderit 
fratrem vestrum , nec vobis displicuerit, et quod sine contri- 
cionis signo sibi pepercistis; quod est contra jus divinum, 


et sic. tractatum censemus invallidum. 


«Iterum continet errorem manifestum, dedecus persone 
vestre, tocius rei publice, et contradietionem apertam, cüm 
se dixit bene egisse et inde debere remunerari, et addit quod 
indulgenciam coricessistis, que non cadit bona opera exer- 
cendo. 

« Et cum nil tunc ordinatum fuerit concernens salutem 
anime interfecti nec satisfactionem partis lese, tractatum 
firmare non valetis nec debetis , quia, si sic fieret , esset contra 
principia juris, justicie et eciam racionis. 

« Addimus et nequam interfectorem violatorem tractatus 
directe et multis modis extitisse; nam obtemperans preceptis 
vestris juravit quod deinceps, amicicia mutuo sollidata, ad 
displicenciam nostram, prejudicium, dampnum vel dedecus 
minime laboraret; sed id ut fedifragus pessimus non comple- 
vit. Nam hospicii vestri rectorem precipuum, fidelem utique 
virum, incarceratum tormentis affici fecit, infidelium sevi- 
ciam superans, ut aliqua, que mendaciter patri nostro injuste 
imposuerat, fateretur. Sed ad decollandum ductus sub peri- 
culo anime sue dixit eumdem ac semetipsum semper preceptis 
vestris obtemperasse fideliter, et si aliquid dixerat quod con- 
trarium sentiret, id fuerat violencia tormentorum, et in hoc 
perseveravit usque ad mortem, presentibus multis militibus 
et notabilibus personis. Venit et contra promissa et jurata, 
quia exequutores nephandissimi sceleris, divina et humana 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 427 


« votre royale majesté, que de supposer que vous n'avez ressenti ancun 
« déplaisir de la mort ignominieuse de votre frére, et que vous avez 
« pardonné à son assassin sans qu'il ait donné aucune marque de repen- 
« tir? Cela est contre le droit divin, et c'est pourquoi nous regardons 
« le traité comme nul et de nulle valeur. 


e. 


« Ce traité contient encore une erreur manifeste et une contradic - 
« tion évidente, qui pourraient tourner à la honte de votre personne 
« et de tout le royaume. Ledit traître prétend qu'il a bien agi et qu'il 
« mérite récompense ; puis il ajoute que vous lui avez accordé son par- 


« don, comme si l'on avait besoin de pardon quand on fait une bonne 
« oeuvre. 


« Rien n'ayant été réglé d'ailleurs touchant le salut de l'àme du 
« défunt et la satisfaction qui doit étre donnée à la partie lésée, vous 
« ne pouvez ni ne devez ratifier ledit traité ; ce serait chose contraire 
« à tous les principes du droit, de la justice et méme de la raison. 


« Nous ajoutons que cet infáme meurtrier a enfreint le traité direc- 
« tement et de plusieurs maniéres. Conformément à vos ordres, il 
« avait juré que, respectant désormais les liens d'amitié qui nous unis- 
« saient, il ne ferait rien qui pût nous causer déplaisir, préjudice, 
« dommage ou déshonneur; mais il a déloyalement et perfidement 
« violé toutes ces promesses. Il a fait jeter en prison le grand-maître 
« de votre hótel, un de vos plus fidéles serviteurs, et l'a fait mettre à 
« la torture avec une cruauté sans exemple méme chez les infidéles, 
« afin de lui arracher des aveux qui vinssent à l'appui de ses calom- 
« nieuses accusations contre notre pére. Cependant ledit grand-mattre, 
« lorsqu'on le conduisit au supplice, déclera, sur le salut de son 
« âme, que notre père et lui avaient toujours obéi fidèlement à vos 
« ordres, et que, s'il avait jamais dit le contraire, c'est qu'il y avait 
« été contraint par la violence des tourments; il persista jusqu'a la 
« mort dans cette déclaration, en présence d'un grand nombre de 
« chevaliers et de personnes notables. Ledit duc a encore violé ses 
« promesses et ses serments, en soutenant et protégeant, malgré les 





428 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« animadversione dignos et in tractatu exclusos, adhuc fovet et 
« sustentat, ceteris prebens exemplum ut audaciores fiant ad 
« similia perpetranda. Persequtus est et officiarios fratris vestri 
« et privavit regiis officiis contra juramentum factum ad sancta 
« Dei evvangelia. Iterum, ne iniquum scelus suum punicioni 
« debite subjaceret, auctoritatem vos et regnum vestrum re- 
« gendi usurpavit, fideles et circumspectos familiares vestros 
« expulit, ignotos et minus sufficientes loco eorum subrogavit, 
« qui ad singulare commodum vestras convertunt financias, 
« sicque omnibus horis et momentis lateri vestro assistunt, 
« quod nil vobis potest dici ob utilitatem regni sine eorum 
« licencia, quod cunctis consanguineis vestris indecentissimum 
« procul dubio videtur. 

« Occasione predictorum metuendissimus avunculus vester 
« dux Biturie, dux Borbonii, Alenconii, Divitis Montis, Arme- 
« niaci comites, et ego Karolus cum ipsis volentes vobis fide- 
« litatem promissam servare, sicut tenemur, ut vestri humiles 
« consanguinei, anno exacto, convenimus simul, ad vos pos- 
« tulavimus accessum ut ostenderemus predicta, dampnabile 
« regimen regni vestri, ejus destructionem imminentem, si 
« diu in tali statu manéat, et ad videndum si qui essent qui 
« vellent contradicere dictis nostris. Vos, metuendissime do- 
« mine, per deliberacionem vestri consilii, consanguineorum 
« vestrorum, prelatorum, baronum et circumspectorum homi- 
« num regni vestri assistencium in tali numero qui vobis pla- 
« cuisset, remedium apposuissetis inconvenientibus futuris, et 
« que cito forsan evenirent, providendo libertati et securitati 
« persone vestre, domini nostri Guienne, regimini regni vestri, 
« rei publice atque justicie vestre, ut lacius continebatur litteris 
« nostris vobis missis, cum eramus prope Parisius. Et quamvis 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 429 


« termes du traité, les instruments de son exécrable attentat, ces 
« monstres dignes de l'animadversion de Dieu et des hommes; funeste 
« exemple qui ne peut qu'encourager de semblables parricides. Il a 
« persécuté les officiers de votre frére et les a privés de leurs offices 
« royaux en dépit du serment qu'il avait fait sur les saints évangiles. 
« En outre, afin d'échapper au chátiment que méritait son horrible 
« forfait, il a usurpé l'autorité souveraine sur vous et sur votre 
« royaume; il a chassé les plus fidéles et les plus sages d'entre vos 
« familiers , pour mettre à leur place des gens obscurs et incapables, 
« qui détournent à leur profit les finances de l'État, qui à toute heure, 
« à tout moment vous obsédent à tel point qu'on ne peut rien vous 
« dire dans’ l'intérét de votre royaume sans leur permission; ce qui 
« parait tout-à-fait scandaleux à tous les princes du sang. 


« À ce propos, votre trés redouté oncle le duc de Berri, le duc de 
« Bourbon, les comtes d'Alencon, de Richemont et d'Armagnac, et 
« moi Charles, voulant vous donner une preuve de la fidélité que nous 
« vous devons, comme vos humbles sujets et proches parents, nous nous 
« sommes réunis l'année derniére et vous avons demandé une entrevue : 
« pour vous exposer les faits sus-mentionnés, le mauvais gouverne- 
« ment de votre royaume, et la ruine prochaine dont il était menacé, 
« S'il restait long-temps en cet état, et pour voir si quelqu'un vou- 
« drait soutenir le contraire. Trés redouté seigneur, en soumettant 
« l'affaire aux délibérations de votre conseil, de vos proches, des 
« prélats, barons et personnes sages de votre royaume, rassemblés 
« en tel nombre qu'il vous aurait plu, vous auriez porté reméde aux 
« désordres qui menacaient d'éclater prochainement, et vous auriez 
« pourvu en méme temps à la liberté et à la süreté de votre personne 
« et de monseigneur le duc de Guiennc, au gouvernement de votre 
« royaume, au bien de l'État et au maintien de la justice, comme il 
« était dit plus au long dans les lettres que nous vous avons adressées, 
« quand nous étions prés de Paris. Bien que nous n'eussions alors 
« autour de nous que nos sujets, qui vous sont tous dévoués, et que 


430 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


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tunc associati essemus subditis nostris vobis benivolis, et 
venissemus ad serviendum vobis, nosmet obtulimus ad vos 
accedere eum societate moderata; sed audienciam non potui- 
mus adipisci, obstantibus impedimentis per illum dictum 
proditorem homicidam appositis, qui semper lateri vestro 
astabat, impediendo tantum nostrum bonum propositum, 
nimia ambicione motus et ne perderet auctoritatem singu- 
lariter dominandi. Sie nos opportuit redire ad partes nos- 
tras et remittere gentes nostras, ne dampnificarent regnum, 
ut ceteri articuli per vos et consilium vestrum scriptis redacti 
continebant. Quos tamen nequam predictus de Burgundia 
minime observavit, cum in hiis continentur .quod solum 
vobiscum remanerent suspicione carentes, et qui pensionarii 
non essent unius sive alterius partis. Nam suos familiares 
relinquit, qui vos regunt, regnum et ducem Guienne, et sibi 
in cunctis favent ac si personaliter presens esset. Iterum 
formam tractatus non servans, a prepositura Parisiensi Pe- 
trus de Essartis destituendus erat; sed per vestras litteras 
ab illo de Burgundia impetratas sedem judicialem repetere 
conatus est,.quod non potuit adimplere. Et cum per eam- 
dem formam Johannes de Guarencheriis, qui nobis faverat, 
de Cadonio recuperasset custodiam, eum in odium nostri 
cito destituit; et sic patet quod nunquam mente voluit quod 
juraverat complere. | 

« Metuendissime domine, dilectissima mater nostra reiteratis 
vicibus requisivit ut justicia fieret de illo detestabili homi- 
cida. Consequenter justicie litteras michi dari diu supplicavi 
justiciariis regni vestri dirigendas, ut noxii tanti sceleris 
secundum demerita criminaliter punirentur; et fere per qua- 
tuor annos ad id elaboravimus, nec aliquam provisionem 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 431 


« nous ne fussions venus que pour vous servir, nous avons offert de ne 
« paraître devant vous qu'avec une suite peu nombreuse. Mais nous 
« n'avons pu obtenir audience, à cause des obstacles suscités par ce 
« perfide meurtrier, qui était sans cesse à vos cótés, entravant nos 
« bonnes résolutions par l'effet de son ambition et dans la crainte 
« de perdre cette autorité sans partage qu'il avait usurpée. Il nous a 
« donc fallu retourner chez nous et licencier nos troupes pour empé- 
« cher qu'elles ne causassent quelques dégâts dans le royaume, ainsi 
« que le prescrivaient les articles du traité rédigé par vous et par 
« votre conseil. Mais ledit duc de Bourgogne ne s'est nullement con- 
« formé audit traité. Il était stipulé en effet qu'il ne resterait auprès 
« de vous aucune personne suspecte, aucun pensionnaire de l'un ou 
« de l'autre parti. Et cependant il vous a entouré de ses familiers, qui 
« vous gouvernent, vous, le royaume et le duc de Guienne, et qui 
« veillent à ses intéréts comme s'il était là en personne. Contraire- 
« ment encore à la teneur du traité, Pierre des Essarts, qui avait dà 
« être destitué de la prévóté de Paris, a essayé de rentrer en possession 
« de sa charge, moyennant des lettres que ledit duc de Bourgogne 
« avait obtenues de vous; mais il n'a pu y réussir. En vertu du méme 
« traité, Jean de Garenciére, qui était un de nos partisans, avait 
« recouvré la capitainerie de Caen; il l'en a bientôt dépouillé en 
« haine de nous. Il est donc évident qu'il n'a jamais eu l'intention 
« réelle d'accomplir ce qu'il avait promis. 


« Trés redouté seigneur, notre mére bien ajmée a demandé à plu- 
« sieurs reprises qu'il füt fait justice de ce détestable homicide. C'est 
« pourquoi, moi Charles d'Orléans je vous ai supplié si long-temps de 
« lui octroyer des lettres de justice, pour faire poursuivre par les justi- 
« ciers de votre royaume tous ceux qui ont trempé dans cet assassinat 
« et pour les faire punir suivant leurs démérites; nous y avons travaillé 
« pendant prés de quatre ans, sans avoir pu encore rien obtenir. Je 


432 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


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potuimus obtinere. Credo quod abjectiori viro tocius regni 
vestri non denegate fuissent in cancellaria vestra. Sed vestris 
cotidianis assistunt consiliis noxii sceleris perpetrati, qui 
hoc impediunt, bonum regimen et pacem regni vestri, et im- 
pedient quamdiu vobiscum erunt. Sicque promptus eram 
acceptare quod michi scribebatis et respondere taliter quod 
toti mundo suffecisset. Sed super hoc nil potui obtinere. 

« Ideo, metuendissime domine, supplicamus quod , attentis 
tam homicidio enormi quod non possit litteris satis dampnari, 
confessione partis facta in judicio et extra, publice, coram 
domino duce Guienne et consanguineis vestris, que secun- 
dum jura ita manifesta est quod nunquam admitti debet ad 


: dicendum contrarium, nec debet fieri processus ordinarius 
contra ipsum, sed prompta exequcio justicie debet sequi; 


attenta eciam diligencia matris nostre et nostra eciam, et 
quod hucusque per tres annos expectavimus, nec potuimus 
adipisci provisionem justicie, quod omnes inhonestum et 
dolorosum reputant, et quomodo ab illo homicidio ecclesie 
regni et regnicole universi intollerabilibus dampnis oppri- 
muntur ; quatinus de gracia speciali officium vestrum debita 
exequendo et obediendo Deo creatori, ex quo directe depen- 
det omnis justicia, ut cunctis postpositis eam exequcioni 


'dari jubeatis, et id vobis instantissime et humiliter supplica- 


mus. Et cum secundum jura nobis licitum sit et permissum 


‘ut totis viribus laboremus ad tantj facinoris reparacionem, 


ad honorem domini genitoris nostri, cui parcat Altissimus, 
et ad id simus obligati sub pena infamie incurrende, et quod 
non debeamus reputari ejus filii legittimi ; iterum supplicamus 
ut ad repellendum obstinacionem adversarii et intencionem 
pessimam, quam gerit contra nos, nobis dignemini opem 











« 


« 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 433 


crois que ces lettres n'auraient pas été refusées dans votre chancel- 
lerie au dernier de vos sujets ; mais il y a parmi vos conseillers ordi- 
naires des complices de l'attentat, qui s'opposent à notre demande 
et entravent le bon gouvernement et la paix de votre royaume, et 
il en sera ainsi, tant qu'ils seront prés de vous. J'étais tout prét à 
accepter ce que vous m'écriviez et à vous répondre de maniére à 
satisfaire tout le monde; ce qui m'en a empéché , c'est que je n'ai pu 
obtenir qu'il füt fait droit à aucune de mes requétes. 


LS 


« En conséquence, très redouté seigneur, vu l'énormité d'un atten- 
tat que l'histoire ne saurait trop flétrir, et les aveux faits publique- 
ment par la partie adverse en justice et hors justice, en présence 
de monseigneur le duc de Guienne et des autres princes du sang, 
aveux si manifestes selon le droit, qu'ils exigent une prompte répa- 
ration , et qu'il est impossible d'admettre jamais notre adversaire à 
les démentir, et inutile d'instruire un procés ordinaire contre lui , 
vu les démarches de notre mére et les nótres, et la patience avec 
laquelle nous attendons depuis trois ans sans pouvoir obtenir jus- 
tice, au grand scandale et au grand regret de tous; vu en outre les 
maux intolérables qui résultent de cet homicide pour les églises de 
votre royaume et pour tous vos sujets, nous demandons que, par 
gráce spéciale, et conformément à votre devoir et à la volonté de 
Dieu, de qui dépend directement toute justice, vous mettiez de cóté 
toute autre considération et que vous nous donniez satisfaction ; nous 
vous en supplions instamment et humblement. Et comme il nous 
est licite et permis en droit d'employer tous nos efforts à obtenir 
réparation de ce crime, pour l'honneur de notre pére, dont Dieu 
veuille avoir l'àme, et que nous y sommes obligés sous peine de 
nous exposer à l'infamie et de ne plus étre considérés comme ses fils 
légitimes, nous vous conjurons aussi de daigner nous préter votre 
assistance, pour que nous triomphions de l'obstination de notre 
adversaire et de ses mauvais desseins, et d'étendre généreusement et 
ouvertement sur nous, ainsi que vous y étes tenu, la protection de 
votre bras puissant. En témoignage de quoi j'ai apposé mon sceau à 
Iv. | 55 








434 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

« ferre, et magnificencie vestre brachium in nostrum auxilium 
« commendabiliter et potenter, prout expedit, extendatis. In 
«testimonium quarum litterarum sigillum meum in illis appo- 
« sui, Jargleau super Ligerim, decima quarta die jullii, anno 
« Domini millesimo quadringentesimo undecimo. » 

À nonnullis circumspectis et scientificis viris, qui ad longum 
apices cum maturo studio pluries perlegerunt, audivi ipsos 
racionabilia continere, dumtaxat uno excepto, quod secundum 
jura divina et humana nequam et exemplum pessimum reputa- 
bant, cum suis confederatis non prece hurnili sed viribus justi- 
ciam sibi fieri postulabat, et capitalibus adversariis regni 
comitatus. 


CAPITULUM XI. 


Ducem Burgundie dux Áurelianensis diffidavit. 


Ut cunctis innotesceret se ad vindictam justissime aspirare, 
ad urbes famosiores regni similes misit apices, nec omittens 
cerimonias guerrarum , de confederatorum suorum consensu 
unanimi, ducem hostem capitalem agredi noluit, donec diffi- 
dencias misisset sub hac forma : 

« Karolus, Aurelianensis et Valesii dux , de Blesis, de Bello- 
« monte comes, et Couciaci dominus, Philippus et Johannes, 
« Virtutum et Engolesime comites, tibi Johanni, qui te dicis 
« ducem Burgundie. Propter homicidium horribile per te pro- 
« ditorie, concomitantibus premeditatis insidiis, et per assuetos 
« homicidas commissum in persona metuendissimi domini 
« genitoris Ludovici, ducis Aurelianensis, regis unici fratris 
« germani, nostri et tui metuendissimi et summi domini, non 
« obstantibus juramentis, confederacionibus , fidelique socie- 
« tate armorum cum eo habitis, nec non et propter prodi- 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 435 


436 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« ciones, dedecora, et malignitates alias in dictum dominum 
« nostrum et nos modis pluribus perpetratas, notum facimus 
« quod ab hac hora et deinceps modis omnibus et ex toto nostro 
« conamine tibi nocebimus, et contra infidelitatem tuam et 
« prodicionem Deum et omnes probos homines mundi in nos- 
- « trum auxilium invocamus. Et in testimonium veritatis, ego, 
« Karolus prenominatus, sigillum meum hiis litteris apponi feci, 
« decima octava die jullii, anno millesimo quadringentesimo 
« undecimo. » 


CAPITULUM XII. 


De diffidenciis ducis Burgundie. 


Ignominiosam scripturam leta fronte dux Burgundie susci- 
piens in villa sua Duaci , decima die augusti , sibi aliam confor- 
mem tanquam mendaci proditori et nequam, proditoris patris 
imitanti vestigia, per suum equitatorem direxit sub hac forma. 

« Johannes, dux Burgundie, comes Flandrie, Artesii et Bur- 
« gundie, palatinus, et dominus Salinarum, tibi, Karole, qui 
« te dicis ducem Aurelianis , tibi, Philippe, qui te dicis comitem 
« Virtutum, et tibi, Johannes, qui te dicis comitem Engolesime, 
« qui de recenti diffidenciarum litteras nobis transmisistis , 
« notum facimus et notum fieri volumus universis, quod ad 
« humiliandum vel reprimendum magnas et horribiles prodi- 
« ciones per malignitates maximas et premeditatas insidias 
« nequiter machinatas, et in dominum regem metuendissimum, 
«et summum dominum nostrum et vestrum, et generosam 
« generacionem suam per Ludovicum patrem vestrum multis 
« variisque modis commissas, nec non et ad impediendum 
« ipsum iniquum et infidelissimum proditorem, ne perveniret ad 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 437 


« ourdies de mille manières contre notredit seigneur et contre nous- 
« mémes, nous te faisons savoir que dorénavant nous te nuirons de 
« toutes nos forces et par tous les moyens possibles ; et nous appelons 
« à notre aide contre ta déloyauté et ta trahison Dieu et tous les gens 
« de bien de ce monde. En foi de quoi, moi, Charles ci-dessus 
« nommé, ai fait apposer mon sceau auxdites lettres, le 48 juillet de 
« l'an mil quatre cent onze. » 


CHAPITRE XII. 


Dé& du duc de Bourgogne. 


Le duc de Bourgogne reçut avec joie ce cartel injurieux en sa ville 
de Douai , le 10 août, -et répondit au duc d'Orléans sur le méme ton, 
en le traitant de menteur et de traítre qui suivait les traces de son per- 
fide pére. Voici en quels termes était concu son message, qu'il lui 
envoya par un de ses courriers. 

« Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois et de 
« Bourgogne, palatin, et seigneur de Salins, à toi Charles, qui te dis 
« duc d'Orléans, à toi Philippe, qui te dis comte de Vertus, et à toi 
« Jean, qui te dis comte d'Angoulême, qui tout récemment nous avez 
« transmis des lettres de défi, faisons savoir et voulons que chacun 
« sache que pour punir et réprimer les grandes et horribles trahisons, 
« méchamment machinées par félonie et guet-apens et diversement 
« commises par Louis, votre pére, contre le roi notre trés redouté 
« et souverain seigneur et le vótre, et contre ses nobles enfants, 
« comme aussi pour empécher ce méchant et déloyal traître de con- 
« sommer le détestable attentat qu'il avait concu contre eux , attentat 
« si inique et si notoire, qu'aucun fidèle sujet du roi ne devait le 
« laisser vivre plus long-temps, et particuliérement nous , qui sommes 
« cousin de notredit seigneur le roi, doyen des pairs et deux fois pair, 


438 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« exequcionem detestabilem attemptatam eontra eos, tam ini- 
« quam et notoriam quod nullus fidelis homo ipsum pati vivere 


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A 


« 


non debebat, et maxime nos cognatus dicti domini nostri, 
decanus parium et bis par, ipsi amplius astricti et sue proli 
nobili quam quicunque alter consanguineus vel subditus, non 
debebamus tam falsum, infidelem , crudelem et nequam pro- 
ditorem amplius relinquere super terram; ideo, ne conscien- 
cia tanta mole premeretur, fidelitatem servando, ut tenemur, 
erga metuendissimum dominum nostrum et insignem genera- 
cionem suam, mortem debitam tam iniquo proditori man- 
davimus exequcioni dare, et in hoc placitum Deo fecimus, 
fidele servicium exhibuimus domino nostro regi, et exequti 
fuimus quod racionabile erat. Et quia tu et fratres tui, geni- 
toris iniquissimi sequaces, ad infidelissimos fines ad quos ten- 
debat venire nitimini, diffidencias cordialiter recepimus; sed 
de contentis in ipsis vos impiissimos mendaces dicimus et 
iniquissimos proditores. Et ideo, cum adjutorio Dei, qui novit 
integram fidelitatem, amorem et veram intencionem, quam 
et quos habuimus , habebimus quamdiu vixerimus, erga domi- 
num nostrum regem, prolem suam et utilitatem regni, vos 
ad punicionem racionabiliter et in finalibus tantis infidelibus 
debitam et inobedientibus iniquis deducemus. In cujus rei 
testimonium litteras istas sigillo nostro corroborari fecimus 
in villa nostra de Duaco, decima tercia die augusti, anno 
Domini millesimo quadringentesimo undecimo. » 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL — 439 


« nous qui étant uni plus étroitement à sa royale personne et à sa 
« noble famille qu'aucun autre prince du sang et qu'aucun de ses 
« sujets, ne devions pas laisser sur la terre ce faux, déloyal, cruel et 
« infáme traitre; enfin pour ne pas charger notre conscience d'un 
«tel poids ni manquer à la fidélité que nous devons à notre très 


440 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


CAPITULUM XIII. 


Ad reginam frustra mittuntur nuncii. — Custodia ville Parisiensis comiti Sancti 
Pauli committitur, qui in parte sollicitudinis sue quosdam vilissimos viros urbis 
exaltavit. 


Jam jamque a mensis jullii principio dux Biturie et regina 
super reconsiliacione ducum multa simul habuerant secreta 
colloquia, sicut rex ordinaverat; et tandem circa finem jullii 
ipsum rogaverunt, ut ex consiliariis suis secularibus atque eccle- 
siasticis viris, nec non ex gremio alme Universitatis Parisien- 
sis quosdam mitteret cum civibus quibus confidenter possent 
apperire que mente gerebant. In cedula super hoc ipsi missa, 
conestabularius, cancellarius et marescallus Francie, balista- 
riorum , regii hospicii; nemorum et aquarum magistri, domini 
de Olmonte, de Offemonte et Collardus de Callevilla , episcopi 
eciam Lemovicensis, Lexoviensis, et magister Philippus de Cor- 
beya nominatim habebantur. Nec prenominatis content, episco- 
pum Silvanetensem, magistrum Johannem Manson, theologos, 
magistros eciam Johannem de Creppon et Johannem Guioti 
decretistas, unum de presidentibus Parlamenti regii cum tribus 
eisdem assistentibus , totidem et de compotorum camera, cum 
preposito mercatorum Parisiensium et duobus burgensibus 
iterum nominaverunt. Hos omnes reputabant circumspectos et 
prudentes. Pacis et concordie rex amator eis misit, cum cancel- 
lario jam vergente in senium paucis dumtaxat exceptis, qui le- 
gittimam excusacionem habuerunt, sperans per eos posse paci- 
ficari principes, cum regine atque duci Biturie cari essent. Ex 
hac tamen ambassiata nil utilitatis processit, nec quid laudis sibi 
acquisierunt nuncii. Nam de Meleduno ad regem redeuntes, 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 


CHAPITRE XIII. 


4M 


4^2 CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXI. 


veluti jussi fuerant, nil aliud retulerunt quam processum ducis 
Aurelianis jam scriptum. et finem intencionis ipsius. Sub com- 
pendio perstringens prolata diffusius, nuper regine et duci 
referunt ipsum ducem Aurelianensem graves querimonias super 
condolenda nece et ignominiosa genitoris intulisse. Addunt et 
piam genitricem ad judicialem vindictam tam nephandissimi 
sceleris majestatem regiam frustra pluries excitasse , ner. justi- 
ciam.inde instantissime petitam potuisse. assequi. Addunt et 
injustissimum videri duci Biturie, si ob hoc regem impediatur 
adire. 

Relacionem aulici indignantissime audierunt; at ubi ad aures 
regnicolarum pervenit, sic suspectos nuncios habuerunt, ut 
publice et absque .erubescencie velo eos proditores pessimos 
nominarent. Quapropter ne furibunde in eos desevirent, pro- 
pria domicilia petentes ad tempus curiam relinquerunt. Abhinc 
et dux Biturie Parisiensium. favorem erga se hucusque conti- 
nuatam amisit, ac si consuluisset urbem destruere ; et id solum 
in ore maxime partis civium vertebatur : « [s dux sub simulatis 
« verbis pacem querit; sed Armeniacos in urbem nititur collo- 
« care, ut hii pastis annuis assueti predalem faciant civitatem. » 
Qui ejus curiam et confederatorum suorum aulas frequentabant 
super hiis cives assidue et precipue notos et affines reddebant 
doctiores, certificantes quod ad id omnes modis omnibus ane- 
labant, quiequid vulgalis oppinio in contrarium alleguaret. Et 
tunc introitus urbis solito diligencius dignum duxerunt servare, 
et ignotos éxeuntes scrütari si arma gererent sive litteras 
suspectas , sibi vel regi nocivas ; utque in ville compitis securius 
nocturnas agerent vigilias, cathenas ferreas sursum per trans- 
versum Secane extendi preceperunt, ne quis latenter ingredi 
posset ir urbem. Item et cum, consiliariis convenientes regiis, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 443 
déduisirent fort longnement, savoir que naguère ledit duc s'était plaint 
amérement à la reine ei au duc de Berri dé la mort déplorable et 
ignominieuse de son père; que la duchesse sa mère avait à plusieurs 
reprises vainement demandé vengeance au roi d'un si horrible atten- 
tat, et n'avait pu encore, malgré toutes ses instances, obtenir satis- 
faction; enfin que le duc de Berri trouvait trés injuste qu'on empé- 
chát le duc d'Orléans de voir le roi pour lui dénoncer ce déni de 
justice. 


En entendant ce rapport, les seigrreurs de la cour montrérent 
quelque mécontentement; mais le peuple alla plus loin : il prit les 
députés en telle défiance, qu'il ne craignit pas de les traiter publique- 
ment de traitres infâmes. Afin d'échapper à la fureur populaire, 
ceux-ci quittérent la cour pour un temps et se retirérent chez eux. 
Dès ce moment aussi le duc de Berri perdit la faveur des Parisiens 
qu'il avait conservée jusqu'alors; il semblait qu’il eût conseillé la ruine 
de la ville. On entendait dire de tous côtés : « Ce duc fait semblant 
« de chercher la paix ; mais il travaille à faire entrer dans Paris les 
« Ármagnacs, afin de livrer la ville aux dévastations de ces pillards. » 
Les familiers du prince et ceux de ses alliés avaient eux-mémes répandu 
ce bruit parmi les bourgeois et particuliérement parmi leurs parents 
et leurs amis, auxquels ils répétaient qu'on travaillait par tous les 
moyens possibles à l'exécution de ce projet, quoiqu'on fit circuler dans 
le public des rumeurs contraires. Aussi jugea-t-on à propos de faire 
garder plus soigneusement que de coutume les entrées de la ville et de 
faire fouiller tous les inconnus qui en sortiraient, pour s'assurer s'ils 
ne portaient point d'armes ou de lettres suspectes, capables de causer 
quelque préjudice au roi ou aux habitants. On établit aussi des postes 
pour la nuit dans les carrefours, et afin qu'ils fussent à l'abri de toute 
surprise, on tendit des chaines de fer en travers de la Seine, de sorte 
que personne ne pouvait entrer secrétement dans la ville. En outre, 
les bourgeois qui jusqu'alors s'étaient toujours refusés à prendre pour 





, 


444 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


quod repetitis recusaverant vicibus annuerunt, ut scilicet Sancti 
Pauli comes loco ducis Biturie constitueretur custos ville. 

Qua potitus preeminencia diucius affectata , sic partem ducis 
Burgundie statuit reddere forciorem. Non enim, quod repre- 
hensibile visum est universis, viros a priscis claris civibus 
ducentes originem , sed ex immunda Parisiensi publica carni- 
ficina , macellarii regii tres liberos ipsi duci favorabiles, cogno- 
minatosle Goues, viros utique rixosis sedicionibus aptos, et 
quos ultima expedicione bellica humanum fundere non abhor- 
rere cruorem cognoverat, in partem sue sollicitudinis assumpsit. 
Ipsis quidem et multis aliis sibi similibus, non sine displicen- 
cia multorum , concedi fecit auctoritate regia ut super quingen- 
tos alios consodales, quos eligerent et qui se subsidiarios regios, 
civitatis tamen sumptibus vel stipendiis, nominarent, libere 
per civitatem armati possent incedere, notare eciam illos qui 
duci Aurelianensi favebant, et ut supplicaciones civium in con- 
siliis regis promoverent. Id ultimum repetitis vicibus tam inso- 
lenter egerunt, quod reprehensi de nimio conveniencium 
numero responderunt se alias majori multo reversuros. Et si 
differebatur aliquantulum quod petebant, mox assistentes minis 
generalibus terrebant. Quapropter cum archiepiscopo Remensi, 
magistro Symone Cramaut, multi, relicta regia domo, ad sua 
domicilia redierunt. Ex tunc nephas reputantes sibi in aliquo 
contradici vel dissuaderi placencia, cum audissent episcopum 
Xantonensem in consistorio optasse ut dux Burgundie pacem | 
veniam petens obtineret, ut proditori notorio sibi mortem. 
minati sunt, scelusque in actum produxissent, nisi latenter auxi- 
lio comitis Santi Pauli eorum manus sacrilegas evasisset. Effre- 
nis eis concessa licencia, inter plurimos quos pariebat abusus, 
ille permaximus erat, quod si quis in aliquem odium concepisset 


EN 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 445 


capitaine de la ville le comte de Saint-Pol, consentirent, d'accord avec 
les conseillers du roi, à ce qu'il füt nommé à la place du duc de Berri. 

Le comte, se voyant en possession d'un poste qu'il avait si long- 
temps ambitionné , songea à fortifier le parti du duc de Bourgogne. 
Mais au lieu de s'entourer de gens honorables pris parmi d'anciennes 
familles de la bourgeoisie, il choisit ses conseillers, au grand scandale 
de tous, dans les derniéres classes dela ville, parmi les bouchers de 
Paris, et s'adjoignit entre autres les trois fils du boucher du roi, les 
fréres Legoix, hommes dévoués au duc, qui étaient d'habiles artisans 
de troubles, et qui avaient prouvé dans la derniére guerre qu'ils ne 
se faisaient aucun scrupule de verser le sang humain. Il leur fit accor- 
der, de par le roi, à eux et à beaucoup d'autres gens de leur espéce, 
au grand déplaisir de tous les habitants, le droit de commander une 
troupe de cinq cents bouchers choisis par eux qui devaient s'appeler 
milice du roi, bien qu'ils fussent payés par la ville; on leur permit 
de parcourir les rues les armes à la main, de prendre note des parti- 
sans du duc d'Orléans et de présenter les suppliques des bourgeois 
aux conseils du roi. Ces gens usérent de ce dernier droit à plusieurs 
reprises avec beaucoup d'insolence. On leur reprochait un jour d'ame- 
ner avec eux trop de monde; ils répondirent qu'ils reviendraient une 
autre fois en bien plus grand nombre. Pour peu qu'on différât d'ac- 
quiescer à leurs requétes, ils adressaient aux membres du conseil les 
plus terribles menaces. Aussi l'archevéque de Reims, maître Simon 
Cramaut, et plusieurs autres quittérent la maison du roi et s'en retour- 
nérent chez eux. Dés lors ces misérables regardérent comme un crime 
toute contradiction , toute opposition à leurs désirs. Ayant appris que 
l'évéque de Saintes avait exprimé dans le conseil le voeu que le duc de 
Bourgogne fit amende honorable afin d'obtenir la paix, ils le meua- 
cérent de mort comme traître notoire, et l'effet eût suivi la menace, 
si le comte de Saint-Pol n’eût fait évader secrètement le prélat pour 
le soustraire à leurs mains sacriléges. Ün des plus grands abus enfantés 
par la licence sans bornes dont ils jouissaient, c'est que quiconque 
avait encouru leur haine et avait été désigné par eux comme Árma- 
guac, était, sinon mis à mort, du moins jeté en prison et dépouillé de 


4^6  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


et eum publice Armeniacum vocasset, et si non occidébatur, 
carcerem tamen non vitabat, et protinus a prevenientibus bona 
ejus distrahebantur libere sine auctoritate cujuscunque. Unde 
multi notabiles viri a diviciarum culmine ad odibilem egesta- 
tem, proc dolor, corruerunt. Deinceps non modo consiliariis 
regiis sed et summe auctoritatis civibus terrori. esse ceperunt ; 
et ideo cum preposito mercatorum Karolo Cudoe trecenti et 
amplius de civitate recesserunt, quia judicio omnium quotquot 
sequaces habebant ad similia perpetranda prompti erant, et ap- 
ciores ad commociones civiles excitandas quam sedandas vide- 
bantur; et id precipue nec immerito timebatur. In urbe namque 
divisa nec vota conveniebant civium, sed inexpiabili odio labo- 
rantes, dum sibi conviciando mutuo qui duci favebant Aurelia- 
nensi ceteros .Burgundiones vocabant, ab eisdem viceversa 
infideles Armeniaci dicebantur, quod valde vitüperabile quisque 
reputaret cum prodicionem sonaret. Jam ubique regnicole 
eorum morem sectantes, mox ut isti super nece perfida geni- 
toris hujus ducis justiciam dignum ducebant petendam. Non 
deerant majori longe numero stultiloqui homines et ad queque 
adinventa credendum nimis precipites, qui hunc sic digne 
luisse attemptatam perfidiam in regem et generacionem ejus *. 


CAPITULUM XIV. 


De supplicacionibus factis regi super securitate sua et civium. 


Cives sepius interloquendo predicta, alter alteri mortem 
ignominiosam et proditoribus dignam minabatur, si dux sibi 
predilectus meliorem calculum reportaret obtenta victoria. 
Quod attendens comes Sancti Pauli, in consilio regali, pre- 


' ]l faut supposer l'omission d'un mot tel que dicebant. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 447 


ses biens , que le premier venu pillait librement sans en demander la 
permission à personne. Beaucoup de personnes riches et notables 
furent ainsi réduites à la plus affreuse misére. Bientót la troupe des 
Legoix devint la terreur non seulement des conseillers du roi , mais 
aussi des principaux bourgeois, qui s'enfuirent de Paris au nombre de 
plus de trois cents avec le prévót des marchands, Charles Culdoé. 
Chacun pensait en effet que ces bandits étaient disposés à commettre 
toutes sortes d'excés semblables, et plus portés à exciter des troubles 
quà les apaiser; les craintes qu'ils inspiraient n'étaient pas sans fon- 
dement. Car la division régnait dans la ville; les bourgeois, loin de 
saccorder entre eux, étaient animés les uns contre les autres d'une 
haine implacable et se prodiguaient toutes sortes d'injures. Les parti- 
sans du duc d'Orléans appelaient Bourguignons ceux du parti con- 
traire , qui les traitaient d'Armagnacs, et chacun d'eux se tenait pour 
cruellement offensé de ces dénominations qui impliquaient le reproche 
de trahison. Bientót les habitants du royaume suivirent tous cet 
exemple; les uns demandaient qu'on tirát vengeance de l'horrible 
meurtre du pére du duc d'Orléans. D'autres, en plus grand nombre, 
gens stupides et préts à croire toutes les calomnies, prétendaient que 
cette mort était le juste chátiment de ses perfides machinations contre 
le roi et sa famille. | 


CHAPITRE XIV. 


Supplique adressée au roi au sujet de sa sûreté et de celle des habitants. 


Souvent les bourgeois , en s'adressant les uns aux autres les qualifi- 
cations susdites, se menacaient réciproquement de la mort ignomi- 
nieuse réservée aux traitres, dans le cas où le duc dont ils avaient 
embrassé la cause aurait le dessus. En conséquence, le comte de Saint- 
Pol demanda dans un conseil présidé par le duc de Guienne en l'ab- 
sence du roi qui était malade, que l'on prit des mesures efficaces 


448 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


sente duce Guienne, quoniam rex solita egritudine laborabat, 
supplicavit ut istis motibus providerent de remedio opportuno. 
Qui tunc presentes aderant pro securitate tam regis quam 
civium octo de consiliariis regiis, et in numero equali ex gre- 
mio Universitatis Parisiensis suppositis, cum totidem burgen- 
sibus elegerunt, qui post maturam deliberacionem ad dominum 
ducem Guyenne augusti vicesima sexta die redeuntes suppli- 
citer postulaverunt et assequti sunt que sequentur. Et primo 
ut ex domo regia Sancti Pauli, utique subjacenti inopinatis et 
forsitan venturis insidiis, cum in fine civitatis et quasi extra 
clausuram existeret, ad castrum Lupare rex et dominus dux 
Guyenne adducerentur, ibi manere possent securius; secundo 
ut regina per sollempnes nuncios rogaretur redire Parisius ; 
quod si abnueret, dominam ducissam Guienne ad dominum 
ducem cum fratre suo domino comite Pontivensi ac duabus ejus 
sororibus huc illuc adduci pateretur, utque Biturie et Burgun- 
die ducibus discordantibus civitatis excluderetur ingressus, ne, 
sicut anno exacto, circumadjacentis patrie militares copie agres- 
tes dampnificarent accolas. Ut clausuram civitatis ad intra pos- 
sent libere circuire, dum excubias nocturnas persolvebant, 
iterum obtinuerunt ut muri domus Nigelle procinte urbis con- 
juncti rumperentur, et muro obstrueretur porta domus, que 
liberum iter ad agros prebebat, quamvis scirent quod duci 
Biturie plurimum displiceret. Concessum est eciam ut, merca- 
torum preposito Karolo Cudoe destituto, cum multis suspectus 
esset, cives summe auctoritatis burgenses sex domino duci pre- 
sentarent ; de quorum numero Petrum dictum Genciam , virum 
utique prudentem et ex generosis proavis ducentem originem, 
per regis consilium admisit ad officium exequendum. Quosdam 
eeiam nominatos qui, ut publice ferebatur, conspiraverant 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIT. 449 


pour réprimer de semblables désordres. Huit des conseillers du roi, 
un pareil nombre de suppóts de l'Université de Paris et autant de 
bourgeois furent chargés par les membres qui assistaient à ce conseil 
de pourvoir à la süreté du roi et de la ville. Aprés en avoir mürement 
délibéré, ils se rendirent le 26 aoüt prés de monseigneur le duc de 
Guienne, lui présentérent une humble requête, et obtinrent qu'il fût 
pris diverses mesures. On convint d'abord que le roi et monseigneur 
le duc de Guienne quitteraient l'hótel royal de Saint-Paul, qui, étant 
placé à une extrémité de la ville et presque en dehors de l'enceinte, 
se trouvait trop exposé aux surprises et aux coups de main, et qu'ils 
iraient habiter le cháteau du Louvre, afin d'y étre plus en süreté; en 
second lieu, qu'on enverrait des ambassadeurs à la reine pour la prier 
de revenir à Paris, et qu'en cas de refus de sa part, on exigerait du 
moins qu'elle laissát venir madame la duchesse de Guienne auprés de 
monseigneur le duc avec son frére monseigneur le comte de Ponthieu 
et ses deux soeurs; que l'entrée de la ville serait fermée aux ducs de 
Berri et de Bourgogne, tant que dureraient leurs discordes, afin que 
leurs troupes ne dévastassent point, comme l'année précédente, le pays 
d'alentour. Il fut stipulé aussi qu'on abattrait les murs de l'hótel de Nesle 
qui touchaient à l'enceinte, afin que les bourgeois pussent faire des 
rondes autour de la ville pendant la nuit, et qu'on murerait la porte 
dudit hótel qui donnait sur la campagne, bien qu'on sát que cela devait 
déplaire beaucoup au duc de Berri. Il fut en outre réglé que le prévót 
des marchands, Charles Culdoé, qui était devenu généralement sus- 
pect, serait destitué, et qu'on soumettrait au choix du duc pour le 
remplacer une liste de six bourgeois notables. Le duc, d’après l'avis 
du conseil, désigna pour cette charge Pierre Gentien, personnage 
. d'une grande habileté et d'une illustre naissance. Il fit aussi rechercher 
certaines gens qu'on lui avait désignés comme ayant conspiré contre 
la ville et comme ayant menacé d'y introduire secrétement les troupes 
du duc d'Orléans, et donna ordre qu'on les mit en prison et qu'on les 
punit selon toute la rigueur des lois, s'ils étaient trouvés coupables. 
Il fut décidé en dernier lieu que, pour prévenir les émeutes et les sédi- 
tions populaires, dont on était menacé chaque jour depuis deux mois 
IV. ||. 5, 


450 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


contra villam, et minati fuerant gentes ducis Aurelianis in eam 
introducere latenter, dux querere jussit, in ergastulis detineri 
et judicialiter puniri, si sontes reperti essent. Tandem et sup- 
plicaverunt, ad vitandum commocionem civilem et sedicionem 
mortalem , que a duobus mensibus diebus singulis dubitabatur 
imminere , et quod optabant emuli civitatis ut occasio daretur 
eam spoliandi, ut auctoritate regia in compitis ejus lituis con- 
crepantibus et voce ediceretur preconia, quod ducum Biturie, 
Aurelianis et Alenconii officiales, eisdem quoque faventes , sub 
pena amissionis vite et bonorum ab urbe discedentes, alibi se 
transferrent. Multis feriis successivis super id ultimum delibe- 
ravit dominus dux, cum in injuriam consanguineorum verte- 
retur. Sed tandem victus vallidis precibus et habitancium cla- 
moribus, qui cum prenominatis Goues sepius ad consilium 
confluebant et importune instabant, id concessit. Nam reite- 
rabant frequenter quod alias pacatam nequibant reddere civi- 
tatem. | | 


*. 


CAPITULUM XV. 
De dampnis a gentibus ducis Aurelianis illatis in Picardia. 


.. À disposicione rerum civilium ad militares cohortes ducis 
Aurelianensis a sequenti die diffidenciarum premissas reducam 
calamum , scripturus que in Viromandia, plaga uberrima, que 
convicinis provinciis consuevit habundanter tritticum minis- 
trare, regi sine medio subdita, egerunt et convicinis finibus. A 
summe auctoritatis incolis sequencia didici, qui ad dominum 
ducem Guienne et regis consiliarios accedentes dixerunt: 
« Jam, excellentissime princeps, sex ebdomadarum spacio adeo 
« infestam cireumadjacentem planam patriam reddiderunt, 
« quod quasi omnes agrestes accolas pavidos de suburbiis cum 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIl. — 454 


et que les ennemis de la ville appelaient de tous leurs voeux pour avoir 
une occasion de piller, on ferait publier dans les rues au nom du roi, 
à son de trompe et par la voix du héraut, que les officiers des ducs 
de Berri, d'Orléans et d'Alençon et leurs partisans eussent à sortir de 
la ville et à se transporter ailleurs sous peine de mort et de confisca- 
tion de leurs biens. Monseigrieur le duc délibéra pendant plusieurs 
jours sur cette derniére demande, parce qu'elle était fort injurieuse 
pour ses parents. Mais enfin il céda aux sollicitations et aux clameurs 
des habitants, qui venaient souvent au conseil avec les Legoix l'obsé- 
der de leurs instances, et qui répétaient sans cesse que c'était le seul 
moyen d'assurer le repos de la ville. 


CHAPITRE XV. 


Ravages commis en Picardie par les gens du duc d'Orléans. | 


Je passe des décisions prises par le conseil au récit des hostilités 
commises par les troupes que, dés le lendemain de son défi, le duc 
d'Orléans envoya dans le Vermandois, riche contrée relevant immé- 
diatement du roi, d'où les provinces voisines tiraient du blé en abon- 
dance. Je tiens ces faits de la bouche des principaux habitants, qui 
allérent trouver monseigneur le duc de Guienne et les conseillers du 
roi , pour leur exposer leurs plaintes : « Trés excellent prince , dirent- 
« ils, depuis six semaines les gens de guerre exercent de tels ravages 
« dans les environs, que les paysans ont été presque tous réduits à 
« quitter les faubourgs avec leur gros et menu bétail et tout leur 
« mobilier, pour se réfugier dans des lieux cachés ou dans les villes 


452  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


« gregibus et armentis ac omni supellectile abdita loca vel villas 
« muratas petere opportuit, velut ab ictibus choruscancium 
« fulgurum fugientes. Et sicut sunt mente dissimiles , sic variis 
« intenti studiis. Quosdam pestis familiaris adeo precipitavit 
« libido, ut alienis injuriam inferentes matrimoniis jura conju- 
« galia absque erubescencie velo ubique violaverunt, nonnullas 
« juvenculas adhuc signaculum puellare integrum retinentes 
« constuprando. Plurimi, non modo spretis sed et violatis hos- 
« pitalitatis legibus, spoliatis hospitibus, huc illucque discur- 
« rentes domorum penetralia non cessant effringere, ut queque 
« preciosa rapiant que repererint; nec mercatores, qui merces 
« peregrinas vel communes lucri faciendi gracia alicubi defe- 
« runt, depredari publice non verentur. Iterum et multos de 
« Parisius et villis faventibus regi occiderunt; et quociens rura- 
« les sive burgenses, soluta peccuniali redempcione, ad eum 
« nudos remittunt, in eum linguas virosas laxando, sepius repe- 
« tunt : Jte ad regem vestrum vesanum , inutilem et captivum. 
« Hiis et nephandioribus contumeliis majestatem regiam blas- 
« phemantes, quod horribile visu fuit, multos in ejus contemp- 
« tum naribus, oculis et auriculis privaverunt addentes : 7te et 
« vos consiliarüs ejus iniquis et proditoribus pessimis ostendatis. 
« Nec contenti sic planam patriam hostili vastacione perva- 
« gasse, quin ymo per regionem multis succensis domibus vil- 
« lam clausam de Roya, regi sine medio subditam, villam utique 
« populosam et cunctis bonis refertam violenter ingressi sunt 
« predeque exposuerunt. Ex Vasconibus iterum confederatis 
. « Anglicis ab antiquo, et qui sub comitis Ármeniaci et cones- 
« tabularii Francie militabant, Bernardus Dalebret, ejus cogna- 
« tus, vir agilis et strenuus in agendis, cum quingentis pugna- 
« toribus villam de Han, sub dominiis ducis Aurelianensis et 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. 


XXXII. 


453 


1 


454 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XH. 


« comitis Niverniensis consistentem , eciam viribus occupavit ; 
« et inde nephandiora quam diximus patrie inferre statuit, nisi 
« celeriter provideatur de remedio competenti. » 

Constabat eciam universis quod quotquot militaria ejus 
signa atque prefati comitis ex Vasconibus sequebantur, stu- 
debant modis omnibus venturis Burgundionibus et Flammingis 
viribus obviare. Et ideo eligendo ad hoc receptacula secura, 
non modo Montem Diderii, sed et alias villas muratas viribus 
occupassent, nisi rex eis misisset auxilium, vel indigene fideliter 
restitissent, - 

Dux autem Aurelianensis, velut immemor hostilis agres- 
sionis premisse, et nunc de Couciaco Meledunum per Valesium 
tendens, et iterum quasi recreacionis gracia pagum Suessoni- 
cum repetens, gentibus suis Montem Leherii munivit, idem- 
que de Crobolio et pontibus vicinioribus ville Parisiensis 
fecisset, nisi resistenciam repperisset. Unde mult qui ipsum 
oderant publice asserebant, quod plus optabat nocere civitati 
quam hosti jam diffidato. Eundo et redeundo sic suis confede- 
ratis et maxima copia bellatorum comitatus, cum subditorum 
bona omnia comestibilia consumpsissent, de Claro Monte, Bello 
Monte et convicinis urbibus eos fugere opportuit, non sine 
compassione omnium intuencium, et villas regias petere; in 
quibus tamen cum difficultate magna suscepti si sunt, quia omnes 
duci Burgundie adherebant. 


CAPITULUM XVI. 
De collectione Brigantinorum ruralium, 


À fugitivis edocti qui citra Secane et Ysare flumina mora- 
bantur quod eis dampna majora inferre assidue minabantur, 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 455 


456 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


inde non immerito territi regis consilium et Parisiensem prepo- 
situm, reiteratis vicibus, supplicacionibus et importunis queri- 
moniis pulsaverunt, inquirentes qualiter tot malis emergentibus 
obviarent. Quotquot resditus et proventus extra urbem Pari- 
siensem possidebant, eisdem faventes nil aliud remedii sibi 
videri dixerunt pro tempore, nisi quod armis accincti violen- 
cias inferendas auctoritate regia viribus propulsarent, nec 
noxe imputaretur, si quis ex predonibus venturis aliquos 
interficeret. 

Ut autem ad ruricolarum hec licencia pervenit noticiam, 
jussu prepositi Parisiensis, spreto agriculture studio, modum 
militancium effigiant; crucem albam transversalem , in medio 
flore lilii decoratam, consuunt humeris, seseque turmatim 
aggregantes vexilla in quibus scriptum erat vieat rex! dignum 
duxerunt portare, et se ipsius amicos fidelissimos nominare. 

Memini me in annalibus Francorum reperiisse alias agrestes 
accolas ad ulcionem hostium regni evocatos, quos, et Brigan- 
tinos nominant. Sed quia hii omnes baculos habentes acutissi- 
mas ferreas cuspides deferebant, qui piques gallice dicebantur, 
inde iterum piquegnarü vel geropiqui iterum nominati sunt. 
Et quamvis eorum nonnulli cum arcubus ligneis, quibus vix 
passer ictus deperiisset, ensibus quoque sordidis et rubigine 
opertis incederent, sicque hostibus primo habiti fuerunt in 
derisum , robustos tamen rurales sequebantur qui postmodum 
sepius de nemoribus erumpentes eos interficiebant, et potis- 
sime cum subjugalibus et jumentis huc illucque pabula perqui- . 
rebant. Ipsorum tamen major pars inde predis assueta, quam- 
diu guerra duravit, nil ad aliud vacare studuit quam insidiari 
viatoribus tam notis indifferenter quam ignotis; nullusque per 
loca ausus fuit nemorosa pertransire nisi de comitiva securi. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. — 457 
s'alarmérent avec raison, et portérent plainte à plusieurs reprises au 
conseil du roi et au prévót de Paris, en:les suppliant instamment 
d'aviser aux moyens de prévenir les malheurs qui allaient fondre sur 
eux. Ceux qui possédaient des biens et des terres hors de la ville de 
Paris soutinrent leur requéte , et déclarérent qu'ils ne voyaient qu'un 





458 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


CAPITULUM XVII. 


Duci Burgundie rex demandavit ut regno et regnicolis contra ducem Aurelianis 
opem ferret. 


Ut ad noticiam pervenit domini ducis Guienne quad subsi- 
diarii dicti dueis Aurelianis sic intollerabiliter vexabant regni- 
colas, sepius linguas virosas laxantes in contumeliam regie 
majestatis, more solito genitoris consiliarios evocavit, qui super 
hoc feriis successivis multa argumentosa colloquia mutuo 
habuerunt. Referunt et qui secreta consilia ex officio audiunt 
cum cancellariis Francie et Guienne tres episcopos, cum comite 
Sancti Pauli, nonnullisque baronibus, ex cameris compotorum 
et Parlamenti duodecim ipsi duci assistisse, et remedii diffi- 
cultatem duci Burgundie faventes tetigisse, cum universis no- 
tum esset gallicanam jam miliciam agregatam in duas partes 
divisam inexpiabili odio et ad exterminium finale mutuo labo- 
rare; seque moleste non immerito perferre unam partem, edic- 
tis regiis parvipensis, militares copias in regno hucusque 
tenuisse, que dampna irreparabilia regnicolis, urbibus quoque 
regiis intulerant, et in sceptris nunc jure successionis agentem 
accumulasse opprobria: « Quante clades, quante jam ruine, 
« quanta publica et privata mala ab eis sint jam illata , non vale- 
« remus, inquiunt, enarrare; » hinc merito ad vindictam acce- 
lerare debere. Et id quidem impossibile visum est eis, nisi se 
determinans ad unum contendencium, et ad virium supplemen- 
tum ducem Burgundie advocans, exoraret ut collectis pugna- 
torum agminibus cum prepotenti dextera de regno rebelles 
expelleret et inobedientes predictos. 

Cumque in hanc sentenciam assistentes convenissent, et, 





460 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


ut referunt, inviti, dignumque duxissent nobiles qui neutri 
parti favissent nunciis accersiri, ut ad presenciam domini ducis 
Guienne vicesima die mensis septembris comparerent, tunc 
regios apices duci Burgundie transmiserunt sub hac forma : 


« 


« 


« 


^ 


A 


^ 


A 


A 


« Karolus , Dei gracia Francorum rex, Johanni duci Burgun- 
die, cognato nostro carissimo, salutem et dilectionem. Cum 
certum sit eos lese majestatis crimen committere, non modo 
si quos tanta vis furoris exagitet ut ausu nephario in vitam, 
salutem et honorem nostros presumant aliquid attemptare, 
verum eciam si impietatis mortales machinas in regnum et 
regnicolas putaverint erigendas, censemus inde impacienter 
ferendum nonnullos ex regnicolis exterisque nacionibus 
usque ad interiora regni nostri armis infestis penetrasse ; 
quorum temeritatis audaciam regia nostra auctoritate repri- 
mere cupientes, jussimus ut recederent. Sed imperia edic- 
tumque cum verbis ignominiosis contempnentes in subditos 
nostros hucusque crudeliter sevierunt. Dolentes equidem 
referimus jam hinc inde cives nostros aut resistendo gladiis 
interemptos, aut se dedendo misera servitute depressos ; illinc 
virgines in ipsis parentum conspectibus raptas, et matronas 
post ornamenta : direpta ludibrio habitas deflentesque vene- 
rabile fedus conjugii fedissimo gentis libidine violatum. Quid 
plura? per villas nostras muratas predis expositas, per agres- 
tium virorum domicilia flamma voraci consumpta, ex fumo 
suffocatorio speluncis apposito, quibus agrestes accole conse- 
quende salutis se contulerant gracia, ut ultimum spiritum 
exalarent, ostendunt ad exterminium regni nostri procul 
dubio aspirare. Id vobis, care cognate, litteris notificamus, 
per fidelitatem erga nos hucusque inviolabiliter servatam, per 
amorem quem erga nos et prolem nostram geritis postulantes 








462 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« ut sine cunctacione cum vestris legionibus accedentes de regno 
« predictos inobedientes et rebelles viribus expellatis, ut nos- 
« tram possitis graciam ulterius promereri. — Datum Parisius, 
« augusti mensis die vicesima octava. » | 


CAPITULUM XVIII. 


De novis ordinacionibus factis in consilio regali. 


Ut divulgatum est ubique regem ducem Burgundie per con- 
silium sibi faventem in suum evocasse auxilium, id civibus 
Parisiensibus ceterisque regnicolis gratum fuit; et abhinc 
urbes et civitates muratas solito diligencius ceperunt custodire 
et nocturnas continuare excubias, ne insidiis subsidiariorum 
ducis Aurelianensis caperentur. Ipsique Parisienses mox cum 
macellariis vilibus cognominatis le Goues, in presencia domini 
ducis Guienne regios consiliarios adeuntes, peticionibus cla- 
mosis et importunis more suo pocius quam humilitate refertis 
adepti sunt ut libere in servientes dicti ducis et confederatorum 
suorum sibique favencium valerent insurgere, ut contra inobe- 
dientes et rebelles. Iterum non eis denegatum est ut eorum 
bona mobilia a preoccupantibus libere distrahi possent, et si 
pro quacunque causa eos arma sumere et urbem egredi oppor- 
teret, sub vexillis comitis Sancti Pauli, domini David de Revil- 
liere, Anthonii de Crodonio, vel Inguerranni de Bornovilla 
militarent. Litteris inde jussu eorum sub celeritate confectis, 
septembris undecima die proclamatum est voce preconia et 
concrepantibus lituis quod omnes sequentes ducem et suos con- 
federatos cunctis possessionibus suis auctoritate regia priva- 
bantur, et ad fiscum devolvebantur regale, cum inobediendo 
regis imperio commisissent crimen lese majestatis. Inde rectori- 


464 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

bus, ballivis et justiciariis urbium et provinciarum regni datum 
fuit in mandatis ut, auctoritate qua supra, collectores fideles 
resdituum et proventuum omnium et singulorum statuerentur, 
eciam si viri ecclesiastici vel regulares existerent. Et inde occa- 
sionem habuerunt, velud exules proscriptos, solito caucius se 
adunatos tenere, ut noverunt omnes civitates regni ad extermi- 
nium eorum aspirare. 

Feriis eciam successivis consiliarii predicti dum expedirent 
préscripta , inter illos, quos sciebant posse suis machinacioni- 
bus, dominum de Hangest jam vergentem in senium, utique 
ex fidelibus proavis trahentem originem, a magisterio balista- 
riorum decreverunt merito deponendum propter litteras quas 
asserebant repertas ducis Borbonii sibi missas, que monebant 
ut cum balistis catapultas, ut promiserat, mitteret duci Aure- 
lianensi. Nec modo in prenominatum absentem militem sed et 
in archiepiscopum Senonensem, dictum de Monte Acuto, quia 
hucusque ducis Aurelianensis extiterat consiliarius principalis, 
nescio si recte dixerim, habenas rigoris vel racionis laxantes, 
sue ecclesie temporale nec non et spirituale in manu regia 
posuerunt, idemque dignum duxerunt fieri de fratre suo Pari- 
siensi episcopo, utique simplice viro et quieto, qui quasi exul 
proscriptus a concione suorum civium jam auctoritate regia 
separatus nil nisi condempnacionem fratris sui domini Johannis 
de Monte Acuto, quondam magistri principalis hospicii regalis, 
sepius cum mesticia deflebat et reputabat injustam. Iterum in 
consistorio regali dominus Karolus Dalebret, conestabularius 
Francie, ab ipsis dignus deposicione dictus fuit, quia ducem 
Aurelianensem sequebatur in dampnum regis et regni. Sed 
quia, jure successionis paterne in pago Burdegalensi et citra 
multa oppida possidens, regis consobrinus erat, occasione 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 465 
sans épargner méme ceux du clergé ni des ordres réguliers. Les par- 
tisans du duc, se voyant ainsi poursuivis comme des proscrits, son- 
gèrent À se tenir plus étroitement unis, et veillèrent à leur sûreté 
avec d'autant plus de précaution qu'ils avaient appris que toutes les 
villes du royaume conjuraient leur perte. 


466  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

generis non sic propere sibi subrogatus est successor. Addide- 
runt tunc et sedicionum principes astantes nuper ducem Bitu- 
rie juste et racionabiliter privatum a regimine Guienne, cum 
ceteris principibus bellum persuasisset gerere. Ideo, ipso inscio, 
dominus Sancti Georgii cum quodam episcopo, qui porcio- 
nem illam regni uberrimam auctoritate regia et domini ducis 
Guienne deinceps gubernaret, constitutus est gubernator. 


CAPITULUM XIX. 


De destructione ville de Han in Viromandia. 


Hiis violenter et contra racionem adeptis, regis et ducis 
Guienne apices opem poscentes dux Burgundie reverenter jam 
prima die septembris susceperat, gaudensque se justum titu- 
lum hostilis congressionis sic adeptum, mandatis obtemperare 
studuit a Duaco educens ad campestria convocatorum agmina 
bellatorum. Quibus statutum fuerat numerum omnium recen- 
seri, duo mille et quingentos milites et scutiferos octo milibus 
ad unguem loricatis concomitatos referunt reperisse ; . quos 
quinquaginta milia virorum pedestrium, balistariorum et edu- 
cencium arcum, et qui obsidionalia conducebant instrumenta 
cum mille quarris et vehiculis precedebant. In hiis machinas 
jaculatorias ingentis magnitudinis , omnis generis obsidionalia 
instrumenta , victui quoque necessaria deferebant, et fessos ex 
itinere vel infirmos. Diebus quoque singulis, mox ut castra 
metati fuerant, ipsis cathenis ferreis invicem colligatis se clau- 
debant propter hostium inopinatos agressus. In recessu a duce 
edictum exierat quod omne furtum, quantumcunque modicum, 
puniretur suspendio ; et ideo contra morem castra sequencium 
a rapinis abstinentes, tanta ipsis victualium et rerum venalium 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 467 


guerre aux autres princes. En conséquénce, messire de Saint-Georges 
fut délégué conjointement avec un évéque, pour goyverner cette 








468 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


a vicinis et remotis partibus afferebatur copia, ut se haberent 
in tabernaculis quibuslibet, sicut domi se consueverant habere. 

Pervenientes igitur ad villam insignem de Han in Viroman- 
dia, duci Aurelianensi et comiti Niverniensi subditam, ut dux 
Burgundie hanc occupatam audivit a Bernardo Dalebret, famoso 
milite et inter Aquitanos strenuissimo, quingentis eciam con- 
comitato armatis ad unguem, mox ibi vires suorum statuit ex pe- 
riri. Jam dux premiserat qui auctoritate regia dedicionem 
imperaret; quam non modo prenominatus Bernardus arrogan- 
ter et cum injuriosis verbis denegavit, sed ad probitatis titulum 
acquirendum cum suis exiens in Flamingos,.antequam castra 
metati fuissent, insurrexit, et ex ipsis plurimos interfecit. Sed, 
ne mole superveniencium pedestrium opprimeretur, suos retro- 
duxit ad urbem. 

Hii autem die sequenti Flamingorum reiteratos assultus 
potentissime pertulerunt, qui arcubus et balistis et quolibet 
missilium genere utentes, eciam machinis jaculatoriis ingentis 
ponderis molares lapides emittebant non sine oppidanorum 
terrore, quod sic ecclesiarum campanilia et turres, et specia- 
liter matris ecclesie ville, et aleiora urbis loca destruebant. De 
assultibus laudabiliter gestis cum Flamingos dux singulariter, 
transmeato fluvio, qui per villam delabitur, ipsam obsidiona- 
libus machinis ambiretur!, Picardi argumentose multum restite- 
runt, dignum ducentes ut adhuc sequeutem diem integrum 
expectarent, qua et assultus similes obsessi poteritissime sicut 
prius pertulerunt. At ubi eis constitit discordantes naciones 
in unum convenisse, easque nocte sequente operam dare sen- 
serunt ut machine per circuitum collocarentur locis aptis, 
animo consternati deficiunt; resistendi audacia omnis emarcuit. 


* Le texte est défectueux dans plusieurs endroits de cette phrase. 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 469 


470 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


Et mox Bernardus suis commilitonibus accersitis : « Que mente 
« agitem sub compendio audite, inquit, amici. In eo statu res 
« sunt nostre, ut vobis ego magis necessitatis vestre index quam 
« consilii auctor sim. Nam postquam spes urbis tuende nobis 
non est, unica nobis salus est hinc abire, cum sciam vos 


A 


« minime ignorare quod, si ad manus hostium veniamus, exter- 
 « minium finale subiemus. » | 

Quod cum omnibus placuisset, mox intempeste noctis silen- 
cio incolas per posteriorem portam non obsessam emiserunt ; 
indeque loco cedere statuentes, circa solis ortum in apparatu 
bellico apud .Chauviniacum, cum prius eundo et redeundo 
juxta muros effigiassent resistencium avidam voluntatem , aufu- 
gerunt. Hostium fuga duces Burgundie et Brabaneie diu non 
latuit. Ideo villam predalem statuerunt, et ut manubie et cuncta 
ibi desiderabilia reperta bellatoribus in laborum remuneracio- 
nem et refusionem expensarum omnino cederent, edicto tamen 
publico promulgantes ut, nec preter armatos quemquam vio- 
lantes, ab incendiis eciam abstinerent. Effrenes tamen et indis- 
ciplinate phalenges parvipenderunt mandata , et ex eis quidam 
timore Dei postposito et sacrilegiis assueti ecclesias effrin- 
gentes, cum ipsas bonis omnibus spoliassent, multas matronas 
et virgines, que se ibi consequende salutis gracia contulerant, 
rapuerunt; quas, cum prefati duces cognovissent , ne stuprum 
committeretur aut venerabile fedus violaretur conjugii, ad 
maritos et parentes remiserunt. Alii autem, sine differencia 
etatis vel ordinis ex inermi vulgu et viris ecclesiasticis multis 
interfectis, cum domorum aditus reserantes et eorum peniciora 
loca effringentes predis onusti fuissent usque ad nauseam, 
ignem ipsis injecerunt, et maximam partem edificiorum ville 
flamma voraci consumpserunt et redegerunt in favillam. Refe- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 4714 


«.seils. Nous ne pouvons plus espérer de défendre la ville, et notre 
« unique moyen .de salut est de sortir d'ici; vous n'ignorez pas sans 
« doute que, si nous tombons entre les mains de l'ennemi, c'est fait 
« de nous. » 


Tous goûtérent cet avis, et profitant du silence de la nuit, ils firent 
sortir les habitants par une porte de derriére qui n'était pas assiégée, 
et se disposérent eux-mémes à quitter la place. Aprés avoir trompé 
leurs ennemis en allant et venant dés le point du jour sur les remparts, 
comme s'ils se fussent préparés à uhe vigoureuse résistance, ils s'en- 
fuirent à Chauny avec armes et bagages. Les ducs de Bourgogne et de 
Brabant s'apercurent bientót de leur départ; ils livrérent la ville au 
pillage et permirent à leurs gens de guerre de prendre tout ce qu'ils 
trouveraient de précieux pour s'indemniser de leurs fatigues et de leurs 
dépenses. Ils leur enjoignirent toutefois par une ordonnance de ne 
maltraiter personne, excepté ceux qui auraient les armes à la main, 
et de ne mettre le feu nulle part. Mais ces bandes sans frein et sans 
discipline ne tinrent aucun compte de cet ordre. Il y en eut qui fou- 
lant aux pieds toute crainte de Dieu, et ne reculant pas devant le 
sacrilége , forcèrent les églises, y enlevérent tous les objets sacrés et 
en arrachérent les femmes et les filles qui s’y étaient réfugiées pour 
échapper à la mort ; mais lesdits ducs, en ayant eu connaissance, les 
sauvérent du déshonneur en les renvoyant à leurs maris et à leurs pa- 
rents. D'autres tuérent, sans distinction d’âge ni de rang, grand nom- 
bre d'habitants inoffensifs et d'ecclésiastiques, forcèrent l'eutrée des 
maisons, pénétrérent dans les appartements les plus secrets, et mirent 
le feu partout, aprés s'étre gorgés de butin. jusqu'à satiété. L'incendie 
se propagea rapidement et réduisit en cendres la plus grande partie 
de la ville. Je tiens de témoins oculaires que le partage du butin devint 
Je sujet d'une violente contestation entre les Picards et les Flamands; 
les premiers voulant s'attribuer la meilleure part, les seconds s'y oppo- 





472 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


runt tamen presentes ob distractionem prede, cujus uberiorem 
partem cum sibi Picardi efferre viribus conarentur, et si reni- 
terentur Flammingi, improperantes absque erubescencie velo 
quod ob eorum tarditatem hostes recesserant, mortalem tunc 
discordiam ortam ; et abhinc ambe naciones odium tam inexpia- 
bile mutuum conceperunt, quod avidius in se ipsos arma bellica 
convertissent quam in hostes, quamdiu sub duce militaverunt 
ista vice. 


CAPITULUM XX. 


Villa de Monte Rubeo a comite Niverniensi capta fuit. 


Sic urbe fugatis defensoribus destructa, dux Burgundie 
fratrem suum comitem Niverniensem, ducem Lothoringie et 
dominum Johannem de Cabilone, principem Orengie, ad se 
accelerare mandavit, qui tunc cum Burgundionibus et Lotho- 
ringis per patriam comitis Tonitrui hostiliter grassabantur ob 
infidelitatem sequentem. Nam nuper dictus comes, agitatus 
fede libidinis flamma, quamdam speciosissimam puellam do- 
mini Poncii, dicti Perillux, incliti militis Arragonensis, de 
domo ducisse Burgundie sue consanguinee rapuerat, eamque 
sibi in matrimonio copulaverat vir prophanus, propria adhuc 
uxore vivente; quod delictum in eo tantum reprehensibilius 
fuit quanto ipse genere preclarior erat. At ubi inde percepit 
ducem Burgundie ad indignacionem maximam provocatum, 
cum sic domum fedasset dilectissime consortis, timens ne ab 
injuriis ad vindictam properaret, spreta sibi fidelitate debita , 
adversario suo duci Aurelianensi se conjunxit, eidem suum 
subdens comitatum. Cum autem vallidis precibus domini Johan- 
nis de Cabilone avunculi sui et aliorum consanguineorum suo- 
rum redire penitus recusaret, quamvis sibi promitterent, nec 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 473 


sérent et leur reprochérent hautement d'avoir été cause, par leurs 
lenteurs, que l'ennemi leur avait échappé. 1l s'ensuivit que les deux 
nations concurent dès-lors l'une contre l'autre une haine implacable, 
et que pendant toute cette campagne elles furent plus disposées à se 
battre entre elles qu'avec leurs ennemis. ' 


CHAPITRE XX. 


Prise de la ville de Rougemont par le comte de Nevers: 


Le duc de Bourgogne ayant'ainsi détruit la ville de Ham, que ses 
défenseurs lui avaient abandonnée, manda en toute hâte son frère le 
comte de Nevers, le duc de Lorraine et messire Jean de Chálons, 
prince d'Orange, qui ravageaient alors le pays du comte de Tonnerre 
à la téte d'une armée de Bourguignons et de Lorrains, pour punir 
ledit comte d'une trahison dont il s'était récemment rendu coupable. 
Égaré par une passion criminelle pour une fort belle fille du sire de 
Ponce, dit Périlleux, illustre chevalier d'Aragon, ledit comte l'avait 
enlevée de la maison de la duchesse de Bourgogne, sa cousine, et avait 
porté l'audace jusqu'à l'épouser, bien que sa femme vécüt encore. 
L'éclat de son rang rendait son crime encore plus condammable. 
Voyant que le duc de Bourgogne était vivement irrité de l'affront fait 
à la duchesse, sa femme bien aimée, et craignant les effets de sa ven- 
geance , il s'affranchit de la fidélité qu'il lui devait et s'allia à son rival 
le duc d'Orléans, auquel il fit hommage de son comté. Ni les instances 
de messire Jean de Chálons, son oncle, et de ses autres parents, ni la 
religior «u serment qu'il avait prété ne purent le détourner de son 
projet. Quoique le repentir füt pour lui le seul moyen de conserver ses 
domaines et les bonnes gráces du duc, il persista dans sa révolte. Alors 


* Monstrelet ajoute que la prise de Ham décida la soumission des villes de Cbauny, 
de Nesle, d'Athies et de Roye. 
IV. 6o 





i 
à 





ATA CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


pacto, cumque sic terram suam et ducis graciam valeret impe- 
trare, nec vellet resipiscere ab inceptis, comes Niverniensis 
prefatus comitatum cum bellatoribus subintrans, urbem opu- 
lentam et populosam de Monte Rubeo, subditam ipsi comiti, 
longua obsidione fatigatam cepit et depopulatus est cum tribus 
adjacentibus oppidis. Sicque negocio peracto feliciter, quamvis 
duobus milibus militibus et scutiferis tunc concomitatus esset, 
ut tunc audivit ducem Aurelianis Montem Argi attigisse, ut ad 
ipsum expugnandum solum mille et quingentis pugnatoribus : 
festinaret, loco cedere statuit ut ad fratrem rediret, duci Lotho- 
ringie vale dicto, qui tunc coactus est redire, ut terram suam a 
suis hostibus jam inquietate occupatam tueretur. Quod vero 
comes Niverniensis timore territus aufugisset sub signis ducis 
Aurelianis militantes publice divulgaverunt, et tanquam arram 


victorie jam tenerent, preceperunt ut in scriptis ignominiosa 
ejus fuga notaretur. . 


CAPITULUM XXI. 


Dux Burgundie Ánglicos ut sibi auxiliarentur evocavit. 


Celeritas prosequendi modernas instantes rerum vicissitu- 
dines unum michi abstulit quod prius scribi poterat, et quo- 
modo , nundum exacto jullio mense anni, ambo duces conten- 
dentes ad regem Anglie miserant et remiserant, velut auxilium 
petituri; quod, quia inconsuetum et alias inauditum, ideo 
regnicole inde necimmerito mirabantur. Michi legacionum cau- 
sam ex officio sollicite sciscitanti responsum est ducem Aure- 
lianensem solum regem Anglie sollicitasse , et jure cognacionis 
a genitrice procedentis, ne adversarium juvaret, sed ipsum 
finalibus respondisse timore regnicolarum id non potuisse 





— 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 475 


le comte de Nevers entra dans le pays du comte de Tonnerre à la téte de 
ses troupes, s'empara aprés un long siége de la riche et populeuse cité 
de Rougemont, appartenant audit comte, et la livra au pillage ainsi 
que trois autres places voisines. Áprés ce succés, il apprit que le duc 
d'Orléans s'était avancé jusqu'à Montargis avec quinze cents hommes 
pour le combattre. Bien qu'il eût sous ses ordres deux mille cheva- | 
liers et écuyers, il résolut de se retirer et de retourner vers son frère ; 
il prit donc congé du duc de Lorraine, qui fut alors obligé de s'éloi- 
gner aussi et d'aller défendre ses terres menacées par l'ennemi. Les 
gens du duc d'Orléans s'empressérent de publier partout que le comte 
de Nevers avait láchement pris la fuite, et comme s'ils eussent été sürs 
de la victoire, ils voulurent que cette fuite honteuse füt consignée 
par écrit. 


CHAPITRE XXI. 


Le duc de Bourgogne appelle les Anglais à son secours. 


En me hátant de poursuivre le récit de ces derniers événements, 
j'ai omis de mentionner une particularité dont j'aurais pu parler plus 
tót: c'est que dans le courant du mois de juillet, les deux ducs rivaux 
avaient envoyé plusieurs messages au roi d'Angleterre pour lui de- 
mander du secours. Cette démarche étrange et inouie surprit avec 
raison les habitants du royaume. Je me suis enquis soigneusement, 
comme c'est mon devoir d'historien , de l'objet de ces négociations, 
et l'on m'a assuré que le duc d'Orléans , faisant valoir auprés du roi 
d'Angleterre la parenté qui existait entre eux par sa mére, lui avait 
demandé seulement de ne point assister son adversaire, et que le roi 
lui avait répondu qu'en raison des offres du duc de Bourgogne ,'il 


476 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


negasse duci Burgundie, attentis oblacionibus ab eodem sibi 
factis. Quidquid autem vulgus super. hoc senserit estimandum, 
tunc certum est ducem cum prefato rege de connubio filie sue 
cum suo primogenito nunciis et apicibus proloquutum; quod et 
concordatum fuit sub hoc pacto, quod rex comitem de Arun- 
del, octingentos pugnatores et mille sagittarios sibi mitteret 
adjutores. 

Indignissimum visum fuit regnicolis auxilium ab hostibus 
capitalibus expeciisse; et tunc in aula regia et alibi publice 
divulgatum est ducem Burgundie in prejudicium regni regi 
Anglie introitus famosiores Flandrie, videlicet portus Escluse, 
Diquemue, Dunquarque et de Gravelinis concessisse. Addebant 
ulteriu$ ipsum regi Anglie fidelitatem promisisse de comitatu 
Flandrie, pactamque secum firmasse super restitucione sibi 
facienda pro viribus de ducatu Normanie et Aquitanie a suis 
progenitoribus amissis. Sed litteras ab eodem duce domino 
duci Guienne in castro Lupare missas legi contrarium conti- 
nentes. Mendaces talium rerum adinventores nominans, regi et 
duci Guienne regraciabatur quod ipsis nunc et alias in simili- 
bus non crediderant, frivolis et adinventis, nunquam precogi- 
tatis, promittens, quamdiu vitam duceret in humanis , fidelis 
existeret erga regnum, regem et suam sobolem contra quos- 
eunque viventes. De villa autem de Han faciens mencionem : 
« Venimus, inquit, ante illam et assultus contra rebelles reite- 
« ravimus. Át ubi viderunt obsidionalia instrumenta per circui- 
« tum aptari, aufugerunt. Ideo ad debellandum ceteros jam hac 
« die septembris duodecima ad iter accinte sunt quas nobis- 
« cum traximus legiones. » 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 477 
n'avait pu lui refuser son secours de peur de mécontenter ses sujets. 
Quelle que soit l'opinion généralement recue à cet égard, il est cer- 
tain que ledit duc de Bourgogne négocia par messages et par lettres 
le mariage de sa fille avec le fils ainé dudit roi, et que cette alliance 


AT8 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


GAPITULUM XXII. 


Ad custodiam ville Sancti Dyonisii Parisienses ordinantur. 


Inde gavisus multipliciter dux Guienne, rogatu Parisiensium, 
domino Petro de Essartis, ab ipsis honorifice suscepto, officium 
prepositure Parisiensis restituit, monens dulciter dominum Bru- 
nellum de Sancto Claro, magistrum regalis hospicii, ut destitu- 
tus ministerium suum primum fideliter, ut semper consueverat, 
exerceret. 

Persuadente eciam novo preposito, ex septingentis decaniis 
repertis Parisius, que singule sub se sexaginta loricatos viros 
habebant, balistariis exceptis, octingenti ad custodiam poncium 
Credolii super Ysaram, Sancti Clodoaldi , Charentonii et ville 
Corbolii super Secanam mittuntur, qui curarent ut victualia 
mercesque peregrine et communes libere ad civitatem afferren- 
tur. Eo interim consulente, villam Sancti Dyonisii et ecclesiam, 
non competenter muratas nec defensoribus munitas, custodie 
insignis militis Roberti de Castillione, auctoritate regia, regis 
consiliarii commiserunt ; cui et de numero predictorum Pari- 
siensium adjunxerunt, et precipue ex hiis qui mechanicis inser- 
vientes operibus hucusque armorum non audierant fragorem. 
Hii sane habitantibus et religiosis amplius valde molesti 
fuerunt; et cum essent commessacionibus et ebrietatibus , ludo 
quoque taxillorum plus dediti quam rebus bellicis vel custodiis 
castrorum, nundum tribus exactis nocturnis excubiis, cum por- 
tam qua pergebatur ad agros obstruxissent muro , addentes ne 
monachi Armeniacos evocarent, diciores eorum depredari una- 
nimiter concluserunt, si stipendiis sufficientibus fraudarentur. 
Anteastatutum fuerat ut subsidiarii regii dicerentur, et peccuniis 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 479 


CHAPITRE XXII. 


Un corps de Parisiens est chargé de défendre la ville de Saint-Denys. 


Le duc de Guienne reçut ce message avec joie, et, sur la demande 
des Parisiens, il rendit la charge de prévót de Paris à messire Pierre 
des Essarts, qui avait été accueilli dans la ville avec les plus grands 
égards. Il rétablit messire Bruneau de Saint-Clair dans ses fonctions 
de grand-maître d'hótel, et en lui annonçant cette nouvelle décision 
il lui recommanda affectueusement de servir le roi avec la fidélité dont 
il avait toujours fait preuve. 


Par le conseil du nouveau prévôt, on choisit huit cents hommes 
dans les sept cents dizaines de Paris, qui fournissaient chacune un con- 
tingent de soïxante hommes d'armes, sans compter les arbalétriers, 
et on leur confia la garde des ponts de Creil-sur-Oise, de Saint-Cloud, 
de Charenton et de Corbeil-syr-Seine, pour veiller au libre transport 
des approvisionnements et des marchandises qui venaient à Paris des 
villes et des campagnes. D’après son avis aussi, les conseillers du voi 
chargèrent un illustre chevalier, Robert de Châtillon, d’aller défendre 
la ville et l'abbaye de Saint-Denys, qui n'étaient protégées ni par des 
murailles assez fortes ni par une garnison suffisante; ils lui adjoignirent 
a cet effet un certain nombre de Parisiens, pris surtout dans la classe 
des artisans, qui n’avaient jamais entendu le bruit des armes. Tous 
ces gens, plus habitués aux débauches, aux orgies et au jen de dés 
qu'au métier des armes et à la garde des places, furent fort à charge 
aux habitants et aux religieux. La troisiéme nuit aprés leur arrivée, 
ils murérent la porte de l'abbaye qui donnait sur la campagne, pour 
empécher, disaient-ils, les moines d'appeler les Armagnacs; puis ils 
résolurent entre eux d'un commun accord qu'ils pilleraient les plus 
riches du couvent, si on ne les payait pas convenablement. Il avait été 
décidé avant leur départ qu'ils seraient considérés comme milice royale 
et entretenus aux frais des bourgeois de Paris. Mais au bout de six 
jours , comme l'entretien des gens de guerre promis au roi et au duc 


480 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Parisiensium civium alerentur. Sed sex exactis diebus, civibus 
necessitatis, cum numerum bellatorum regi et duci Guienne 
promissorum, ad custodiam fluviorum et poncium mittendo- 
rum, nuper oblate peccunie summam transcenderet, opportuit 
ut ecclesia in centum libris parisiensibus alleviaret tantum onus. 
' Hic adiciam regios consultores non ad memoriam priscos reges 
reduxisse, qui per se ipsos vel suis sumptibus predilectam sibi 
ecclesiam beati Dyonisii , regni peculiaris patroni , non modo ab 
incursionibus paganorum, sed et christianorum hostium, quo- 
ciens opus fuit, defensarunt, ut in annalibus Francorum sepius 
repperitur. Sed michi causam varietatis sciscitanti a quibusdam 
circumspectis responsum est : « Sic opportet civitati suffragari 
« et complacere civibus, qui alios fere omnes excitaverunt regni- 
« colas ad servandum fidelitatem erga regem et suam generacio- 
« nem eciam usque ad mortem, ut percipiunt universi. » 


CAPITULUM XXIII. 


Dux Aurelianensis contra ducem Burgundie duxit exercitum , et pons Belli Montis 
captus fait. 


Non modo Parisienses, sed et cuncti regnicole, qui solum 
regem recognoscebant dominum, et oderant et timebant ducis 
Aurelianensis agmina bellatorum, que et tendentes ad hostem ex 
clausis urbibus et oppidis cum balistis et machinis jaculatoriis 
infestabant, omnes alte nominantes, dum transibant, absque 
erubescencie velo Armeniacos rebelles et exules proditores. Ex 
hiis tamen solus armiger strenuus Inguerrannus de Bornovilla, 
custos auctoritate regia Silvanetensis civitatis, cum suis portas 
exiens in extremum eorum agmen insurrexit, atrocique peracto 
eonflictu, quo et suum nepotem tunc doluit corruisse et multos 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 481 


de Guienne, et destinés à la garde des rivières et des ponts, dépassait 
les dépenses qu'on avait prévues, et que les bourgeois ne pouvaient y 
subvenir, il fallut que l’abbaye y suppléât par une taxe de cent livres 
parisis. Je ferai remarquer ici que les conseillers du roi perdirent de 
vue en cette circonstance l'exemple ‘des anciens rois, qui, en toute 
occasion, ainsi que les annales de France en font foi, ont toujours 
défendu soit par eux-mémes soit à leurs dépens, contre les incursions 
des paiens et contre les attaques d'ennemis chrétiens, cette église 
consacrée à saint Denys, patron particulier de la France, et qui a tou- 
jours été l'objet de leurs plus chéres affections. Quelques gens sages à 
qui je demandai la cause de ce changement me répondirent : « On a 
« recours à cette mesure pour se ménager l'affection de Paris et pour 
« plaire aux bourgeois qui, comme chacun sait, donnent à presque 
« tous les autres habitants du royaume l'exemple de la fidélité et les 
« engagent ainsi à servir le roi et ses enfants jusqu'à la mort. » 


CHAPITRE XXIII. 


Le duc d'Orléans marche avec son armée contre le duc de Bourgogne. — 
Prise du pont de Beaumont. 


Non seulement les Parisiens, mais encore tous les habitants du 
royaume, qui ne reconnaissaient que le roi pour seigneur, haissaient 
et craignaient les gens de guerre du duc d'Orléans ; ils les harcelaient 
sur leur passage et faisaient pleuvoir sur eux du haut des remparts de 
leurs villes closes et de leurs places fortes une gréle de projectiles de 
toute espéce, les traitant hautement d'Armagnacs, de rebelles, de trai- 
tres et de proscrits. Il n'y eut qu'un seul écuyer, le brave Enguerrand 
de Bournonville, commandant au nom du roi dans la ville de Senlis, 
qui fit une sortie à la téte des siens et fondit sur l'arriére-garde des 
Orléanais ; aprés un combat sanglant, dans lequel il eut la douleur de 
perdre un de ses neveux et où il tua beaucoup de monde à l'ennemi, il 

IV. 6i 


482 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


partis adverse: interemit ‘et vehicula 'eorum sarcinis onerata 
lucratus jure bellorum in urbem intromisit. Cum autem urbem 
transissent qui similibus conducendis incumbebant, iterum in 
itinere multas passi sunt a Brigantinis mortales insidias. Quod 
cum ad noticiam sequencium signa comitis Ármeniaci pervenis- 
set, quociens loca nemorosa petebant, quasi. sub obtentu inse- 
quende venacionis, eos sicuti agrestes feras vibratis insequeban- 
tur gladiis, et per hunc modum quadam. die ex hiis:septingentos 
interfecerunt. 

Dux vero Aurelianis cum Viermes, Dompnum Martinum, 
indeque per Bellimontis pontem super fluvium Ysare transisset, 
recensito suorum numero, octo milibus militibus et armigeris 
loricatis ad unguem, duodecimque aliis pugnatoribus, balista- 
riis et gregariis non numeratis , se concomitatum repperit, qui 
sufficientes judicio numerancium videbantur ad delendas multas 
barbaras naciones. Tunc seniorum divisioni acquiescens, pri- 
mam aciem comiti Ármeniaci,:extremam comiti de Alenconio 
commisit, ipseque mediam tenens , alas statuit militare sub sig- 
nis ceterorum principum et sic ad iter accingi. Quod utique 
benedicendum judicassem ab omnibus, si contra adversarios 
regni vel Crucifixi processissent. Custodiam tamen pontis Belli- 
montis cuidam commisit militi, ut, si-penuria victualium aut 
pabulorum premerentur, redeundo ad uberrimum Parisiacum 
pagum inde valerent afferri. Audito tamen recessu, mox prepo- 
situs Parisiensis municionem Parisiensium ad custodiam ville 
Sancti Dyonisii ordinatam illuc misit cum quodam secretario 
fulto auctoritate regia. Cui cum imperanti auctoritate qua supra 
oppidum sibi reddi sine. resistencia obtemperatum fuisset, qui 
secum ierant, pontis stratam regiam illico confringentes, transi- 
tum custodiendum sumpserunt sub militari vexillo incliti mili- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 483 


rentra dans la ville avec un grand convoi de chariots et une immense 
quantité de butin, fruit de sa victoire. Les Orléanais n'eurent pas 
plus tôt passé au-delà de la ville avec le reste de leurs bagages, qu'ils 
eurent aussi beaucoup à souffrir des embuscades que les Brigands leur 
dressérent à plusieurs reprises; mais les soldats du comte d'Arma- 
gnac, en ayant eu connaissance, entrérent dans les bois qui servaient 
d'asile à leurs ennemis, les traquérent comme: des bétes fauves, et 
les poursuivirent l'épée dans les rems; ils en tnérent en un jour sept 
cents de cette maniére. 


Cependant le duc d'Orléans, aprés avoir passé par Viarmes, Dam- 
martin et le pont de Beaumont-sur-Oise, fit la revue de ses troupes, et 
trouva qu'il avait sous ses ordres huit mille chevaliers et écuyers et 
douze mille hommes d'armes, sans compter les arbalétriers et les 
gens de pied, armée qui, au dire des personnes chargées du dénom- 
brement, aurait suffi pour exterminer plusieurs nations étrangères. 
Le duc, selon l'avis exprimé par les plus anciens capitaines, confia 
l'avant-garde au comte d'Ármagnac, l'arriére-garde au comte d' Alen- 
con, se réserva le principal corps de bataille et remit le commande- 
ment des deux ailes aux autres princes; puis il ordonna qu'on se mit 
en marche. Il y aurait eu véritablement lieu de louer l'habileté de ces 
dispositions, s'il se füt agi d'aller combattre les ennemis du royaume 
ou de la croix. Toutefois le duc laissa à un de ses chevaliers la garde du 
pont de Beaumont , afin que, si l'armée venait à manquer de vivres 
ou de fourrage, elle pût en tirer des riches campagnes du Parisis. Le 
prévót de Paris, informé du départ des Orléanais, envoya aussitôt vers 
ce pont la milice parisienne qui tenait garnison à Saint-Denys, avec 
un secrétaire du roi muni de pleins.pouvoirs. Celui-ci ayant sommé les 
ennemis de se rendre, on ne fit aucune résistance. Les Parisiens 
rompirent aussitót la grande arche du pont et s'établirent en cet en- 
droit sous la conduite du vidame d'Amiens, chevalier fameux, pour 
garder le passage. Mais deux jours aprés leur chef décampa furtive- 
ment au grand étonnement de tous. Ils en rejetérent sur lui tout le 
blâme et l’accusèrent d'avoir causé une. terreur: panique en fuyant 





484 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


tis vicedomini Ambianensis, qui tamen non sine ammiracione 
multorum clam recessit, biduo non exacto. Sane culpam in capi- 
taneum subsidiarii Parisienses retorquentes ipsum dicebant 
cunctis terrorem non immerito incussisse, quia intempesta nocte 
nec vale dicto fugerat; et id ad salvacionem sui respondebat, 
quod cum indisciplinatis viris et ineptis ad paciendum labores 
militares sibi tediosum fuerat tamdiu remansisse. 


CAPITULUM XXIV. 


De inglorioso recessu amborum ducum. 


Discordancium ducum bellicum apparatum jam tetigi, et cum 
quanta bellatorum copia Gallicorum, Britonum, Normanorum, 
Guasconum et Alemanorum Aurelianis dux hostem agredi 
intendebat. Quos cum usque ad Montem Diderii circa finem 
septembris perduxisset, adversarium repperit ad resistendum 
paratum associatumque Burgundionum, Sabaudiorum et Fla- 
mingorum multitudine copiosa. Utrinque copiis agregatis, cum 
fere per novendium non nisi decem miliaribus distarent'abin- 
vicem, discursibus et occursibus bellicis particulares congres- 
siones acte sunt non sine armigerorum et gregariorum finali 
discrimine. —— 

Rumor publicus diebus singulis referebat tempus congressio- 
nis mutue principes acceptasse, et id multis gratum erat optan- 
tibus ut victor post regem precipuus dominaretur in regno; ad 
quod uterque contendens modis omnibus aspirare luce clarius 
constabat. Optabant tamen dissimilem sequentes sentenciam ne 
bellum imminens intestinum, bellum civile, bellum domesticum, 
utique inter fratres, consanguineos, compatriotas et notos 
tanta tamque electa milicia regnum Francie privaret; et id ad 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 485 


pendant la nuit sans rien dire à personne. Le vidame allégua pour se 
justifier qu'il lui était devenu impossible de rester plus long-temps 
avec des troupes indisciplinées, qui n'étaient pas accoutumées aux 
fatigues de la guerre. 


CHAPITRE XXIV. 


Retraite honteuse des deux ducs. 


J'ai déjà parlé des préparatifs de guerre des deux princes ennemis 
et du grand nombre de gens de guerre frangais, bretons, normands, 
gascons et allemands, à la tête desquels le duc d'Orléans se disposait 
à attaquer son rival. Arrivé à Montdidier vers la fin de septembre, 
il trouva le duc de Bourgogne prét à le recevoir avec une nombreuse 
armée de Bourguignons, de Savoyards et de Flamands. Les deux par- 
tis restérent environ neuf jours en présence l'un de l'autre, et n'étant 
séparés que par un intervalle de dix lieues. Il y eut seulement entre 
eux diverses escarmouches et rencontres qui coütérent la vie à plus 
d'un écuyer et d'un soldat. 


Chaque jour le bruit courait que les princes avaient pris jour pour 
une bataille décisive, et bien des gens s'en réjouissaient dans l'espé- 
rance que celui des deux qui triompherait de l'autre deviendrait pai- 
sible possesseur du souverain pouvoir aprés le roi ; ce qui était évidem- 
ment l'objet de l'ambition des deux compétiteurs. Cependant ceux qui 
ne partageaient point ce sentiment désiraient que cette guerre civile, 
ou plutót cette guerre domestique , qui allait éclater entre des fréres, 
des parents, des compatriotes et des amis, ne privát point le royaume 
de France de l'élite de sa chevalerie. Leurs vœux furent remplis; 


486 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


votum successit, sed revera nec ad landem vel gloriam amborum 
contendencium. Alias tam pteclaram militum apgregacioneïñ fine 
tam obscüro divisam non memini; quod contingit, quia in 
ducis Aurelianis consiliis super aggressione hostium celebratis 
facta est assistencium votorum dissonancia, et totum spacium 
dictum in consiliis inutilibus consumpserunt. Argumentosa 
eciam deliberacione durante, cum juniores parem numerum 
parcium mecientes dignum ducerent in hostes sine cunctacione 
insurgendum directe et festinanter, antiquioribus vero insidiis 
et assiduis erupcionibus in eos uti placeret, interim ut illos loco 
cedere velle audierunt, idque notis et amicis mox innotue- 
runt sic scribentes : « À facie dominorum nostrorum proditores 
« adversarii aufugerunt. » | | 

Ducem Burgundie primo retrocessisse verum est; sed michi 
ab adversariis sciscitanti causam quare, responsum est quia 
unitum non habebat exercitum, et propter inequalem divisio- 
nem prede de Han Picardi contra Flandrenses mortali odio dis- 
sidebant. Addebant et ipsis Flandrensibus ducem pluries per- 
suasisse ne paucitatem anteguardie hostium formidarent; cujus 
tamen apparatum et numerum cum explorari fecissent, animo 
consternati, omnis eorum virtus emarcuit, et mox miserunt ad 
ducem qui dicerent quod hostes amplius non expectarent, et 
quod spacium exercicii militaris jam exegerant promissum. Hiis 
dictis, sine cunetacione, nemine persequente, die sanctorum 
Cosme et Damiani fugam arripiunt. Quod percipientes Picardi 
et accinti ad vindictam inveterati odii eorum sarcinas et vehi- 
cula usque ad nauseam rapuerunt. Unde plurimum ditati, mox 
duci Burgundie vale dicto, ad solum proprium magnis itine- 
ribus contenderunt. 

In banc sentenciam ibant in milicia experti quod si alterius 











CHRONIQUE DE CHARLES VI.— LIV. XXXII. — 487 


mais ce na. fut ni à la louange ni à l'honneur des deux rivaux. Je ne 
me souviens pas d'avoir jamais oui dire qu'une si belle réunion de gens 
de gnerre se füt dissipée si honteusement. Cela vint de ce que les offi- 
ciers du duc d'Orléans ne purent s'accorder au sujet du plan d'attaque 
et perdirent tout le temps en débats inutiles. Les plus jeunes, consi- 
dérant que les forces étaient égales de part et d'autre, voulaient qu'on 
marchát droit à l'ennemi, sans hésitation ni délai quelconque; les 
plus ágés étaient d'avis qu'il fallait user de surprise et harceler les 
Bourguignons par des attaques continuelles. Pendant ces orageuses 
discussions, .ils apprirent que leurs adversaires se préparaient à la 
retraite, et ils en dounérent avis aussitôt à leurs amis et à tous ceux 
de leur connaissance en leur écrivant : « Nos perfides ennemis ont fui 
devant nos seigneurs. » 


Ce fut en effet le duc de Bourgogne qui abandonna la place le pre- 
mier. Je demandai à ceux du parti contraire quels pouvaient étre les 
motifs de cette retraite; on me répondit qu'elle avait pour cause la 
discorde qui régnait dans son armée et la haine mortelle qu'avait fait 
naítre entre les Picards et les Flamands le partage inégal du butin de 
"Ham. Le duc, ajouta-t-on , avait cherché plusieurs fois à rassurer les 
Flamands en leur répétant..que l'avant-garde des ennemis était peu 
considérable; mais ceux-ci, ayant pris des renseignements sur la valeur 
numérique et sur la force de cette avant-garde, avaient été saisis de 
frayeur et avaient perdu courage; ils avaient aussitót, envoyé dire au 
duc qu'ils n'attendraient pas plus long-temps l'ennemi, et que le 
temps de leur service était expiré. Puis ils avaient pris la fuite en toute 
háte , le jour de saint Cosme et saint Damien, sans étre poursuivis par 
personne. Les Picards voyant cela avaient profité de l'occasion pour 
satisfaire leur haine et leur vengeance; ils étaient tomhés sur les cha- 
riots et les bagages abandonnés par leurs compagnons, et s'étaient 
gorgés de butin; prenant ensuite congé eux-mémes du duc de Bour- 
gogne, ils étaient repartis à grandes journées pour leur pays. 


Les capitaines les plus expérimentés m'ont assuré que, si les ducs 


488 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII.- 


partis duces et principes contractas militares copias utique 
prede avidas spoliis fugiencium ditari permisissent, et eórum 
sequi vestigia, quos sciebant non posse nisi per longum trac- 
tum temporis proximum Sommene fluvium transmeare , expe- 
dicionem bellicam fine laudabili terminassent. Sed post reces- 
sum hostium, seniorum consilio dicencium : « Transeundum 
« inde est, principes, ad majora et cunctis commodiora », sine 
prosequcione aliqua ad Verberiam redeuntes, et pontem lig- 
neum factum super fluvium Ysare, de rippa ad rippam usque 
protensum, aptum curribus, equis et vehiculis transmeandis 
transeuntes , versus Parisius magnis itineribus contenderunt, ac 
si pocius optarent ingredi civitatem quam hostem insequi, 
quem hucusque reputaverant capitalem. Sane sic omnes spera- 
bant domos et possessiones suas ab officiariis regiis jam deten- 
tas sibi restitui, et pro mobilibus ablatis posse recuperare 
centuplum per detencionem et spoliacionem sibi notorum 
civium. Nec loquor sompnianti similis, quia id sine difficultate 
posse fieri publice jactitabant. | 

Quod ut ad civium pervenit noticiam et quod jam cathenis 
ferreis ville cuidam militi concessis, potencioribus dominis 
captivandos diciores burgenses assignabant, ceterosque aliis 
singulis, secundum uniuscujusque statum, solito studiosius se ad 
resistendum aptaverunt; initoque colloquio generali in domici- 
lio ville, unanimiter concluserunt quod magis optabant mori 
quam antiquam urbis perdere libertatem, vel quod tam dirum 
dedicionis jugum subeuntes, urbe in parte destructa, quod 
adversarii optabant sine dubio, ut vulgo referebatur, bonis 
omnibus privarentur. | 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 489 


A 


et les princes du parti d'Orléans avaient permis à leurs troupes si 
avides de butin de poursuivre: les fuyards et de recueillir leurs dé- 
pouilles, ils auraient remporté une victoire décisive et mis fin aux 
hostilités; car il fallait beaucoup de temps à leurs adversaires pour 
traverser la Somme. Dés qu'ils eurent battu en retraite, les anciens du 
conseil furent d'avis qu'il fallait songer à quelque entreprise plus im- 
portante et plus avantageuse pour toute l'armée. Les Orléanais retour- 
nérent donc directement à Verberie, traversérent l'Oise sur un pont 
de bois qu'on avait jeté d'une rive à l'autre afin de passer les chariots, 
les chevaux et les équipages de toute espéce, et marchérent sur Paris 
à grandes journées, comme s'ils eussent eu plus à cœur d'entrer 
dans cette ville que de poursuivre ceux qu'ils avaient toujours tenus 
pour leurs plus mortels ennemis. Ils espéraient en effet se faire 
rendre leurs maisons et leurs propriétés qui avaient été saisies par les 
officiers du roi, et s'indemniser au centuple de toutes leurs pertes par 
la détention et la spoliation de certains bourgeois qui leur étaient 
connus. Et je ne m'abuse point en avancant ce fait, car ils se van- 
taient publiquement que cela ne souffrirait aucune difficulté. 


Lorsque les bourgeois furent instruits de ces dispositions, et qu'ils 
apprirent que déjà les chaines de fer de la ville avaient été remises à 
un chevalier, que l'on se proposait de livrer les plus riches d'entre eux 
comme prisonniers aux principaux seigneurs, et que les autres sei- 
gneurs devaient se partager les dépouilles du reste des bourgeois, cha- 
cun suivant son rang, ils se préparérent à résister avec une nouvelle 
vigueur. Dans une assemblée générale qui se tint à l'hótel-de-ville, 
on décida unanimement qu'il valait mieux mourir que de sacrifier les 
anciennes libertés de la ville et de se mettre à la merci d'un ennemi 
qui voulait détruire, ainsi qu'on le disait, une partie de la ville, et 
les priver de tous leurs biens. 


IV. 62 


490 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


CAPITULUM XXV. 


Ville et ecclesie Sancti Dyonisii dominus Jobannes de Cabilone custos efficitur. 


Vix ad campestria per pontem ligneum dux Aurelianensis 
traduxerat legiones, cum ei nunciatum est illustrem militem 
Johannem de Cabilone, dominum Darly et principem Orengie, 
jam Luparas attigisse cum quadringentis lanceis, ut duci Bur- 
gundie opem ferret; quem tamen ignorabat sic dedecorose 
recessisse. At ubi comperit per exploratorem dictus miles ad 
eum expugnandum jam accelerare gentes ducis et quod par 
viribus non erat nec numero, mox cum prope villam Sancti 
Dyonisii pertransiens frustra ville expeciisset ingressum, Pari- 
sius citato cursu contendit. Ibi a duce Guienne, consiliariis 
regiis et summe auctoritatis civibus exoeptus comi fronte, 
attendentes civitatem competenter defensoribus munitam , 
ipsum custodie ville Sancti Dyonisii prefecerunt, prius prestito 
juramento quod nec quempiam ingredi pateretur, nisi super 
hoc mandatum regium et speciale accepisset. Summam gerebant 
sollicitudinem ne in eorum prejudicium duci Aurelianensi, tunc 
reputato hosti publico, redderetur. Quapropter Parisiensis pre- 
positus illuc eum adducens tercia die octobris, que fuit dies sab- 
bati, auctoritate regia claves ville sibi tradens ecclesiam eidem 
principaliter commendavit; quam et personaliter protegendam 
suscepit. Deinde undecim suos commilitones collocans, Theo- 
baldo de Novo Castro portam versus Pontisaram, domino 
Jacobo de Vienna portam Sancti Remigii, Philippo de Vienna 
portam Parisiensem, et spacium quod ab illa porta usque ad 
turrim Juratam, criminosorum condempnatorum habitaculum, 
interjacet domino Matheo de Bonnay commisit custodiendas. 

















CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 494 


CHAPITRE XXV. 
Messire Jean de Chálons est préposé à la garde de la ville et de l'abbaye de Saint-Denys. 


A peine le duc d'Orléans avait4l fait passer l'Oise k ses troupes sar 
le pont de bois, qu'on vint lui annoncer que l'illustre chevalier Jean 
de Châlons, sire d'Árlay et prince d'Orange, était arrivé à Louvres 
avec quatre cents lances qu'il amenait au secours du duc de Bour- 
gogne. Ledit chevalier ignorait la honteuse retraite de ce prince; mais 
informé par un espiou que le duc d'Orléans s'avancait pour le com- : 
battre, et qu'il avait des forces bien supérieures, il se replia sur la 
ville de Saint-Denys, et n'ayant pu s'en faire ouvrir les portes, il se 
réfugia en toute háte à Paris. Le duc de Guienne, les conseillers du 
roi et les principaux bourgeois l'accueillirent avec beaucoup d'égards, 
et considérant que la ville avait assez de défenseurs, ils le préposérent 
àla garde de Saint-Denys, en lui faisant jurer qu'il n'y laisserait 
entrer personne sans un ordre spécial du roi. Ils avaient fort à coeur 
que cette ville ne tombát point entre les mains du duc d'Orléans, 
qu'ils avaient déclaré ennemi de l'état; ce qui leur aurait causé beau- 
coup de préjudice. En conséquence le prévót de Paris y conduisit le 
sire de Chálons le 3 octobre, qui était un samedi, lui remit au nom 
du roi les clef de la ville, et lui recommanda particulièrement 
l'abbaye. Ledit chevalier promit de la défendre en personne , y établit 
aussitôt one de ses hommes d'armes, et confia à Thibaud de Neuf- 
châtel la porte de Pontoise, à messire Jacques de Vienne la porte de 
Saint-Remi, à Philippe de Vienne la porte de Paris, et à messire 
Mathieu de Bonnay tout l’espace compris entre cette porte et la tour 
Jurée, séjour des criminels condamnés. Quant à la partie de l'en- 
ceinte qui s'étendait depuis la porte de Paris jusqu'à celle de Seine et 
qui était plus que tonte autre exposée aux assauts, il en confia Ia défense 
a Jean de Beauvoir, et recommanda aux habitants de faire le guet à 
tour de rôle jour et nuit, et de remplir de pierres des tonneaux qu'on 
placerait le long des murs. Il veilla à ce que cet ordre fût ponctuelle- 


492 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Productum autem spacium muris clausum, sed plus inferendis 
aptum assultibus de porta Parisiensi usque ad illam Secane 
Johanni de Belevoir commisit custodiendum, habitantibus pre- 
cipiens ut vicarias nocturnas diurnasque staciones persolventes 
ex lapidibus aggregatis implerent dolia que per circuitum eri- 
gerentur murorum. Mandato studuit obtemperare celeriter ; 
nam quasi presagasset futura , sequenti luce dux Aurelianis cum 
septem instructis aciebus ante villam pertransiens et egre ferens 
sibi negatum ingressum, in modum obsidionis se et suos in villa 
Sancti Audoeni et quatuordecim villagiis contiguis ville Pari- 
siensis locavit. | | 
CAPITULUM XXVI. 


De litteris missis regi et duci Guyenne. 


Fide dignorum relatu tunc audivit dominum Vinetum Despi- 
nensem, picardum, familiarem suum, jam exacta ebdomada 
capitalem subiisse sentenciam, quia Pontisare depopulato sub- 
urbio ubique predas agere licitum cunctis dixerat, sibique con- 
federatos principes id solum mente gerere confessum fuisse ut 
inter se divisis dominiis gallicanis ipsum in regni solio subli- 
marent. Hanc tamen tante prodicionis notam testimonio sibi 
assistencium militum purgare cupiens, omnium aliorum nomine 
comes Rouciacensis, Johannes dominus de Hangest, magister 
balistariorum Francie , Gaufridus le Maingre dictus Boussicaut, 
dominus de Montbason, Aymedius de Salesburia, Guillelmus 
Buticularii, Gadifer de Aula, Johannes de Malestrait, dominus de 
Cambour, Johannes dominus de Fontibus, Guillelmus dominus 
de Braquemont, Hugo Damboise, dominus de Chaumont, Fran- 
ciscus Daubiscourt, Franciscus de Hospitali, Baudrain de la 
Heuse, Guillelmus Bataille, Robertus de Bonnay, Ludovicus de 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 493 


ment exécuté; il semblait qu'il eüt prévu ce qui devait arriver. Dés 
le lendemain, le duc d'Orléans se présenta devant la ville, à la téte de 
sept escadrons, et irrité de voir qu'on lui en refusait l'entrée, i] s'éta- 
blit avec ses troupes à Saint-Ouen et dans quatorze autres villages 
voisins de Paris, pour faire le blocus de Saint-Denys. 


CHAPITRE XXVI. 


Lettres adressées au roi et au duc de Guienne. 


Sur ces entrefaites, le duc d'Orléans apprit de source certaine que 
messire Vinet d'Epineuse, chevalier picard, l'un de ses familiers, 
avait été décapité la semaine précédente, pour avoir pillé le faubourg 
de Pontoise, et qu'il avait déclaré que le duc avait permis à tous les 
siens de faire main basse sur tout ce qu'ils trouveraient, et que les 
princes ses alliés n'avaient d'autre but que de se partager les seigneu- 
ries de France et. de l'élever sur le tróne. Il résolut de repousser un 
tel reproche de trahison par le témoignage des seigneurs qui étaient 
auprés de lui. En conséquence, le comte de Roucy, Jean, sire de 
Hangest, grand-maitre des arbalétriers de France, Geoffroy le Maingre 
dit Boucicault ', le sire de Montbazon, Amédée de Salisbury, Guil- 
laume le Bouteiller, Gadifer de la Salle, Jean de Malestroit, le sire 
de Combourg, Jean sire des' Fontaines, Guillaume sire de Braque- 
mont, Hugues d'Amboise, le sire de Chaumont, Francois d'Auber- 
chicourt, Francois de L'Hópital, Baudrain de la Heuse , Guillaume 
Bataille, Robert de Bonnay, Louis de Culän, Louis de Bourdon, Jean 


| Frère du maréchal Boucicault. 


494 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Culanto, Ludovicus de Bourdon, Johannes de Drocis, Galoys 
Dacy Radulphus dominus de Gaucourt, Guillelmus de Trya, 
Petrus de Morneyo dictus Gauluet, dominus de Guitry, humiles 
excusatorias litteras, singulorum sigillis roboratas, regi et 
domino duci Guienne nona die hujus mensis per duos preco- 
nes triumphorum transmiserunt. In eisdem falsos, mendaces et 
adinventores pessimos nominantes qui eorum auribus suggere- 
bant ducem Aurelianis et dominos confederatos convenisse in 
detrimentum regie auctoritatis, asserebant id nunquam exco- 
gitasse pro certo, quia semper intendebant erga ipsos fidelita- 
tem, ut tenebantur, servare. Attendentes eciam se predictis ad 
id solum suum servicium obtulisse ut mortem ducis Aurelia- 
nensis tam ignominiosam et scandalosam toti regno vindica- 
rent, et ut, rege a servitutis jugo liberato, honor ejus et 
justicia reformarentur in melius, supplicabant ne talibus pro- 
ditoribus et falsis assentatoribus aures accomodarent benignas. 

Apices non comi fronte prepositus Parisiensis recepit ; sed si 
eos quibus mittebantur obtulerit, id ignoro; scio tamen quod 
nunciis non accesserunt boni vultus , eosque remittens cum inju- 
riosis verbis et insidiatores pessimos eos vocans sub intermina- 
cione amputacionis capitis prohibuit ne tante temeritatis auda- 
ciam amplius attemptarent. | 


CAPITULUM XXVII. 


Villam Sancti Dyonisii subsidiarii ducis Aurelianensis capere temptaverunt. 


Ut prius dictum est, dum milites et armigeri castra prope 
Parisius metarentur, quidam Britones ad villam Sancti Dyonisii 
venerunt, et Sancti Remigii suburbio violenter effracto et viri- 
bus occupato, progredientes ulterius ad portam magnum assul- 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 495 
de Dreux, Galoys d'Acy , Raoul sire de Gaucourt, Guillaume de Trie, 
Pierre de Mornay dit Gauluet, et le sire de Guitry adressèrent, au 
nom de tout leur parti, le 9 de ce mois, au roi et à monseigneur le 
duc de Guienne, d'humbles lettres justificatives, scellées du sceau de 
chacun d'eux, et les leur firent porter par deux hérauts d'armes. Ils 
y traitaient de perfides, de menteurs et d’infâmes calomniateurs ceux 
qui insinuaient que le duc d'Orléans et les seigneurs ses alliés avaient 
conspiré contre l'autorité royale, et assuraient qu'ils n'en avaient 
jamais eu la pensée, et que leur intention avait toujours été de garder 
à leursdits seigneurs la fidélité qu'ils leur devaient. Ils protestaient 
qu'ils n'avaient. offert leurs services audit duc qu'afin de venger la 
mort du feu duc d'Orléans, qui était un déshonneur et un scandale 
pour tout le royaume, de délivrer le roi du joug d'une honteuse ser- 
vitude, de relever son honneur et de rétablir la justice. Ils les sup- 
pliaient donc de ne point préter l'oreille aux perfides insinuations 
de ces traítres. , 


Le prévót de Paris reçut ce message avec déplaisir. J'ignore s'il le 
remit à ceux auxquels il était adressé; ce que je sais, c'est qu'il ne fit 
pas bon accueil aux envoyés, qu'il les renvoya en les accablant d'in- 
jures, en les traitant de traitres et d'espions, et qu'il leur défendit, 


sous peine d'étre décapités, de se charger une seconde fois d'une mis- 
sion semblable. 


CHAPITRE XXVII. 


Tentative des troupes du duc d'Orléaus contre la ville de Saint-Denys. 


Pendant que les chevaliers et les écuyers du parti d'Orléans cam- 
paient prés de Paris, comme nous l'avons dit plus haut, quelques Bre- 
tons se présentérent devant la ville de Saint-Denys, emportèrent de 
force le faubourg de Saint-Remi, et poussant plus avant, livrérent un 
rude assaut à la porte de la ville; mais ils furent repoussés vigoureu- 








496 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


tum fecerunt ; sed a domino Jacobo de Vienna et suis commili- 
tonibus viriliter sunt repulsi. In expensarum remuneracionem 
et sumptuum omnes optabant ditari de ville spoliis; ideo die 
sequenti intra portam Parisiensem et portam Secane in appa- 
ratu bellico convenerunt, et dum utrinque tractus continuatur 
mutuus, dux Johanni de Cabilone per quemdam armorum pre- 
conem jussit ut villam redderet ad dedicionem veniens, aut 
luce proxima ad resistendum se aptaret. Tunc noctem ducens 
insompnem, velut miles strenuus et expertus, muris portas 
. obstrui imperavit, balistarios et instrumenta obsidionalia de- 
bite collocari et specialiter in debiliori porta, que ducit ad 
Secanam, nilque relinquit intemptatum quod ad resistendum 
valebat ; ad quod opus eciam nobiles et ignobiles animavit. 
Impossibile dicebant circumspecti tam numerosam multitu- 
dinem obsidencium posse diu sustineri; sed cooperante divina 
clemencia, cui nil est impossibile, et ut firmiter creditur, preci- 
bus beate Marie, beati Dyonisii ac ceterorum celicolarum incli- 
nata, dempsa et a multo tempore inaudita pluviarum inundacio 
obnubilavit totum diem, et obsessores sub tectis tenuit, sicque 
villam et ecclesiam ab imminenti periculo liberavit. | 
Sic adversarii a desiderio fraudati ista vice, strenuis pugna- 
toribus in Capella et Monte Martirum collocatis preceperunt ut 
incessanter villam Parisiensem totis viribus infestarent, obsidio- 
nem ville et ecclesie Saneti Dyonisii Britonibus committentes ; 
qui successivis feriis ad portam Secane, que ceteris erat debi- 
lior, multos assultus mortales intulerunt. Nec aliquid intempta- 
tum obsessoribus consuetum obmittentes, omnia ligna Indicti 
afferri fecerunt, et inde omnis generis propugnacula, portas 
quoque gestabiles, quas catos vel vineas vocant, construi, qui- 
bus ictus obsidionalium instrumentorum vitarent, et sic liberius 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 497 


sement par messire Jacques de Vienne et ses compagnons. Les Orléa- 
nais avaient à coeur de s'indemniser des frais de la guerre par le pil- 
lage de la ville. Le lendemain donc, ils réunirent toutes leurs forces 
entre la porte de Paris et la porte de Seine, et, pendaut qu'on se 
préparait à combattre de part et d'autre, le duc d'Orléans envoya un 
héraut d'armes à Jean de Chálons pour lui dire qu'il eüt à se rendre et 
à lui livrer la ville, ou qu'il se disposát à soutenir un assaut le lende- 
main. Jean de Chálons, comme un brave et habile capitaine, passa 
toute la nuit en préparatifs de défense, fit murer les portes, garnit 
les remparts d'arbalétriers et de machines de guerre, particuliére- 
ment la porte de Seine, qui était le cóté le plus faible, et ne négligea 
rien de ce qui pouvait servir ses projets de résistance, encourageant 
les nobles et le menu peuple à le seconder. 


Au dire des gens les plus sages, il était impossible de se défendre 
long-temps contre un si grand nombre d'essiégeants. Mais, par un 
effet de la clémence divine, à qui rien n'est impossible, et gráce aussi, 
on n'en peut douter, à l’intercession de la Vierge Marie, de saint 
Denys et des autres saints, des torrents de pluie tels qu'on n'en avait 
pas vu depuis long-temps tombérent toute la journée, et forcérent les 
assiégeants à rester sous leurs tentes; la ville et l'abbaye furent ainsi 
sauvées d'un péril imminent. 

Le duc d'Orléans, frustré pour cette fois dans ses espérances, enjoi- 
gnit à ses hommes d'armes qui étaient campés à La Chapelle et à 
Montmartre d'attaquer Paris avec vigueur et de ne lui accorder aucun 
reláche; il laissa aux Bretons le soin de continuer le siége de la ville 
et de l'abbaye de Saint-Denys. Ceux-ci livrérent pendant plusieurs 
jours des assauts terribles à la porte de Seine, qui était plus faible que 
les autres. Voulant ne négliger aucun des moyens d'attaque dont ils 
pouvaient disposer, ils firent apporter toutes les charpentes du Lendit, 
et en construisirent toutes sortes de machines, entre autres des portes 
roulantes qu'on appelle chats ou mantelets, pour se mettre à l'abri des 
projectiles lancés par les batteries des assiégés et pour pouvoir combler 

Iv. 65 





498 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


fossata possent implere et ad murum attingere ut manutentim 
pugnarent. Iterum ut obsessi famis inedia premerentur, Clo- 
daldi fluvii cursum molendina volventem auferentes , quia ejus 
fluxus ville magnam clausure partem inaccessibilem reddiderat, 
terram effodientes ad yma, pedem muri aquas tenentis frangere 
temptaverunt ut evanescerent penitus. 

Dum laborioso insisteretur operi, ad dominum Johannem de 
Cabilone Aymedius Salberiensis accedens, et indecentissimum 
reputans quod ingressum ville duci Aurelianensi denegasset, 
quem sciebat ad utilitatem regis et regni exercitum invincibi- 
lem adduxisse, seque mirari adjunxit cur sub tam criminoso 
duce Burgundie militare decrevisset; monere ideo ut cum suis 
commilitonibus libere exiens villam relinqueret, quam diu tueri 
non valebat. At ubi responsum dedit se non a duce sed a rege 
missum, cui et de conservanda villa prestiterat fidelitatis jura- 
mentum, quod et transgredi licite non valebat, Aymedio vale 
dicens, et ad resistendum solito forcius se adaptans, statuit ut 
quociens assiliendi lituis signum daretur, centum ex suis ad pla- 
team communem convenirent, qui locis debilioribus mitteren- 
tur, quociens opus esset. Jam jamque Parisiensibus innotuerat 
ut sibi balistarii, machine jaculatorie cum pulveribus mitteren- 
tur, que tamen per Secanam advecta navigio in villam non 
potuerunt immitti, cum undique obsessoribus clausa esset. 

Nundum ipsi Parisienses contra hostes in Capella et Monte 
Martirum locatos insurrexerant, quod modis omnibus affecta- 
bant; sed balistarios per portam Sancti Clodoaldi transmise- 
rant, qui ex rippa Secane usque ad Sanctum Audoenum vecti 
navigio equos exercitus ducis vulnerabant, quociens adaqua- 
bantur. Ultra milites et armigeros in villis campestribus locatos, 
trecentos iterum loricatos ad unguem trans fluvium in tentoriis 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 499 


les fossés, escalader les remparts et combattre corps à corps. Ils réso- 
lurent aussi de réduire les assiégés par la famine; à cet effet ils détour- 
nérent le cours de la rivière de Crould, qui alimentait les moulins 
de la ville et rendait inaccessible une grande partie des murs d'en- 
ceinte, creusérent la terre à une grande profondeur et essayérent de 
détruire la digue qui retenait les eaux, afin de les faire écouler entiè- 
rement. 

Pendant qu'on s'occupait avec ardeur de ces travaux, Amédée de 
Salisbury s'aboucha avec Jean de Chálons, et lui fit entendre qu'il 
avait eu grand tort de refuser l'entrée de la ville au duc d'Orléans, 
quand il savait bien que c'était dans l'intérét du roi et du royaume 
que le duc avait amené une armée si nombreuse. Il ajouta qu'il était 
étonné de le voir dans le parti d'un homme aussi criminel que l'était 
le duc de Bourgogne, et qu'il l'engageait à quitter librement avec ses 
compagnons une place qu'il ne pouvait défendre long-temps. Jean de 
Chálons répondit qu'il avait été envoyé, non par le duc, mais par le 
roi, auquel il avait juré de garder fidélement la ville, et qu'il n'avait 
pas le droit de violer ce serment. Ayant ensuite congédié Amédée, il 
se disposa à une résistance énergique. Il régla que, toutes les fois qu'on 
entendrait sonner les trompettes pour l'assaut, cent de ses hommes 
d'armes se réuniraient sur la place publique pour se porter au besoin 
vers les endroits les plus menacés. Il avait déjà demandé aux Parisiens 
de lui envoyer des arbalétriers, des piéces d'artillerie et de la poudre: 
tout cela lui fut expédié en bateau par la Seine; mais rien ne put lui 
parvenir, parce que la ville était bloquée de tous côtés par les assié- 
geants. 

Les Parisiens, malgré le désir qu'ils avaient de se mesurer avec leurs 
ennemis campés à La Chapelle et à Montmartre, n'avaient encore fait 
aucune sortie contre eux. Ils envoyaient seulement par la porte de 
Saint-Cloud des arbalétriers, qui, descendant la Seine en bateau jus- 
qu'à Saint-Ouen, blessaient les chevaux de l'armée du duc toutes les 
fois qu'on les conduisait à la rivière pour s'abreuver. De plus, ils 
avaient, outre les chevaliers et les écuyers établis dans les villages, 
trois cents hommes d'armes qui campaient au-delà du flenve, et qui 


502 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


« una parte, et dominum Johannem de Cabilone, dominum 
« Darlay et principem Orengie, dominum Jacobum de Vienna, 
« dominum de Ruffy, Philippum de Vienna, dominum de 
« Rolant, Matheum de Longvi, dominum de Raon, Ymbertunmi 
« de Very, dominum de la Cueille, Guillelmum Doyseber , 
« dominum de Clenan, Theobaldum, dominum de Novo Castro, 
« Johannem de Cousant, dominum Beauboys, Johannem, domi- 
« num de Rubeo Monte, qui se securos fecerunt de omnibus 
« militibus, scutiferis et bellatoribus in sua comitiva existen- 
« tibus, quorum nomina dictus princeps tradidit sub suo 
:« sigillo domino duci Aurelianensi, et de omnibus aliis servi- 
« toribus suis secum residentibus in villa sancti Dyonisii, et 
« de omni eorum comitiva, ex altera parte, in modum qui 
« sequitur : | 

« Videlicet quod dictus princeps Orengie et prenominati 
« domini, nomine suo et omnium suorum supradictorum, jura- 
« verunt, promiserunt in manibus dominorum Aymedii de 
« Salesburia, de Braquemont, Francisci Daubissecourt, sicut 
« in manibus domini ducis Aurelianis et aliorum supradicto- 
« rum dominorum, et adhuc jurant et promittunt per presentes 
« quod ipse princeps et omnes secum manentes recedent de dicta 
« villa sancti Dyonisii, et reddent claves dicte ville domino duci 
« Aurelianis et aliis dominis supradictis infra finem diei mer- 
« curii proxime instantis, et tendent directe in patriam suam 
« non dampnificando villam in recessu, nec jam parata ad for- 
« tificacionem ville destruent aliqualiter. 

« Ulterius promiserunt et juraverunt, jurant et promittunt 
« quod usque ad instans festum Natalis Domini predicti nec 
« eorum auxiliari pugiles dampnum inferent domino duci 
« Aurelianis nec predictis dominis vel confederatis ipsorum nisi 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 503 


« Philippe de Vienne, sire de Rolant, Mathieu de Longwy, sire de 
« Raon , Imbert de Véry, sire de Lacueille, Guillaume d'Oyseber, sire 
« des Glénans, Thibaud, sire de Neufchátel, Jean de Cousant, sire de 
« Beaubois, et Jean sire de Rougemont, se faisant caution pour tous 
« les chevaliers, écuyers et hommes d'armes de leur suite, dont ledit 
« prince d'Orange a donné les noms sous son sceau à monseigneur le 
« duc d'Orléans, ainsi que pour tous leurs autres serviteurs résidant 
« avec eux en la ville de Saint-Denys et pour tous leurs gens, d'autre 


« part. 


« Ledit prince d'Orange et lesdits seigneurs, en leur nom et au nom 
« de tous ceux qui ont été désignés ci-dessus, ont juré et promis 
« entre les mains de messire Amédée de Salisbury, de messire de 
« Braquemont, et de messire François d'Auberchicourt, comme 
« entre les mains de monseigneur le duc d'Orléans et des autres sei- 
« gneurs ci-devant nommés, et jurent et promettent encore par les 
« présentes que ledit prince et tous ceux qui sont avec lui en ladite 
« ville de Saint-Denys en sortiront et en remettront les clefs à mon- 
« seigneur le duc d'Orléans et aux autres seigneurs susdits, mercredi 
« prochain avant la fin de la journée, etretourneront directement dans 
« leur pays sans faire en partant aucun dommage à la ville, et sans 
« détruire aucun des travaux déjà exécutés pour la fortification de 
« ladite ville. 


« Ils ont en outre promis et juré, jurent et promettent que, jusqu'à 
« la prochaine fête de Noël, ni eux ni leurs gens de guerre ne cherche- 
« ront à nuire en aucune facon à monseigneur le duc d'Orléans ni 
« auxdits seigneurs ou à leurs confédérés , sauf le cas où ceux-ci vien- 


504 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« in casu quod dampnum inferre conarentur in dominiis eorum 
« vel ducatu Burgundie, quo casu hiis licebit vim vi repellere. 

« Simili quoque modo prefati domini duces Biturie et Aure- 
« lianis, nec alii domini confederati et benivoli non inferent 
« aliquod dampnum principi neque consodalibus suis quoquo- 
« modo usque ad Natale Domini. 

« In cujus rei testimonium nos Johannes de Cabilone et pre- 
« nominati domini volumus et promittimus per juramentum 
« corporaliter prestitum et per honores nostros quod firmiter 
« tenebimus et adimplebimus omnia que scripta sunt; et tracta- 
« tum istum sigillavimus sigillis singulorum, die lune undecima 
« octobris, anno Domini millesimo quadringentesimo unde- 
« cimo. » 


CAPITULUM XXIX. 


Burgundiones de villa Sancti Dyonisii recedentes ipsam duci Aurelianensi reddiderunt, 


Ipsa et eadem die, iterum predicto tractatui generalia tan- 
genti unum alium specialia tangentem addiderunt et suis denuo 
roboraverunt sigillis, videlicet quod duces et comites in sua 
protectione ecclesiam recipientes cum villa , Burgundiones rece- 
dentes creditoribus suis satisfacerent de expensis, nec arma nec 
aliquid quod ad defensionem ville adaptaverant auferrent. 

Quamvis insciis religiosis. et eorum irrequisito assensu pre- 
fati domini pactum pepigerint, audientes tamen Johannem de 
Cabilone et ejus commilitones id juramento firmasse, eisdem 
super fideli et diligenti custodia ‘exhibita regraciari decreve- 
runt; et procul dubio alias notam ingratitudinis incurrissent. 
Nam cum terrore nimio admissi fuerant; quod rapacissimi 
omnium castra sequencium Burgundiones publice dicebantur, 
recedentes tamen nullum ecclesie dampnum quodcunque modi- 











506 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 

cum. intulerunt; sed reliquias ipsius et jocalia secretissime 
abscondisse et eadem sine stipendiis servasse justum et accep- 
tissimum reputabant. Sene si adinventis mendaciis obloquen- 
cium popularium credidissent, pluries asserencium : « Vobis, 
« domini, caveatis, quoniam religiosi per subterraneos meatus 
« hostes intromittent; arma secretissime servant que vobis de- 
« negant ministrare; in vos mortali odio laborant, et vobis 
« insidiantur, » utique in eos insurrexissent. Sed attendentes 
hec impossibilia et vana , recedendo habitantes multis injuriis 
et conviciis lacessendo multum dampnificaverunt, religiosis 
vero benigne vale dicentes, perpetuum et fidele servicium ipsis 
grato animo obtulerunt, monentes omnes et singulos ut a per- 
versitate habitancium sibi sedulo caverent. Revera id solum 
displicencie eisdem religiosis intulerunt, quod fere per noven- 
dium statuerunt januis clausis et sine sollempni pulsacione 
divina celebrare, causam tamen assignantes ne per sonum 
campanarum impedirentur sese mutuo colloqui vel ad auda- 
ciam excitare , quociens reiterarentur assultus. 

Sicut condictum fuerat, Burgundiones ipsi in apparatu bel- 
lico, hora prime, quamvis usque ad vesperum distulisse potuis- 
sent, de villa et ecclesia Sancti Dyonisii recesserunt, quas pre- 
nominati duces et comites conservare sine violencia vel dampno 
juraverunt et suis roboraverunt sigillis, auctoritate regis et 
ducis Aurelianensis voce preconia prohibentes ne quis sub capi- 
tali pena, quacunque preeminencia fulgeret, ipsas ingredi 
attemptaret. Minime ignorabant Britones prede avidos, Vas- 
cones et Alemanos ad depopulacionem ville modis omnibus 
anhelare. Quapropter archiepiscopum Senonensem ejus consti- 
tuerunt custodem principalem; qui cum quadringentis pugna- 
toribus loricatis ad unguem pedestri ordine ipsam ingressus, 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 591 
sement leurs reliques-et leurs joyaux, qu'ils les avaient aidés à garder 
sans vouloir étre payés de ce service. Et certes, ils auraient pu faire 
bien du mal, s'ils avaient ajouté foi aux mensonges et aux calomnies 
qu'on débitait sur le couvent : « Soyez sur vos gardes , messeigneurs, 
« leur répétait-on; les religieux introduiront l'ennemi par des sou- 
« terrains; ils ont caché des armes qu'ils refusent de vous livrer; ils 
« vous haïssent mortellement et vous trahiront. » Mais persuadés que 
c étaient de vaines et frivoles allégations, ils en firent porter la peine 
aux habitants , qu'ils accablèrent en partant d'injures et d'outrages et 
auxquels ils favent souffrir tontes sortes de maux. Ils prirent congé 
des religieux au contraire avec beaucoup d'égards , et leur offrirent 
avec empressement leurs fidéles services en toute occasion , les enga- 
geant à se tenir en garde contre la méchanceté des habitants. Le seul 
déplaisir qu'ils causérent aux religieux, ce fut que pendant prés de 
neuf jours ils les obligérent à célébrer l'office divin à huis-clos et sans 
solennité , parce que, disaient-ils , le son des cloches les eût empéchés 
de s'entendre ou de s'exciter les uns les autres à combattre courageu- 
sement , lorsque l'ennemi montait à l'assaut. 


Les Bourgtignons, ainsi qu'il avait été convenu, quittèrent lu vitle 
et l'abbaye de Saint-Denys avec ermes et bagages à l'heure de prime, 
quoiqu'ils eussent pu différer leur départ jusqu'au soir. Les ducs et 
comtes ci-dessus nommés jurérent de préserver les habitants et les 
religieux de toute violence et dommage, et scellérent cette promesse 
de leurs sceaux. Ils firent aussitót proclamer par la voix du héraut, 
au nom du roi et du duc d'Orléans, qu'il était défendu sous peine de 
mort à toute personne , de quelque rang qu'elle füt, d'entrer dans la 
' ville ou dan8 l'abbaye. Hs n'ignoraient pas que les Bretons, les Gas- 
cons et les Allemands, avides de butin, ne désiraient rien tant que 
de piller la ville. Aussi en remirent-ils la garde principale à l’arche- 
véque de Sens, qui y entra avec quatre cents hommes d'armes à 
pied et qui ordonna que les gens de guerre recevraient aux portes 


508 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
precepit ut in introitibus portarum pugilibus necessaria minis- 
trarentur pro prompta solucione. 

At ubi ad Parisiensium noticiam ville pervenit dedicio, et 
vulgo divulgatum est, falso tamen , id ope et consensu habitan- 
cium processisse, ira inexpiabili stimulati in eos tantum odium 
conceperunt, quod in destructionem ville et abbacie, spoliacio- 
nem quoque ac occisionem habitancium unanimiter conjura- 
runt. Multum hucusque timuerant ne ad dedicionem veniens 
matri urbium regni dilecta filia suffragari desisteret, et modo 
consueto pisces marinos ex Normania et Picardia advectos, 
ligna combustibilia, ex villagiis quoque propinquis panum et 
mercium communium habundanciam administrare cessaret. 


CAPITULUM XXX. 


Pons Sancti Clodoaldi captus fuit. 


Dum in habitantes autem et religiosos frementes dentibus et 
in minas mortales sepius erumpentes Burgundionum detesta- 
rentur tractatum, luce sequenti nuncius superveniens indigna- 
ciohem auxit, addens in presencia domini ducis Guienne pon- 
tem Sancti Clodoaldi sine resistencia a ducis Aurelianensis 
gentibus occupatum. « Ab hinc, inquit, metuendissime domine, 
« per Burgundiam, Britaniam et Normaniam possunt libere 
« grassari, Secane fluvium transire et faciliter impedire ne 
« inde merces peregrine aut communes valeant ad Parisiensem 
« urbem afferri. » Dampnosum et inopinatum casum dum mira- 
rentur assistentes et operis processum sciscitarentur sollicite : 
« Addam, inquit, nunc verificatum quod omnis potestas impa- 
« ciens consortis sit, et Colinum de Puisex, nuper ad custodiam 
« pontis deputatum, ad id auctoritate regia Guillelmum de 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 509 


mémes de la ville tout ce qui leur serait nécessaire, moyennant qu'ils 
paieraient comptant. 

Cependant les Parisiens, ayant appris que la ville avait capitulé, et 
croyant, sur de faux rapports , que c'était de l'aveu et du consentement 
des habitants, entrérent dans une violente colére et concurent une 
telle haine contre eux, qu'ils jurérent unanimement de détruire la 
ville et l'abbaye, de dépouiller tous les habitants et de les mettre à 
mort. Ils avaient toujours craint que si cette ville, qui était comme la 
fille chérie de la capitale, venait à se rendre, elle ne cessát de fournir 
à Paris le poisson de mer qui arrivait de Normandie et de Picardie, le 
bois à brüler, le pain et les provisions de toutes sortes qui venaient 
en abondance des villages voisins. 


CHAPITRE XXX. 


Prise du pont de Saint-Cloud. 

Pendant que les Parisiens, frémissant de rage, exhalaient des me- 
naces de mort contre les habitants et les religieux de Saint-Denys, et 
maudissaient le traité conclu par les Bourguignons, une autre nouvelle 
vint mettre le comble à leur indignation. Le lendemain de la capitula- 
tion, un messager annonca en présence de monseigneur le duc de 
Guienne que les gens du duc d'Orléans s'étaient emparés sans coup 
férir du pont de Saint-Cloud : « Maintenant, trés redouté seigneur, 
« dit-il, ils peuvent courir en toute liberté la Bourgogne, la Bretagne 
« et la Normandie, passer la Seine, et intercepter les convois destinés 
« à Paris. » Les assistants, surpris d'un événement si préjudiciable à la 
ville et si inattendu, demandérent avec empressement quelques dé- 
tails au messager. « Cette circonstance prouve, ajouta-t-il, la vérité 
« de ce proverbe, qu'on doit éviter tout partage de pouvoir. Colin de 
« Puiseux, qui avait été naguére préposé à la garde du pont, n'a pu 
« voir sans mécontentement qu'on eüt désigné pour ce poste, au nom 
« du roi, Guillaume de Beaumont; en conséquence il a négligé à des- 


510 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
« Bellomonte constitutam indignantissime pertulisse; ideo pon- 
« tis custodiam ex certo proposito neglexisse. Si sine peccuniali 
« pacto processerit, quod nec parvulum adolescentem solum 
« nocte vigilare permiserit, id ignoro; scio tamen quod sine 
« vocum dissono transeuncium tumultu miles insignis et ex 
« generosis proavis ducens originem, Johannes dictus de Gau- 
« court, cum trecentis pugnatoribus utramque rippam Secane 
« cordarum auxilio.ante diei sequentis auroram transmeavit. Ex 
« tunc :non sine fragore magno vir quidam Vaseo agilis eum 
«'seala pontem ligneum attingens , ejusque seras confringens, 
« ingressum ceteris dedit. Sed Colinus, dissimulanti similis, 
« suis impetus retorquens violentos, lectum petere cum male- 
« dictionibus sepius imperavit. Sie adversarii secretissime in- 
« tromissi et camerarum ostia fictis aperientes clavibus, ipsum 
« captum inter amplexus uxoris libere abire permiserunt ad 
« fratrem sue conjugis, qui duci Aurelianis serviebat; ceteris- 
«:que:ad. redempcionem captis et ibi relicto securo subsidio, 
« mox ad armigeros et burgenses, qui hucusque domum Sancti 
« Audoeni machinis jaculatoriis pro posse destruxerant, inva- 
« dendos eodem contextu magnis itineribus contenderunt. 
« Inermes et imparatos, cum nichil sibi timerent, inopinato 
« agressu difficile non fuit et sine magno cruore expugnare. 
« Ideo qui repugnare statuerant aut fuge presidio se salvarunt, 
« aut odibile jugum redempcsonis subierunt, tentoriis , instru- 
« mentis obsidionalibus amissis et omni supellectile; unde et 
« procul dubio victores usque ad nauseam ditati sunt. » 
Infortunium suorum, ut publice ferebatur, dominus dux 
Guienne egre tulit, timens ne dominus Antonius de Crodonio, 
ceteri quoque milites, qui Genevillare, Asnerias, Columbas, 
Nantodorum et cetera villagia occupabant, simile pertulissent, 





CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXII. — 544 
« sein le service qui lui était confié. l'iguore s’il s'est laissé corrompre 
« à prix d'or, et si c'est pour cela qu'il n'a pas méme voulu qu'un 
« enfant fit le guet la nuit; ce que je sais, c'est que le lendemain, 
« avant le jour, un brave chevalier d'illnstre raaison, nommé Jean de 
« Gaucourt, a passé la Seine à l'aide de cordes, avec trois cents hommes 
« d'armes dans le plus. profond silence. Puisun.soldat gascon a.escaladé 
« lestement le pont de bois, en a brisé la serrure et livré l'entrée à 
« ses compagnons. Cela ne s'est point passé sans bruit. Cependant Colin 


« a fait semblant de ne pas.s'en. apercevoir. ll a méme contenu l’ardeur . 


« de ses gens et leur a enjoint plusieurs fois avec des jurements de 
« retourner se coucher. Ainsi nos adversaires, introduits secrète- 
« ment, ont ouvert les portes des chambres avec de fausses clefs, l'ont 
« surpris dans son lit auprés de sa femme et lui ont permis de se retirer 
« chez son beau-frère, qui est du parti du duc d'Orléans. Ils ont mis 
« les autres à rançon, et aprés avoir laissé bonne garde au pont, sont 
« partis aussitót pour aller tout de ce pas tomber sur les hommes 
« d'armes et les beurgeois qui continuaient à battre en brèche avec 
« leurs machines la maison de Saint-Quen. Ceux-ci étaient sans armes 
« et ne s'attendaijent point à étre attaqués; aussi n'ont-ils pu résister 
« à un choc si imprévu; ils ont été vaincus, sans qu’il ait été versé 
« presque une goutte de sang. Ceux qui songeaient à résister ont été 
« réduits à chercher leur salut dans la fuite, ou obligés de payer ran- 
« con, après avoir perdu leurs tentes, leurs machines de siége et 
« tous leurs bagages. Les vainqueurs se sont gorgés de butin. » 


Monseigneur le duc de Guienne fut, dit-on, d'autant plus affligé de 
ce désastre, qu'il craignait que messire Antoine de Craon , et les autres 
chevaliers qui occupaient Gennevilliers, Asnières, Colombes, Nan- 
terre et les villages voisins n'eussent éprouvé le méme sort. Mais il eut 








512 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


donec comperit universos fuga citissima predictas insidias 


evasisse. 
GAPITULUM XXXI. 


De dampnis et violenciis a subsidiariis ducis Aurelianensis circa Parisius et villam 
beati Dyonisii perpetralis. : . 


At ubi Britonibus, Vasconibus et Alemanis cum duce Aure- 
lianensi residentibus innotuit consortes ultra Secanam tran- 
situm occupasse, lucri ducti cupidine, mox villas campestres 
predictas omni supellectile spoliantes, agrestes accolas; quot- 
quot obvios habuerunt, multis tormentis afflictos submerse- 
runt, suspenderunt aut ad multam peccunialem omnimodam 
sane facultatem excedentem eciam coegerunt. Capellam vero 
sancti Dyonisii et villagia ville Parisiensi eontigua occupantes , 
quotquot inde percipiebant exire, vinculis et compedibus alli- 
guatos et variis tormentorum generibus affectos jugulabant, 
nisi vitam peccuniis mercarentur ; idque se merito inferre asse- 
rebant , quia adversariis ducis Aurelianensis favebant. 

Convicaneorum et vicinorum injuriis populares semiarmati 
commoti, et qui loco lancearum baculos gestabant longuas cus- 
pidas habentes, et qui piquenarii propter hoc dicebantur, 
comitem Sancti Pauli, Parisiensem capitaneum, reiteratis vicibus 
rogaverunt ut in adversarios ad unguem loricatos exirent et 
contra eos pugnarent. Id autem, armorum et armatorum inex- 
pertorum quoque contra expertos attendens differenciam , huc- 
usque denegaverat; sed tandem importunis querimoniis victus 
ex ipsis quadringentos emisit, qui cum ad molendinum ad ven- 
tum. pervenissent, insidias hostiles repererunt, contra quas 
bello inito victi fugam arripuerunt velocem , prius tamen ex eis 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 513 


bientót l'assurance qu'ils avaient tous échappé par une prompte fuite 
aux suites de cette trahison. 


CHAPITRE XXXI. 


Violences et cruautés commises par les gens de guerre du duc d'Orléans 
dans les environs de Paris et de Saint-Denys. 


Lorsque les Bretons, les Gascons et les Allemands du parti d'Orléans 
apprirent que leurs compagnons avaient passé la Seine, leur cupidité 
se réveilla ; ils se mirent aussitôt à dévaster les villages ci-dessus nom- 
més et à exercer toutes sortes de cruautés contre les paysans qu’ils 
rencontrérent, noyant les uns, pendant les autres, ou exigeant d'eux 
des rancons exorbitantes. Quant à ceux qui occupaient la Chapelle 
Saint-Denys et les villages voisins de Paris, ils arrétaient les gens 
qui en sortaient, leur mettaient les fers aux pieds et aux mains, les 
appliquaient à la torture et les égorgeaient ensuite ,^s'ils ne rachetaient 
leur vie à prix d'argent. Ils disaient, pour justifier ces violences, que 
ces gens-là favorisaient les ennemis du duc d'Orléans. 


Les paysans des environs s'émurent des excés commis envers leurs 
compatriotes et leurs voisins. Quoiqu'ils ne fussent qu'à demi armés 
et qu'ils eussent au lieu de lances des bátons terminés par de longues 
peintes en fer, ce qui leur avait fait donner le nom de Piquiers, ils 
demandérent à plusieurs reprises au comte de Saint-Pol, capitaine de 
Paris , la permission de faire une sortie contre l'ennemi et de le com- 
battre. Mais le comte, considérant combien la lutte serait inégale 
entre des gens mal armés et sans expérience de la guerre et des troupes 
aguerries, se refusa long-temps à leurs demandes. Cependant à la 
fin, cédant à leurs plaintes importunes, il laissa partir quatre cents 
d'entre eux, qui tombérent dans une embuscade dressée par leurs 
ennemis prés d'un moulin à vent. Ils en vinrent aux mains, furent 

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514 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
interfectis, pusillanimitatem ipsius verbis terribilibus exce- 
crantes. Et quia dictus comes non succurrerat eisdem, ceteri 
qui redierunt stomacati, in verba injuriosa non sine maledic- 
tionibus erumpentes, vexillum ejus super portam Sancti Dyo- 
nisii elevatum in frusta confractum in fossata ignominiose 
projecerunt; indeque communis populus in majores volebat 
insurgere, eorum pusillanimitati ascribentes quod sic se ab 
hostibus inquietari. permittebant. Sediciosus tumultus procul 
dubio imminebat, nisi comites Niverniensis et de Pentievre 
cum insignium virorum comitiva advenissent; qui omnes leni- 
bus verbis ad concordiam revocantes voce preconia et auctori- 
tate regia divulgari fecerunt per civitatis compita quod rex 
comitem, quem infidelem vocabant, fidelissimum reputabat. 
In tanto turbine rerum, die qua beati Dyonisii celebrabantur 
octave, illustres Aurelianis et Borbonii duces, comites quoque 
Virtutum, Armeniaci et de Alenconio cum militum insigni co- 
mitiva ad ecclesiam gracia peregrinacionis accesserunt ; ibique 
missa sub silencio audita et deosculatis reliquiis, jejuno stoma- 
cho ad Sanctum Audoenum redierunt. Et id notanter infero ad 
destruendum errorem popularem tunc mendaciter adinventum. 
Nam tunc obloquencium relatu mox Parisienses seducti inter se 
divulgaverunt religiosos ecclesie ipsum ducem Aurelianensem 
sceptro, dvademate, infulis quoque regiis insignitum in throno 
regio sublimasse et eidem vexillum regium, quod auriflamma 
dicitur, cum consuetis observanciis tradidisse; indeque sic 
exacerbati fuerunt, ut ipsis reliziosis mortem ecclesieque des- 
tructionem minarentur. Multis feriis successivis in nos insontes 
sine causa minis talibus usi sunt, cum testes innocencie nostre 
ad eos mittere non possemus ob militares cohortes que vias et 
itinera strictis gladiis sic servabant, ut moderni antiquiores ad 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 915 


défaits et s'enfuirent en toute hâte, aprés avoir perdu beaucoup de 
monde. À leur retour, ils reprochérent violemment au comte de ne 
les avoir point secourus , l'accusérent de lácheté, et vomirent contre 
lui toutes sortes d'injures et de malédictions; puis ils mirent en piéces 
sa banniére qui était arborée sur la porte Saint-Denys et la jetérent 
ignominieusement dans les fossés. Le menu peuple, excité par cet 
exemple , était sur le point de se soulever contre les grands, à la pusil- 
lanimité desquels il attribuait tous les maux dont il était accablé par 
l'ennemi. Une sédition allait éclater, lorsque les comtes de Nevers et 
de Penthiévre accoururent avec une suite d'illustres chevaliers. Ils 
calmérent l'agitation du peuple par de douces paroles, et firent pro- 
clamer au nom du roi, par la voix du héraut, dans les carréfours de 
la ville, que le roi tenait pour trés-fidéle le comte, qui était publi- 
quement accusé de déloyauté. 


Au milieu de tous ces bouleversements , les illustres ducs d'Orléans 
et de Bourbon, les comtes de Vertus, d'ÀÁrmagnac et d'Alencon vin- 
rent en pèlerinage à l'église de Saint-Denys avec un brillant cortége 
de chevaliers, le jour de l'octave de la féte du glorieux martyr; ils 
entendirent une messe basse, baisérent les saintes reliques et retour- 
nérent à Saint-Ouen sans avoir rien mangé. Je mentionne à dessein 
cette particularité , afin de détruire une erreur qui fut alors faussement 
accréditée parmi le peuple. Les Parisiens, abusés par des rapports 
calomnieux, prétendirent que les religieux de l'abbaye avaient remis 
au duc d'Orléans le sceptre, le diadéme et les insignes de la royauté, 
l'avaient fait monter sur un tróne et lui avaient donné avec les céré- 
monies accoutumées l'étendard royal, qu'on appelle oriflamme, et 
leur exaspération en vint au point qu'ils manifestérent l'intention de 
massacrer les religieux et de détruire l'abbaye. Ils renouvelérent ces 
menaces contre nous pendant plusieurs jours malgré notre innocence; 
nous ne pouvions leur envoyer personne pour nous justifier, tous les 
passages et les chemins étànt étroitement gardés par les gens de guerre. 
Si bien que les hommes de nos jours affirmaient avoir entendu souvent 
répéter aux vieillards , comme une espéce de dicton, ces paroles pro- 


516 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


instanti tempore sepius perduxisse assererent et quasi pro pro- 
verbio in ore habuisse : « Omnium guerrarum tunc maxima 
vigebit, cum quis de Sancto Dyonisio Parisius tendere non 
audebit. » | 

Quamdiu prenominati principes villam Parisiensem obses- 
sam citra Secanam tenuerunt, ad destructionem civium totis 
viribus anhelantes, a subsidiariis suis cedes, rapinas et incendia 
illata sigillatim narrare non sufficerem. Dicam tamen quod cum 
sceleribus dictis nephanda sacrilegia exercendo infidelium sevi- 
ciam superarunt. Summatim tamen perstringens hostiles dis- 
cursiones, qui pabulandi curam cotidianam susceperant, ut 
eisdem , equis et subjugalibus vite necessaria ministrarent, areis 
congestis frugibus evacuatis ac.promptuariis vino, necnon 
undique captis armentis et gregibus contenti, colonos ubique 
repertos, tanquam vilia mancipia, alliguatos vinculis adduce- 
bant, ut redempcioni peccuniali aut submersioni aquarum vehe- 
mencium subjacerent. Persepe, cum sex milibus procedentes, a 
Piquenariis seu Brigantinis de silvis et locis erumpentibus abdi- 
tis vincebantur ; qui tamen, ut verum fatear, indifferenter erga 
hostes et regnicolas se habebant, cum nil aliud optarent quam 
ditari de spoliis et diviciis alienis. Vicibus successivis hostiles et 
mutuos continuando discursus plus quam quingentos et mille ex 
adversariis occiderunt; nec inde territi qui remanserant, sed ad 
deteriora conversi , spoliare adjacentes ecclesias adgressi sunt, 
unde sui remunerarentur labores , hujus verbi apostolici imme- 
mores : Qui templum violaverit, disperdet illum Deus.. 

Michi ex officio inquirenti sollicite qui motores principales 
tantorum scelerum extitissent, cireumspectorum et fidelium 
virorum relacione didici quod Britones Armorici. Nam, in- 
quiunt, in multis illarum effractis valvis ingressi, calices, cruces, 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 517 


phétiques : « La plus terrible des guerres régnera dans le royaume, 
quand on n'osera plus aller de Saint-Denys à Paris. » 


Il me serait impossible de raconter en détail les massacres, les bri- 
gandages et les incendies dont les gens de guerre desdits princes se ren- 
dirent coupables, tant que ceux-ci restérent en decà de la Seine pour 
bloquer Paris, et qu'ils s'acharnérent à la ruine des habitants. Je puis 


dire toutefois qu'ils joignirent le sacrilége à tous leurs crimes et surpas- : 


sérent en infamies tout ce qu'on aurait pu attendre méme des infidèles. 
Je me contenterai de rapporter sommairement les actes d'hostilité 
auxquels ils se livrérent. Ceux qui étaient chargés d'approvisionner 
l'armée de vivres et de fourrages pour les hommes, pour les che- 
vaux et les bétes de somme, pillaient les greniers, les granges et les 
celliers, et non contents de faire main basse sur le gros et le menu 
bétail, saisissaient les habitants qu'ils rencontraient et les emmenaient 
garrottés comme de vils esclaves, pour les ranconner ou les jeter à 
l'eau. Mais souvent, quoiqu'ils ne sortissent qu'avec une escorte de 
six mille hommes, il leur arrivait d'étre surpris et vaincus par les 
Piquiers ou. Brigands qui s'élancaient des bois et des foréts oü ils se 
tenaient cachés. Ceux-ci , il est vrai, attaquaient indistinctement enne- 
mis et habitants, parce qu'ils ne cherchaient. qu'à s'enrichir des biens 
et des dépouilles d'autrui. Ils tuérent en diverses rencontres plus de 
quinze cents Orléanais. Mais loin de s'en effrayer, les Orléanais n'en 
devinrent que plus cruels, et se mirent à dévaster les églises voisines, 
afin de s’indemniser de leurs fatigues. Ils oubliaient ces paroles de 
l'apótre : Dieu anéantira celui qui aura violé son temple. 


Je me suis enquis soigneusement, comme c'est mon devoir, de ceux 
qui avaient été les principaux auteurs de tant de crimes, et plusieurs 
personnes recommandables et dignes de foi m'ont assuré que c'étaient 
les Bretons Armoricains. Suivant ce qui m'a été rapporté, ils enfon- 





518 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


ornamenta et cuncta utensilia officiis divinis deputata manibus 
abstulerunt sacrilegis. Sarracenicam iterum sectantes nequi- 
ciam, sacrum christianorum viaticum, corpus dominicum multi 
sordidissimis dentibus dilaceraverunt, ad eorum dampnacio- 
nem perpetuam detraxerunt aut de pixidibus argenteis con- 
temptibiliter projecerunt, ut ipsis potirentur. Et cum de 
corporalibus benedictis sibi caputegia fecissent, confractis 
baptisteriis sacrum crisma in pavimentum effuderunt. Unde 
in parrochia Argentolii quemdam puerulum materno utero 
prodeuntem, ut renasceretur in Christo, opportuit ad villam 
Sancti Dyonisii deportare. Quid plura? in ecclesia dicte conti- 
gua, Virgini matri Domini dicata, et quam ipsa miraculorum 
frequencia solita fuerat honorare, sanctorum reliquiis pedibus 
conculcatis, ut ad adornatum argentum circumpositum cicius 
distraheretur, hunc prioratum bonis spoliaverunt omnibus, et 
redeuntes se penitere dicebant quod locum non cremaverant, 
quia, ad ostium turris ecclesie flamma voraci injecta, quosdam 
exire coegerant Brigantinos. 

De excecrabilibus furtis et vere in parte maxima capitaneis 
exercitus summe auctoritatis allatis perpauca fuit restitucio 
facta. Unde cum inde mirarer, et sepius domino archiepiscopo 
Senonensi familiariter loquens sceleratorum inexpiabilem cupi- 
ditatem dampriarem, is consequenter inferebat : « Et ob hoc 
« procul dubio res nostre pessimo fine claudentur. » Mente 
eciam quod gerebat, ut erat benignus et affabilis, apperiens: « Et 
« si Britones et Vascones, inquiebat, non adessent, sacius, sicut 
« Spero, prosequeremur intentum. Ipsi enim non honoris sed 
« utilitatis gracia vires exercere.solent, et ut fide occulata tibi 
« constat, aliud nil intendunt, quam rapinis et redempcionibus 
« violentis eciam habitancium in hac villa suam suorumque 
« jnopiam relevare. » 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 519 


cérent les portes de la plupart des églises où ils pénétrèrent, et enle- 
vérent d'une main sacrilége les calices, les croix, tous les ornements 
et les objets destinés au culte. Il y en eut méme qui, rivalisant d'im- 
piété avec les Sarrasins, osérent déchirer à belles dents le sacré via- 
tique des chrétiens, le corps de Notre-Seigneur, le profanérent au 
risque de leur damnation éternelle, ou le jetérent à terre afin d'em- 
porter les ciboires d'argent. Ils se firent des coiffures avec les corpo- 
raux bénits, brisérent les fonts baptismaux et versérent le saint chréme 
sur le pavé; cequi obligea des gens de la paroisse d'Argenteuil d'appor- 
ter à l'église de Saint-Denys un enfant nouveau né pour qu'il y recüt 
le baptéme. Que dis-je? Dans une église voisine de l'abbaye et con- 
sacrée à la sainte Vierge, mére de Dieu, qui y avait fait éclater sa pro- 
tection par de fréquents miracles, ils foulérent aux pieds les reliques 
des saints, pour arracher plus facilement les ornements d'argent qui 
entouraient les chásses, et dévastérent le prieuré; ils disaient en 
partant qu'ils se repentaient de n'avoir pas tout brülé, parce qu'il 
sy trouvait des brigands qu'ils avaient forcés de sortir en mettant le 
feu à la porte de la tour de l'église. 


La plupart des objets volés furent apportés aux principaux capitaines 
de l'armée, qui n'en restituérent que trés peu. Comme j'en témoi- 
gnais mon étonnement à monseigneur l'archevéque de Sens, et que 
dans un de mes entretiens familiers avec lui je m'élevais contre l'in- 
fáme cupidité de ces brigands : « Cela sera cause, me dit-il, que nos 
« affaires finiront mal. » Puis m'ouvrant son coeur avec confiance, ce 
prélat, si plein de bienveillance et d'affabilité , ajouta : « Si nous 
« n'avions ici ni Bretons ni Gascons, je crois que nous ménerions 
« notre entreprise à honne fin. Mais c'est moins pour l'honneur que 
« pour le profit que ces gens-là se battent, et, comme vous pouvez le 
« voir par vous-méme, ils n'ont d'autre but que de s'enrichir eux et 
« les leurs en pillant et ranconnant de toutes façons méme les habi- 
« tants de cette ville. » 


520 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Tam dampnosam licenciam dux Aurelianis cupiens refrenare, 
lege edictali jussit habitantibus in villa ut ad instar suorum 
pugnatorum stolam albam transversalem a scapula et usque 
ultra zonam protensam deportarent. Sed quia timore predo- 
num adhuc villam egredi non audebant, in ambitu fere per 
miliaria quatuor in parte maxima vindemias avibus et ventis 
vindemiandas relinquerunt; agros quoque seminare inviti 
neglexerunt. Quamvis et tunc exercitui victus sufficientes sup- 
peterent, quia tamen ad Secane surrectum sive descensum 
navigare aliquis non audebat, propter defectum lignorum com- 
bustibilium post quarumdam domorum utensilia , earum tecta, 
vinearum paxillos, filices et fructiferas arbores igne consump- 
serunt, ad frigoris inclemenciam declinandam. 

Dum sic algore nimio multi premerentur, ad custodiam 
Capelle sancti Dyonisii deputatos Parisienses requiescere non 
sinebant; sed reiteratis vicibus die noctuque lituis concre- 
pantibus territos nunc palam, nunc insidiis, cum balistis et 
obsidionalibus instrumentis invadebant. Infestacionem autem 
continuam cum amplius ferre nollent, principum unanimi 
consensu decretum est ut alternatis vicibus capitanei pugiles 
ministrarent , qui spacio trium dierum successive labores intol- 
lerabiles precedencium supplerent. | 

Fuerunt tamen qui, dum vario eventu parvi continuarentur 
conflictus, apud Bagnolet et alibi in domiciliis Parisiensis 
prepositi ignes injecerunt. Unde quidam ex Parisiensibus indi- 
gnati cum quodam vocato le Goues, macellario, ducis Biturie 
hospicium sollempne, Wincestre nuncupatum, flamma voraci 
in parte maxima consumpserunt , duabus tamen parvis cameris 
exceptis, que miro opere et sarracenico subtiliter sculpte 
erant. Tante temeritatis audaciam egre merito tulerunt graves 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 524 


Le duc d'Orléans, désirant mettre un frein à une licencesi désastreuse, 
enjoignit par un édit aux habitants de la ville de porter, comme ses 
gens de guerre, une écharpe blanche placée transversalement autour 
du corps. Mais cela ne suffit pas pour les rassurer. N'osant point, par 
crainte des pillards, sortir de la ville, ils laissérent leurs vendanges 
à la merci des oiseaux et des vents, et négligérent, bien qu'à regret, 
d'ensemencer leurs terres dans un rayon de prés de quatre lieues. 
L'armée n'en eut pas moins des vivres en abondatce. Mais, comme 
on n'osait ni monter ni descendre la Seine, les habitants manquérent 
de bois à brûler, et pour se soustraire à la rigueur da froid , ils brà- 
lérent des meubles et des charpentes de maisons, puis des échalas de 
vignes, des fougéres et des arbres fruitiers. 


Pendant ces froids rigoureux , les Parisiens ne laissaient pas en repos 
la garnison cantonnée à la Chapelle Saint-Denys. Ils lui donnaient 
des alertes jour et nuit en sonnant de la trompette, et l'attaquaient 
tantôt à force ouverte, tantôt par trahison, avec leurs batteries et 
leurs machines de siége. Comme elle ne pouvait résister plus long- 
temps à ces assauts continuels, les princes décidèrent d’un commun 
accord que les capitaines de l'armée fourniraient alternativement des 
hommes d'armes de leurs compagnies pour relever la garnison de trois 
jours en trois jours et la soulager de ses excessives fatigues. 


. Pendant qu'on se battait ainsi de part et d'autre avec des chances 
diverses, un parti d'Orléanais incendia les maisons que le prévót de 
Paris possédait à Bagnolet et en plusieurs autres endroits. Les Pari- 
siens en furent tellement irrités, qu'ils allérent, sous la conduite du 
boucher Legoix, mettre le feu à l'hótel de Bicétre, qui appartenait 
au duc de Berri. Cette riche habitation fut tout entiére dévorée par les 
flammes, à l'exception de deux petites chambres remarquables par 
les arabesques d'un travail merveilleux dont elles étaient ornées. Les 
hommes sages et modérés furent vivement affligés de cet acte de bar- 


IV. 66 


522 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


et modesti viri. Nam, quamvis grata composicione domus ista 
multas similes haberet, ejus tamen aulam mediam aurum purum 
preciosis immixtum coloribus venustabat, quod oculis introeun- 
cium grato blandiebatur aspectu. Facies eciam et effigies corpo- 
rales Clementis pape defuncti, cardinalium sibi assistencium, 
dum vivebat, regum eciam Francorum et principum, nec non 
et imperatorum Romanorum et Grecie proprie representabant, 
uec eruditissimorum pictorum judicio tam sumptuosum nec 
tam acceptissimum opus in regno poterat repperiri. 


CAPITULUM XXXII. 


Dux Burgundie cum Anglicis villam Parisiensem intravit. 


Dum agebantur predicta, vulgus a vero non dissenciens 
ducem Burgundie asserebat filiam primogenito regis Anglie 
Wallie principi in connubium promisisse sub tali condicione, 
quod cum comite Darundel octingentos Anglicos cum mille 
educencium arcum secum adduceret ducemque Aurelianensem 
et suos confederatos expugnaret. Anglicos, regni adversarios 
capitales, et qui a sexaginta annis citra illud sibi viribus vin- 
dicare mille modis temptaverant, et velut vermes inquieti in 
sinu suo marino, orbis angulo ultimo, sepius erumpentes, illud 
inquietabant incessanter, in auxilium evocasse indecentissimum 
et inauditum et impossibile alias dux Aurelianensis et ejus con- 
federati reputabant, nisi interveniente aliquo proditorio con- 
tractu. Idque presagientes futurum, mox per archiepiscopum 
Senonensem publicare statuunt sub tali condicione ducem 
pactum confirmasse, quod regi Anglie homagium fecerat de 
comitatu Flandrie, eidemque promiserat quod Nermanie et 
Aquitanie ducatus sibi restitui procuraret et ad securitatem 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 523 


barie; non que l'édifice n'eüt son pareil pour l'élégance de la con- 
struction, mais parce que la grande salle était toute embellie de 
dorures et de peintures précieuses qui charmaient agréablement les 
regards. On y voyait entre autres tableaux les portraits du feu pape 
Clément et de ses cardinaux , ceux des rois et des princes de France, 
et ceux des empereurs romains et grecs. C'était, de l'zvis des artistes 
experts, la plus riche et la plus précieuse collection qu'on pàt trouver 
dans le royaume. 


CHAPITRE XXXII. 
Le duc de Bourgogne entre à Paris avec un corps d'Anglais. 


Cependant on disait partout, et ce bruit n'était pas sans fondement, 
que le duc de Bourgogne avait promis sa fille en mariage au prince 
de Galles, fils aîné du roi d'Angleterre, à condition que ledit roi lui 
enverrait le comte d' Arundel avec huit cents Anglais pour combattre 
le duc d'Orléans et ses confédérés. Le duc d'Orléans et les princes de 
son parti avaient déclaré précédemment qu'il était étrange, inoui, 
impossible, à moins d'un contrat infime, que quelqu'un appelát à son 
secours les Anglais, ces ennemis mortels du royaume, qui depuis 
soixante ans cherchaient tous les moyens de s'en emparer, et qui, 
sortant comme une nuée d'insectes de leur repaire maritime, situé à 
l'extrémité du monde, infestaient sans cesse la France. Lorsqu'ils soup- 
connérent cette trahison, ils firent publier par l'archevéque de Sens 
que le duc avait traité avec le roi d'Angleterre sous la condition de lui 
faire hommage de son comté de Flandre ; qu'il lui avait promis de lui 
faire rendre les duchés de Normandie et d'Aquitaine, et que, pour 
gage de sa promesse, il avait remis à la garde des Anglais les quatre 
principaux ports de la Flandre, Gravelines, l'Écluse, Dixmude et 
Dunkerque. 


524 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


majorem promissorum quatuor portus Flandrie principales, 
scilicet Gravelingues, Esclusam, Diquemue et Dunquarque, 
commiserat custodie Anglicorum. 

Ut regnicolarum et precipue civium favorem alienarent a 
duce, hec adinventa sompnia, ut rei exitus probavit, pro rebus 
notissimis asserebant. At ubi nunciatum est ipsum Pontisaram, 
duodecim tantum miliaribus a villa Sancti Dyonisii distantem, 
attigisse, dignum duxerunt mutua inire consilia, ut sciretur 
quid inde agendum esset. Qui secretis colloquiis ex officio 
assistunt , a comite Ármeniaci, ad cujus nutum sentencia prin- 
cipum dependebat, cum etate, prudencia et facundia precelleret 
universis, referunt tunc quesitum si obsidione cingeretur vel 
impediretur viribus ne Parisius intraret, indeque militum 
consedencium votorum dissonanciam subsequtam. Quotquot 
juventus mobilis, quietis impaciens, ad strenuitatis titulum 
adipiscendum incitabat, et ducem ipsum perpaucis concomi- 
tatum attendebant, non deserendo inchoata utrumque quod 
propositum fuerat sine cunctacione consuluerunt agredi, ante- 
quam augmentaretur ejus numerus pugnatorum. « Ad id, in- 
« quiunt, principes, satis suppetunt, ut nostis , copie militares; 
« quas et si senserit accelerare ad ipsum et iter ejus obstruere, 
« ut speramus, et pontem deserens non audebit Parisiensibus 
« suffragari, sicque villa optato duce privata, divisionibus et 
« sedicionibus agitata, marcescet et deficiet in seipsa, quod huc- 
« usque optavimus. » Viam alteram domini de Gäulia, de Fon- 
tibus cum Guillelmo Buticularii et senioribus ceteris assisten- 
tibus tenuerunt. « Nam, inquiunt, obsidionem propter Ysare 
« fluvium intermedium impossibilem reputantes, nec exercitum 
« censemus dividendum, ut occurratur ipsi duci, scientes quod; 
« si ingrediatur urbem, pro duobus unicum hostem habebitis, 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. 8925 


C'était dans le but de-rendre le duc de Bourgogne odieux au peuple 
et surtout aux bourgeois de Paris, que les Orléanais affirmaient comme 
faits notoires ce qui u'était, ainsi qu'on le vit plus tard , que de pures 
inventiorts. Mais lorsqu'ils apprirent que ledit duc était arrivé à Pon- 
toise , qui n'est qu'à douze milles de Saint-Denys, ils tinrent conseil 
pour savoir ce qu'il y avait à faire. Ceux à qui leurs fonctions don- 
naient entrée à ce conseil m'ont assuré que le comte d'Armagnac, 
dont l'avis était prépondérant, parce qu'il était le premier de tous 
par son âge, sa prudence et son éloquence, demanda si on irait assié- 
ger le duc ou si on l'empécherait seulement d'entrer à Paris, et que 
les opinions furent trés partagées. Parmi les chevaliers qui se trou- 
vaient là, les plus jeunes, qui étaient fatigués de leur inaction et brá- 
laient de se signaler par quelque prouesse, considérant que le duc 
n'avait avec lui quefort peu de monde, fürent d'avis que, sans renoncer 
à ce qu'on avait entrepris, ón adoptát hardiment les deux partis qui 
étaient proposés, et qu'on n'attendit pas que le nombre des troupes 
enuemies füt augmenté. « Vous le savez, princes, dirent-ils, nos forces 
« suffisent à cette double tâche; si le duc voit que nous allons à lui 
« pour lui barrer le chemin, il abandonnera Pontoise et n'osera point, 
« nous l'espérons, venir en aide aux Parisiens; alors la ville, privée 
« du chef qu'elle attend, agitée par les troubles et les dissensions, 
« perdra tout espoir et tout courage; et c'est ce que nous souhaitons. » 
Le sire de Gaulle, le sire des Fontaines, Guillaume le Bouteiller et 
les plus âgés de l'assemblée émirent une opinion contraire. « Nous 
« croyons, dirent-ils, qu'il est impossible d'assiéger le duc dans Pon- 
« toise à cause de la riviére qui nous sépare de cette ville, et qu'il 
« ne faut point diviser notre armée ni aller à la rencontre dudit duc; 
« car s'il entre à Paris, vous n'aurez plus qu'un seul ennemi au lieu de 
« deux, et vous pourrez avec plus de liberté et de sécurité que jamais 
« courir au loin la campagne. D'ailleurs, croyez-le bien, les Anglais 
« et les Français ne vivront pas long-temps en bónne intelligence 





526  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« longe lateque liberius et securius solito hostiliter grassari 
« poteritis. Nec diu Franci et Anglici, credatis firmiter, urbem 
« quietam tenebunt. Notum est et universis civitatem viribus 
« vel assultibus humiliari non posse; sed dux Biturie festinat 
« cum duobus milibus militum et armigerorum, qui reliquam 
« partem ville non obsessam custodiendam suscipiet, ne intus 
« victualia inferantur; et sic cives famis compulsi inedia ad 
« dedicionem veniant. » 

Non sine latenti prodicione quidam postea dixerunt consi- . 
lium processisse. Nam interim cum dux ipse Biturie prestola- 
batur non venturus, alter de Pontisara, die Veneris octobris 
vicesima tercia, cum sexcentis Anglicis loricatis ad unguem et 
duobus milibus sagittariorum exiens et per Mellentum tran- 
siens, ibi repperit tria milia civium Parisiensium, qui eumdem 
per portam Sancti Jacobi honestissime introduxerunt in urbem. 
Parisiensibus valde profuit ducis presencia. Nam tunc et civiles 
motus, qui videbantur sepius imminere, penitus quieverunt. 
Cives quoque audaciores effecti, instiguantibus anglicis sagitta- - 
riis, die sequenti in trecento numero Britones, qui Montem 
Martirum et Capellam occupabant, agredi decreverunt. Cum 
gladiis et sagittis atrox prelium commissum est; ibi plures 
corruerunt moribundi aut letaliter vulnerati. Sed tandem An- 
glicis cessit victoria, et ad urbem cum multis captivis laudabi- 
liter redierunt. | | 

Ab hinc non modo universis spes excidit urbis pociunde, sed 
retrocedendi ab ea occasio data fuit. Et cum nil aliud in ore 
singulorum verteretur nisi: « Duces, comites et barones, cum 
« ipsam hostem ingredi permiserunt, a senioribus consiliariis 
« decepti sunt, » auctoritate regis et ducis Aurelianensis publi- 
catum est voce preconia ut, relictis villagiis, simul in villa Sancti 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 527 


« dans la ville. Qui ne sait aussi que Paris ne pent étre soumis ni par 
« Ja force des armes ni par des assauts? Mais le duc de Berri arrive avec 
« deux mille chevaliers et écuyers; il bloquera la partie de la ville qui 
« n'est pas assiégée, et lui coupera les vivres, de sorte que les bour- 
« geois , réduits par la famine, seront forcés de capituler. » 


On prétendit plus tard que cet avis cachait une trahison. En effet, 
tandis qu'on attendait le duc de Berri qui ne devait pas venir, le duc 
de Bourgogne sortit de Pontoise le vendredi 23 octobre avec six cents 
hommes d'armes et deux mille archers anglais, passa par -Meulan, et 
y trouva trois mille bourgeois de Paris, qui l'introduisirent en. grand 
honneur dans la ville par la porte Saint-Jacques. La présence du duc 
fut trés utile aux Parisiens. Depuis ce moment il n'y eut plus de ces 
émeutes dont on était sans cesse menacé. Les bourgeois reprirent 
enfin courage, et dés le lendemain, enhardis par les conseils des archers 
anglais, ils allérent au nombre de trois cents attaquer les Bretons, 
qui occupaient Montmartre et la Chapelle. Un combat sanglant s'en- 
gagea à coups d'épées et de fléches. Il y eut de part et d'autre beau- 
coup de morts et de blessés. La victoire resta enfin aux Anglais, qui 
renirérent triomphants daus la ville avec un grand nombre de pri- 
sonpiers. 


Les Orléanais perdirent alors tout espoir de se rendre maitres de Ja 
ville; ils prirent méme le parti de se retirer : « Les ducs, les comtes et 
« les barons, répétait-on de tous cótés, en laissant entrer l'ennemi 
« dans Paris, ont été trompés par les anciens du conseil. » Il fut donc 
publié par la voix du héraut, au nom du roi et du duc d'Orléans , que 
tous les gens de guerre eussent à quitter les villages pour se concentrer 
dans la ville de Saint-Denys et dans les environs. L'exécution de cet 


528 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


Dyonisii et circa deinceps habitarent. Non sine irreparabili 
dampno illato ecclesie nostre obtemperatum est mandato. Nam 
quidam ex eis nocte illa se in granchia Indicti locaverunt, 
sequenteque mane eam voraci incendio tradiderunt. Et cum 
inde gravis querimonia duci Aurelianis facta esset, respondit : 
« Cum pervenerimus ad intentum , dominum regem rogabimus 
« ut in recompensacionem mercatores permittat in Indicto 
« libere negociari et sine subsidiis. » Narrare quomodo tunc 
equos suos sacris locis et parrochialibus ecclesiis stabulare sta- 
tuerint, ut ad altaria quasi ad presepia ligarentur, quam dure 
quamque dampnose hospites suos tractaverint leges hospitali- 
tatis violando, longum esset et officeret compendio quod stu- 
diose quero. Quanto strictiori loco morabantur, tanto e pro- 
pinquioribus locis et cum majori violencia exquisitis victuali- 
bus indigebant. Ex abditis quoque locis et nemoribus sepius 
Brigantini in pabulatores subito erumpebant, et ex eis, capi- 
taneorum judicio, spacio quo villam hanc tenuerunt, mille et 
quingentos vel circiter occiderunt. Occasione predicta ex 
semetipsis sex milibus congregatis, omnium Sanctorum vigi- 
lia, Montismorenciaci villam recenter circumclausam viribus 
occupaverunt, vallem circumadjacentem spoliaverunt, multos 
agricolas, senes et infantes occiderunt, ceteros quoque colonos 
captivos adduxerunt, ut subirent importabile redempcionis 
jugum; qui tamen in parte maxima nunquam deportaverant 
ensem vel gladium. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 529 


ordre entraina pour notre abbaye d'irréparables dommages. Quelques 
soldats se logérent cette nuit-là dans la grange du Lendit, et y mirent 
le feu le lendemain matin. De vives plaintes ayant été adressées à ce 
sujet au duc d'Orléans, il répondit : « Quand nous aurons mené à 
« fin notre entreprise , nous prierons le roi d'accorder aux marchands 
« comme dédommagement la permission d'exercer librement leur 
« commerce au Lendit sans payer de droits. » Dirai-je que les Orléa- 
nais transformaient en écuries les lieux sacrés et les églises parois- 
siales; qu'ils attachaient leurs chevaux aux autels comme à des man- 
. geoires ; qu'ils ranconnaient et maltraitaient sans pitié leurs hôtes et 
violaient toutes les lois de l'hospitalité? Ce serait entreprendre un 
trop long récit et m'écarter de la briéveté dont je me suis fait une 
loi. Comme ils se trouvaient trop à l'étroit, ils se jetaient sur le voisi- 
nage et extorquaient avec violence les vivres dont ils avaient besoin. 
Souvent les Brigands, sortant des bois où ils étaient cachés, fondaient 
à l'improviste sur les fourrageurs, et, de l'aveu méme des capitaines 
de l'armée, ils en tuérent ainsi prés de quinze cents, pendant le temps 
que les Orléanais restérent cantonnés à Saint-Denys. Pour se venger, 
six mille hommes se réunirent, la veille de la Toussaint, s'empa- 
rérent par force de Ja ville de Montmorency, nouvellement close de 
murs, dévastérent toute la vallée voisine, égorgérent grand nombre - 
de paysans, de vieillards et d'enfants, et emmenérent prisonniers les 
autres habitants, pour les mettre à rançon, bien que la plupart 
d'entre eux n'eussent jamais pris les armes. 








LI 


530  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


CAPITULUM XXXIII. 


De thesauro regine dux Aurelianis multa rapuit violenter. 


Tunc subsidiarios milites et scutiferos, tanquam de rebus 
bellicis hueusque strenue gestis nec digne remuneratis murmu- 
rantes , dux Aurelianis cum confederatis dominis cupiens paci- 
ficare, sequenti luce post missarum sollempnia, venerabilem 
abbatem et conventum monasterii in refectorio convenire jussit, 
et comitem Ármeniaci ad propositum loqui quod sequitur : 

« Nostis, inquit, religiosi, quod Jam diu domini hic assis- 
« tentes laboriosos et bellicosos evaporaverunt spiritus , et ad 
« id proeul dubio unicum, quicquid vulgus errando adinveniat, 
« ut regni justicia tanto tempore conculcata audeat caput levare, 
« et ut, rege de servitute ad libertatem reducto, eidem honori- 
« fice, ut consuetum est ab antiquo, serviatur. Pro tam racio- 
« nabili tamque Deo acceptabili actu secum stare procul dubio 
« debuissent regnicole , nobiles et ignobiles universi. Quaprop- 
« ter longe lateque per regnum exercitum. strenuissimorum 
 «armigerorum et militum, quem insuperabilem reputant, 
« collegerunt, ut id effectui laudabiliter valeant terminare. Sed 
« cum jam diu expectaverint peccunias pro stipendiis mitten- 
« das, ne ex mora tedium nimium oriatur, unanimiter dignum 
« dueunt hunc defectum de thesauro regine, vestre custodie - 
« commendato, necessario supplendum, scientes et affirmantes 
« quod id eidem complacebit; promptique sunt domini de 
« receptis vos sub singulorum sigillis exhonerare competenter. » 

Ad hec verba religiosi stupefacti et dominorum teméritatis 
audaciam abhorrentes, ne regine indignacionem incurrerent, 
obnixe supplicaverunt ut super hiis ejus inquireretur voluntas 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 531 


CHAPITRE XXXIII. 


Le duc d'Orléans prend de force une partie du trésor de la reine. 


Le duc d'Orléans, ayant appris que les chevaliers et les écuyers de 
son parti commencaient à se plaindre de ce qu'il ne rémunérait pas 
dignement les services signalés qu'ils lui avaient rendus jusqu'alors, 
résolut , de concert avec les seigneurs ses alliés , d'apaiser leur mécon- 
tentement. Un matin donc, aprés la messe, il fit réunir dans le réfec- 
toire du couvent le véñérable abbé et les religieux, et chargea le 
comte d'Armagnac de prononcer le discours suivant : 

« Vous savez, religieux, avec quelle patience les seigneurs ici pré- 
« sents ont soutenu jusqu'à ce jour les plus rudes fatigues , et cela, 
« quoi qu'on en dise, dans le seul but de relever la justice si long- 
« temps foulée aux pieds dans le royaume, de délivrer le roi de la 
« servitude à laquelle il est réduit et de lui faire rendre, comme 
« par le passé, l'obéissance et les honneurs qui lui sont dus. Tous les 
« Francais, nobles et peuple, auraient dà sans aucun doute seconder 
« une entreprise si légitime et si agréable à Dieu. C'est pour la mener 
« à bonne fin que lesdits seigneurs ont rassemblé de toutes les parties 
« du royaume une armée composée de vaillants chevaliers et écuyers 
« qu'ils regardent comme invincibles. Mais depuis long-temps ils 
« attendent vainement l'argent nécessaire pour la solde de cette armée, 
« et craignant que ces retards n'aménent quelques embarras, ils ont 
« pensé unanimement qu'il fallait y suppléer avec le trésor de la reine, 
« confié à votre garde ; ils savent et déclarent que cette mesure aura 
« son agrément, et sont préts du reste à vous décharger, sous la 
« garantie du sceau de chacun d'eux, des sommes qu'ils auront 
« recues. » | | 


Les religieux furent stupéfaits d'une pareille proposition. Redou- 
tant à la fois le caractère entreprenant des princes et le courroux de 
la reine, ils démandèrent avec instance la permission de s'enquérir 


532 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


ac eciam domini ducis Guienne. Quem titulum impacientissime 
ferens : « Non, inquit Armeniaci comes, Guienne, sed Viennen- 
sis domini. » Tunc autem non valuerunt preces humiles effuse. 
Nam comes palam concludens quod legem necessitas non habe- 
bat, thesauri ostium, minas adiciens, sibi apperiri fecit, ceteros - 
quoque ad gazas regine duxit, qui mox , cum instrumentis fer- 
reis fractis seris, vasorum aureorum et argenteorum magnam 
partem ibidem repertorum acceperunt. Preda igitur divisa inter 
eos, quia comes interloquendo dixerat quod, si thesaurus regine 
. eisdem non sufficeret, ad jocalia ecclesie recurrerent, de reli- 
giosorum consensu unanimi et consilio, illos qui ceteris igno- 
rantibus illa secretissimis locis et ab aliis ignotis absconderant 
mox absentare jusserunt. 


GAPITULUM XXXIV: 


Quomodo dux Aurelianensis et sui confederati auctoritate papali excommunicati 
| fuerunt. 


Unum michi abstulit celeritas scribendi quod antea inseruisse 
potuissem, et qualiter consiliarii regni ducem Aurelianensem ac 
stipendiarios suos omnes dignum duxerunt terrere, ut deinceps 
a rapinis, cedibus et incendiis abstinerent. Inter deliberandum 
super hoc, dum quidam ad memoriam reducunt sancte me- 
morie Urbanum summum pontificem nuper in acephalitas 
societates gladium spiritualem vibrasse, cum inquietarent re- 
gnum, asserentes et eo adhuc posse feriri gentes istas, quas 
primis similes reputabant, jussum est privilegium perquiri in 
archivis. regalibus. Quo cum summa diligencia. reperto, quia 
per. quosdam professores excellentissimos in sacra pagina et in 
utroque jure doctores, qui duci Burgundie favebant , conclu- 








- MEM dd 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 533 


de ses intentions et de celles de monseigneur le duc de Guienne. 
« Dites dauphin de Viennois et non duc de Guienne, » répartit avec 
colère le comte d'Armagnac; et sans avoir égard aux humbles suppli- 
cations des religieux, il déclara hautement que la nécessité ne con- 
naissait point de loi, se fit ouvrir avec menace la porte du trésor, et 
y introduisit ses gens. Ceux-ci brisérent aussitót les serrures avec des 
instruments en fer, enlevérent la plupart des vases d'or et d'argent 
qui se trouvaient là , et se les partagérent. Or, comme le comte avait 
donné à entendre que, si le trésor de la reine ne suffisait pas, on aurait 
recours aux joyaux de l'abbaye, les religieux , d'un commun accord, 
firent partir sur-le-champ ceux d'entre eux qui avaient caché ces 
joyaux à l'insu des autres dans les endroits les plus secrets du monastére. 


CHAPITRE XXXIV. 


Comment le duc d'Orléans et ses confédérés furent excommuniés en vertu 
de l'autorité pontificale. 


La rapidité du récit m'a fait omettre une particularité ‘que j'aurais 
pu rapporter plus haut, c'est à savoir l'expédient que les conseillers 
du roi imaginérent pour effrayer le duc d'Orléans et ses gens de 
guerre, et pour mettre un terme aux déprédations, aux massacres et 
aux incendies dont ils se rendaient coupables. En délibérant à ce sujet, 
ils se rappelèrent que le pape Urbain de sainte mémoire avait autre- 
fois frappé du glaive spirituel les compagnies sans chef qui infestaient 
le royaume, et quelques-uns soutinrent qu'on pouvait encore user de 
ce moyen contre lesdits gens de guerre, qui se trouvaient dans le méme 
cas. On fit donc rechercher avec beaucoup de soin ce privilége dans les 
archives royales, et lorsqu'on l'eut trouvé, d'habiles professeurs en 
théologie et des docteurs en droit civil et en droit canon, qui étaient 
favorables au duc de Bourgogne, déclarérent que ce privilége avait 








bg 


534 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


sum fuit quod habebat vigorem perpetuum et eo poterant uti 
ubique ordinarii judices et prelati, ad perpetuum memoriam 
tenorem ipsius , sigillo regis roboratum, hic inserere dignum 
duxi, qui talis est : 


« 


A^ 


A ^ AA 


, « Karolus, Dei gracia rex, notum fieri volumus universis 


tam presentibus quam futuris, felicis recordacionis sanctis: 
simi in Christo patris Urbani pape quinti bullas in thesauro 
chartarum, registrorum et privilegiorum nostrorum Parisius 
in Sacra Capella existentes transcribi fecisse, formam que 
sequitur continentes : 

« Urbanus, servus servorum Dei, ad futuram rei memoriam. 


Quam sit plena periculis et cunctis Christi fidelibus abhor- 


renda seva illorum immanitas, qui avaricie fervore succensi 
arma moventes se magnas societates seu compagnas appellant, 
in quibus nulla pietas, nulla fides existit, effusus christiano- 
rum sanguis innoxius, stragesque multorum, ecclesiarum et 
monasteriorum incendia, virginum raptus et stupra, civita- 
tum, castrorum aliorumque locorum et bonorum quorum- 
libet direpeiones, spoliacianes et prede, alieque afflictiones 
innumere in diversis mundi partibus et presertim in regno 
Francie ex multo jam tempore perpetrata , proc dolor, attes- 
tantur. Contra quos licet per nos et nonnullos predecessores 
nostros romanos pontifices plurimi processus tam generales 
quam speciales sint habiti, diversas penas et sentericias 
continentes, quos in suo robore volumus et decernimus per- 
manere et haberi eciam presentibus pro expressis ; nichilo- 
minus tamen, ex pastorali sollicitudine et cura quam erga 
gregem. dominicum habere diligeneius perurgemur, anxie 
timescentes quod, mundi invalescente malicia, hujusmodi 
nephandis sceleribus assueti ab illis, et presertim in ipso 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 535 


une force indélébile et que les juges ordinaires et les prélats pouvaient 
en faire usage. J'ai cru devoir, pour en perpétuer le souvenir, en 
insérer ici la teneur. Cet acte était scellé du sceau du roi et concu en 
ces termes : 


« Charles, par la gráce de Dieu roi de France, faisons savoir à 
« tous, présents età venir, que nous avons fait transcrire les bulles de 
« notre trés saint père en Jésus-Christ, le pape Urbain V d'heureuse 
« mémoire, conservées dans le trésor de nos chartes, registres et pri- 
« viléges, à la Sainte-Chapelle à Paris et contenant ce qui suit : 


« Urbain, serviteur des serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mé- 
« moire à la postérité. L'effusion du sang innocent, le massacre d'un 
« grand nombre de chrétiens, l'incendie des églises et des monastéres, 
« le rapt et le viol des jeunes filles, les pillages , spoliations et dépré- 
« dations des villes, des cháteaux et autres lieux et propriétés quel- 
« conques, et les innombrables maux qui afligent depuis long-temps 
« diverses parties du monde et particuliérement le royaume de France, 
« attestent assez combien est pernicieuse et redoutable à toute la chré- 
« tienté la cruauté de ces hommes sans piété et sans foi, qui, pour 
« assouvir leur cupidité, ont pris les armes sous le nom de grandes 
« sociétés ou compagnies. Bien qu'il ait été procédé contre eux à di- 
« verses reprises par nous et par plusieurs pontifes romains nos pré- 
« décesseurs, qui ont prononcé tant en général qu'en particulier diffé- 
« rentes peines et sentences, lesquelles nous voulons et ordonnons étre 
« maintenues et rester présentement en leur force et vigueur, néan- 
« moins, en raison de la sollicitude pastorale et du soin particulier 
« que nous sommes tenu d'avoir pour le tronpeau du Seigneur, crai- 
« g£uant que, vu le progrès de la perversité humaine, les honimes 
« accoutumés à de semblables désordres ne s'obetinent à y persister, 
« surtout daus le royaume de France, où la chrétienté court le plus 
« de dangers et où ce fléau s'est fait sentir avec le plus de violence, et 
« que leur exemple n'entraine les autres dans de pareilles entreprises ; 
« considérant aussi que ce royaume a rendu de tout temps les plus 





536  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« régno Francie, ubi majus christianitatis periculum imminet, 
« et in quo furor tempestatis hujusmodi magis invaluit, non 
« desistant, et alios ad similia non indueant; ac diligencius 
« recensentes quot et quanta bona ex ipso regno, catholice 
«fidei totique christiano populo in longum continuata per 
« evum multimode pervenerint, ac quantum et qualiter chris- 
« tianissimi Francorum reges , qui fuerunt pro tempore, eam- 
« dem fidem catholicam et sanctam romanam Ecclesiam, cujus 
« semper precipui pugiles extiterunt, longe lateque per orbem, 
«Sicut exacti temporis antiquitas fidelis insinuat et probat 
« evidencia, veritas, multipliciter extulerunt, ferventer pro ipsa 
« fide pugnando, ac ecclesias et personas ecclesiasticas sui regni 
« favorabiliter protegendo, dignum duximus et expediens repu- 
« tamus, ut adversus hujusmodi pravorum nequiciam , quan- 
« tum cum Deo possumus, opportunis remediis occurramus. 

« Consideracione igitur premissorum , super hiis cum fratri- 
« bus nostris .deliberacione prehabita diligenti, et de ipsorum 
« consilio, ut bonis et fidelibus transquilitatem preservemus et 
« pacem, ac pravorum iniquitatibus , animarum periculis, per- 
« sonarum excidiis, ecclesiarum et ecclesiasticorum aliorumque 
« bonorum dispendiis et jacturis, aliisque malis hujusmodi, 
« quantum cum Deo possumus, salubriter obviemus, auctori- 
« tate apostolica tenore presencium statuimus, districtius inhi- 
« bentes ne aliqua persona ecclesiastica vel mundana, cujuscun- 
€ que preeminencie, dignitatis, status, ordinis vel condicionis 
« existat, societatem vel societates hujusmodi de cetero congre- 
« gare , facere, tractare seu ordinare , aut congregatas in ipsum 
« regnum inducere, mittere vel in eo tenere, seu aliqualiter 
« fovere, vel in eis vel earum aliqua capitaneatum aut conesta- 
« bulariam sive quodcunque aliud officium seu ministerium 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 537 


« grands services à la foi catholique et à tout le peuple chrétien et que 
« les rois très chrétiens de France, comme le prouvent jusqu’à l'évi- 
« dence les annales du temps passé, ont contribué de tout leur pou- 
« voir à étendre au loin la foi catholique et à exalter la sainte église 
« romaine, dont ils ont toujours été les principaux champions, soit 
« en combattant énergiquement pour ladite foi, soit en protégeant les ' 
« églises et le clergé de leur royaume, nous avons jugé à propos et 
« croyons convenable de nous opposer par des moyens efficaces, autant 
« que nous le pouvons avec l'aide de Dieu, aux mauvais desseins de ces 
« pervers. 


« Par ces considérations , et aprés en avoir mürement délibéré avec 
« nos fréres et avoir pris leur avis, voulant assurer la tranquillité et 
« la paix aux bons et fidéles chrétiens, et prévenir efficacement , 
« autant que nous le pouvons avec l'aide de Dieu, les iniquités des 
« méchants, la perte des âmes, la ruine des personnes, la destruction 
« et la spoliation des églises, des biens ecclésiastiques et autres, et 
« tous les maux de cette nature, nous défendons expressément, en 
« vertu de notre autorité apostolique, par la teneur des présentes, à 
« toute personne, ecclésiastique ou séculière, de quelque rang, 
« dignité, état, ordre ou condition qu'elle soit, de rassembler, for- 
« mér, composer ou organiser dorénavant une ou plusieurs sociétés 
« semblables, de les introduire, envoyer ou maintenir dans le royaume, 
« de les favoriser en aucune facon, de prendre dans ces sociétés ou dans 
« quelqn'une d'entre elles une capitainerie, connétablie, ou autre 
« office et emploi quelconque, ou d'y garder et exercer les fonctions 
« qu'on pourrait y avoir acceptées, soit depuis long-temps soit récem- 
« ment; de lever ni porter aucune banniére ou étendard en leur 

IV. 68 





538  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« assumere aut ex antiquo vel novo tempore assumpturn quo- 
« modolibet retinere aut exercere, banderiam seu vexillum 
erigere seu deferre, vel se in hujusmodi societatibus infra seu 
« contra. dictum regnum jam factis vel in posterum faciendis 
quovismodo recipere seu .immiscere, aut in eis tractandis, 
« contrahendis seu firmandis, aut jam factis seu faciendis, 
« manutenendis et conservandis dare operam , consilium, auxi- 
« lium vel favorem , aut cum ipsis societatibus jam fàctis vel in 
« posterum faciendis prefatum regnum aut civitates, terras, 
« castra, villas et alia quevis loca, seu partes aut personas et 
« bona dicti regni invadere, occupare vel detinere, aut depopu- 
« lari, aut eorum ope seu auxilio uti in premissis, seu in ipsis 
« regno et partibus incursus hostiles seu predaciones agere, 
« depredaciones vel rapinas committere seu perpetrare, aut 
« homines in ipso regno captos, vel predas, seu rapinas, vel 
« spolia inde asportata, aut talia perpetrantes seu committen- 
« tes , aut societates ipsas vel aliquas ex eis, cum preda vel sine 
« préda, scienter, voluntarie et dolose receptare, vel cum eis 

«publiée ve] occulte participare, aut eorum subditos, qui pre- 
« missa facient vel committent concedere, seu permittere, aut 
« sustinere, Si hoc sciverint et potuerint prohibere, aut eis 
« bladum, panem , vinum, carnes, equos, arma, currus, navigia 
« aut quecunque victualia, peccunias , merces , vel res aliquas, 
«que in eorum commodum cedere valeant, deferre , portare; 
« dare vel concedere, aut ab eisdem predas et hujasmodi bona 
« rapta emere, vel alias qualitercunque recipere, aut alias in 
« premissis faciendis vel committendis dare consilium, auxilium 
« vel favorem quoquomodo presumat. 

« Alioqui omnes et singulos, cujuscunque, ut premittitur, 
« preeminencie, dignitatis, status, ordinis vel condicionis 


À 


^ 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 589 


« faveur; de se faire recevoir ou admettre dans de telles sociétés, faites 
« ou à faire dans ou contre ledit royaume, ou de préter à qui que ce 
« soit aide, conseil , appui ou faveur tendant à les former, rassembler 
« ou confirmer, ou à maintenir et conserver celles qui sont faites ou à 
« faire; de courir ledit royaume avec lesdites sociétés faites ou à faire; 
« d'envahir, occuper ou retenir les cités, terres, eháteaux , villes et 
« autres lieux quelconques, ou les provinces, personnes et biens dudit 
« royaume , ou de se servir pour cela de leur assistance ou secours ; de 
« faire aueune course ou exercer aucune hostilité dans les: provinces 
« dudit royaume, d'y faire ou commettre aucune déprédation ni 
« rapine; de recevoir sciemment, volontairement et frauduleusement 
« les prisonniers faits dans ce royaume, ou le butin, les rapines et 
« les dépouilles qu'on y aurait enlevés; de donner asile à ceux qui 
« auraient commis ou perpétré de telles choses , auxdites sociétés ou à 
« quelqu'une d'entre elles, avec ou sans butin; d'y prendre part en 
« quoi que ce soit publiquement ou secrétement ; d'antoriser, tolérer 
« où soutenir ceux de leurs sujets qui feront ou commettront de telles 
« choses, s'ils le savent, et s'ils peuvent l'empécher ; de leur fournir, 
« porter, donner ou accorder blé, pain, vin, viande, chevaux, 
« armes, cbariots, bateaux, provisions quelconques, argent, mar- 
« chandises, ou autres choses qui puissent leur étre utiles; de leur 
« acheter leur butin ou le fruit de leurs rapines; en un mot de les 
« recevoir en aucune facon et de leur donner conseil, aide et faveur 
« pour faire ou commettre les choses susdites. 


« Autrement, nous déclarons excommuniées de fait, comme fauteurs 
« de ces brigandages, toutes personnes, de quelque rang, dignité, 


540 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


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existant , qui contra constitucionem et prohibicionem nostras 
hujusmodi facere, vel venire, aut aliqualiter attemptare pre- 
sumpserint, nec non illos qui subditos suos ad hujusmodi 
scelera committenda in dictum regnum duxerint seu trans- 
miserint, tanquam fautores hujusmodi dampnorum, excom- 
municacionis sentenciam incurrere volumus ipso facto, et 
eorum terras et loca quelibet interdicto ecclesiastico subja- 
cere; ita videlicet quod nullus preterquam in mortis articulo 
ab excommunicacionis absolvi sentencia, nec interdictum 
hujusmodi relaxari per alium quam romanum pontificem 
valeant quovismodo. Et nichilominus eos omnes et singulos 
penas et sentencias contra talia presumentes per sacros cano- 
nes inflictas et latas incurrisse, eis ligatos fore auctoritate 
apostolica supra dicta, tenore presencium declaramus, ipsos- 
que nec non civitates, oppida, castra, villas, loca et communi- 
tates , universitates et populos, in hiis culpabiles seu culpabi- 
lia, omnibus privilegiis, libertatibus et immunitatibus realibus 
et personalibus, sub quacunque verborum forma aut dicta fide 
aut imperatoria vel regia majestate aut aliis inferioribus con- 
cessis eisdem, nec non feudis , officiis, juribus et jurisdictio- 
nibus, que a romana vel aliis ecclesiis, aut imperatoria vel 
regia majestate hujusmodi, aut aliis inferioribus quibuscun- 
que tenere noscuntur, exuimus et ex tunc finaliter privamus, 
eorumdem ecclesiarum et monasteriorum prelatis, eciam si 
episcopali vel majori prefulgeant dignitate , districtius injun- 
gendo quod feuda et bona ipsa recipiant , et pro suis ecclesiis 
et monasteriis teneant , aut aliis concedant, et de ipsis'dispo- 
nant, prout alias eis licet et ecclesiarum et monasteriorum 
suorum utilitati viderint expedire ; singularesque personas in 
hiis culpabiles ad illa et similia et quelibet alia ipsorumque 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL 541 


« état, ordre ou condition qu’elles soient, qui oseront faire, entre- 
« prendre ou tenter quoi que ce soit contre les constitution et défense 
« susdites, ainsi que tous ceux qui auront conduit ou envoyé leurs 
« sujets dans ledit royaume pour y commettre de tels excés; nous 
« voulons que leurs terres et possessions quelconques soient sou- 
« mises à l'interdit ecclésiastique, de telle sorte qu'aucun d'eux ne 
« puisse être absous de cette sentence d'excommunication qu'à l’ar- 
« ticle de la mort, ni l'interdit être levé par d'autre que par le 
« pontife romain. Et néanmoins nous déclarons par la teneur des 
« présentes que tous et chacun d'eux ont encouru les peines et sen- 
« tences infligées et portées par les sacrés canons contre ceux qui 
« commettent de tels crimes, et qu'ils seront liés par lesdites sentences 
« en vertu de notre autorité apostolique susdite ; nous dépouillons et 
« privons eux, les cités, places fortes, châteaux , villes, lieux et com- 
« munes, universités et peuples, qui auront pris part à ces sociétés, 
« de tous leurs priviléges, libertés et immunités, réelles ou person- 
« nelles, sous quelque forme ou obligation qu'ils les tiennent d'une 
« majesté impériale ou royale ou d'autres personnes inférieures; nous 
« les privons égalemept des fiefs, offices, droits et juridictions qu'ils 
« tiennent de l'église romaine ou d'autres églises, de quelque majesté 
« impériale ou royale, ou d'autres personnes inférieures; nous enjoi; 
« guons expressément aux prélats desdites églises et monastéres , revé- 
« tus de l'épiscopat ou d'une dignité plus élevée, de reprendre lesdits 
« fiefs et biens, de les garder pour leurs églises et leurs monastéres , ou 
« de les accorder à d'autres et d'en disposer, comme ce]a leur est per- 
« mis d'ailleurs et selon qu'il leur paraitra utile pour le bien de leurs 
« églises et de leurs monastéres. Nous déclarons toutes personnes cou- 
« pables de ces faits ou d'autres semblables, et leurs descendants jusqu'à . 
« la troisiéme génération exclusivement , inhabiles à remplir les digni- AE 
« tés, personnats, offiees et, autres bénéfices ecclésiastiques quelcon- 
« ques , avec ou sans cure , à quelque titre et en vertu de quelque auto- 
« rité qu'ils puissent étre accordés. Nous délions de tout serment de 
« fidélité et de tout engagement auxquels ils étaient tenus les vassaux 





542 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« descendentes usque ad terciam generacionem exclusive ad 
« dignitates, personatus ac officia et alia quelibet beneficia 
« ecclesiastica cum cura vel sine cura, quovis nomine censean- 
« tur, auctoritate qualibet obtinenda, inhabilitamus et inhabiles 
« reddimus eo ipso. Vassallos quoque et homines eorumdem 
« delinquencium contra constitucionem et inhibicionem nostras 
« predictas a juramento et fidelitate ac quacunque obligacione, 
« quibus tenebantur eisdem, totaliter absolvimus. 

« Et insuper volumus et statuimus quod ex tunc ipsi sociales 
« et receptatores et deffensores eorum et alii, ut premittitur, 
« delinquentes, sint et habeantur infames, itaque ut ad testimo- 
« nium nec alios actus legittimos admittantur, fiant eciam intes- 
«tabiles, sicque non possint condere testamentum, nec ad 
« cujuscunque successionem ex testamento vel ab intestato ali- 
« quatinus admittantur; nullus preterea ipsis super quocunque - 
« negocio respondere cogatur; nec cause ad eorum audienciam 
« perferantur, si jurisdictionem habeant, nec valeant eorum 
« sentencie vel processus; nullus eis in. quacunque eausa vel 
« negocio patrocinium prestet; nec ipsi ad patrocinandum aliis 
« admittantur ; et si tabelliones fuerint, instrumentà confecta 
« per eos non valeant, sed cum actore dampnato dampnentur; 
« filii quoque et nepotes ipsorum usque ad terciam generacio- 
« nem exclusive ad nullos honores mundanos seu ecclesiasticos 
« admittantur; fiant domus eorum. deserte, et ut. non. sint qui 
« habitent in eis, dentur cuncta eorum edificia. in ruinam; et ut 
« perpetue notam infamie perpetua ruina testetur, nullo tem 
« pore reparentur; sit eis postulandi negata facultas; sit tabel- 
« lionatus, judicatus , et quodlibet aliud officium seu ministe- 
« rium publicum interdictum. Quod si secus super hiis actum 
« fuerit, id carere volumus omni robore firmitatis. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 549 


« et les hommes liges de ceux qui enfreindront nos constitution et 
« défense susdites. 


.« Nous voulons en outre et statuons que dés ce moment les gens 
« desdites compagnies, ceux qui les recevront ou les défendront et 
« tous autres délinquants, ainsi qu'il est dit plus haut, soient réputés 
« infames, de telle sorte qu'ils ne soient admis ni à témoigner en jus- 
« tice ni à d'autres actes légaux; qu'ils soient inhabiles à tester, et 
« qu'ainsi ils ne puissent faire de testament, ni étre admis en aucune 
« facon à la succession de qui que ce soit par testament ou ab intestat ; 
« que personne ne soit tenu de leur répondre sur quelque affaire que 
« ce soit; qu'auenne' cause ne soit portée devant eux, s'ils ont une 
« juridiction, et que leurs sentences ou procédures soient nulles et 
« de nulle valeur; que personne ne leur préte assistance dans quelque 
« cause ou affaire que ce soit, et qu'ils ne soient admis à assister 
« eux-mémes personne; et s'ils sont tabellions , que les actes faits par 
« eux soient nuls et de nulle valeur, et qu'ils soient condamnés aux 
« dépens avec le demandeur ; que leurs fils et leurs petits-fils jusqu'à la 
« troisiéme génération exclusivement ne soient promus à aucun hon- 
« neur séculier ou ecclésiastique; que leurs maisons soient désertes, et 
« pour éviter que personne puisse les habiter, qu'elles soient démolies 
« et rasées et qu'elles ne soient jamais rebáties afin que ces ruines 
« perpétuelles attestent perpétuellement leur déshonneur; qu'ils 
« n'aient point la faculté de poursuivre en justice; que le tabellionage, 
« la judicature et tout autre office ou ministère public leur soit interdit. 
« Nous voulons que tout ce qui sera fait à l'encontre soit considéré 
« comme nul et sans effet. 


544 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« Omnes quoque prefatos capitaneos, guidatores, conesta- 
« biles temporales societatum ipsarum et alios quoscunque de 
« societatibus et delinquentibus supra dictis, omnibus dignita- 
« tibus et honoribus secularibus ac officiis publicis, in quibus 
« forsan essent constituti, ex nunc et ex tunc deponimus et per 
« sentenciam removemus, ac cingulo militari, si forsan eo essent 
« decorati, privamus, eosque ad eadem officia, dignitates, 
« honores et cingulum militare reddimus inhabiles et indignos. 
« Quod si inter eos sint aliqui clerici vel ecclesiastice persone, 
« dignitates, personatus, vel officia, canonicatus et prebendas, 
« et alia quevis beneficia, cum cura vel sine cura, seu admi- 
« nistraciones quascunque obtinentes, qui sortem Domini in 
« quam erant assumpti temerarie relinquentes, et ministros 
« Belial ac iniquitatis satellites se constituentes, ipsos ultra 
« predictas penas et sentencias, quibus eciam eos volumus sub- 
« jacere, eisdem dignitatibus, personatibus, officiis, canoni- 
« catibus et prebendis, beneficiis ac administracionibus ipso 
«facto decernimus esse privatos, concedentes illis, ad quos 
« earumdem dignitatum, personatuum , officiornm, canoni- 
« catuüm et prebendarum, beneficiorum et administracionum 
« collacio seu provisio pertinet , ea conferendi et providendi de 
«ilis personis ydoneis, prout-expedire viderint, plenam ac 
« liberam facultatem; ac hiis in virtute sancte obediencie dis- 
« tricte mandantes quod ad collacionem et provisionem hujus- 
« modi, quam cito eis'de predictorum delinquencium huyjus- 
« modi culpis constiterit, procedere non postponant. Quod si 
« iidem prelati, vel alii ad quos hujusmodi feudorum et bono- 
« rum recepcio, concessio, disposicio, ac dignitatum, perso- 
natuum , officiorum , canonicatuum, prebendarum, beneficio- 
rum et administracionum collacio et provisio, ut premittitur, 


a 


^ 


CHRONIQUE DE CHARLES VI..— LIV. XXXIL 545 


« Nous déposons dès à présent et destituons par sentence de toutes 
« dignités, honneurs séculiers et offices publics, dont ils pourraient 





546  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
« pertinet, infra unius mensis spacium, postquam eis de pre- 
« missis excessibus et culpis constiterit, ad recepcionem, con- 
« cessionem, disposicionem, collacionem et provisionem non 
« processerint, disposicioni nostre et sedis ejusdem specialiter 
« reservamus , districtius inhibentes illis, ad quos eedem recep- 
« cio et concessio, disposicio, collacio et provisio alias perti- 
« nent vel possent quomodolibet pertinere, ne de feudis, bonis, 
« dignitatibus, personatibus , officiis, canonicatibus, preben- 
« dis ac beneficiis et administracionibus ipsis, vel ipsorum 
« aliquo, contra reservacionem nostram hujusmodi disponere 
« vel ordinare presumant. Nos enim decernimus irritum et 
« inane, si secus fuerit attemptatum. | 

“« Et c&m pene condigne non possint tam gravibus et multi- 
« plicibus sceleribus adhiberi , et ne ipsorum temeritas transeat 
« presumptoribus in exemplum, de dictorum fratrum consilio, 
« bona ipsorum protervorum socialium mobilia concedimus 
« fidelibus occupanda; immobilia vero eorum dominis confis- 
« camus, et personas eorumdem socialium exponimus fidelibus 
« capiendas, ut capiencium fiant servi, non obstantibus si ali- 
« quibus communiter vel divisim a sede predicta foret indul- 
« tum quod suspendi vel excommunicari aut ipsi, et civitates, 
« terre, oppida, castra , ville et communitates vel universitates 
« eorum interdici non possint per litteras appostolicas non 
« facientes plenam et expressam ac de verbo ad verbum de in- 
« dulto hujusmodi mencionem, et quibuslibet privilegiis, indul- 
« genciis vel litteris apostolicis, generalibus vel specialibus, 
« quibusvis personis, locis vel ordinibus, sub quacunque ver- 
« borum forma vel expressione concessis , eciam si de illis esset 
« specialis et expressa ac de verbo ad verbum in eisdem nostris 
« processibus et litteris appostolicis inde confectis. mencio 


548 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 
« facienda; per que nullum contra premissa vel eorum aliquid 


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volumus afferri suffragium vel obstaculum interponi. 

« Ut autem hujusmodi noster processus ad dictorum socia- 
lium perversorum etaliorum, quorum interest, noticiam dedu- 
catur, cartas seu membranas processum continentes eumdem 
majoris ecclesie Avinionensis affigi ostiis seu superlimina- 
ribus faciemus, que processum suo quasi sonoro preconio et 
patulo judicio publicabunt, ut iidem sociales et alii, quorum 
interest, ut premittitur, quod ad eos non pervenerit vel igno- 
raverint eumdem, nullam possent excusacionem pretendere 
vel ignoranciam alleguare, cum non sit verisimile quod ad eos 
remaneat incognitum quod tam patenter omnibus publicatur. 

« Nulli ergo omnino homini liceat hanc paginam nostre con- 
stitucionis, inhibicionis, declaracionis, privacionis , inhabili- 
tacionis, mandati, voluntatis, ordinacionis, deposicionis, 
remocionis, reddicionis, concessionis, reservacionis et con- 
fiscacionis infringere, vel ei ausu temerario contraire. Si quis 
autem hoc attemptare presumpserit, indignacionem omni- 
potentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se 
noverit incursurum. — Datum Massilie, septimo idus. . . .. 
pontificatus nostri anno uno. » 

« In cujus rei testimonium sigillum nostrum presenti tran- 
scripto jussimus apponendum. — Datum Parisius, mense octo- 
bris, anno Domini millesimo quadringentesimo undecimo et 
regni nostri tricesimo secundo. » 

« Sic signatum, transcriptum de precepto regis, et sic 
collacionatum cum bullis originalibus superius inscriptis. 

| « E. ns MaunEGART. » 


Cum prefatis doctoribus et magistris domini presidentes in 


Parlamento, cameris quoque regalis Palacii, convenientes et 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII — 549 


« Et afin que notre déclaration parvienne à la connaissance desdites 


550 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


consiliarii regii statuerunt ut cum processione sollempni et 
generali omnium virorum ecclesiasticorum Parisius residen- 
cium stacionem in ecclesia Sancte Genovefe facerent, et manda- 
tum appostolicum populo assistenti in ydiomate vulgali publice 
publicaretur. Inde processu peracto contra duces Aurelianis et 
de Borbonio, comites quoque de Alenconio et de Armeniaco, 
conestabularium vero atque complices eorum, juxta censuram 
apostolicam , ut rebelles, inobedientes ac regno malivolos, ad- 
judicati sunt excommunicacionis sentenciam et penas latas in 
scripto appostolico contentas incurrisse, dignique in ecclesiis 
publice et sine titulis nominari, ut sequestrati a communione 
fidelium cum extinctione candelarum et pulsacione campana- 
rum, interim dum cotidie celebrabantur. in cunctis parrochia- 
libus ecclesiis ville Parisiensis et alibi missarum sollempnia ; id- 
que continuatum est usque ad mensem augusti anni sequentis. 

Predictas sentencias asserebantur publice incurrisse eisdem 
adherentes, ex quibus multi Parisius et alibi detinebantur cap- 
tivi; et hii cum famis inedia cruciati ultimum spiritum exhala- 
bant, corpora passim in agris ponebant canibus devoranda 
vel in sterquiliniis sepeliebant extra urbes. 

Jam prefatorum dominorum scelera rex ‘, per consilium 
predictorum, Silvanetensi et Victriacensi ceterisque ballivis 
pugnatores jusserat congregare ut in eos tanquam in degeneres, 
rebelles, incendiarios et predones, constupratoresque virginum 
et federum conjugalium violatores insurgerent. Sed mandato 
regio parvipenso, Bernardum de Bordis, virum strenuum in 
armis, cum trecentis fere illustribus viris ad Silvanetum mise- 
runt, ut villam viribus occuparent. Quod videntes ad ejus cus- 
todiam deputati , quamvis impares numero essent, in eos tamen 


* 11 faut supposer l'omission d'un mot tel que edoctus. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL. — 554 


et professeurs, décidèrent qu'il serait fait une procession solennelle 
et générale de tout le clergé de Paris avec station en l’église de Sainte- 
Geneviève, et que le mandement apostolique serait lu aux assistants 
et publié partout en langue vulgaire. Ensuite il fut procédé contre 
les ducs d'Orléans et de Bourbon, les comtes d'Alencon et d'Arma- 
gnac, le connétable et leurs complices. Conformément à la censure 
apostolique, on les frappa d'une sentence d'excommunication comme 
rebelles , félons et ennemis du royaume; on déclara qu'ils avaient 
encouru les peines portées par le rescrit apostolique, et mérité d'étre 
désignés publiquement et sans titres dans les églises comme ayant été 
séquestrés de la communion des fidéles, et que cela aurait lieu les 
cierges éteints et au son des cloches, à toutes les messes qui seraient 
célébrées dans les églises paroissiales de Paris ou ailleurs. Ce qui fut 
exécuté jusqu'au mois d'août de l'année suivante. 


Le bruit se répandait que leurs adhérents avaient encouru les mémes 
sentences. Plusieurs d'entre eux étaient retenus en prison à Paris et 
ailleurs; on les laissa mourir de faim, et leurs corps furent abandon- 
.nés dans les champs pour servir de páture aux chiens, ou jetés à 
la voirie hors des villes. 


Cependant le roi, indigné des cruautés desdits seigneurs, avait déjà, 
d'après l'avis de ses conseillers, ordonné aux baillis de Senlis, de 
Vitry et des autres villes de lever des gens de guerre pour leur courir 
sus, comme déchus de noblesse, rebelles , incendiaires, et brigands, 
qui violaient les filles et les femmes. Mais loin de s'effrayer des ordres 
du roi, ils chargérent un vaillant homme , nommé Bernard des Bordes, 
d'aller s'emparer de Senlis avec un corps d'environ trois cents hommes. 
La garnison de cette ville, bien qu'inférieure en nombre, sortit néan- 
moins à leur rencontre, et engagea un combat sanglant. Elle allait 
succomber, lorsqu'une troupe de Brigands survint si à propos pour 








552 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 


insurrexerunt , et atrox prelium commiserunt; inferiores tamen 
tandem extitissent, nisi quidam Brigantini a tergo superve- 
nissent, quorum ope et auxilio eos gladiis peremerunt aut 
redempcionis jugum subire coegerunt. | 

Post hanc ignominiosam repulsam nil amplius laude dignum 
agressi sunt; sed quasi arma deponere elegissent, nilque formi- 
darent Parisienses, adversarios vicinos, ocio marcescere, corpo- 
valibus deliciis solum vacare ceperunt. Et quia patriam circa 
Secanam , quam occupabant , tenebant, bonis omnibus exhaus- 
tam reddiderant, de rippa ad rippam fluminis quatuor pontes 
ligneos construxerunt, ut insulas intermedias possent liberius 
pertransire et ulterius depredari ad votum. Ecce posui vulgalem 
occasionem constructionis poncium, quam nonnulli eorum 
timori et pusillanimitati ascribentes, asserebant circumspec- 
tores exercitus mirabiliter timere ne negocia fine pessimo 
clauderentur, cum secum criminosos multos et ecclesiarum 
violatores haberent, qui Deum ad iracundiam provocaverant 
et lesas portabant consciencias. Scio et archiepiscopum Seno- 
nensem erga quosdam dominos Parlamenti, doctores Universita- 
tis et legatum appostolicum, archiepiscopum Pisanum, propter 
hoc elaborasse, et non sine licencia ducum et comitum partis 
sue, ut aliqualis componeretur tractatus pacificus ; de quo tarnen 
nullus ausus fuit loqui propter furorem populi , quem sciebant 
contra prefatos dominos inexpiabili odio laborare. Mirabar 
utique cives regni, dumtaxat Aurelianensibus exceptis, nescio 
an dilectione regis moti sive instinctu divino, ad eorum extir- 
pacionem pronos ac si in civitatibus singulorum generale in- 
cendium procurassent. Sed inde obstinacionis sarcinam minime 
deponentes publice profitebantur quod ad singulorum incom- 
modum et precipue Parisiensis urbis modis omnibus laborarent. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 653 


lui préter secours, que tous les Orléanais furent passés au fil de l’épée 
ou mis à rançon. 


554 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


CAPITULUM XXXV. 


De victoria obtenta in reparacione pontis Sancti Clodoaldi. 


Sumime Parisiensibus displicebat, ac si spinam parvipen- 
sionis in singulorum oculis injecissent , eos villam sancti Dyo- 
nisii sibi tam contiguam, sancti quoque Clodoaldi pontem 
tamdiu ipsis invitis tenuisse. Unde diebus singulis erumpentes 
sue crudelitatis habenas tam citra quam ultra Secanam in- 
dempnes et absque resistencia aliqua dilatabant. Hac de causa 
ducem Burgundie adierunt, et querimonias sepius reiteratas 
renovantes : « Nos, inquiunt, excellentissime princeps, sub 
« vexillis vestris militare affectuose optavimus, diuque expec- 
« tavimus ut arma in rebelles et inobedientes regi moveretis. Ob 
« ecclesias violatas, cedes, rapinas et incendia, excecrabilia quo- 
« que crimina , infidelium seviciam excedencia, ab eis in regno 
« perpetrata, scitis omnes a communione orthodoxorum aucto- 
« ritate appostolica separatos ; quam tamen, ut luce clarius vobis 
« constat, induratis animis mala malis accumulando parvipen- 
« dunt. Opus ergo meritorium agredientes Deoque accepta- 
« bile, dum vires vobis suppetunt competentes, ad vindictam 
« tantarum nequiciarum , omni torpore deposito, properetis, 
« causam regni et ecclesiarum Christo recommendantes; nam , 
« speramus quod id vobis cedet ad gloriam et hostibus ad igno- 
« miniam sempiternam. » | 

Tam diu Burgundie ducem et Parisienses eos agredi tardasse 
mirabantur; ideo diebus singulis summam gerebant sollicitu- 
dinem ne inexpectati venirent. Ideo mille et quingentos electos 
milites et armigeros de Britania, Alvernia et Guasconia oriundos 
et ad custodiam pontis utique exercitui utilis deputatos sepius 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 555 


CHAPITRE XXXV. 


556 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


incitabant ut illum summo studio custodirent. Jam antea, ne 
circumvenirentur incaute, villam ponti contiguam, non mura- 
tam, doliis lapidibus semiplenis per circuitum clauserant, duci- 
bus et comitibus remandantes quod assultus Parisiensium 
omnium , eciam si simul supervenirent, non timebant. Adde- 
bant et ut in villa Sancti Dyonisii residentes securi nil sollici- 
tudinis gererent nisi ut subsidiarii pugiles condigne premia- 
rentur. Antea repetitis vicibus suos consiliarios principales et 
precipue dorhinos Guillelmum Buticularii, de Fontibus et Bra- 
quetum de Braquemonte sciscitati fuerant qualiter id , cum eis 
penitus deessent peccunie , compleretur. Qui tandem die domi- 
nica, decima quinta novembris, statuerant ut habitantes in 
villa collectam peccunialem , facultatem utique excedentem, 
compellerentur solvere, et quod restaret supplendum sequente 
die martis de jocalibus regalis monasterii suppleretur. Sic ini- 
quorum seducti consilio villam et ecclesiam, quas juraverant 
servare sine dampno, acquieverunt‘; remque detestabilem nec 
unquam a lilia deferentibus aurea excogitatam in actum pro- 
duxissent, nisi divina pietas miraculose et per intercessionem 
beate Marie et beati Dyonisii, sicut firmiter creditur, impedi- 
visset per modum qui sequitur. 

Ipsa et eadem die dominica, querimoniis importunis Parisien- 
sium singulis fere diebus repetitis dux Burgundie acquiescens, 
cum domesticis suis summis rectoribus urbis ad consilium evo- 
catis, dixit regi et domino duci Guienne placere ut Sancti Clo- 
doaldi pons recuperaretur viribus. Addidit et prenominatos 
jubere ut ex suis civibus mille et quingentos tantum armatos ad 
unguem secum ducerent, cum protestacione tamen quod, si toti- 
dem indigeret, obsidione durante, iterum tot facerent conve- 
nire; quorsum tamen tenderent sub sigillo taciturnitatis consi- 


' 11 faut supposer ici l'omission d'un mot tel que spoliari. - 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 557 


avaient établi tout autour de la ville voisine du pont , qui n'était pas 
close de murs, une enceinte formée de tonneaux pleins de pierres, et 
avaient fait dire aux ducs et comtes de leur parti qu'ils n'appréhen- 
daient point les attaques des Parisiens, quand méme ils viendraient tous 
ensemble. Ils leur mandaient aussi de rester sans rien craindre dans la 
ville de Saint-Denys et de n'avoir d'autre souci que de bien récom- 
penser les services de leurs gens de guerre. C'est à quoi songeaient les 
princes depuis quelque temps, et ils avaient déjà délibéré à plusieurs 
reprises avec leurs principaux conseillers, et particuliérement avec 
messire Guillaume le Bouteiller, le sire des Fontaines et Braquet de 
Braquemont, sur les moyens de suppléer à la pénurie de leurs finances. 
Ils décidérent enfin, le dimanche 15 novembre, qu'on imposerait aux 
habitants une taxe, qui surpassait de beaucoup leurs facultés, et que, 
si elle était insuffisante, on pourvoirait le mardi suivant à ce qui 
pourrait manquer avec les joyaux de notre royale abbaye. C'est ainsi 
qu'égarés par de mauvais conseils, ils consentirent à la ruine de la 
ville et de l'abbaye, qu'ils avaient juré de préserver de tout dommage. 
Cet exécrable projet, auquel les princes du sang n'avaient jamais eu 
recours jusqu'alors, aurait été mis à exécution, si la Providence divine 
n'en eüt empéché l'accomplissement, gráce sans doute à l'intercession 
de la sainte Vierge et de saint Denys. 


Ce dimanche-là méme, le duc de Bourgogne, cédant enfin aux 
plaintes des Parisiens et à leurs sollicitations réitérées, tint conseil 
avec ses familiers et les principaux chefs de la ville, et déclara que le 
roi et monseigneur le duc de Guienne étaient d'avis qu'on reprit de 
force le pont de Saint-Cloud, et lui ordonnaient en conséquence 
d'emmener avec lui quinze cents hommes de la milice bourgeoise armés 
de pied en cap, promettant de lui en envoyer autant, s'il était néces- 
saire, pendant qu'il assiégerait le pont. ll leur recommanda toutefois 
de garder le plus profond secret sur cette résolution et de n'en rien 
révéler à personne, de sorte que ni les ennemis ni méme leurs soldats 


558 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


gnarent, et penes se sic sepultum comprimerent, ita ut nec 
hostes neque sub se militantes possent inde vel leve aliquod 
colligere argumentum. Iterum ut liberius assultus agrederen- 
tur, naves pice, liquamine atque combustibilibus lignis usque 
ad summum onerate, que per descensum premitterentur Se- 
cane, aptarentur statuerunt, in quibus ignes injecti molendina 
ponti contigua concremarent, custodes quoque terrerent, velut 
de re insolita. | | 

Quo secretissime et obedienter peracto, jussu ducis, qui erant 
pedites armis onerati in decima hora noctis de Parisius exie- 
runt, quibus et procul dubio extitisset durissimum noctem du- 
cendo insompnem per devia peragrare itinera, donec in octava 
lucis sequentis portum attigerunt, nisi gravamen vicisset avi- 
ditas dimicandi. Ipsa et eadem hora, dux Burgundie Picardos, 
Anglicos, Parisiensesque equestres secum eciam adduxit acie- 
. bus dispositis, et cum locum attigisset, celsitudinem contiguo- 
rum agrorum ascendens, unde posset villam eminus . intueri , 
quatuor milites in armis strenuissimos premisit, qui statum 
hostium explorarent. Jam jamque multi eorum cum difficultate 
maxima declinabant, ne incendiorum navibus impositorum 
flamma vorax molendina et sustamenta lignea strate regie con- 
'structe desuper concremaret, &icut prius fuerat ordinatum. 
Exploratores iterum redeuntes retulerunt hostes armatos vi- 
disse ad resistenciam paratos, et qui trinum introitum ville, 
grossis trabibus, ligneis repagulis obseratum, observabant in 
apparatu bellico. | 

Quapropter dux, exercitum trifarie dividens, unum eorum 
hiis qui sub Aymedio de Viriaco et Inguerranno de Bornovilla 
militabant, secundum vero Anglicis et tercium Parisiensibus 
commisit. Tunc ducis edicto sagittariis et balistariis commode 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 559 


ne pussent en avoir le moindre soupçon. Il fut réglé que, pour faci- 
liter les attaques, on préparerait des bateaux remplis jusqu’au bord 
de poix, de résine et d'autres matières combustibles, que ces bateaux 
descendraient la Seine, et qu'on y mettrait le feu, afin de brüler les 
moulins attenants au pont et d'effrayer les gardiens par les effets de cet 
expédient tout nouveau. | 


Toutes ces dispositions ayant été prises le plus secrétement possible, 
selon ce qui avait été prescrit, les gens de pied, d’après l'ordre du 
duc, sortirent en armes de Paris, à dix heures du soir; ils auraient 
sans doute trouvé bien pénible de marcher toute la nuit, sans repos 
et sans sommeil, à travers des chemins difficiles pour arriver le len- 
demain à huit heures du matin au pont de Saint-Cloud , si leur ardent 
désir de vaincre ne les eût rendus insensibles à la fatigue. À la méme 
heure, le duc de Bourgogne partit en ordre de bataille avec les Picards, 
les Anglais et la cavalerie parisienne, et lorsqu'ils furent arrivés au 
lieu de leur destination, il monta sur une éminence voisine afin de 
voir la ville, et détacha quatre de ses plus vaillants chevaliers pour 
aller reconnaitre la position des ennemis. Déjà la plupart d'entre eux 
faisaient les plus grands efforts pour empêcher que les flammes des 
bateaux incendiés ne brülassent les moulins et les arches de bois qui 
soutenaient le pont. Les éclaireurs, à leur retour, annoncérent qu'ils 
avaient trouvé l'ennemi sous les armes, prét à résister et à défendre 
les trois entrées de la ville, qu'il avait fermées avec de grosses poutres 
et de fortes charpentes. 


Sur cet avis, le duc de Bourgogne partagea son armée en trois corps, 
dont le premier se composait des gens de guerre commandés par 
Amédée de Viry et Enguerrand de Bournonville, le second d'Anglais, 
et le troisième de Parisiens. Puis, quand les archers et les arbalétriers 
eurent pris le poste qui leur était assigné, des gens de pied armés à la 








560 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


collocatis, agrum contiguum ville ascenderunt viri leviter ar- 
mati, ut saxa pugillaria cum lacertis hectoreis ab alto in hostes 
emitterent; et concrepantibus lituis fulminei advolant pugna- 
tores, et utrinque vibratis lanceis terribiliter ingeminatur ad 
mortem, et sic assultus vehementissimus inchoatur. Inguer- 
ranni de Bornovilla multi exemplum sequti, quociens adver- 
sarii in dolia ceteros lanceis impingebant, illa mox scindebant 
per medium; et quamvis eodem momento ceteri ad destructio- 
nem repagulorum ligneorum aditus observancium operam dare 
studerent, id primo Parisienses peregerunt, prius incredibili 
celeritate muro trium pedum spissitudinis destructo, cui firmata 
herebant. Ex eis et tunc nonnulli domorum ville parietes con- 
fregerunt, ut hostes a tergo invaderent. Eodem quoque instanti, 
dum sagittarum continuaretur nubes dempsa, Burgundiones, 
Picardi et Anglici ville aditus viribus reserantes in hostes eciam 
irruerunt et eos usque ad medium ville retrocedere coegerunt. 
Tunc utrinque manutentim atrocissimus continuatur conflictus, 
ubi eorum magna pars corruit moribunda. Quod percipientes 
quidam ex Vasconibus, mox ad turrim pontis aufugerunt, ad 
se pontem volubilem elevantes, unde multi ex sociis perierunt. 
Nam mortali bello durante, plures ex sagittariis anglicis domo- 
rum contiguarum tecta discooperientes, ut liberius sagittas in 
hostes dirigerent, equos eciam eorum qui retro se tenebant 
graviter vulneraverunt; unde indomiti facti et per vicum Molen- 
dinorum invitis sessoribus fugientes, se et eos in flumen dede- 
runt precipites. 

Longum esset singulorum laude digna ibidem gesta narrare; 
sed certum est in hoc mortali conflictu , qui tribus horis dura- 
vit, centum novies milites et armigeros in ore gladiis cecidisse, 
et, quod mirabile dictu pariter et auditu estimo reputandum, 


a 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 564 
légère, gravirent, par ordre du duc, une éminence voisine de la 
ville, pour faire pleuvoir dé là une gréle de pierres sur l'ennemi. Aus- 
sitót les clairons donnérent le signal de l'attaque. Les combattants des 


562 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII, 

non nisi septem vel octo ex aliis perierunt. Peracta insigni vic- 
toria, cam domino de Cambour, insigni barone Britanie, et 
domino Güillelmo Bataille, dominoque Mansardo de Bosco 
multi pugiles ex generosis proavis ducentes originem odibile 
jugum redempcionis subierunt, et tunc victores fere trecentos 
alios hostes, qui se occultis latebris domorum absconderant, 
occiderunt. Sic illa concio ex generosis et audacioribus tocius 
exercitus adunata, que nuper ecclesias spoliaverat et regnum 
dampnificaverat, nequiciarum suarum condignum fructum re- 


portavit, et, quod multi miraculosum reputabant, illa hora qua. 


in ecclesia Nostre Domine Parisiensis cum extinctione candela: 
rum et campanarum pulsacione excommunicati vocabantur. 
Dux vero Aurelianensis et secum domini residentes indubi- 
tanter sperabant ipsos victores extitisse. Nam de mane post 
primum nuncium referentem eosdem naves ignitas laudabiliter 
declinasse, duos alios successive audierant referentes quod 
Parisiensium obsidionem vel assultus non timebant, et, si quis 
optaret videre diem insignem et triumphalem conflictum, ad eos 
acceleraret. Vaniloquorum relatu assecurati principes, post 
gaudiosum convivium simul sumptum, in apparatu bellico et 
aciebus instructis locum adire disponunt. At ubi, transacto 
Monte Martirum, stragem suorum ignominiosam pro victoria 
sperata audiunt accidisse, amnis parti victores in bellico appa- 
ratu et aciebus dispositis cernunt immobiles stare, induti con- 
fusione et rubore non sine cordis amaritudine redierunt. Inde 


noctem ducentes insompnem, non super recepcione peccunialis 


collecte super villam imposite, nec distrahendis jocalibus mo- 
nasterii, sicut prius, statuerunt eorum consiliarii, sed super 
arripienda fuga citissima per poutem ligneum jam peractum, 
a diluculo usque ad auroram lucis sequentis et ultra noctem 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 563 
victoire, c'est que le sire de. Combourg, illustre baron de Bretagne, 
mesaire Guillaume Bataille, messire Mansard du Bois, et plusieurs 
gentilshommes de haute naissance, furent faits prisonniers et mis à 


564  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


continuata, in quantum propter impressionem nimiam trans- 
euncium multi ruentes precipites in aquis vehementibus sunt 
submersi. | 

Hora recessus eorum prepositum Parisiensem minime latue- 
rat; et hic, ut post diu in veritate comperi, ductus prodicionis 
spiritu, portas tenuit clausas urbis usque post medium lucis, 
indeque cum multis pugnatoribus exiens, non ad destruendum 
eorum extrema agmina, que ad oculum videbat , et que pote- 
rant facillime superari , sed ad villam clausam beati Dyonisii et 
ecclesiam depopulandas flectit iter. Tantus terror invaserat 
fugientes, quod quarros et vehicula, et quidquid rapinis acqui- 
sierant in parte maxima relinquerunt; que tamen dampnifi- 
caudi villam et ecclesiam occasionem dederunt. Nam, sub pre- 
textu distrahendi eorum spolia, cum Parisiensibus Anglici 
supervenerunt et Picardi, qui permissione dicti. prepositi habi- 
tancium mobilia rapientes in plaustris et vehiculis eorum abs- 
tulerunt. 

Eadem licencia, eodem quoque instanti, cum quibusdam 
Parisiensibus duo milites picardi, scilicet dominus de Ront et 
dominus Robinetus Frete, familiares iterum domini de Hely, 
monasterium violenter ingressi sunt; et primus quidem hostii 
camere thesauri seras fregit, alter vero quod erat relictum the- 
sauri regine abstulisset, nisi illud religiosi ingenti peccunia 
redemissent. Alterius vero domini servientes, domorum abbacie 
penetralia violenter ingressi , invitis religiosis , qui huc illucque 
territi fugiebant, vestiaria secreta, archas et repositoria confre- 
gerunt, et inde omnem supellectilem rapuerunt; communes 
eciam coquinas et officinas vasis et utensilibus pro parte maxima 
privaverunt. Ipsa et eadem die, in abbatem monasterii, aucto- 
ritate domini de Hely, manus injecerunt sacrilegas, ipsum in 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — Li$. XXx — 4, 


des fuyards était telle, qu'un grand nombre d'entre eux vut, 
dans le fleuve en voulant se hâter, et s'y noyérent. . 


Le prévót de Paris n'ignorait pas la fuite des Ürkanais ; mass, 
comme il songeait déjà à trahir son parti, ainsi que je y'a; appris de 
source certaine long-temps après, il fit tenir les portes de ja ville fer. 
mées jusqu'au milieu du jour, et lorsqu'enfin il sortit à la tete d'on 
corps nombreux de gens de guerre, ce fut non pour détruire Yarricre. 
garde des ennemis, qui était presque sous ses yeux et qu'il aurait pu 
trés facilement atteindre , mais pour aller piller la ville et l'abbaye de 
Saint-Denys. Les fuyards avaient été saisis d'une telle frayeur, qu'ils 
avaient abandonné en grande partie leurs voitures, leurs chariots et 
le fruit de leurs rapines. Ce fut cette circonstance qui donna occasion 
aux Parisiens de commettre toutes sortes de dégâts dans la ville et 
dans l'abbaye. Sous prétexte de s'emparer des dépouilles de l'ennemi, 
ils arrivérent avec les Anglais et les Picards, et du consentement 
dudit prévót, saccagérent le mobilier des habitants et l'emportérent 
dans les voitures et les chariots laissés par l'ennemi. 


En méme temps, deux chevaliers picards , messire de Ront et mes- 
sire Robinet Fretel , accompagnés de quelques Parisiens, et quelques 
uns des gens du sire de Helly, entraient de force dans le monastére. Le 
premier brisa la porte de la chambre du trésor, et l'autre se dispo- 
sait à enlever tout ce qui restait du trésor de la reine; les religieux, 
pour le sauver, furent obligés de payer de grosses sommes d'argent. 
Mais les gens du sire de Helly pénétrérent dans les appartements de 
l'abbaye, malgré les religieux , qui fuyaient cà et là épouvantés, enfon- 
cérent les garde-robes, les coffres et les armoires et emportérent 
tout le mobilier qui s'y trouvait. Ils pillérent aussi en grande partie 
les vases et les ustensiles des cuisines et des offices. Le méme jour, 
d'aprés l'ordre du sire de Helly, ils portérent leurs mains sacriléges 
sur l'abbé du monastère, lui firent prendre des vêtements de laïque, 
pour empêcher qu'il ne fût reconnu par le peuple, et le conduisirent 
à Paris, dans l'espérance de tirer de lui une grosse rançon; ils ne 


566 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

habitu laicali, ne cognosceretur a plebe, Parisius perduxerunt, 
ut invitus jugum odibile redempcionis peccunialis subiret, 
solum sibi imponentes quod fautor extiterat ducis Aurelia- 
nensis, ut dicebant. Ex detencione autem ejus intollerabilia 
dampna ecclesie et a fundacione ipsius inaudita pervenerunt. 
Nam ubique in villis, domiciliis et sibi possessionibus subditis, 
et que abbatis monasterii dicebantur, plures maligni homines 
et iniquitatis filii libere subditos ejus ut adversarios regni ca- 
pientes, ex predictis locis eciam vina, blade et omnem supellec- 
tilem abstulerunt. Sic utique laxando sue crudelitatis habenas 
religiosos ad ultimam necessitatem redegissent, nisi hanc ini- 
quam licenciam auctoritas regia refrenasset, balivis et justicia- 
riis suis scribens ut sub interminacione suspendii a similibus 
cessarent et restituerent ablata. Recedentibus autem: ipsis pre- 
donibus post perpetrata scelera, solus dominus Robinetus Frete 
voluit remanere, asserens se auctoritate prepositi Parisiensis 
commissum ad ecclesie custodiam. Sed dubitabatur ne similia 
dampna in ecclesia inferret sicut extra. Idem prepositus annuit 
ut, eo revocato, quidam insignis burgensis, vocatus Petrus 
Augerii, statueretur loco ejus. Is ex generosis proavis ducens 
originem , ut erat benignus et affabilis, cum Robinetus reces- 
sisset a religiosis data ingenti peceunia, fere trium ebdoma- 
darum spacio ecclesiam cum suis gentibus fideliter eustodivit 
et ab omni violeneia et dampno preservavit. 


CAPITULUM XXXVI. 
De quodam proditore deeollato. 


Ut in favorem ducis Aurelianensis et ejus sequacium pontem 
Sancti Clodoaldi Colinetus de Puisex capi permiserat, ad suges- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 567 


l'accusaient que d'avoir été fauteur du parti du duc d'Orléans. Sa 
détention exposa l'abbaye à des dommages intolérables et tels qu'elle 
n'en avait pas éprouvé depuis sa fondation. Des gens mal intention- 
nés, des fils d'iniquité, se répandirent de tous côtés dans les fermes, 
les maisons et les terres qui dépendaient du monastére ou que l'on 
disait appartenir à l'abbé, se saisirent de ses sujets sous prétexte qu'ils 
étaient ennemis du royaume, et enlevérent partout le vin, le blé et 
tout ce qu'il y avait de mobilier. Leurs cruautés sans frein auraient fini 
par réduire les religieux à la dernière détresse, si le roi n'eüt réprimé 
ces coupables excés. Il écrivit à ses baillis et justiciers d'y mettre un 
terme et de faire restituer, sous peine de la corde, tout ce qui avait 
été pris. Les pillards se retirérent donc, aprés avoir consommé tant 
de forfaits; il ne resta que messire Robinet Fretel , qui prétendit étre 
commis par le prévót de Paris à la garde de l'abbaye. Mais on crai- 
gnait qu'il ne fit autant de mal dans l'intérieur de l'abbaye qu'il en 
avait fait au dehors, et l'on obtint du prévôt qu'il le rappelât et mit à 
sa place un notable bourgeois, nommé Pierre Auger. Toutefois Robi- 
net Fretel ne se retira qu'aprés avoir recu beaucoup d'argent des reli- 
gieux. Pierre Auger, qui était de noble extraction, bienveillant et 
affable, garda fidélement l'abbaye avec ses gens pendant prés de trois 
semaines et la préserva de toute violence et de tout dommage. 


CHAPITRE XXXVI. 


= Exécution d'un traître. 


Le 11 novembre, Colin de Puiseux , qui avait été gagné au parti du 
duc d'Orléans et de ses alliés par les suggestions de sa femme séduite 





568 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


tionem uxoris, monitis tamen proprii fratris cireumvente, qui 
cum duce residebat, ore proprio fassus est mensis novembris 
undecima die. Ob hoc eo cum tribus complicibus decollato, 
quatuor principalia ejus membra portis principalioribus urbis 
suspensa sunt in detestacionem prodicionis perpetrate. Conjux 
vero ejus pregnans Castelleti Parisiensis ergastulis mancipata , 
antequam, ut publice dicebatur, dies purgacionis post partum 
complevisset, tributum nature solvens cum parvulo, ignomi- 
niosam mortem sic evasit. 


CAPITULUM XXXVII. 


De divisione gallicane milicie et capcione oppidi Stampensis. 


Post pontem recuperatum, cum in presencia domini ducis 
Guienne quererent regii consiliarii quid in fugientes ageretur, 
faventes duci Burgundie statuerunt ut sucessivis feriis longe 
lateque per regnum, in compitis urbium , voce preconia et reso- 
nantibus lituis proscripti exules et digni privacione quarum- 
cunque possessionum in regno consistencium notarentur, omni- 
que titulo dominacionis indigni. Edictali quoque lege additum 
est quod eorum dominia fisco applicarentur regio, et quod id 
dominus dux Guienne et gallicana milicia viribus attempta- 
rent, quamvis multi circumspecti hyemis inclemenciam tunc 
instantem expedicioni bellice non aptam judicarent. Duci Bur- 
gundie, tunc moderatori principali arduorum emergencium in 
regno, id placuit; et, coadunatis militaribus copiis, sexcentos ad 
unguem armatos commisit Waleranno comiti Sancti Pauli , qui 
mirabilis constructionis et spissitudinis Couciaci oppidum duci 
Aurelianensi subditum regi submitteret aut longua obsidione 
pro viribus reduceret ad ruinam. Non minori sollicitudine fra- 








570 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


trem ducis prenominati inquietare statuit, dominum Philippum 
de Cervolles mittens ad comitatum sibi subditum Virtutum. 

Cujus eciam edicto jam obtemperans dominus Johannes de 
Cabillone villam Tonitrui obsidebat, quia comes consanguineus 
ejus prefatis favebat duci et comiti. Qui oppida comitatus 
Valesii et Clarum Montem auctoritate Aurelianis et Borbonii 
ducum tuenda susceperant, nundum exacto novendio, se regiis 
nunciis penitus et sine difficultate submiserunt, et eis fidelitate 
jurata regis graciam consequti vitam et mobilia sibi donari 
meruerunt. 

Gratis auribus tunc et dux Burgundie audivit regi dominum 
Sancti Georgii et magistrum Petrum de Mariniaco, advocatum 
in Parlamento, scripsisse quod Lemovicenses, Tholosani ac uni- 
versi Occitani ipsum in summum recognoscebant dominum, 
Christum Dominum collaudantes quod ab inexpiabili cupidi- 
tate ducis Biturie ipsos eripuerat, et eidem sustulerat regimen 
Aquitanie ducatus. 

In eadem siquidem regione versus Burdegalensem civitatem 
dominus Karolus Dalbret quamplurima oppida jure succes- 
sionis paterne possidebat, que per dominum de Hely statuit 
expugnare post reditum dominis ducis Guienne, et ut Inguer- 
rannus de Bornovilla eum Drocarum oppido vallidissimo pri- 
varet, quod regali munificencia hucusque tenuerat. 

Dum disponebantur prescripta, comes Brenensis cum fratre 
versus Laudunum captus fuit et carceri mancipatus, eo quod 
duci Aurelianis favisset. Magister eciam balistariorum, dominus 
de Hangest, cum viginti aliis militibus et scutiferis, qui eumdem 
sequtus fuerat contra regem, sponte ad eum rediit ut veniam 
imploraret de scelere perpetrato; pro quo et quatuor armigeri 
britones Parisius capitalem sentenciam subierunt. 





572 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Sic velut ad hybernandum et nocendum dominis supradictis 


diviso exercitu, ut dominus dux Guienne recenter armis mili- . 


taribus accinetus expedicionem bellicam aliquo insigni titulo 
decoraret, dux Burgundie ipsum ad Corbolium duxit, ut de 
Stampis comitatum domino duci Biturie subditum viribus expu- 
gnaret. In itineris medio erat castrum, Britonaria vocatum, 
munitum defensoribus, cujus custos dedicionem denegaverat 
imperatam. Sed videns qued ad illud viribus oceupandum ma- 
chine jaculatorie et obsidionalia instrumenta aptantur, clam de 
nocte cum suis fugit consortibus; et tunc dux ob inobedienciam 
dictam in magna parte illud dirui precepit. Inde versus Stampas 
ducens copias militares in itinere habitatoribus ville obviavit, 
qui claves ejus dulciter obtulerunt, supplicantes ut benigne et 
sine dispendio tractarentur. Quorumdam tamen insaciabilis 
cupiditas refrenari nequivit quin, duce honorifice recepto, pre- 
das assuetas statuerint et usque ad nauseam exercere. 

De villa per sabulosum declivum ad ejus ascendebatur oppi- 
dum, antiqua sed valde sollída constructione commendandum, 
munitum victualibus et armis, dempsis quoque muris et turribus 
circumclausum, quodque subterranea suffossione non crede- 
batur capi posse, inexpugnabile vulgus referebat. Ejus sane 
custodiam dominus dux Biturie quodam militi Ludovico dicto 
Bourredon , quem assiduitas predandi libere et sine resistencia 
plus quam nobilitas generis reddiderat insignem et sibi fami- 
liarem, commiserat, prius prestito juramento quod non quem- 
piam, eciam si summa auctoritate aut preeminencia polleret, 
ipsum sineret ingredi, nisi prius obtenta ab eo licencia vel 
concesso speciali mandato. Edictum generale regem non exci- 
piebat vel ejus primogenitum. Ideo eidem dedicionem impe- 
ranti non modo inobedire in principio dignum duxit, sed 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 573 


L'armée royale ayant été ainsi partagée pour prendre ses quartiers 
d'hiver et pour combattre les seigneurs susdits, le duc de Bourgogne, 


574 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


sepius insidiose exiens dominum de Ront Picardum et quam- 
plures alios cepit et incarceravit, ipsis sepius cum juramento 
affirmans quod, si ipse ad ultimum perduceretur discrimen, , 
illud antea subirent. Mandato regio capitaneum non obtempe- 
rasse dominus dux Guienne egre ferens, suos precepit oppidum 
obsidione cingere et successivis diebus reiterare assultus; quos 
hostes potentissime pertulerunt viriliter resistendo , non sine 
multorum obsidencium mortali discrimine. De Parisius machi- 

nas jaculatorias afferri jusserant, et per ambitum oppidi collo- 
. cari, que ingentis ponderis lapides molares emittentes assidue 
muros in locis plurimis confringerent. Quarum jactu tandem, 
aditibus fractis Gallici omnia domicilia muris contigua flamma 
voraci consumpserunt, et capitaneum ad arcem castri a latere 
constructam fugere compulerunt. At ubi se videt quam antea 
securius collocatum ut pote sublimiori loco et situ vallidiori, 
qui eciam minori tuicione indigebat, inde animosior ad resis- 
tendum effectus, obstinacius solito milites dedicionem persua- 
dentes contempsit, et quotquot secum habebat pugnatores 
resistere vallidius quam consueverant imperavit. Ut verum 
fatear, id laudabiliter egerunt feriis successivis nec sine mul- 
torum obsidencium mortali discrimine; ad quorum ignomi- 
niam sepius et derisum, quociens machinas jaculatorias in 
vanum emittebant, a domicellis et dominabus secum residen- 
tibus pepla matrimonialia extra ad ventum precipiebant depli- 
care, quasi sufficiencia ad ictus illatos reprimendum. 

Sic spina displicencie in singulorum oculis ingerebatur, et 
circumspectorum judicio omni genere missilium eorum elude- 
bantur argumenta. Labor sine fructu deperiebat, resque in 
longum ibat et in irritum desinebat; et ideo imperatam obsi- 


576  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


dionem relinquere consulebant. Hec verba reditum preten- 
dencia ad consilium relata, cum multis viris prudentibus in- 
signis civis Parisiensis Andreas Rousselli dissuasit, et multis 
mediis ostendens quod inde dominus dux Guienne, regis Fran- 
cie primogenitus, recentem obscurabat miliciam et perpetuum 
opprobrium acquirebat, spopondit quod arte suppleret turris 
dedicionem impossibilem reputatam, si sibi et coadjutoribus 
suis de publico salarium et pro votis ministraretur subjecta 
materia ad destructionem ipsius. Quo concesso, ut erat vir 
ingeniosus, non sine magno labore quercinas trabes afferri fecit 
longissimas et ad murum applicari , subtus quas triginta homi- 
nes intromissi ab omni telorum immissione et jactu eciam lapi- 
dum molarium posse securi consistere viderentur. Tunc qui sub 
ea latebant testudine, securi penitus ab hostium insidiis, cum 
celtibus et fossoriis ferreis ad infringendum murum spissitu- 
dinis decem pedum totis viribus precepit insistere, et evulsorum 
loco lapidum stipites supponere, quibus in finalibus combustis 
turris corrueret. Non sine difficultate maxima nec emissione 
lapidum, qui super concavitatem ligneam cadentes huc illuc in 
vanum dispergebantur, opus, quod quindecim diebus agendum 
spopenderat, quinque tantum consummavit, sic ut intus in- 
gredi possent pugnatores. Sed cum diebus singulis capitaneo 
dedicionem altis vocibus imperaret et ad beneplacitum domini 
ducis Guienne, nisi optaret subito suffocari, inde territus tan- 
dem ipsam, deposita obstinacionis et presumpcionis sarcina, 
acceptavit, die decima quinta decembris. Quo ductus fuit spi- 
ritu tunc ignoro; sed mox armis depositis in vestitu deaurato 
variisque ornato gemmis et cultum regium superante loco ce- 
dens accessit ad dominum ducem, cujus pedibus provolutus 
vitam sibi donari reiteratis vicibus supplicavit; quod et clemen- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV.. XXXIII. 911 


place. Un conseil ayant été tenu pour en délibérer, un notable bour- 
geois de Paris, nommé André Roussel, dont l'avis fut appuyé par 
plusieurs personnages de savoir et d'expérience, combattit tout projet 
de retraite. Il remontra par plusieurs raisons que monseigneur le duc 
de Guienne, fils ainé du roi de France, compromettrait l'honneur de 
sa première campagne et s'exposerait à un éternel opprobre. Il pro- 
mit de s'emparer par ruse de cette tour qu'on regardait comme irnpre- 
nable , pourvu qu'on le récompensât bien, lui et ses compagnons, et 
qu'on leur fournit tous les matériaux nécessaires pour exécuter son 
dessein. Cette offre ayant été agréée, il eut recours à un expédient 
ingénieux. Il fit apporter, non sans beaucoup de peine, de longues 
poutres de chéne qui furent appliquées contre la muraille, de telle 
sorte que trente hommes pussent se placer dessous et étre ainsi à 
l'abri des traits et des pierres. Aprés les avoir cachés sous cette espéce 
de mantelet et mis hors de toutes les atteintes de l'ennemi, il leur 
ordonna de travailler sans reláche avec des pioches et d'autres instru- 
ments de fer à percer le mur, qui avait dix pieds d'épaissetr, en subs- 
tituant aux pierres des morceaux de bois auxquels on mettrait ensuite 
le feu pour faire écrouler la tour. Aprés bien des efforts et malgré 
la grêle de pierres que les assiégeants faisaient pleuvoir sur les tra- 
vailleurs, mais qui glissaient sur la voûte de bois, il acheva en cinq 
jours l'ouvrage pour lequel il en avait demandé quinze, et fournit 
ainsi aux troupes le moyen de pénétrer dans la place. Chaque jour il 
sommait à haute voix le capitaine de se mettre à la merci de mon- 
seigneur le duc de Guienne, s'il ne voulait étre étouffé au milieu des 
flammes. Celui-ci, effrayé à la fin de ces menaces, rabattit de son obsti- 
nation et de son orgueil et se rendit le 15 décembre. 1l sortit dela 
place sans armes avec un habit tout brodé d'or et orné de pierreries, 
dont là richesse surpassait celle des vétements royaux, et vint se pré- 
senter en cet équipage, je ne sais trop par quel motif, devant mon- 
seigneur le duc de Guienne ; il se jeta à ses pieds et lui demanda hum- 
blement la vie. Le duc voulat bien lui faire grâce.-Il permit égale- 
 mient aux dàmes et aux demoiselles qui s'étaient enfermées avec lui 
dans cette place pour y être plus en: sûreté, de retourner vers leurs 
IV. 75 


578 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


tissime concessit. Dominas et domicellas patrie, quas ibi velut 
tuto refugio absconderat, idem dux libere ad viros suos et geni- 
tores remisit, nec tamen quemquam suorum dignos redemp- 
cione peccuniali reputavit; sed ut Parisiensibus de victoria 
constaret, triginta ex eis, qui sibi familiarius servierant, ad 
urbem vinctos a retro manibus mittere dignum duxit. 


CAPITULUM XXXVIII. 


De capcione Dordani et comitis Marchie. 


Dum placuit universis tam insigni actu recentem decorasse 
miliciam, et quod prosperam sequendo fortunam jam copias 
militares transducere statuerat ad Dordanum, utique munici- 
pium accessu difficile, ubi dux Biturie, regis patruus, multos 
strenuissifnos constituerat deffensores. Qui tamen vicinorum 
infortunio edocti, obsidionem vitare cupientes, ipsi duci in 
itinere nuncios, videlicet Johannem de Gaucourt, Ludovicum 
Bourredon, premiserunt, qui se suaque ad sue beneplacitum 
voluntatis offerentes supplicarent ut ab assultibus octo dierum 
spacio abstineret. Nam indubitanter sperabant quod interim 
sibi auxiliares subsidiarii mitterentur, qui obsidionem frustra- 
rent. Res ad consilium defertur, et interim cum dux ad supple- 
mentum exercitus Parisienses evocasset, cuncti gratam condi- 
cionem habuerunt, ne timorosi aut pusillanimes viderentur; 
qui tamen die dicta, cum non comparerent adjutores, oppidum 
sine violencia receperunt. 

 Induciarum durante termino, dum comes Marchie quadrin- 
gentis comitatus pugnatoribus ultra progredi statuisset , ut ad- 
versariis, si contingeret, noceret, a famosis militibus sub duce 
militantibus, qui Puteolum et Yonis villam eadem occasione 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. — 879 
maris et leurs péres. Quant aux gens de la garnison, il ne juges pas à 
propos de les mettre à rançan; seulement pour donner aux Parisiens 
un gage certain de sa victoire, il envoya à Paris trente des principaux 
d'entre eux, les mains liées derriére le dos. 


CHAPITRE XXXVIII. 


Prise de Dourdan. Le comte de la Marche est fait prisonnier. 


Tout le monde apprit avec plaisir le brillant exploit par lequel le 
duc de Guienne avait signalé ses premières armes. Ce prince, voulant 
poursuivre le cours de ses succès, mena son armée à Dourdan, place de 
difficile accès, où le duc de Berri, oncle du roi, avait mis bonne gar- 
nison. C'étaient tous de vaillants hommes; mais instruits par le mal- 
heur de leurs voisins et désirant éviter un siége, ils envoyérent au- 
devant du duc de Guienne Jean de Gaucourt et Louis Bourdon , pour 
lui offrir de mettre à sa disposition leurs personnes et leurs biens, et 
lui demander une suspension d'armes de huit jours. Ils espéraient fer- 
mernent que dans l'intervalle on leur enverrait des secours qui obli- 
geraient leurs ennemis à lever le siége. L'affaire fut mise en délibéra- 
tion, et pendant ce temps le duc mandait un renfort de Paris. Les 
assiégeants, pour ne pas encôurir le reproche de peur ou de lácheté, 
souscrivirent à la demande qui leur était faite. Mais au jour fixé , le 
secours attendu par les assiégés n'arriva pas , et la ville se rendit sans 
coup férir. 


Durant la tréve, le comte de la Marche, qui s'était mis à la téte 
de quatre cents hommes d'armes, pour aller tenter quelque coup de 
main contre l'ennemi, fut surpris et enveloppé par quelques cheva- 
liers du parti d'Orléans, qui tenaient garnison au Puiset et à Janville. 


580 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


Servhbant, taliter circumventus est et deceptus , ut asseruerunt 
qui ejus signa sequebantur. De castris namque predictis, ut 
prius constituerant, occultissime exeuntes, cum ad eum propius 
inexpectati accessissent , ingeminantes vwat rex! ne adversarii 
crederentur, subito mutato titulo, cum iterum exclamassent 
vivat dux Aurelianensis! in Parisienses et alios quos secum 
traxerat nichil sibi metuentes acriter insurrexerunt. Quidam 
cives, qui vexillum Parisiensium sequebantur, ipsum prius 
monuerant ut in medio adversariorum constitutus se ab insi- 
diis eorum precaveret. Sed spretis monitis, dum adhuc in lecto 
aurore lucis sequentis expectaret adventum, subito supervene- 
runt. Nobiles qui secum erant, vix assumendi galeas tempus 
habuerunt; et quamvis eciam audaciores repentina concuciant, 
non eis tamen defuit audacia resistendi. Sed non diu; nam ex 
eis parte maxima interfecta, cum ipso comite ceteri in parte 
maxima jugum redempcionis peccunialis subierunt, hostibus se 
. dedentes. | uu | 
Prefatum tamen comitem miles in armis strenuus dominus 
de Rambures, nacione Normanus, non a longe sequebatur; 
qui ut victorum extrema agmina occupata electione captivorum 
et collectione exuviarum interfectorum intellexit , omnes subita 
invasione terruit, et, ut referunt qui tunc presentes aderant, 
ex eis quibusdam interfectis, ex captis jam et vinculis alliguatis 
quosdam eciam viribus recuperavit. Comitem vero et ceteros 
cum ipso captos et quasi ad ludibrium et ignominiosum specta- 
culum reservatos, in signum triumphi victores Aurelianis incar- 
cerandos perduxerunt; unde utriusque sexus summe auctori- 
tatis incole tanta tamque exuberanti leticia repleti sunt, ut 
ceteri fuerant, quando pontem Sancti Clodoaldi lucrati sunt. 
Ut autem fama victorie. ubique divulgata est; audacia aliorum 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 581 


Voici comment l'affaire se passa, suivant le récit de ceux qui l'avaient 
accompagné dans son entreprise. Lesdits chevaliers, s'étant concertés 
entre eux, sortirent secrétement de ces deux places et s'approchérent 
du comte de la Marche en criant vive le roi! afin de ne pas étre 
reconnus; puis changeant tout à coup d'attitude, ils se mirent à 
crier vive le duc d'Orléans! et chargérent rudement les Parisiens et 
les autres hommes de la suite du comte, qui ne s'attendaient pas à étre 
attaqués. Quelques bourgeois, qui faisaient pertie de la milice pari- 
sienne, l'avaient averti peu de temps auparavant de ne pas perdre de 
vue qu'il se trouvait au milieu des ennemis et de se tenir sur ses 
gardes. Mais il n’eut aucun égard à leurs avis, et il était eñcore dans 
son lit attendant le lever du jour, lorsqu'il se vit enveloppé de toutes 
parts. Les nobles qui étaient avec lui eurent à peine le temps de prendre 
leurs armes. Toutefois , malgré l'effroi que cause toujours une attaque 
imprévue méme aux coeurs les plus intrépides, ils ne laissérent pas 
de se défendre avec courage. Mais le combat ne fut pas de longue 
durée; la plupart d'entre eux ayant été tués, le comte de la Marche 
et les autres se rendirent et furent mis à rancon. 


Un vaillant chevalier normand, le sire de Rambures, suivait d'assez 
près le comte de la Marche. Voyant l'arriére-garde des vainqueurs occu- 
pée à se partager les prisonniers et à recueillir la dépouillé des morts, 
il fondit sur eux tout à coup. Il en prit un assez bon nombre, si l'on 
en croit le témoignage de ceux qui se trouvaient là , et parvint à déli- 
vrer quelques-uns des prisonniers qu'on avait déjà chargés de chaines. 
Quant au comte et à ceux qui avaient été pris avec lui, les vainqueurs, 
se réservant de les donner en spectacle et d'orner leur triomphe par 
leur présence , les conduisirent ignominieusement à leur suite jusqu'à 
Orléans, où ils les jetérent en prison. Les prineipaux habitants de cette 
ville, hommes et femmes , ressentirent de ce succés une joie aussi vive 
que celle qu'avaient témoignée les Parisiens à la reprise du pont de 
Saint-Cloud. Le bruit de cette victoire se répandit bientót de tous 
cótés. Ceux du parti contraire en furent un peu abattus, et mandérent 
à Paris qu'on se gardát de faire justice d'aucun de ceux qu'on avait 





582  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


in parte deferbuit, mandantes Parisius ne de quocunque detento 
in carceribus in odium ducis Aurelianensis fieret justicia, ne 
tunc capti similem penam subirent. Que nova Karolus de 
Hangest, multi quoque famosi milites cum exuberanti tulerunt 
leticia, se sic interitum ignominiosum evasisse. . 

In hoc mortali conflictu ex. nobilibus et aliis plusquam qua- 
dringenti gladiis occubuerunt, et inter Parisienses unum car- 
nificem cognominatum Goues inter mortuos sanguinolentum 
et semimortuum repertum dux Burgundie propter ejus auda- 
ciam egre tulit. Et ideo cum Parisius adductus et mortuus fuis- 
sét, in ejus exequiis cum ceteris civibus statuit presencialiter 
interesse. | 

Hiis peractis, et recuperato Dordano, domini ducis Guienne 
etas juvenilis ultra progredi satagebat, ut probitatis ardorem 
amplius evaporaret. Sed quia pre nimia hyemis inclemencia 
homines, jumenta incipiebant deficere, principum et baronum 
consiliis acquiescens, decembris die decima octava rediit Pari- 
sius, et tunc Anglicos et extraneos pugiles donis cumulatos 
uberioribus ad solum proprium cum graciarum actionibus 
remisit. 


CAPITULUM XXXIX. 
Quid egerunt capitanei regis auctoritate constituti ad inquietandum gentes ducis. 


Domini ducis Guienne bellica expedicione durante, dum 
militares copie quotquot in hostes miserat ad strenuitatis titu- 
lum acquirendum viribus laborarent, nuncius superveniens, 
post impensum debite salutacionis affatum, comitem Sancti 
Pauli villam muratam Couciaci sine resistencia jam occupasse 
. narravit, Addidit et eumdem indignantissime tulisse quod 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. — 583 
emprisonnés en haine du duc d'Orléans ; ils craignaient qu'on n'ueát 
de représailles envers ceux qui venaient d'étre faits prisonniers. Charles 
de Hangest et les illustres chevaliers qui partageaient son sort se 
réjouirent fort de cette nouvelle en pensant qu'ils échappaient ainsi à 
une mort ignominieuse. 


Plus de quatre cents hommes, tant nobles que menu peuple, péri- 
rent dans cette sanglante mélée. Parmi les Parisiens qui avaient suc- 
combé, on trouva l'un des fréres Legoix tout couvert de sang et presque 
sans vie; ce qui affligea vivement le duc de Bourgogne, qui appré- 
ciait fort son intrépidité. On le ramena à Paris, où il rendit le dernier 
soupir, et le duc voulut assister en personne à ses funérailles avec les 


bourgeois. 


Aprésla prise de Dourdan, monseigneur le duc de Guieune, en- 
trainé par la bouillante ardeur de son áge, voulait pousser plus avant, 
afin de donner carriére à son courage ; mais comme la saison devenait 
trop rigoureuse pour que les hommes et les chevaux pussent continuer 
leur service, il revint à Paris le 18 décembre, d'aprés l'avis des 
princes et des barons. Il congédia alors avec de riches présents les 
Anglais et les autres étrangers qui combattaient sous ses ordres, et les 
renvoya dans leurs foyers en les remerciant de leurs services. 


CHAPITRE XXXIX. 


Ce que firent les capitaines chargés de combattre au nom du roi les gens 


du duc d'Orléans. 


Peudant l'expédition de monseigneur le duc de Guienne, les diffé- 
rents corps d'armée qu'il avait envoyés contre les ennemis déployaient 
une louable activité et cherchaient à signaler leur vaillance. Il en reçut 
bientót des nouvelles par un courrier qui , aprés lui avoir offert les 
compliments d'usage , lui annonca que le comte de Saint-Pol avait pris 
sans résistance la ville close de Coucy, mais qu'il était fort irrité que 
messire Robert d'Esne, auquel le duc d'Orléans avait remis la garde 








584  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIl. 


dominus Robertus Desne ad custodiam oppidi, quod mirabile 
et inexpugnabile reputabant regnicole, auctoritate ducis Aure- 
lianensis deputatus, spreto regio mandato, sibi denegaverat in- 
gressum, et ideo cum juramento firmasse se minime redditurum, 
donec ipso viribus vel astucia potiretur.:« Excellentissime , in- 
« quit, princeps, jam collocatis in gyrum jàculatoriis machinis 
« et obsidionalibus instrumentis , expertos artifices accersivit, 
« qui cum celtibus et fossoriis ferreis trinam viam subterra- 
« neam peragant , per quam possint attingere ad destructionem 
« murorum, ne obsessis pugnatoribus circumclausis oppidum 
« exeundi libera detur facultas. » Quicquid nuncius retulisset, 
circumspectorum judicio, arcem latam et sublimem, in intersti- 
ciis murorum triginta pedes spissitudinis habentem, muro quo- 
que sollido et dempsis turribus circumdatam mirancium , rem 
adgressam non viribus sed peccuniali tractatu dignum duxerunt 
celerius terminandam. Id autem in finalibus actum est. Nam 
cum trium mensium spacio adjacentem patriam bonis omnibus 
spoliasset et in vanum capere turrim temptasset, rex magis- 
trum Eustachiurn de Atrio, unum ex consiliariis suis misit, qui 
pactum faciens cum obsessis octo milia aureorum eis dedit; et 
sic pacifice recedentes castrum regi reddiderunt. 

Tunc et dominus dux Guienne Victriacensis, Calvimontensis, 
Trecensis atque Meldensis ballivorum recepit apices continentes : 
quod , comitatu Virtutum in Campania existente hostili direp- 
cione tradito, vallidum castrum de Memmer, hucusque inex- 
pugnabile creditum ac fratri ducis Aurelianensis subditum, 
occupaverat per hunc modum. « Videns, inquiunt, dominus 
« Clignetus de Brebanto quod post longuam obsidionem manus 
« nostras effugere non valebat, cum armigero qui vigilias noc- 
« turnas regendas susceperat tractatu peccuniali inito, cum 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 585 


du cháteau, généralement regardé comme inexpugnable à cause de la 
merveilleuse épaisseur de ses murailles, lui en eût refusé l'entrée au 
mépris des ordres du roi, et qu'il avait juré de ne pas quitter la place 
avant de s'en étre emparé par force ou par ruse : « Trés excellent 
« prince, ajouta-t-il, le comte, aprés avoir dressé autour des murs 
« ses batteries et ses machines de siége, a fait venir d'habiles ouvriers 
« qui, à l'aide de pioches et d'autres instruments en fer, ont creusé 
« trois ouvertures souterraines, pour arriver à détruire les murs et 
« pour empécher la garnison assiégée de sortir du cháteau. » Quelques 
bonnes assurances que donnát le courrier, les gens sages, consi- 
dérant quelle devait être la force d'une citadelle vaste et élevée, dont 
les remparts avaient trente pieds d'épaisseur et qui était entourée d'un 
mur solide et de grosses tours, furent d'avis que l'argent serait plus 
efficace que les armes pour le succés de l'entreprise. Cet avis fut adopté 
et mis à exécution. Après un siége de trois mois, pendant lequel le 
comte de Saint-Pol ne réussit qu'à ruiner le pays d'alentour, le roi 
envoya 'Eustache de Laitre, l'un de ses conseillers, qui traita avec les 
assiégés moyennant huit mille écus d'or. À ce prix, ils sortirent du 
cháteau et le remirent entre les mains du roi. 


Vers le méme temps, monseigneur le duc de Guienne recut des 
lettres des baillis de Vitry, de Chaumont, de Troyes et de Meaux, qui 
lui annoncaient qu'aprés avoir saccagé le comté de Vertus en Cham- 
pagne ils s'étaient enfin rendus maîtres du château fort de Memmer ', 
appartenant au frére du duc d'Orléans et réputé imprenable. « Mes- 
« sire Clignet de Brabant, disaient-ils, aprés avoir soutenu un long 
« siége, voyant que le cháteau ne pouvait nous échapper, a séduit à 
« prix d'or un des écuyers chargé de faire le guet pendant la nuit, 


' Monstrelet dit Moynier, Lefèvre de Saint-Remy Moismer. 
IV. 74 


586 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


« septem ex suis familiaribus loco cessit; sed prodicione detecta, 
« proditorem jussimus decollari. » | 
Ducis Aurelianensis genitor in confinio Valesii comitatus, in 
terra arida, loco vasto, quamvis a culto solo non longe, muni- 
cipium Petri Fontis, quod amplitudine, miro decore et inusi- 
tato artificio cetera regionis superaret, cum immensis laboribus 
et expensis construxerat, quod hucusque dominus dictus. des 
Boquiaux, miles insignis et audax, susceperat conservandum. Is 
cum summa pertinacia spiritum rebellionis induens ,.non modo 
regis contempnendo mandata et ejus nunciis castri denegaverat 
ingressum, sed et sepius in eos insidiose erumpens parva bella 
commiserat , et rediens cum captivis et spoliis meliorem calcu- 
lum reportaverat. Videns tamen quod occasione ista patriam 
adjacentem ad summam inopiam reducebat, viciniorum cala- 
mitatibus misertus, ad regem cum salvo conductu et supplex 
veniens veniam de delictis commissis peciit et impetravit, sub 
tali moderamine quod usque ad Natale Domini medietatem 
mobilium et se ipsum posset alibi transferre. A dedicione illa 
cuidam armigero cognominato de Fiennes locus commissus est, 
adjunctis secum militaribus copiis, que discursiones hostiles 
domini Guidonis Gorle et domini Archambaudi circa patriam 
adjacentem fieri consuetas viribus refrenarent. De castro nam- 
que vallidissimo Feritatis Milonis, quod eciam ducis Aurelia- 
nensis genitor recenter augmentaverat muris spissis et turribus 
cum immensis expensis et laboribus , exeuntes usque ad viginti 
miliaria predas libere exercebant, nec quemquam indempnem, 
cujuscunque esset preeminencie, sine multa peccuniali trans- 
ire non permittebant. Inde tamen usque ad nauseam ditati, ut 
audierunt dominum ducem Gauienne illos obsidione cingere sta- 
tuisse, cum ejus nunciis tractaverunt quod ipsi cum extraneis 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXH. 587 


« qui l'a laissé sortir de la place avec sept de ses familiers. Mais nous 
« avons découvert la trahison et fait décapiter le perfide. » 


Le pére du duc d'Orléans avait fait bátir à grands frais sur les 
limites du comté de Valois, dans un terrain vaste et désert, quoique 
peu éloigné des terres cultivées, la forteresse de Pierrefouds , qui avait 
coûté d'immenses travaux et qui par sa grandeur, sa beauté et son 
admirable construction était bien supérieure à toutes les places de la 
contrée. Le sire des Bosqueaux , chevalier renommé par son audace, 
qui avait gardé jusqu'alors cette forteresse, s'était montré l'un des 
rebelles les plus opiniátres; il avait, au mépris des ordres du roi, 
refusé l'entrée de la place aux envoyés du duc de Guienne , fait plu- 
sieurs sorties contre les troupes royales, qu'il avait vaincues dans di- 
verses escarmouches , et ramené avec lui dans la place beaucoup de pri- 
sonniers et de butin. Mais voyant que sa résistance réduisait le pays à 
la dernière détresse, il eut compassion des souffrances de ses voisins et 
se rendit auprés du roi avec un sauf-conduit. Il lui demanda humble- 
ment pardon de ses méfaits, et obtint la permission de se retirer 
ailleurs avant Ja fête de Noël en emportant avec lui la moitié de ses 
biens. À partir de ce jour la place fut remise à un écuyer nommé de 
Fiennes, qui en prit possession avec un certain nombre de gens de 
guerre, pour réprimer les courses que messire Guy Gorle et messire 
Archambaud faisaient dans les environs. Ces deux seigneurs, postés 
dans le cháteau fort de la Ferté-Milon, que le feu duc d'Orléans avait 
récemment entouré à grands frais de bonnes murailles et flanqué de 
grosses tours , portaient impunément le ravage dans un rayon de plus 
de vingt milles, et ne laissaient passer aucun de ceux qu'ils rencon- 
traient, quel que füt leur rang, sans exiger d'eux une rancon. Ils 
s'étaient amsi gorgés de butin. Mais quand ils apprirent que monsei- 
gneur le duc de Guienne avait résolu de les assiéger, ils traitérent 
avec ses envoyés et demandérent qu'on leur permit de se retirer vie 
et bagues sauves eux et les étrangers avec tout leur avoir, et qu'on 
fixât un jour aux autres pour comparaître au Parlement. | 


588 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


et omni supellectile possent exire libere vita salva et mobili, et 
aliis assignaretur dies comparendi in regio Parlamento. 

In comitatu Tonitrui, dominus Johannes de Cabilone, prin- 
ceps Orengie, comitem consanguineum suum, qui partem ducis 
Burgundie domini sui relinquens, spreto fidelitatis juramento, 
ad ducem Aurelianensem transierat, auctoritate regia multis 
concomitatus Burgundionibus cum prepotenti dextera infes- 
tabat. Nec contentus quod anno jam preterito Rubei Montis 
villam fortem sibi vallida obsidione abstulisset, ymo et anno 
presenti ipsum fugere compulit, et villam muratam Tonitrui 
longua obsidione oppressam occupavit, et hoc domino duci 
Guienne nunciis et apicibus intimavit. | 

Inter tot guerrarum voragines, dum domini de Crouyaco ' 
consanguinei ipsum jussu ducis Aurelianensis multa dampna et 
tormenta pertulisse ob suspicionem mortis sui genitoris egre 
ferrent, filios ducis Borboniensis in quodam castro ceperunt, 
et detinuerunt captivos, ut miles prefatus cicius expediretur et 
sue restitueretur libertati. 

Quanquam eciam hiis diebus regis subsidiarit longe lateque 
per regnum oppida villasque muratas hostium nunc tractatibus 
nunc viribus laudabiliter temptarent occupare, summa tamen 
sollicitudine nec immerito precavebant ne ipsorum circumve- 
nirentur insidiis , dum hostiles continuarent discursus, et habe- 
nas crudelitatis in eos conabantur laxare. Quod exercicium 
militare cum miles insignis dominus de Calvo Monte, ducis 
Aurelianis familiarissimus , et qui sub eodem amplum patrimo- 
nium possidebat, quadam die in vanum attemptasset, et fessus 
rediens apud Auniau quietis gracia divertisset, a convicinis 
agricolis captus fuit et auxilio Parisiensium sub cognominatis 
le Goues militancium Parisius est adductus. Sed cum diu fuisset 














J 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 589 


Dans le comté de Tonnerre, messire Jean de Châlons, prince 
d'Orange, à la téte d'un corps nombreux de Bourguignons , faisait 
rude guerre, conformément aux ordres du roi , au comte son cousin, 
qui, malgré son serment de fidélité, avait abandonné le parti du duc 
de Bourgogne son seigneur pour embrasser celui du duc d'Orléans. 
Non content de lui avoir enlevé, l'année précédente, la place forte 
de Rougemont , il le contraignit cette année à quitter le pays et s'em- 
para aprés un long siége de la ville close de Tonnerre. Il écrivit 
ensuite à monseigneur le duc de Guienne pour Jui annoncer ces succès. 


Au milieu des désordres de Ia guerre civile, les parents du sire de 
Croy, irrités des dommages et des tourments que le duc d'Orléans lui 
avait fait souffrir sous prétexte de complicité dans l'assassinat de son 
pére, surprirent dans un certain cháteau les fils du duc de Bourbon 
et les retinrent prisonniers afin de háter la délivrance dudit seigneur '. 


Cependant l'armée du roi, qui était maitresse de la campagne, tout 
en soumettant soit par des traités, soit par la force, les places et les 
villes closes de ses adversaires, ne laissait pas de se mettre en garde 
contre leurs surprises et cherchait à leur nuire par tous les moyens 
possibles. Un illustre chevalier, le sire de Chaumont , que le duc d'Or- 
léans aimait beaucoup et qui possédait de grands biens dans ses 
domaines, ayant um jour dressé une embuscade aux troupes royales, 
était revenu se reposer de ses fatigues à Auneau. Il y fut pris par des 
paysans du voisinage et conduit à Paris sous une escorte de Parisiens 
commandés par les Legoix. On le retint long-temps prisonnier, et les 
officiers de l'armée émirent à plusieurs reprises l'avis qu'on lui fit subir 


* Voir ci-dessus la note de la page 589. 








590  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


in carceribus detentus, et inter turmas militares sepius oppina- 
retur quod sentenciam deberet subire capitalem , tandem tamen 
vallidis precibus amicorum ipsius rex discrimen in multam 
peccunialem commutans statuit ut decem milia aureorum in 
gazis regiis inferret, tantamque summam solveret hiis qui eum 
adducerent , in remuneracionem laborum. 


CAPITULUM XL. 


Regem Francie rex Sicilie visitavit, 


Sequens oppinionem vulgalem, ut de diviciis regni rex Sicilie 
Ludovicus , regis cognatus germanus, suas indigencias supple- 
ret, januarii die undecima cum insigni comitiva balistariorum 
et armatorum ad unguem venit Parisius; in cujus tamen adventu 
multi gavisi sunt, sperantes quod eo mediante inter dominos 
discordantes pacificus posset componi tractatus. 


CAPITULUM XLI. 


Propter conservacionem libertatum Ecclesie gallicane viri ecclesiastici 
congregantur. 


Nunciis et apicibus jam exacto anno summum pontificem et 
dominos cardinales ad primam diem apprilis mensis instantis 
terminum prefixisse ubique divulgatum fuerat ad generale 
consilium orthodoxorum prelatorum celebrandum, ut statum 
universalis Ecclesie in melius reformarent. Tam gratam con- 
vencionem habuerunt viri ecclesiastici regni, quod, quamvis 
voraginibus guerrarum undique circumseptos se cernerent et 
dolerent, nec tamen recusaverunt auctoritate regia evocati Pari- 


b 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 591 


la peine capitale. Mais le roi, cédant aux pressantes instances de ses 
amis, commua sa peine en une amende pécuniaire et ordonna qu'il 
versát dix mille écus d'or dans le trésor royal et qu'il payát à titre de 
rancon une pareille somme à ceux qui l'avaient amené. 


CHAPITRE XL. 


Visite du roi de Sicile au roi de France. 


Le 14 janvier, Louis, roi de Sicile, cousin germain du roi, arriva 
à Paris avec une suite nombreuse d'arbalétriers et d'hommes d'armes ; 
on prétendait généralement qu'il était venu chercher de l'argent eu 
France pour soulager sa détresse. Cependant beaucoup de gens se 
réjouirent de son arrivée, dans l'espérance qu'il pourrait par son 
intervention ménager quelque accommodement entre les ducs. 


CHAPITRE XLI. 


Le clergé s'assemble pour aviser aux moyens de maintenir les libertés de l'Église 


gallicane. 


L'année précédente, om avait été informé de tous côtés par des 
lettres et des messages que le pape et messeigneurs les cardinaux 
avaient fixé au 4°" avril la réunion d’un concile général des prélats 
orthodoxes, pour aviser aux moyens de remédier aux maux de l’Église 
universelle. Les membres du clergé de France accueillirent cette con- 
vocation avec tant de plaisir, que, nonobstant les dangers auxquels 
ils se voyaient exposés par les désordres de la guerre, et malgré l'afflic- 
tion qu'ils en ressentaient, ils s'empressérent de se rendre à Paris 
conformément à l'invitation du roi, dans l'espérance qu'il pourrait 


592 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


sius comparere, sperantes aliqua se deliberare posse ad utilita- 
tem Ecclesie gallicane. Quot et quantis gravaminibus intolle- 
rabilibus, exquisitis quoque dampnosis serviciis eam hucusque 
Romana curia attriverit luce clarius ex precedentibus scriptis 
patet. Quapropter ad .aliqualiter sublevandum ejus onera 
importabilia , super quibus libertatibus concedendis in synodo 
congreganda summo pontifici humiliter supplicarent mutuo 
deliberaverunt, scriptis redegerunt et decreverunt inter se 
publicare. Cum ergo more solito die jovis undecima januarii, 
missarum sollemniis devotissime Sacra Capella peractis, aulam 
ingressi fuissent regalis Palacii, sicut condictum fuerat, in sacra 
pagina professor eximius, magister Benedictus Gentiam, Sancti 
Dyonisii religiosus, propositum perorandum ore diserto susce- 
pit et media pro tempore practicanda. Ad longum omnia verba 
sua scriptis redigere non opus est. Quapropter breviloquio 
utens, super pensionibus dominorum cardinalium super eccle- 
sias regni assignatis, super appellacionibus dampnosis ad cu- 
riam Romanam de cetero prosequendis, super extraneorum 
promocionibus ad ecclesias regni permittendis, et ne per hec 
et similia peccunie extra regnum more solito deferrentur, mo- 
nuit omnes et singulos mature deliberare. 


CAPITULUM XLII. 


De quódam milite decollato. 


Quam periculosum sit obloquütoribus virosas linguas laxando 
superiores ad iracundiam provocare genere insignis miles Picar- 
dus, dominus Mansart de Bosco, die januarii decima sexta 
capitalem subiens sentenciam et inde corporis suspensionem, 
cunctis exemplum prebuit. Ejus ignominiosam mortem milites 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII 593 


résulter de leurs délibérations quelque chose d'utile pour le bien de 
l'Église gallicane. Les faits que j'ai racontés ci-dessus ont clairement 
démontré quelles lourdes charges , quelles ruineuses exactions la cour 
de Rome avait fait peser jusqu'alors sur ladite église. Pour alléger 
quelque peu ce fardeau accablant, les prélats délibérérent entre eux 
sur les concessions qu'ils auraient à demander humblement au pape 
pendant la tenue du concile, rédigérent par écrit leurs résolutions, 
et se décidèrent à les rendre publiques. Le jeudi, 11 janvier, après 
avoir selon l'usage entendu la messe en grande dévotion dans la 
Sainte-Chapelle, ils entrérent en séance dans la salle du Palais, et, 
suivant ce qui avait été convenu , un célébre docteur en théologie, 
maître Benoit Gentien, religieux de Saint-Denys, prit la parole et 
exposa éloquemment les points sur lesquels il y avait lieu d'appeler 
une réforme. Il est inutile de rapporter tout au long son discours. Je 
me contenterai de dire qu'il engagea tous les assistants et chacun d'eux 
en particulier à discuter mürement les pensions assignées à messei- 
gneurs les cardinaux sur les églises de France, l'abus des appels en cour 
de Rome et les promotions des étrangers aux bénéfices du royaume, 
et à empécher que sous ce prétexte ou d'autres semblables on n'expor- 
tát l'argent du royaume. 


CHAPITRE XLII. 


Exécution d'un chevalier. 


La mort de messire Mansard du Bois, illustre chevalier picard, qui 
fut condamné à la peine capitale et pendu le 16 janvier, fit voir combien 
il est dangereux de provoquer la colére des grands en les attaquant par 
des propos injurieux. On déplora généralement sa fin ignominieuse; 
car sa vaillance, sa générosité, son affabilité et les agréments de sa per- 
sonne lui avaient concilié l'affection de tous. Mais il n'avait pas su se 


Iv. | 75 





594 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


dignum duxerunt plangendam , quia strenuus existens in agen- 
dis, generosus, affabilis et toto corpore formosus omnibus 
carus erat. Inter specialia tamen intemperancie que commiserat 
facinora , duci Aurelianensi favens et genitoris interfectionem 
egre ferens, duci Burgundie tante nequicie et prodicionis obi- 
ciendo titulum pluries publice dixerat quod, quamdiu vitam 
duceret in humanis, eum perpetuum adversarium haberet, non 
cogitans quod in brevi tam temerarii ausus penas luiturus esset. ' 
Interrogatus tamen super multis et precipue super transacta 
bellica expedicione hostium, libere non ignorasse eam dixit in 
prejudicium ipsius et ville Parisiensis inchoatam , idque dissua- 
sisse dominis vicibus reiteratis; sed ne eumdem formidolosum, 
fidei dubie haberent, vel aliqualiter suspectum , eis servire stu- 
duerat et placere, pocius quam ab eis recedere. Mortem prefati 
militis multi ex generosis proavis ducentes originem molestis- 
sime tulerunt, eam injustam absque erubescencie velo repu- 
tantes; in sigBum cujus, cum spiculatore omnes qui ipsam 
procuraverant variis mortibus dicebant infra quindenam se- 
quentem ultimos dies signasse. 


CAPITULUM XLIII. 


Kex incolumis effectus statuit ut persequerentar eonsanguinei, tanquam adversarii 
capitales, per consilium ducis Burgundie. 


Januarii mensis decima sexta die, cum regnicolarum exube- 
ranti leticia rex sanam mentem resumens, ut audivit cognatos 
et consanguineos, hostes factos per consilium ducis Burgundie, 
longe lateque per regnum hostiles discursiones exercere, tante 
temeritatis audaciam diu pati indignissimum reputavit. Et in 
domo regia Sancti Pauli cum rege Sicilie Ludovico, duce 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 595 
contenir dans les bornes de la modération. Partisan dévoué du duc 
d'Orléans, et ne pouvant oublier l'assassinat de son pére , il avait plu- 
sieurs fois reproché au duc de Bourgogne son attentat et sa perfidie, et 


déclaré publiquement que, tant qu'il vivrait, il le regarderait comme 


son ennemi mortel. Il ne prévoyait pas que bientôt on lui ferait payer 
cher ces paroles audacieuses. Interrogé entre autres choses sur la der- 
niére campagne, il répondit franchement qu'il n'ignorait pas qu'elle 
avait été entreprise au préjudice du duc et de la ville de Paris et qu'il 
avait cherché plusieurs fois à détourner les seigneurs de leur projet, 
mais que, ne voulant pas s'exposer au soupcon de lácheté ou de dé- 
loyauté, il s'était décidé à prendre les armes pour leur complaire, 
plutót que de les abandonner. Beaucoup de gentilshommes d'illustre 
famille déplorérent vivement la mort dudit chevalier et ne craignirent 
pas de dire hautement qu'elle était injuste. Ils alléguaient à l'appui de 
leurs paroles que le bourreau et tous ceux qui avaient pris part à la 
condamnation étaient morts de diverses maniéres dans la quinzaine. 


CHAPITRE XLIII. 


d 


Le roi, ayant recouvré la santé , ordonne, d’après le conseil du duc de Bourgogne, 
que les princes ses parents soient poursuivis comme ennemis de l’État. 


Le 16 janvier, le roi recouvra la santé, à la grande satisfaction de 
tous ses sujets. Áyant été informé alors que les princes ses parents et 
cousins, qui avaient été déclarés ennemis publics, d'aprés les conseils 
du duc de Bourgogne, couraient le royaume d'un bout à l'autre, il 
résolut de ne pas souffrir plus long-temps une pareille audace. Il con- 
voqua donc en son hótel royal de Saint-Paul le roi de Sicile Louis, 
le duc de Bourgogne, les autres seigneurs de sa cour et plusieurs 


. + + 


07 Pe 














596  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


Burgundie, ceterisque suis illustribus, ex clero et civibus quos 
secretorum suorum participes dignos noverat evocans, cum 
feriis successivis sciscitaretur sollicite tante nequicie radicem et 
originem, non defuerunt fautorés ipsius ducis libere respon- 
dentes : « In arduis regni vestri disponendis post vos nequive- 


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runt locum primum obtinere, nec, quod minati fuerant, Pari- 
sienses cives vestros ad libitum depredari. Nam, inquiunt, 
metuendissime princeps, impacienter ferentes coadjutores 
iniquitatis concepte ab urbe vestra expulsos velut exules pro- 
scriptos, eamdem ab una parte obsidione cingere statuerunt, 
non verentes, ut degeneres et rebelles, diu machinarum et 
instrumentorum obsidionalium continuatis tonitruis aures 
vestras offendere, eciam cum vobis: requiescere in castro ves- 
tro Lupare opus erat. Per patriam eciam adjacentem prope 
vesano impetu et velut furiis agitati colonos et agricolas cap- 
tivantes et multipliciter affligentes, ut ultra facultates odibile 
jugum redempcionis subirent, eos bonis omnibus et omni 
supellectile privaverunt, sepius et multis domibus post dis- 
tracta mobilia flamma voraci consumptis. Et ut conspectu 
parentum raptas virgines, ut vile stuprum subirent, pertrans- 
eamus breviter, iterum laxando sue crudelitatis habenas edes 
sacras quamplurimas non modo effringentes, ut libros, cali- 
ces et indumenta ecclesiastica raperent et viliter commuta- 
rent; ymo, quod detestabilius fuit, sacrum crisma et corpus 
Domini de vasis aureis vel argenteis prophanis manibus eje- 
cerunt ut eisdem potirentur, rabiem sarracenicam imitando. 
« Hec et similia perpetrantes, durante obsidione, ne matri 
urbium regni vestri victualia de Picardie et Normanie par- 
tibus afferrentur, inito cum Burgundionibus tractatu, quod 
de villa Sancti Dyonisii exirent, eamdem occupaverunt, ne 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 597 


membres du clergé et de la bourgeoisie dont il connaissait la fidélité 
et la discrétion. Le conseil dura plusieurs jours; le roi s'étant enquis 
des causes et de l'origine de cette téméraire entreprise, certains par- 
tisans du duc de Bourgogne lui répondirent hardiment : « C'est qu'ils 
« n'ónt pu, trés redouté prince, obtenir la premiére place aprés vous 
« dans le gouvernement du royaume, ni exécuter la menace qu'ils 
« avaient faite de mettre au pillage votre ville. Irrités de voir les 
« complices de leur attentat chassés de Paris comme des exilés et des 
« proscrits, ils se sont mis à bloquer cette ville d'un cóté, et n'ont 
« pas craint, les infámes et les rebelles qu'ils sont, d'offenser vos 
« oreilles par le bruit continuel de leurs batteries et de leurs ma- 
« chines de siége, méme lorsque vous aviez tant besoin de repos 
« dans votre cháteau du Louvre. Ils out ravagé les environs avec une 
« rage forcenée ; dans leur aveugle fureur, ils ont arrêté les paysans 
« et les laboureurs et les ont accablés de-toutes sortes de maux, pour 
« les forcer à payer des rançons exorbitantes; ils les ont dépouillés 
« de tous leurs meubles et de tous leurs biens ; souvent méme ils ont 
« incendié leurs maisons aprés les avoir saccagées. Faut-il ajouter 
« qu'ils ont enlevé les jeunes filles sous les yeux de leurs parents pour 
« les déshonorer ? Ils ont poussé plus loin leur fureur sacrilége ; on les 
« a vus pénétrer de force dans plusieurs églises, y enlever les livres 
« sacrés, les calices et les ornements ecclésiastiques et les vendre à 
« vil prix; et, ce qui est encore plus abominable, ce qui ne saurait 
« se comparer qu'à l'impiété des Sarrasins, ils ont d'une main pro- 
« fane jeté à terre le saint chréme et le corps de Notre-Seigneur, pour 
« s'emparer des vases d'or et d'argent qui les contenaient. 


« Telles sont les horreurs qu'ils ont commises durant le siége. Ils 
« ont en outre voulu empêcher que la capitale de votre royaume ue 
« recüt des vivres de Normandie et de Picardie, et après avoir obtenu 
& par un traité que les Bourguignons sortissent de Saint-Denys, ils se 
« sont emparés de cette ville, de peur qu'elle ne rentrát définitivement 





598 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XII. 


« finale obsequium more solito exhiberet. Eadem occasione 
« pontem Sancti Clodoaldi, pacto peccuniali inito cum iniquo 
« proditore capitaneo, Jude simillimo, receperunt; in quo et 
« manum vallidam Guasconum et Britonum, strenuissimorum 
« bellatorum, locaverunt, qui et ultra Secanam regnum ves- 
« trum exposuissent direpcionibus et predis , nisi milicia vestra 
« tanto dampno viribus obstitisset. Nobilium equidem et igno- 
« bilium querimoniis excitata, duce et auspice excellentissimo 
« duce Burgundie, hanc urbem aggressa, in adversarios insur- 
« rexit, de quibus, auxilio Domini, gloriosum reportavit trium- 
« phum. Unde ceteri territi comites et barones, omnis eorum 
« virtus emarcuit, et in baratrum desperacionis deducti salu- 
«tem fuga ignominiosa pecierunt. Inde ad prosequendum 
« fugaces divisis copiis bellatorum, cum una serenissimus dux 
« Guienne exercicium militare laudabiliter inchoavit. Nam 
« castro forti de Stampis non sine resistencia maxima occupato, 
« cum villam de Dordano et totum comitatum Stampensem 
« vestre dicioni submisisset , sanum et incolumem reduxit vic- 
« torem exercitum. Át ubi factum laudabile ubique divulgatum 
« est, milites et armigeri in Valesii, Bellimontis ac Virtutum 
« comitatibus, Feritate quoque Milonis, et apud Petrum Fon- 
« tem degentes se eciam dominacioni vestre libere subdide- 
« runt, ut errorum indulgenciam consequi valeant, optantes 
« pocius inolitam benignitatem vestram quam potenciam ex- 
« periri. 

« Et quamvis, serenissime rex, dux Aurelianensis juste depo- 
« situs et sui confederati dignos fructus inite temeritatis in 
« ignominiosa fuga et amissione dominiorum dictorum perce- 
« perint, sarcinam tamen obstinate arrogancie deponere non 
« intendunt ve] errores corrigere, sed sue salutis inmmemores 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. — 599 


« sous votre obéissance. En méme temps , ils ont repris par trahison 
« le pont de Saint-Cloud en oorrompant à prix d'or le capitaine qui y 
« commandait, ce traitre dont la perfidie est comparable à celle de 
« Judas. Ils y ont placé une forte garnison de vaillants hommes 


600 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


« et vinculum anathematis parvipendentes, quo innodati aucto- 
« ritate appostolica se sciunt, adhuc exterminium regni vestri 
« modis omnibus procurant, nisi temeritati eorum viribus ob- 
« vietis. » 

Persuasiones dicte ab aulicis summe auctoritatis ipsis faven- 
tibus, in odium ceterorum principum, sepius auribus regiis 
infuse ipsum induxerunt ut in consistorio principum novam 
expedicionem approbans dilecti primogeniti, et de rebus bene 
gestis assistentibus regraciatus, regium dixerit illatas injurias 
viribus quoque arceri ne hostes amplius desevirent. In hanc 
regis sentenciam tanquam justam Deoque acceptabilem conve- 
nientes universi tunc presentes rem acceleracione indigere dixe- 
runt, nec vernalem temperiem expectandam, sed antequam hos- 
tiles cunei majus suscipereut incrementum , duces prefiojendos 
strenuos, sub quibus congregandi pugiles nobiles et ignobiles 
militarent. . 


CAPITULUM XLIV. 


De quibusdam decurionibus ad officia promotis. 


Sic armari regni vires in ejus viscera, sanguinem quoque et 
consanguineorum cum tanta aviditate sitire injustissimum 
arguebam. Sed cum inde sepius et sepissime culparem in came- 
ris Parlamenti ac compotorum presidentes, ceterorum quoque 
ignaviam qui consiliis regiis ex officio assistunt, tandem a 
multis didici quod animos in consultando liberos non habebant. 
Hanc excusacionem ut sequar inclinat animus. Sicque feriis 
successivis regis Sicilie, ducis quoque Burgundie monitis rex 
acquiescens, dominum Johannem de Hangest, quondam magis- 
trum balistariorum regni, ac dominum Karolum Dalebret, 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 604 . 


« apostolique, ils songent encore à ruiner le royaume par tous les 
« moyens possibles, si vous n'opposez la puissance de vos armes à 
« leurs coupables efforts. » 


À force de répéter sans cesse les mêmes discours aux oreilles du roi, 
en haine des princes du parti contraire, les principaux partisans du duc 
de Bourgogne déterminérent Charles VI à approuver en conseil une 
nouvelle expédition de son fils bien aimé. 1l remercia les assistants de 
leurs bons offices et dit qu'il était de son devoir de venger les injures 
qui lui avaient été faites et de mettre un terme aux cruautés de l'en- 
nemi. Toute l'assemblée applaudit à cette résolution comme étant 
juste et agréable à Dieu, et demanda qu'on la mit sur-le-champ à exé- 
cntion sans attendre le retour du printemps, qu'on ne laissát point à 
l'armée ennemie le temps de s'accroitre et qu'on désignát de vaillants 
capitaines pour commander les nobles et le menu peuple qui pren- 
draient les armes. 


CHAPITRE XLIV. 


Promotions de quelques gens de cour. 


Il me semblait trés injuste qu'une moitié du royaume s'armát ainsi 
contre l'autre et que les princes fussent si avides de verser le sang de 
leurs parents. Je le reprochais souvent aux présidents du Parlement 
et de la chambre des comptes, et j'accusais la condescendance de ceux 
à qui leurs charges donnaient entrée dans les conseils du roi. Mais j'ai 
entendu dire-à beaucoup d'entre eux que leurs suffrages n'avaient pas 
été libres, et je suis disposé à admettre cette excuse. C'est ainsi que 
quelques jours aprés, le roi, à l'instigation du roi de Sicile et du duc 
de Bourgogne, approuva la déposition de messire Jean de Hangest, 
grand-maître des arbalétriers, et de messire Charles d'Albret, conné- 
table de France, parce qu'ils avaient suivi le parti du duc d'Orléans, 

IV. 76 


602 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


nuper conestabularium, quia ducem Aurelianensem sequti fue- 
rant, ab officiis juste depositos dixit, et minisleria eorum de 
Rambure commisit et comiti Sancti Pauli. De ultimo tamen 
dicam quod, quamvis formosus corpore existeret et origine 
generosus, ipsi tamen milicie Francie regimen commissum 
militum et scutiferorum maxima pars impacientissime tulit, 
quia, sicut publice referebat, in actibus bellicis non stare, sed 
retrocedere illi mos perpetuus fuerat, mox ut succedebant ad- 
versa. Sed, verbis non obstantibus, ensem regium recepit cum 
fidelitatis consueto juramento; ad obsidendum quoque castrum 
Drocarum mox contendit. Et quia in aula regia buticulariorum 
princeps extiterat, ad preces ducis Burgundie domino de 
_Crouyaco, famoso sibi militi et picardo, opus exequi commi- 
sit. Rex iterum dominum de Riex, britonem, marescallum Fran- 
cie, virum utique strenuum et emerite milicie, destituit, quia 
confectus senio sibi officium commissum non plus poterat exer- 
cere, et sibi dominum Ludovicum de Longny, regi Sicilie fami- 
liarem, quem consilio providum semper noverat et audacem, 
subrogavit. 

Hiis peractis, dominum Guischardum Dalfini, ministrorum 
aule regie principem, cum pugnatorum copia ad partes Aure- 
lianenses misit, qui adversariorum arceret discursiones hostiles ; 
et is urbem muratam de Jargniau, super Ligerim constructam, 
ab Aurelianis octo milibus distantem, dicioni regie sine resis- 
tencia subdidit , incolis prius indempnitate et indulgencia pro- 
missis. | 

Jam jamque pugil inclitus Inguerrannus de Bornovilla, picar- 
dus, versus partes Carnotenses infauste cum hostibus conflictum 
habuerat , et ex suis multis captis vel occisis, villam clausam de 
Bonnevalle pro tuto refugio pecierat. Quapropter adversarii 


. CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXI. 603 


et mit à leur place le.sire de Rambures et le comte de Saint - Pol. 
Je dois dire que, malgré les avantages extérieurs de ce dernier, 
malgré la noblesse de son extraction, la plupart des chevaliers et des 
écuyers virent avec déplaisir qu'on lui confiait le commandement de 
la milice de France, parce qu'en campagne il avait , disait-on, pour 
habitude de battre en retraite dés qu'il essuyait quelque revers, au lieu 
de lutter contre la mauvaise fortune. Nonobstant ces plaintes, il recut 
l'épée royale, préta le serment ordinaire de fidélité et partit aussitót 
pour aller assiéger le château de Dreux. Comme il était grand-bou- 
teiller de France, le duc de Bourgogne fit donner cette charge au sire 
de Croy, l'un de ses principaux chevaliers, originaire de Picardie. Le 
roi destitua aussi de la dignité de maréchal de France messire de 
Rieux, chevalier breton, dont la vaillance et les services étaient 
éprouvés, mais à qui son grand âge ne permettait plus d'exercer son 
office, et nomma à sa place messire Louis de Logny, familier du roi 
de Sicile, dont il avait apprécié en toute occasion la prudence et le 
courage. | | 


Ces choses ainsi réglées, leroi envoya dans l'Orléanais messire Gui- 
chard Dauphin , grand-maitre de sa maison, pour y arrétér les courses 
de l'ennemi. Messire Guichard soumit sans coup férir à l'autorité 
royale la ville close de Jargeau, située sur la Loire à huit milles 
d'Orléans, en promettant aux habitants qu'on respecterait leurs per- 
sonnes et qu'on les traiterait avec indulgence. 


Vers le méme temps, le brave Enguerrand de Bournonville, cheva- 
ler picard, avait été battu par l'ennemi dans le pays Chartrain, et 
comme i] avait eu beaucoup d'hommes tués ou faits prisonniers, il 
s était réfugié dans la ville close de Bonneval. Les vainqueurs avaient 
résolu de s'emperer de cette ville; mais ayant appris le 42 février, 


604  . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


eamdem deliberaverant viribus occupare. Sed ut eisdem consti- 
tit duodecima die februarii regem voce preconia edixisse ut 
illuc milites et armigeri cum certo numero Parisiensium ex 
decaniis urbis electo celeriter tenderent, dignum duxerunt resi- 
piscere ab incepto et in suis delitescere castellis. Tamen sepius 
erumpentes, dum sciebant ceteros Gallicos. non equitare , ini- 
quitates consuetas perpetrabant. 


CAPITULUM XLY. 


De practica reperta ad accumulandum peccunias. 


Cum gazis regiis quasi penitus exhaustis non possent sti- 
pendiarii armati sufficienter premiari, et inter deliberandum 
prescripta id mente revolverent assistentes , ex accidentali con- 
troversia quorumdam regnicolarum coacervandi ingentes pec- 
cunias adinvenerunt materiam per hunc modum. Cum Parisius 
et alibi nonnulli a convicaneis et vicinis se dolerent bonis omni- 
bus spoliatos sub pretextu quod solum Armeniacis favissent, 
optarentque coram dominis Parlamenti regii se innocentes 
monstrare, in consistorio principum ceteri cum macellariis dic- 
tis le Goues pecierunt, ad vitandum prolixitatem processuum, 
ut ex omni regnicolarum statu ad id eligerentur aliqui qui sen- 
tencias ad nutum, omni exclusa appellacione, proferrent. Quo 
concesso , et pro tribus presidentibus principalioribus magistro 
Johanne du Drac, magistro Eustachio de Atrio et preposito 
Parisiensi ordinatis adjuncti sunt domini Galas de Alneto, 
Karolus de Chambelliaco, dominus Daufemont, ex militari 
ordine; de regiis eciam cameris , Universitate Parisiensi et civi- 
bus Parisiensibus alii additi sunt duodecim, quorum nomina 
. ad presens non teneo, qui eisdem assisterent. Et ne agredienda 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 605 


que le roi avait ordonné par la voix du héraut aux chevaliers et aux 
écuyers de marcher contre eux en toute háte avec un certain nombre 
de Parisiens choisis parmi toutes les dizaines de la ville, ils jugérent 
à propos de renoncer à leur entreprise et s'enfermérent dans leurs 
places fortes. Ils ne laissérent pas de faire de fréquentes sorties, toutes 
les fois qu'ils surent que les Francais ne couraient pas les environs, 
et ils commirent leurs dégáts accoutumés. 


CHAPITRE XLV. 
Expédient imaginé pour avoir de l'argent. 


Le trésor royal était épuisé , et ne pouvait plus fournir à la solde des 
gens de guerre. Les conseillers du roi, vivement préoccupés de cet 
état de choses, prirent occasion des querelles fréquentes, qui par suite 
des désordres du temps éclataient entre les habitants du royaume, 
pour recueillir de grosses sommes d'argent. Bien des gens, à Paris et 
ailleurs, se plaignaient d'avoir été dépouillés de tous leurs biens par 
leurs compatriotes et leurs voisins, sous prétexte qu'ils avaient favorisé 
le parti des Ármagnacs, et demandaient à prouver leur innocence 
devant messieurs du Parlement. Les bouchers Legoix et leurs compa- 
gnons vinrent proposer au conseil des princes que, pour éviter la lon- 
gueur des procés, on choisit dans tous les ordres de l'État certaines 
personnes qui seraient chargées de juger ces affaires en dernier ressort. 
Leur proposition fut agréée, et l'on désigna pour présidents maître 
Jean du Drac, maitre Eustache de Laitre et le prévót de Paris, aux- 
quels on adjoignit messire Gallas d'Aunay, messire Charles de Cham- 
bly et messire d'Offemont, chevaliers. On délégua aussi , pour les assis- 
ter, douze membres des chambres du roi, de l'Université et de la 
bourgeoisie de Paris, dont je ne me rappelle pas les noms en ce 
moment. Afin que cette commission procédát avec ordre, il fut décidé 
que , quand quatre membres se trouveraient réunis avec lesdits pré- 
sidents, ils pourraient, méme en l'absence des autres, entendre les 





606 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


confuse agerentur, statutum est ut cum predictis presidentibus, 
si ex eis quatuor convenirent, eciam in ceterorum absencia , in 
causis predictis informaciones, productos testes audirent, ad 
libitum quoque criminalia in multam peccunialem converte- 
rent; que si non stipendiariis militaribus equaretur, in generali 
collecta civitatibus imponenda suppleretur. 


CAPITULUM XLVI. 


De libertate data Parisiensibus. 


Onus grave cives Parisienses optantes levius et laudabilius 
ferre, obtinuerunt a rege ut ex decaniis singulis civitatis mille 
et quingenti subsidiarii ad unguem loricati et balistarii quin- 
genti sumerentur, qui suis sumptibus sub vexillo prepositi Pari- 
siensis militarent, et, si infeliciter certarent, ad perpetuandum 
numerum mox alii mitterentur. Prefato numero iterum quin- 
genti in effodiendis muris et destructionibus turrium experti 
conjuncti sunt, quos vir utique strenuus in agendis Andreas 
Rousselli conducendos suscepit; et hiis omnibus injunctum est 
sub pena finalis supplicii ut ab infestacione regnicolarum absti- 
nentes et stipendiis cotidianis contenti neminem dampnifica- - 
rent nisi hostes. Non modo principum assistencium rogatu rex 
annuit quod cives pecierant, sed ab eisdem edoctus quam stre- 
nue inter procellosas discursiones hostiles hoc anno se habue- 
rant, et precipue in reparacione pontis Sancti Clodoaldi, iterum 
eorum precibus victus concessit ut libere urbis antiquam liber- 
tatem resumentes cum preposito mercatorum scabinos statue- 
rent, qui cum eo ardua deliberarent equa lance. Ad electionem 
igitur cives procedentes sigillatim juraverunt quod tanto dignos 
honore assumerent. Et quamvis multi prudencia conspicui et 





CHRONIQUE DE CHARLES VL — LIV. XXXII. 607 


dépositions des témoins dans lesdites causes, et substituer, si bon leur 
semblait, aux peines criminelles des amendes pécuniaires, et que, si le 
produit des amendes ne suffisait pas pour la solde des gens de guerre, 
on y suppléerait par une contribution générale imposée aux villes. 


CHAPITRE XLVI. 


Libertés accordées aux Parisiens. 


Les bourgeois de Paris, qui avaient à cœur d'échapper à cette 
nouvelle charge par quelque expédient honorable, proposèrent au roi 
d'entretenir à leurs frais, sous les ordres du prévôt de Paris, un corps 
de quinze cents hommes d'armes et de cinq cents arbalétriers choisis 
dans toutes les dizaines de la ville, et s'engagérent, en cas de revers, 
à remplacer ceux qui viendraient à manquer. On joignit à ce corps 
d'armée cinq cents pionniers, habiles à miner les murailles et à saper 
les tours, dont le commandement fut donné à un vaillant homme, 
appelé André Roussel. On leur prescrivit à tous sous peine de mort 
de ne commettre aucun dégát dans le royaume, de se contenter de 
leur solde journalière et de ne maltraiter personne, si ce n’est l'en- 
nemi. Non-seulement le roi, d’après le conseil des princes, consentit 
à toutes les demandes des Parisiens, mais encore , lorsqu'on lui eut dit 
avec quel courage ils avaient repoussé cette année les courses de l'en- 
nemi ét contribué à la reprise du pont de Saint-Cloud, il leur rendit, 
sur leurs instantes priéres, le privilége qu'ils avaient autrefois d'ad- 
joindre au prévót des marchands un certain nombre d'échevins choisis 
par eux pour délibérer avec lui sur les affaires importantes. Les 
bourgeois prooédérent donc à cette élection, aprés avoir juré de ne 
donner leurs suffrages qu'à des hommes dignes d'un tel honneur. 
Parmi les nombreux candidats que leur rare prudence et leur fidélité 


608 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


emerite fidei ad id ydonei reperti fuerint, post multas tamen 
disceptaciones verbales ex comparacionibus nominatorum pro- 
cedentes , tandem in Johannem de Trecis, Johannem de Oliva, 
Johannem de Sancto Yone et Robertum de Belay convenerunt. 


CAPITULUM XLVII. 


De indulgencia concessa opem ferentibus Ecclesie romane. 


Universalis Ecclesie summus pontifex Johannes, paternam 
gerens pro tuicione patrimonii sancte sedis appostolice romane 
sollicitudinem, quod Lendislaus de Duracio , regni Sicilie usur- 
pator, viribus inquietabat, cum eidem resistere non valeret, 
fideles christianos in auxilium evocare statuit hiis diebus. Viros 
namque exhortatorii sermonis habentes graciam, potentes 
opere et sermone direxit ad diversas christianitatis partes, qui 
tyranni pressuras intollerabiles intimantes omnes ad vindican- 
dum illatas injurias excitarent, nec defuturum de supernis auxi- 
lium volentibus hunc tam pium laborem assumere publice 
publicarent. Utque verba in audiencium pectora alcius et devo- 
cius imprimerentur, loco stipendiorum peccunialium, idem vir 
Deo plenus pontifex universis contritis et confessis, qui pro 
defensione Ecclesie iter arripientes vel mittentes aliquem pro 
seipsis huic meritorio operi per mensem insudarent, indulgen- 
ciam generali passagio transmarino debitam auctoritate appos- 
tolica concedebat. Hujus iterum indulgencie volebat fieri parti- 
cipes qui peregrinacionem pro altero susciperet peragendam, 
qui peccunias pro subsidiario sufficientes mitteret, qui predi- 
cacionibus fideles ad hoc opus meritorium induceret, vel qui 
predicacionem cordialiter audiret, et quod omnes crucesignati 
hoc iter arripientes sub protectione sanete sedis appostolice 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV, XXXII. — 609 


éprouvée rendaient propres à ces fonctions, et dont lé mérite fut 
vivement débattu, Jean de Troyes, Jean de l'Olive, Jean de Saint- 
Yon et Robert de Bellay réunirent tous les suffrages. 


- 


CHAPITRE XLVII. 


Indulgences promises à ceux qui porteraient secours à l'église romaine. 


Vers ce temps, le seuverain pontife de l'Église universelle, Jean, 
animé d'une sollicitude paternelle pour la défense du patrimoine du 
saint siége apostolique romain, qui élait en butte aux attaques de 
Ladislas de Duras, usurpateur du tróne de Sicile, résolut d'appeler 
les fidèles chrétiens à son secours, parce qu'il était hors d'état de lui 
résister. Il envoya dans les différents pays de la chrétienté des hommes 
doués d'une éloquence persuasive , puissants en œuvres et en paroles, 
pour publier en tout lieu les persécutions intolérables de ce tyran, 
exhorter les fidèles a venger les injures faites au saint siége, etannoncer 
hautement que l'assistance du Très-Haut ne manquerait pas à ceux qui 
voudraient participer à cette pieuse entreprise. Afin de seconder l'effet 
de ces exhortations et d'échauffer le zèle des chrétiens, ledit pontife, 
inspiré par Dieu , accordait, en vertu de son autorité apostolique, au 
lieu de récompenses pécuniaires, les indulgences qu'on n'obtenait 
ordinairement que par des pélerinages d'outre-mer, à tous ceux qui, 
après avoir fait pénitence et s'étre confessés , iraient défendre l'Église 
ou enverraient quelqu'un à leur place pour travailler pendant un mois 
à cette œuvre méritoire. Il étendait le bienfait de ces indulgences à 
tous ceux qui entreprendraient le pélerinage pour un autre , qui four- 
niraient la solde d'un homme d'armes , qui engageraient les fidéles par 
des prédications à cette œuvre méritoire, ou qui suivraient les prédi- 
cations avec une dévotion sincére. Il déclarait que tous ceux qui se 
croiseraient pour cette expédition resteraient sous la protection du 
saint siége apostolique. Les députés que le pape chargea de cette mis- 


Iv. 77 


610 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXII. 


remanerent. Et quamvis qui missi erant indulgencias pretactas 
in valvis ecclesiarum cathedralium et monasteriorum sollemp- 
nium scriptis dignum duxerant annotari, perpauci tamen in 
regno, cum ipsum guerrarum voraginibus undique cernerent 
involutum, salutare vivifice crucis signum in arram future pro- 
fectionis suis vestibus consuerunt. 


CAPITULUM XLVIII. 


Castrum de Cysay adversarii reddiderunt. 


- Regi expedicionibus bellicis ordinandis, ut dictum est; occu- 
pato dominus de Hely, picardus, qui comitatum Pictavensem 
duci Biturie suo patruo subditum infestabat, nunciis et apici- 
bus intimavit Pictavum, urbem famosam et multo habitancium 
incolatu insignem, sibi sine resistencia subdidisse , fidelitatem 
Casini...... !, quem dux ipsi prefecerat, multipliciter commen- 
dans, quia ejus imperio non distulerat obedire. Tam preclare 
civitatis defectionem adverse partis milites impacienter feren- 


tes, mox ad vindictam accincti, de castris propinquioribus , et 


precipue Cysay et Niordi, velut vermes inquieti, sepius erum- 
pentes, circumadjacentem patriam hostili vastacione ceperunt 
inquietare , et absque discrecione sexus, condicionis vel etatis, 
cum rapinis et incendiis strages eciam furore barbarico exer- 
cere, | 

Cum prenominato milite dominus de Partenaco et multi 
incliti pugnatores et ex generosis proavis trahentes nriginem 
plagam illam tuendam susceperant. Et hu compatriotarum que- 
rimoniis pulsati predicta. duo oppida, adversariorum recepta- 


: ly a ici une lacune dans le manasorit. . 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 644 


sion eurent soin de faire afficher lesdites indulgences aux portes des 
églises cathédrales et des principales abbayes. Cependant, comme la 
guerre étendait ses ravages sur presque tous les points du royaume, 
il y eut bien peu de gens qui placèrent sur leurs vétements le signe 
salutaire de la croix vivifiante, comme gage de leur prochain départ 
pour la croisade. | 


CHAPITRE XLVIII. . 


Reddition du cháteau de Chizé. 


Pendant que le roi avisait, comme il a été dit, aux moyens de pour- 
suivre la guerre, le sire de Helly, chevalier picard, qu'il avait envoyé 
dans le comté de Poitou appartenant à son oncle le duc de Berri, lui 
annonça par des lettres et des messages qu'il avait soumis sans coup 
férir à sou autorité la fameuse ville de Poitiers, qui renfermait une 
nombreuse population ; il mentionnait particulièrement la fidélité de 
Casin, à qui le duc avait confié le commandement de cette ville, et 
qui avait obéi avec empressement à ses sommations. Les chevaliers du 
parti d'Orléans, irrités de la perte d'une place si importante, résolu- 
rent d'en tirer vengeance. Ils firent dés lors de fréquentes sorties des 
cháteaux voisins et particuliérement de Chizé et de Niort, et se jeté- 
rent comme des nuées d'insectes sur le pays d'alentour, mettant tout 
à feu età sang, et massacrant avec une rage forcenée tous ceux qu'ils 
rencontraient, sans distinction de sexe, de rang ni d'áge. 


Le sire de Helly, le sire de Parthenay et plusieurs autres vaillants 
chevaliers appartenant à d'illustres familles, touchés des plaintes des 
habitants, prirent en main la défense du pays et résolurent de s'em- 
parer par la force des deux places susdites qui servaient de princi- 
paux repaires à l'ennemi. Ils envoyèrent donc sommer au nom du roi 
la garnison de Chizé de se rendre : elle s'y refusa avec hauteur; mais 


612 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 

cula principalia, occupare viribus decreverunt. Mittunt ergo qui 
dedicionem in Cysay commorantibus auctoritate regia impera- 
rent. Qua contumaciter denegata, oppidum ex omni parte obsi- 
dione cingere statuerunt, et apte circumlocatis obsidionalibus 
machinis assultus inchoare; quos tamen diu non dignum duxe- 
runt ceteri sustinere. Nam de multitudine consodalium per 
patriam dispersorum confidentes, fedus induciale sub condi- 
cione sunt adepti, quod .die Cene Domini oppidum exeuntes 
mutuum certamen inirent aut illud redderent; idque gratum 
obsessoribus fuit, et mox miserunt ad regem pro subsidiariis 
mittendis. Jam jamque Aymedius de Viriáco, Inguerrannus de 
Bornovilla, domus regie magister principalis, Guischardus Dal- 
fini ceterique capitanei regii, iter medium tenentes ut insidias 
hostium discurrencium viribus impedirent, regio obtempera- 
verunt edicto; quos Parisienses, ceterarum quoque urbiuin 
aecole cum tanta aviditate sequti sunt, ac si arram jam trium- 
phi indubitanter sperarent. 

Non mineri sollicitudine bellicum apparatum dux Aurelianis 
ad resistendum ordinans , dominum Karolum Dalebret, quon- 
dam conestabularium , cum suis Guasconibus ac Pictavensibus 
districtus itinerum patrie impedire statuerat et adversariorum 
adventum. Ad accelerandum eciam Britones, in quorum subsei- 
dio singulariter confidebat, per dominum Jacobum de Drocis 
eis stipendia pro mense miserat. Sed per Cenomannis transiens, 
a Cenomannensibus ballivis et nobilibus patrie victus fuit, 
ducentisque ex suis aut captis aut interfectis, peccunias quas 
deferebat amisit. Evocatos Britones comes de Divite Monte, 
ducis Britanie frater, conducendos susceperat. Sed infortunio 
audito, monitis fratris sui domini Egidii, quem dominus dux 
Gutenne ad ducem fratrem miserat gracia federis componendi, 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 6413 


quand elle vit qu'on bloquait la place de tous cótés, qu'on dressait les 
batteries autour des murs et qu'on allait commencer l'assaut, elle ne 
jugea pas à propos de prolonger sa résistance. Toutefois, comme elle 
se flattait d’être secourue par quelqu'un des corps nombreux qui 
couraient le pays, elle demanda et obtint une suspension d'armes à 
condition que, le jour de la Cène de Notre-Seigneur, elle viendrait 
présenter la bataille ou rendrait la place. Les assiégeants de leur côté, 
aprés avoir agréé cette proposition , envoyérent demander des secours 
au roi. Aussitôt Amédée de Viry, Eñguerrand de Bournonville, Gui- 
chard Dauphin, grand-maître de la maison du roi, et quelques autres 
capitaines qui tenaient la campagne pour déjouer les ruses de l'en- 
nemi, reçurent ordre de marcher vers Chizé. Un grand nombre de 
bourgeois de Paris et d'autres villes vinrent se ranger sous leurs ban- 
niéres avec l'empressement de gens qui se croyaient assurés d'avance 
de la victoire. 


Le duc d'Orléans ne déployait pas moins d'activité dans ses prépara- 
tifs de résistance. Il avait chargé messire Charles d'Albret, ci-devant 
connétable, de garder les routes du pays avec ses Gascons et ses 
Poitevins, afin d'intercepter le passage de ses adversaires. Il avait 
songé en outre à háter l'arrivée des Bretons, sur le secours desquels 
il comptait particulièrement , et à cet effet il leur avait envoyé par 
messire Jacques de Dreux un mois de solde. Mais ce chevalier, en 
passant par le Maine, fut vaincu par les baillis et les seigneurs du 
pays; deux cents des siens furent tués ou faits prisonniers, et l'argent 
qu'il portait lui fut enlevé. À la nouvelle de cet échec, le comte de 
Richemont, frére du duc de Bretagne, qui devait conduire au duc 
d'Orléans les troupes bretonnes, changea subitement de résolution, et 
à l'instigation de monseigneur Gilles de Bretagne son frére, député par 
monseigneur le duc de Guienne vers le duc de Bretagne pour négocier 
un accommodement avec lui, il abandonna provisoirement le parti 


644 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB.. XX XII. 


cum vicissitudine rerum mutans propositum , ducem Aurelianis 
ad tempus relinquere dignum duxit. Ut autem adversarii frau- 
dati a Britonum mercenario conductu se viderunt, animo con- 
sternati, diem pugne servandam non estimant; sed deposita 
temerarie presumpcionis sarcina, ad dedicionem venire in com- 
mune deliberant, mittentes qui supplicarent ut loco cedentes 
sibi liceret alibi salva vita et mobili transmigrare. Quo concesso, 
qui Niordum et alia circumadjacencia oppida occupabant, 
exemplum consodalium sequuti, reddere decreverunt nec 
expectare pugnatotum copias accedentes; quas mox dominus 
de Hely nunciis et apicibus redire monuit, scribens regi quod 
ubique regiis obtemperando edictis ex reliquis urbibus obviam 
missi nuncii leto eum obsequio prosequi conabantur, seque 
imperata facturos cordialiter offerebant. 


CAPITULUM XLIX. 


De dedicione ville Sancti Farreoli et Montis Falconis. 


Induciarum durante spacio, dominus Guichardus Dalfini, 
rectorum aule regie princeps , Francie balistariorum magister, 
et Parisiensis prepositus dominus Petrus de Essartis, indignis- 
simum reputantes tempus in vanum terere et marcescere ocio, 
villam fortem Sancti Farreoli et ejus oppidum statuerunt viri- 
bus expugnare. Cum domino Jacobo Droue, famoso milite, 
nonnulli alii in armis exercitati locum tuendum susceperant; 
unde sepius erumpentes prope vesano impetu circumadjacencia 
loca intollerabiliter vastabant. Ad quem nuncium mittentes ad 
dedicionem venire et locum reddere regia auctoritate precepe- 
runt. Quam cum arrogantissime erecto supercilio denegasset, 
mox balistariis per gyrum debite collocatis , assultum inchoari 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIL 645 


du duc d'Orléans. Quand la garnison de Chizé se vit frustrée des secours 
qu'elle attendait de Bretagne, elle perdit courage et ne crut pas devoir 
courir les chances d'un combat. Renoncant à une folle présomption, 
elle résolut d'un commun accord de se rendre, et envoya demander 
humblement aux assiégeants la permission de sortir de la place, vie et 
bagues sauves. Cette priére ayant été accueillie, ceux qui occupaient 
Niort et les places voisines suivirent l'exemple de leurs compagnons, 
et capitulérent sans attendre que leurs ennemis recussent les renforts 
qui devaient arriver. Le sire de Helly manda aussitót à ces renforts 
de rebrousser chemin, et écrivit au roi que toutes les villes de la con- 
trée s'empressaient de faire leur soumission, et envoyaient à l'envi 
des messagers à sa rencontre pour lui offrir leurs services et pour 
déclarer qu'elles étaient prétes à exécuter les ordres du roi. 


CHAPITRE XLIX. 


Soumission de Saint-Féréol et de Montfaucon. 


Pendant la suspension d'armes qui avait eu lieu, messire Guichard 
Dauphin, grand-maitre de la maison du roi, le grand- maitre des 
arbalétriers de France, et le prévót de Paris, messire Pierre des 
Essarts, honteux de l'inaction à laquelle ils étaient depuis long-temps 
condamnés , résolurent d'attaquer la ville forte et le cháteau de Saint- 
Féréol. Messire Jacques Droue, fameux chevalier, et quelques autres 
gentilshommes aguerris qui tenaient garnison dans cette place, fai- 
saient de fréquentes sorties et commettaient des dégâts intolérables 
dans le pays environnant. On les envoya sommer au nom du roi de se 
soumettre et de rendre la place. Cette sommation ayant été repoussée 
avec arrogance et dédain, on disposa aussitót les arbalétriers autour de 
la ville et l'on commenca l'assaut. Les assiégés repoussérent deux fois 
leurs ennemis avec vigueur et en tuérent un grand nombre. Mais cet 
échec, loim de rebuter les troupes royales, ne fit qu’accroître leur 


616 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 


jusserunt; quem oppidani bis potentissime pertulerunt non 
sine gregariorum obsidencium strage multa. Quem casum cete- 
ros non terruit, sed ad audaciam et acceleracionem agressi 
negocii amplius incitavit. Quorum constanciam obsessi perpen- 
dentes, cum molem ascendencium per muros ferre non vale- 
rent, in baratrum desperacionis adducti mox in oppidum 
fugerunt; quod tamen biduanis transactis induciis reddiderunt, 
salva vita et mobili exeuntes, prius tamen prestito juramento 
quod deinceps contra regem arma non sumerent, sed in cunctis 
sibi fideliter obedirent. Qui tunc presentes fuerunt capitaneos 
prefatos villam sub sua protectione cepisse referunt et emisisse 
bellatores, quos omnes predis avidissimos sciebant, ne habi- 
tancium bona direpcioni darentur, idque impacientissime vic- 
tores pertulisse, non sine murmure asserentes quod hec sibi 
preliorum jure debebantur in remuneracionem laborum. 

In pago Bituricensi Montis Falconis cacumen hostium muni- 
cipium edificatum habebat et subtus villam muratam; unde, 
velud tempestas vallida, sepius erumpentes et usque ad Cari- 
tatem super Ligerim a loco quinque milibus distantem irii- 
quitatis sue vestigia dilatantes regis subditos intollerabiliter 
vexabant. Horum querimoniis pulsati capitanei predicti, cum 
parta secure custodie commisissent, locum dictum circa carnis 
privium, prius dedicione negata, obsidione cingentes, reiteratis 
assultibus non sine suorum cede multa viribus occupaverunt, 
cum oppidanis pacto cum juramento firmato quod indempnes 
cum mobilibus exeuntes deinceps regi fideliter obedirent. 

Tam apti tamque acceptabilis receptaculi amissionem dux 
Borbonii, qui cum duce Biturie tunc degebat, egre ferens, ut 
audivit prenominatos milites, post occupacionem oppidi, ad 
capcionem Sancti Verani totis nisibus laborare, illud recupe- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 617 


ardeur et le désir qu'elles avaient de mener à fin leur entreprise. 
Jacques Droue et ses compagnons, elfrayés de tant de constance et ne 
pouvant résister au grand nombre des assaillants, perdirent courage 
et se réfugiérent dans le cháteau ; mais aprés une tréve de deux jours, 
ils capitulérent et sortirent vie et bagues sauves, ayant juré de ne plus 
prendre les armes contre le roi, et de lui obéir fidèlement en toutes 
choses. Ceux qui firent partie de cette expédition m'ont rapporté que 
lesdits capitaines prirent la ville sous leur protection et n'y laissérent 
pas séjourner leurs gens de guerre, dont ils connaissaient la rapacité, 
afin de mettre les biens des habitants à l'abri du pillage. Les vain- 
queurs furent fort irrités de cette mesure et en murmurérent, parce 
qu'ils prétendaient qu'on devait leur abandonner ces bieus en récom- 
pense de leurs services. 


Les hauteurs de Montfaucon dans le Berri étaient surmontées d'un 
cháteau fort, au pied duquel était une ville close appartenant aux 
ennemis. Ils en sortaient souvent pour se jeter sur la campagne comme 
un ouragan furieux, poussaient leurs ravages jusqu'à la Charité-sur- 
Loire, qui est à ‘cinq milles de distance, et faisaient souffrir toutes 
sortes de maux aux sujets du roi. Lesdits capitaines, touchés des 
plaintes des habitants, marchérent contre cette place aux approches 
du caréme, aprés avoir mis bonne garde à Saint-Féréol, et sur le 
refus qu'elle fit de se rendre, ils l'assiégérent, et s'en rendirent 
maîtres, non sans avoir perdu bon nombre des leurs dans les divers. 
assauts qu'ils livrérent. Ils permirent à la garnison de sortir vie et 
bagues sauves, à condition que désormais elle obéirait fidélement 
au]roi. 

Le duc de Bourbon , qui était alors avec le duc de Berri, fut vive- 
ment affligé de la perte d'un poste si avantageux et si important. 
Lorsqu'il apprit que lesdits chevaliers, aprés la prise de cette place, 
avaient. tourné tous leurs efforts contre Saint- Vérain, il résolut 

IV. 78 


618 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXII. 
rare studuit, secum mille et quingentos milites et armigeros 
abdueens. Quod comperientes perpauci qui oppidum tuendum 
cum domino de Salenoe susceperant, et ad astuciam conversi, 
ante adventum ipsius; ville suburbia flamma voraci penitus 
consumpserunt. Sic tandem non reperiens ubi posset semet- 
ipsum sub tuto reclinare, cum suis rediit infecto negocio. Qui 
autem tunc remanserunt , sepius consueverunt exire et usque ad 
Bituricensem urbem hostiliter discurrendo civibus accolisque 
agrestibus dampna maxima inferre. In via quoque pluries ad- 
versariis obviantes, nunc claro marte nune obscuro multa parva 
prelia commiserunt. | 

Honore simili quidam estimabant commendandos qui Cas- 
tellionem super Loing, Sancti Mauricii et quedam alia parva 
oppida, domini Blancheti Braque magistri hospicii regii subdita, 
custodienda susceperant. Nam quamvis apud Montem Argis, 
apud Gyen et Castrum Renardi adversarios haberent in vicino, 
eos tamen, durante anno exacto, viribus sepius represserunt, 
ne ad libitum usque ad Senonensem et Autissiodorensem civi- 
tates predarentur. 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. . 649 


de la reprendre et partit à la téte de quinze cents chevaliers et écuyers. 
A cette nouvelle, les gens qui étaient chargés de la défense sous 
les ordres du sire de Sallenoue, suppléérent par la ruse à leur petit 
nombre , et avant son arrivée, ils mirent le feu aux faubourgs de la 
ville. Le duc, ne sachant plus où mettre ses gens à couvert, s'en 
retourna sans avoir rien fait. La garnison se mit alors à faire de fré- 
quentes sorties, courut le pays jusqu'à Bourges et causa toutes sortes 
de dommages aux habitants de la ville et de la campagne. Dans ces 
courses elle rencontra plus d'une fois ses adversaires et leur livra 
plusieurs combats peu importants, dans lesquels les succès furent 
balancés. . 


Ceux qui tenaient garnison à Chátillon-sur-Loing , à Saint-Maurice 
et dans quelques autres places moins considérables appartenant à 
messire Blanchet Braque , maitre-d'hótel dn roi , avaient aussi, dit-on, 
signalé leur valeur en diverses rencontres. Bien qu'ils fussent entou- 
rés d'ennemis postés dans leur voisinage, à Montargis, à Gien et à 
Châteaurenard, ils avaient su les contenir pendant toute l'année pré- 
cédente et les empécher de ravager à leur gré les territoires de Sens 
et d'Auxerre. 


Anni Domiui 
MCCCCXII. 


CHRONICORUM 
KAROLI SEXTI 
LIBER TRICESIMUS TERTIUS. 


Pontifieum n, 
Imperatorum n, 
Anni Domini sxccoexr, 4 Francorum zxxzxsst, 
Anglorum xu, 
d Sicilie xt. 


CAPITULUM I. 


Per consilium ducis Burgundie rex statuit patruum suum dominum ducem Biturie 
debellare. 


Dampnosas rerum vicissitudines anni exacti mente recolentes 
fideles regnicole summe reprehensibile non sine cordis amari- 
tudine judicabant, occasione mutue dissencionis principum, 
nobiles et ignobiles in necem mutuam fratrum et consangui- 
neorum aspirasse, et quod tam diu degenerans gallicana milicia 
arma in regni viscera verteret furiosa. Discretorum pectoribus 
alcius descendebat duces et comites, consiliis regiis minime 
adherentes, hucusque sarcinam obstinacionis retinuisse menta- 
lis, idque presagium perpetue discordie existere, cum spretis 
monitis , vallidis quoque precibus, sub se militancium crudeli- 
tatis habenas non precepissent refrenare. 


., Sane relacione accolarum agrestium de ipsis conquerencium 
in regis aula didici quod ministri eorum detestabiles et iniqui- 


CHRONIQUE 
DE CHARLES VI. 


LIVRE TRENTE-TROISIÈME. 


2° année du règne du pape, 
—————— de l'empereur, 





2° 
An du Seigneur 1412 '. { 33° — du roi de France, 
13° ———— du roi d'Angleterre, 
— du roi de Sicile. 





12* 


CHAPITRE I". 


Le roi, d’après les conseils du duc de Bourgogne , se décide à attaquer monseigaeur 
le duc de Berri, son oncle. 


Ex se rappelant les désastreux événements de l'année précédente , au du Seigneur 
les fidèles habitants du royaume déploraient avec amertume et blà- 1412 
maient hautement l'acharnement avec lequel les nobles et le menu 
peuple, à l'occasion de la discorde des princes, s'armaient les uns 
contre les autres, frères eontre frères, parents contre parents. Ils 
voyaient aussi avec douleur la chevalerie francaise dégénérée tourner 
aveuglément ses armes contre le sein de la patrie. Les gens sages 
gémissaient surtout de ce que les ducs et les comtes, sourds aux con- 
seils du roi, persistaient dans leur coupable obstination, et refusaient, 
malgré les injonctions et les instances qui leur avaient été faites, de 
mettre un frein aux cruautés de leurs gens de guerre; c'était à leurs 
yeux un présage de l'éternelle durée des dissensions civiles. 


J'ai entendu les paysans qui venaient porter leurs plaintes à la 


' L'année 1412 commença le 3 avril. 








622 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


tatis filii barbaricam exsuperabant sevicíam; nullusque tam 
ferrei pectoris vel cordis saxei extitisset, qui vesanos eorum 
longe lateque per regnum continuatos discursus et illatas enor- 
mitates audire siccis oculis potuisset. Et ut de armentis, gregi- 
bus omnique supellectili sileam de villagiis sublatis, nec ecclesiis 
parcentes , sed timore Dei penitus parvipenso, eas sepius effrin- 
gentes, sacra pignora, vasa quoque divinis dicata officiis sacri- 
legis manibus rapiebant, ut inde ditarentur, ad eorum tamen 
dampnacionem eternam. Absque discrecione sexus vel etatis, 
quotquot regios reperiebant subditos, velut vilia mancipia 
distrahentes, eos post varia perpessa supplicia , si non habebant 
unde vitam redimerent, suspendebant aut in aquis vehemen- 
tibus submergebant. 

Hec et deteriora perpetrantes , quamvis omnes indifferenter 
essent digni divina et humana animadversione judicandi, et 
ut cum Datan et Abiron absorberentur perpetuo, precipue 
tamen ultra omnes qui Yonis villam, Tauriacum et circumad- 
jacencia municipia in Delsia auctoritate ducis Aurelianis occu- 
pabant. Infidelium namque more, in parrochialem ecclesiam de 
Eschelieres duasque alias, quia introrsum manentes imperatam 
dedicionem neglexerant, flammam voracem injecerunt; sicque 
senes, valitudinarii, matres quoque cum parvulis atque matrone 
grandeve, qui se ibi consequende salutis gracia contulerant, 
aere suffocatorio compulsi sunt spiritum exhalare. Longum 
esset et compendio contrarium, quod studiose quero, referre 
mala singula ab eis perpetrata. Dicam tamen quod sic regni- 
colas compellebant majestatis regie audienciam adire et lacri- 
mabiliter, flexis genibus, diebus fere singulis supplicare cum 
ethereo cytharista : « Disperge illos in virtute tua, et depone 
eos, protector noster Domine. » Novi et querimoniis sepius 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 623 


cour raconter que ces exécrables instruments de la fureur desdits sei- 
gneurs , ces fils d'iniquité, surpassaient les barbares en cruauté. Per- 
sonne n'aurait eu Je coeur assez dur, láme assez insensible, pour 
écouter de sang froid le récit des courses désastreuses qu'ils faisaient 
de tous cótés dans le royaume et des excés monstrueux auxquels ils se 
livraient. C'était peu pour eux d'enlever dans les villages le gros et le 
menu bétail, et tout le mobilier des habitants. Ils n'épargnaient pas 
méme les églises; foulant aux pieds toute crainte de Dieu, ils y péné- 
traient de vive force, et au risque de leur damnation éternelle, ils 
ravissaient de leurs mains sacriléges les chásses, les reliques et les 
vases destinés au service divin. Ils chassaient devant eux comme de 
vils esclaves, sans distinction d'áge ni de sexe, tous les sujets du roi 
qu'ils rencontraient, et aprés les avoir torturés de mille manières, 
ils les pendaient ou les noyaient, si ces malheureux n'avaient pas de 
quoi racheter leur vie. 

Tels et pires encore étaient les excés commis par ces hommes 
dignes de l'animadversion divine et humaine, qui auraient mérité 
d'étre engloutis vivants comme Dathan et Abiron. Mais les plus 
cruels de tous étaient ceux qui occupaient au nom du duc d'Orléans 
Janville, Toury et quelques autres places de la Beauce. En effet , ils 
mirent le feu, avec une fureur digne des infidéles, à l'église paroissiale 
d'Echeliéres et à deux autres églises, parce qu'on avait refusé de les 
leur livrer; des vieillards, des malades, des mères, des enfants, des 
femmes respectables par leur áge, qui s'y étaient réfugiés pour échapper 
à la mort, y périrent étouflés par la fumée. Je ne raconterai pas en 
détail tous leurs actes de cruauté; ce récit serait trop long et contraire 
à la briéveté dont je me suis fait une loi. Je dirai seulement que leurs 
excès obligeaient les habitants du royaume à venir presque chaque 
jour, les larmes aux yeux, implorer à genoux la protection du roi, en 
répétant avec le divin psalmiste : « Disperge illos in virtute tua, et 
depone eos, protector noster Domine. » J'en ai vu méme qui ajou- 
taient à leurs plaintes : « Il est vrai, prince sérénissime, que rien ne 
« leur réussit, que vos gens de guerre les ont défaits dans plusieurs 
« petits eombats , qu'ils ont perdu une grande partie de leurs com- 











624 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
addidisse : « Et quamvis, serenissime princeps, sibi cunctis 
« succedentibus infauste, a subsidiariis vestris pluries parvis 
« preliis superati magnam partem consodalium amiserint et 
« multa oppida occupata, necdum tamen tyrannidem execrabi- 
« lem deponunt, sed nephandiora in brevi inferenda minan- 
« tur publice, et ad id Alemanos et Anglicos dominos suos 
« dicunt evocasse. » | 

Regnicolarum querimoniis rex pulsatus, jam vernali tem- 
perie arridente, cum suis consiliariis illustribus, quibus domini 
duces Guienne, Burgundie et de Baro, rex Sicilie Ludovicus, 
comites quoque Marchie, Vindocini, Sancti Pauli, de Moretenio 
auctoritate, quia filius et consanguinei regis erant, precelle- 
bant, statuerat deliberare quid inde agendum esset. Sibi et 
continue assistebant Francie Guienneque cancellarii, necnon 
de cameris regalis Palacii domini, quos in partem sue sollicitu- 
dinis assumpserat , et cum quibus regni ardua disponebat. Nec 
de urbe Parisiensi cives quidam , quos secretorum regiorum 
participes dignos noverat, defuerunt. Referunt qui ex officio 
assistunt regiis deliberacionibus summe auctoritatis principes 
non in unum convenisse feriis jam exactis, cum naturali con- 
junctos federe sese mutuo impugnare indecentissimum reputa- 
rent vel eis obedientes , sed tandem in ceterorum assistencium 
sentenciam transeuntes cognacioni carnali pacem et utilitatem 
regni preferendas in regali consistorio conclusisse. Summe 
cavendum sanxerunt iterum ut barbare naciones evocate, que 
mediante inveterato odio cordiali Francorum prosperitati sem- 
per inviderunt, consanguineis lilia deferentibus aurea injunge- 
rentur, que temeritatem eorum augmentarent , sed auxiliariis 
expectatis penitus frustrarentur. « Diucius, inquiunt, quam 
« eorum claram progeniem decuisset, obstinatam pertinaciam 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV: XXXIII. — 625 


« pagnons et qu'on a repris sur eux beaucotp de places. Cependant, 
« loin de se relâcher de leur exécrable tyrannie, ils nous menacent 
« hautement de nous faire encore plus de mal, et disent que leurs sei- 
« gneurs ont appelé à cet effet des Allemands et des Anglais sous 
« leurs drapeaux. » 


Le roi, touché des plaintes de ses sujets, convoqua son conseil au 
commencement du printemps pour délibérer sur ce qu'il y avait à 
faire. Messeigneurs les ducs de Guienne, de Bourgogne et de Bar, le 
roi de Sicile Louis, les comtes de la Marche, de Vendóme, de Saint- 
Pol et de Mortain étaient les principaux membres de ce conseil, 
comme fils et proches parents du roi. ll avait aussi ordinairement 
auprés de lui les chanceliers de France et de Guienne, et plusieurs 
magistrats de diverses chambres du Palais, en qui il avait toute con- 
fiance et qui partageaient avec lui les soins du gouvernement. Il 
appela en outre à cette assemblée quelques notables bourgeois de 
Paris, qu'il savait dignes de prendre part à ces importantes délibéra- 
tions. Je tiens de ceux à qui leurs fonctions donnaient entrée dans le 
conseil du roi que plusieurs jours se passérent sans que les priuces 
pussent s'accorder avec les autres membres de l'assemblée, parce qu'ils 
regardaient comme scandaleux d'en venir aux mains avec des sei- 
gneurs qui tenaient à eux par les liens du sang ou d'armer contre eux 
leurs sujets. Mais ils finirent par adopter l'avis du plus grand nombre, 
et par sacrifier les considérations de la parenté à la paix et à l'intérét 
du royaume. 1l fut statué qu'on empécherait les étrangers, qui dans 
leur haine implacable et invétérée ont toujours porté envie à la pro- 
spérité de la France, de venir se ranger sous les banniéres des princes 
du sang qui les avaient appelés et dont ce renfort eüt augmenté l'au- 
dace, et qu'on frustrerait lesdits princes des secours qu'ils atten- 
daient. « Depuis trop long-temps, ajoutérent quelques conseillers , ils 
« persévérent dans une obstination qui sied mal à des personnes d'une 
« $i haute naissance; ils ont refusé d'obtempérer aux lettres et aux 


1y. 79 





626 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

« retinentes, nunciis et apicibus regiis- precipientibus arma 
deponere et persuadentibus pacem minime paruerunt, notam 
« inobediencie incurrentes ; quod sane vicium in eis tanto majus 
« extitit, juxta Ciceronis sentenciam, quantum generositate 
« ceteris precellebant. Et si vera pocius quam placencia sint 
« dicenda, sic salubria monita velud aspides surde obduratis 
auribus audientes, sub eis militantibus universis longe late- 
que per regnum contractis copiis exemplum execrabile dede- 
« runt rebellionis animum induendi, ne regiis humilientur 
viribus, quod in dedecus vestre auctoritatis redundat. » 
Verba hec alcius in pectus regium descenderunt; attendens- 
que se ad regni regnicolarumque deffensionem singulariter 
astrictum, violencias illatas ultum iri et regium et racionabile 


a 


À 


Lal 


A 


dixit, eciam si a propinquioribus generis sui procederent. Quod 
tamen ipsi propinqui, quibus acceptissimum se indubitanter 
sperabat, et quos semper regali munificencia eoluerat, nec 
quempiam exacerbaverat verbis vel nutibus, pacta excogitas- 
sent pascisci eum suis hostibus inopinabile reputabat , donec 
portus marini Bolonensis custodes in consilium admissi et 
astricti de veritate dicenda hoc confirmaverunt libere. « Jam, 
inquiunt, serenissime princeps, indubitanter speramus aucto- 
« ritate domini ducis Biturie et sibi confederatorum domino- 


( 


La 


« rum quemdam Augustinensem, Jacobum Magni vocatum , ad 
« Angliam destinatum , virum utique litteratum, ex urbe Pari- 
« siensi ortum, Tulliana pollentem eloquencia, summa quoque 
« industria, ad persuadendum quicquid animo gerebat, jam 
« cum rege Anglie super id colloquutum. Nuper namque pre 
« nimia aviditate transfretandi, ne circumveniretur a nobis, 
« res suas post se diripiendas relinquens, inter cetera memo- 
« randa que practicanda susceperat, modum et ordinem pascis- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 627 


« messages du roi qui leur mandait de mettre bas les armes et les sup- 
« pliait de vivre en paix , et ont ainsi encouru le reproche de félonie : 
« en quoi ils sont d'autant plus coupables, selon la pensée de Cicéron, 
« qu'ils sont plus au-dessus des autres par leur naissance. Et pour 
« parler le langage de la vérité plutôt que celui de la flatterie, nous 
« devons dire qu'en fermant l'oreille comme l'aspic insensible aux 
« salutaires avis du roi, ils ont donné un funeste exemple à tous les 
« gens de guerre qu'ils ont enrólés sous leurs bannières dans le 
« royaume, et leur ont inspiré l'esprit de révolte et d'insubordination; 
« ce qui est injurieux pour votre autorité. » ' 


Ces paroles firent beaucoup d'effet sur l'esprit du roi. Considérant 
qu'il était particuliérement tenu de protéger son royaume et ses sujets, 
il jugea qu'il était de son devoir de tirer vengeance de tant d'excés, 
bien que les coupables fussent ses plus proches parents. Toutefois il se 
refusait encore à croire que ces parents, qu'il supposait dévoués à sa 
personne, qu'il avait toujours comblés des marques de sa munificence 
royale, qu'il n'avait jamais offensés soit par ses paroles, soit par ses 
actes, eussent songé à faire alliance avec ses ennemis. Mais il en fut 
assuré par le témoignage des gardiens du port de Boulogne-sur-Mer, 
qui ayant été admis au conseil, s'exprimérent ainsi sous la foi du ser- 
ment : « Nous savons de bonne source, prince sérénissime, qu'un 
« moine augustin de Paris , nommé Jacques Legrand, célébre par son 
« savoir, son éloquence et son habileté, a été envoyé en Angleterre 
« au nom de monseigneur le duc de Berri et de ses alliés pour faire 
« connaitre au roi les intentions de ces princes, et qu'il a déjà eu une 
« entrevue avec ledit roi. Il avait tellement háte de traverser le détroit, 
« que, dans la crainte d’être arrété par nous, il a mieux aimé aban- 
« donner ses bagages à notre merci. Nous y avons trouvé, entre 
« autres renseignements curieux sur la mission dont il était chargé, 
« les instructions détaillées qu'il devait suivre pour traiter avec le roi 
« d'Angleterre et son second fils, et nous avons cru devoir ápporter 


628  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« cendi vel transigendi cum ipso suoque secundo genito filio 
« sub titulo instructionum reperimus, quas regie serenitati 
« dignum duximus offerendum, ut verbis fidem faciant. » 

Circumstancium baronum et principum auditum tenor cedule 
non immerito offendit. Ipsam Universitatis Parisiensis docto- 
res et magistri ac cives postinodum cum summa displicencia 
perlegerunt; indeque rabies popularis sic exarsit, ut omnes 
utriusque sexus absque erubescencie velo prefatis ducibus. et 
comitibus publice maledicentes orarent ut cum Juda proditore 
eternam perciperent porcionem. Sequendo sub compendio 
tenorem instructionis, eorum singulorum generaeionem. insi- 
gnem nuncius magnifice recommendandam susceperat, hor- 
tandumque regem Anglie et sibi persuadendum quod inire 
fédus jure cognacionis amicabile tenebatur, quod et tunc tota 
animi aviditate cupiebat. 

Conspiracione principum tune regi publico consistorio pate- 
facta, timens , si perduceretur ad effectum, regnum ultimo dis- 
crimini subjaceret, rem publicam amore consanguineorum 
preponens, in eos tanquam inobedientes et rebelles per se- 
ipsum arma movere statuit, et in ducem Biturie patruum, a 
cujus prudencia jure antiquitatis aliorum sentencia depende- 
bat , idque ratus opportunius exequi , dum ceteri in suis domi- 
niis. residerent ventura auxilia expectantes. Dum attencius 
recolebam amborum hucusque continuatum amorem, quem 
genitoris et prolis dicam prope simillimum, iterum qam gra- 
ciose et industria sollerti dilectissimum nepotem educaverat, 
et ut obsequiosus et fidelis in arduis secura ministraverat con- 
silia, abhorrui ipsum hostem publicum reputatum;. idque 
velut monstrum detestabile perpetuo sepelivissem silencio, nisi 














CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 629 
« lesdites instructions à votre royale majesté , pour preuve de la vérité 
' « de nos paroles. » 


La teneur de la cédule excita une juste indignation parmi les barons 
et les princes qui assistaient au conseil. Les docteurs et maîtres de 
l'Université de Paris et les notables bourgeois la lurent ensuite:avec 
le plus vif déplaisir; et le menu peuple en concut une telle fureur, que 
tout le monde, hommes et femmes, proféra hautement mille malé- 
dictions contre lesdits ducs et comtes et leur souhaita d’être damnés 
éternellement comme le traitre Judas. Pour indiquer sommairement 
quelle était la teneur desdites instructions, je dirai que l'envoyé devait 
d'abord vanter l'illustre généalogie de chacun des princes, rappeler 
au roi d'Angleterre les liens de parenté qui l'unissaient à eux, et l’en- 
gager par ces considérations à traiter avec eux; ce que ledit roi avait 
alors fort à coeur. 


La conspiration des princes ayant été ainsi dévoilée en plein couseil, 
le roi, qui craignait d'exposer son royaume aux plus grands dangers 
en la laissant éclater, se décida à sacrifier les affections du sang à l'in- 
térét public ; il résolut de les poursuivre en personne, comme rebelles 
et félons, et de marcher d'abord contre le duc de Berri son oncle, à 
qui son âge et son expérience donnaient une influence prépondérante 
dans son parti. Il pensa qu'il était fort à propos d'entrer immédiate- 
ment en campagne, pendant que la plupart d'entre eux étaient encore 
dans leurs terres , attendant les secours qu'ils avaient demandés. Eu 
songeant à l'affection qui avait toujours uni jusqu'alors le roi et son 
oncle et que je ne saurais comparer qu'à celle qui existe entre un pére 
et son fils, en me rappelant avec quelle tendresse et quels soins le duc 
avait élevé son neveu bien aimé, avec quel dévouement, avec quelle 
fidélité il lui avait donné de sages conseils dans les affarres les plus 
difficiles, mon âme se révoltait de le voir déclarer ennemi public; et 
jaurais enseveli dans un éternel oubli cette particularité comme 





630 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XIII. 


laude digna et' nete subjacencia séribenda ex officio susce- 
pissem. 


CAPITULUM II. 


Rex contra patruum suum movit exercitum, prius auriflamma sumipta in ecclesia 
beati Dyonisii. 


Cum Picardis, Burgundionibus, Gallicis et Normanis longe 
lateque per regnum tunc dispersis ad arcendas pro viribus 
hostiles discursiones regem proficisci satis securum determi- 
natum fuerat; sed ex Brya et Vulcassino multi milites et scuti- 
feri non evocati predictis se conjunxerunt, et, ut publice dice- 
batur, non ducti aviditate pugnandi, sed moti verecundia, et 
ne ceteris suspecti vel non fideles viderentur. Ut verum fatear, 
multi ex utraque parte scelus excecrabile reputabant regem 
appetere necem consanguineorum, perpauci finem malis impo- 
nere per conflictus mutuos adoptabant. Circumspectiores vero, 
quasi in baratrum desperacionis adducti, soli Deo rem deter- 
 minandam censebant : « Nam is, inquiunt, solus est qui novit 
« ad bonum finem ! que malo sunt inchoata principio. » 


Peracta igitur sollempnitate Paschali, rex consiliis domino- 
rum sibi assistencium acquievit, et morem genitorum obser- 
vans, quando quid arduum agredi cupiebant, ab ecclesia beate 
Marie Parisiensis ad venerabile monasterium beati Dyonisii , 
Francie peculiaris patroni, die Sancti Johannis ante Portam 
Latinam cum suo primogenito domino duce Guienne. et baro- 
num multitudine copiosa devotissime accessit, et inter missa- 
rum sollempnia glorioso martiri supplicavit ut prosperum 
faceret iter suum ad gloriam regni et honorem. Ín signum 


' ]l faut supposer ici l'omission d'un mot tel que ducere. 














CHRONIQUE DE CHARLES VE — LIV. XXXIII. 634 


quelque chose de monstrueux. si je ne m'étais fait une loi de trans 
mettre à la postérité les événements dignes d'éloge ou de bláme. 


CHAPITRE II. 


Le roi marche contre son oncle, aprés avoir pris l'oriflamme dans l'église 


de Saint-Denys. 


I] avait été décidé que les Picards, les Bourguignons, les Francais 
et les Normands, qui étaient alors répandus sur divers points du 
royaume, suífiraient pour arrêter les courses dévastatrices de l'en- 
nemi, et que le roi se mettrait en campagne avec cette armée. Mais 
nombre de chevaliers et d'écuyers vinrent d'eux-mémes et sans être 
mandés de la Brie et du Vexin se ranger sous la bannière royale; non 
pas, disait-on, qu'ils fussent trés désireux de combattre, mais ils 
obéissaient à une'espéce de point d'honneur et à la crainte de paraître 
suspects ou déloyaux. À vrai dire, la plupart des gens des deux partis 
voyaient avec horreur que le roi voulót verser le sang des siens; il n'y 
en avait que trés pep qui fussent d'avis qu'on vidát par ]a voie des 
armes ce malheureux différend. Mais les plus sages, désespérés de 
l'état des choses , attendaient de Dieu seul un reméde à tous ces maux. 
« Lui seul, disaient-ils, sait mener à bonne fin ce qui a commencé 
« sous de mauvais auspices. » 


. Aprés les fêtes de Pâques, le roi , d’après les conseils des seigneurs 
qui l'entouraient, voulut observer l'usage suivi par ses aieux, toutes 
les fois qu'ils avaient formé quelque grande entreprise. Le jour de la 
fête de saint Jean Porte-Latine, il se rendit dévotement de l'église 
Notre-Dame de Paris au vénérable monastère de saint Denys, patron 
particulier de la France, avec son fils aîné monseigneur le duc de 
Guienne et une suite nombreuse de barons, y entendit la messe, et 
pria le glorieux martyr d'intercéder pour que son expédition tournát 
à l'honneur et à la gloire du royaume. Il prit sur l'autel, en signe de 
son prochain. départ, la banniére du saint martyr, qu'on appelle 


632 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


celere profectionis vexillum gloriosi martiris , quod auriflamma 
dicitur, ab annis multis exactis ab anno Domini.... * benedic- 
tum , necdum exactis preliis deplicatum, ab ejus altari statuerat 
sumere. Quod quamvis strenuo et emerito militi domino de 
Osmonte nuper deferendum tradidisset , necdum adhuc solito 
prestito juramento, illud ab eo exegit cum observanciis scri- 
bendis. | 

Cum enim ab oratorio suo ad cornu altaris predicti acces- 
sisset, ante ipsum juxta altare astitit. pontificalibus indutus 
monasterii venerabilis abbas, qui luculenter et profunde onera 
et honores auctoritatis regie narrans, ipsum regem monuit ut, 
priscorum more, ipsos gloriosos martires semper devotissime 
invocaret pro victoria obtinenda. Vexilliferum eciam regium 
multipliciter commendavit, qui, prius percepto Eucharistie 
sacramento, inter regem et abbatem flexis genibus et sine capu- 
cio mansit, donec verbis finem fecit; et tunc, cum publice super 
corpus Christi jurasset quod illud usque ad mortem fideliter 
custodiret, mox illud rex de manu dicti abbatis recipiens cum 
pacis osculo ad collum ejus suspendit. Priscorum cerimonias 
observans sic vexillum ferre dignum duxit, donec belli urgente 
necessitate hasta aurea applicasset ; utque tunc corpus confec- 
tum senio firmius consisteret resistendo, ei insignes milites, in 
armis quoque strenuos , dominos scilicet de Sancto Claro , Jaco- 
bum dictum le Brun de Montchemel. ? 


' ly a ici une lacune dans le manuscrit. sens de cette phrase, de supposer l'omis- 
* Il est nécessaire, pour compléter le sion d'un mot tel que adjunrerunt. 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 633 


Oriflamme, qui avait été bénite l'an du Seigneur. . . ... ', et qu'on 
n'avait pas encore déployée depuis le commencement de la guerre 
civile. Il y avait déjà quelque temps qu'il en avait confié la garde au 
brave et vaillant chevalier messire d' Aumont ; mais comme ledit che- 
valier n'avait pas encore prêté le serment accoutumé, le roi lui fit 
préter ce serment avec une solennité qui mérite d'étre décrite. 


Le roi, ayant quitté son oratoire et s'étant approché d'un des angles 
de l'autel, le vénérable abbé du couvent, vétu de ses ornements pon- 
tificaux , s'avanca vers lui; il lui rappela dans un éloquent discours 
les devoirs et les honneurs de l'autorité royale, et l'engagea à inyo- 
quer trés dévotement les saints martyrs, comme l'avaient toujours 
fait les rois ses prédécesseurs, pour obtenir la victoire. Il fit ensuite le 
plus grand éloge du porte-oriflamme, qui, aprés avoir recu le sacre- 
ment de l’Eucharistie, vint se placer entre le roi et l'abbé, à genoux, 
sans chaperon, et y resta jusqu'à ce que l'ábbé eüt fini de parler. 
Alors messire d'Aumont jura sur le corps de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ qu'il défendrait fidèlement la royale bannière jusqu'à la mort; 
puis le roi la prit des mains dudit abbé et la passa au cou du cheva- 
lier en lur donnant l’accolade. Conformément aux usages pratiqués 
| par ses prédécesseurs, messire d'Aumont résolut de la porter ainsi 
jusqu'à ce que les besoins de la guerre l'obligeassent de l'arborer au 
bout d'une lance dorée. Mais comme ses forces étaient épuisées par 
l’âge, on choisit pour l'aider à la défendre deux illustres et braves 
chevaliers, messire de Saint-Clair et Jacques, dit le Brun de Mont- 
éhemel. 


' La date n'est pas indiquée dans le latin. 





634  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


: GAPITULUM HI. 


De divisione regii exercitus , et quomodo, non obstante lesura accidentali, rex usque 
ad Caritatem equitavit. 


Inde ad iter rex accinctus petensque Meledunum, ubique 
regni civibus subsidiariorum stipendia cotidiana ministrare 
Jussit; que quamvis summam septingentorum milium scutorum 
auri, qua moneta in-cunctis commerciis utebatur, excederent, 
id tamen minime recusaverunt, supplicantes ut post se relin- 
queret qui incursiones hostiles viribus refrenarent. Hanc solli- 
citudinem jam mente gerebat, et ut fuerat consultum , portuum 
maritimorum Picardie conestabulario comiti Sancti Pauli com- 
misit custodiam, octingentis armatis ad unguem concomitato, 
ne Anglici hostes regni usque ad ejus interiora penetrarent. Sibi 
eciam est injunctum ut castrum fortissimum Drocarum, domino 
Karolo Dalebret dono regio subditum, et utique precipuum 
receptáculum hostium, viribus occuparet , vel oppidanos expel- 
feret, qui de Normania per Carnotense territorium usque ad 
Parisiacum pagum libere grassabantur et crudelius in regis 
subditos seviebant. Nuper eciam erga regem vallidis precibus 
obtinperat rex Sicilie Ludovicus ut in comitem de Alenconio, 
vicinum suuri, ut in rebellem et inobedientem regi, insurgeret, 
habebatque scripto regio roboratum quod quicquid de domi- 
nio sibi subdito viribus occuparet tanquam juste acquisitum 
libere possideret; et id inter ambos odii et discordie mortalis 
fomitem ministravit. 

Quamdiu rex absens fuit, ejus subsidiarii in Belsie et Gasti- 
neti territoriis contra gentes ducis Aurelianis quasdam discur- 
siones hostiles peregerunt; et nunc isti, nunc alii alternatis 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 635 


CHAPITRE III. 


Division de l'armée royale. — Comment le roi , nonobstant une blessure causée 
par accident, chevauche jusqu'à la Charité. 


Le roi partit ensuite et prit la route de Melun , aprés avoir ordonné 
à tous les habitants du royaume de fournir l'argent nécessaire pour la 
solde de ses gens d'armes. Quoiqu'il fallát pour cela plus de sept cent 
mille écus d'or, qui étaient la monnaie courante pour toutes les 
transactions , chacun se soumit volontiers à cette imposition; seule- 
ment on pria le roi de laisser derriére lui quelques troupes pour arré- 
ter les courses des ennemis. Le roi y avait déjà songé, et d'aprés l'avis 
de son conseil il chargea le comte de Saint-Pol, connétable de France, 
de garder les ports de Picardie avec huit cents hommes d'armes, pour 
empêcher les Anglais de pénétrer jusqu'au coeur du royaume. Il lui 
enjoignit en outre de prendre d'assaut le château fórt de Dreux en 
Normandie, que messire Charles d'Albret tenait de la munificence 
royale, et qui était devenu l'un des principaux repaires des ennemis, 
ou d'en chasser la garnison qui poussait audacieusement ses courses 
par le pays Chartrain jusqu'au Parisis et traitait les sujets du roi ayec 
la derniére cruauté. Peu de temps auparavant, le roi de Sicile Louis 
avait aussi obtenu du roi par ses instances la permission d'attaquer le 
comte d'Alencon, son voisin, comme rebelle et félon, et il s'était 
fait autoriser par un éerit royal à jouir librement, comme d'une 
acquisition légitime, de tout ce qu'il pourrait conquérir dans les 
domaines dudit comte. Ce fut une cause de discorde et de haine mor- 
telle entre les deux seigneurs. 


Pendant l'absence du roi, il y eut plusieurs rencontres entre les gens 
de guerre qu'il avait laissés dans la Beauce et le Gátinais et les troupes 
du duc d'Orléans. Les uns et les autres, sortant tóur kh tour des 


636 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


vicibus ex oppidis occupatis in compatriotas et ruricolas utrius- 
que partis sepius erumpentes, in eos quasi temptabant mutuam 
exsuperare seviciam. 

Divisis autem copiis pugnatorum, rex de Meleduno urbem 
Senonensem petens ulterius progredi nequivit tam celeriter 
quam optabat. Nam copias militares educens ad. campestria, 
dum in itinere prope ipsum quidam stolidissimus adolescens 
dextrarium, cui insederat, urgeret calcaribus et eum ad super- 
biam excitaret, recalcitrando calce tibiam ejus graviter vulne- 
ravit, et inde cruor fluxit largissimus. Inde moti circumstantes 
cum in actorem delicti animadvertere conarentur, id rex manu 
et verbis lenibus prohibuit, doloremque magnanimitate supe- 
rans, ut experti vulnus alligaverunt medici, usque ad Autis- 
siodorum equitavit, non sine circumspectorum timore, cum.non 
immerito dubitarent ne propter intemperanciam estivalem ad 
vulnus febris accedens acuta dolorem multiplicaret. Ipsis iterum 
persuadentibus ut ibi usque ad curacionem vulneris quieti 
indulgeret, ad hostes premittens exercitum, acquiescere noluit; 
summamque ignominiam reputans exercitum progredi sine 
duce, ne pusillanimitatis titulo notaretur, nundum quinque 
diebus elapsis, in vigilia Penthecostes, de villa exiens illum 
usque. ad villam muratam de Druis, que erat comitis Niver- 
niensis, perduxit. | | 

Ut verum fátear, sic eum accelerabänt in consiliis presidentes 
iter ceptum peragere, et precipue dux Burgundie; qui, contra 
progenitorum morem, hujus alme ac venerande sollempnitatis, 
adventus Sancti Spiritus Paracleti, vigilia nec et die sequenti 
missarum sollempnia non nisi submissa voce audivit. Et cum 
prandium . in: villa vocata de. Donsy le Pre accepisset, ipsum 
apud Caritatem super, Ligerim adduxerunt. ]bi ex itinere 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 637 


places oü ils tenaient garnison, tombaient sur les paysans des deux 
partis, et semblaient vouloir rivaliser de cruauté à leur égard. 


Cependant le roi, ayant partagé ses troupes en différents corps, se 
rendit. de Melun à Sens. Mais au-delà de cette ville un accident l'em- 
pécha de poursuivre sa marche aussi rapidement qu'il le désirait. 
Comme il entrait daus la plaine, un jeune étourdi qui passait à cheval 
prés de lui, ayant donné de l'éperon à son destrier pour le faire cara- 
coler, l'animal atteignit en ruant la jambe du roi et le blessa griéve- 
ment; le sang jaillit avec force dela blessure. Ceux qui se trouvaient 
là, vivement irrités, se disposaient à chátier l'imprudent. Le roi leur 
fit signe de se contenir, les calma par de douces paroles, et surmon- 
tant la douleur avec courage, il se remit en route, dés qu'on eut posé 
le premier appareil sur sa plaie, et poussa jusqu'à Auxerre, non sans 
inspirer de justes inquiétudes aux gens sages, qui craignaient que 
l'excessive chaleur n'occasionnát un accès de fièvre et n'augmentát 
son mal. Vainement lui conseillèrent-ils de Jaisser l'armée poursuivre 
sa marche et de se reposer jusqu'à ce que sa blessure fût guérie. Il 
s’y refusa, en disant que c'était le comble du déshonneur pour un 
général d'abandonner le commandement de ses troupes, et qu'il ne 
voulait pas étre taxé de lácheté. Il quitta donc Auxerre au bout de 
quatre jours, la veille de la Pentecôte, et s’avança jusqu'à la ville 
close de Druyes, qui appartenait au comte de Nevers. 


Je dois dire que c'étaient les principaux membres du conseil et 
surtout le duc de Bourgogne qui le pressaient ainsi de marcher en 
avant. Aussi, contre l'usage de ses prédécesseurs, ne put-il entendre 
qu'une messe basse la veille et le jour méme de cette grande et auguste 
solennité, dans- laquelle l'Église célèbre la descente du Saint-Esprit 
Paraclet. 1l dina à Donzy-le-Pré et se fit ensuite conduire à la Cbarité- 
snr-Loire , où il fut obligé de s'arréter sept jours pour se remettre de 
ses fatigues, Pendant ce temps il prit, de concert avec ses principaux 


638 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


nimium fatigatus septem feriis sequentibus moram traxit; quo 
spacio cüm suis illustribus aliqua ad.utilitatem et securitatem 
sul exercitus statuit observari. Et primo, eo jubente, ultra pon- 
tem super Ligerim sagittarii et loricati ad unguem in sufficienti 
numero locati sunt, ut arcerent hostium audaciam temerariam, 
qui de municipio Sacri Cesaris erumpentes hucusque discursio- 
nes hostiles et predales assuetas exercerent, vel insidiose more 
suo per pontem villam infestarent. Ibidem auctoritate regia, ad 
terrorem predonum, qui mercatoribus sepius insidiabantur, 
erectum est patibulum , publiceque voce préconia proclamatum 
ut de vicinioribus locis mercatores afferrent victualia secure, 
que et sine aliqua exactione vendentes nec de prompta solu- 


cione dubitarent. Lege iterum edictali postea proclamatum est, 


et sub pena proditoribus constituta, ne quisquam ex stipen- 
diariis evocatis, terram hostilem ingressi, aliqua oppida temp- 
tarent capere nisi jussi, nec cedes. aut incendia exercerent, ne 
ducatum, post mortem ducis viventis secundogenito regis 
Johanni duci Turonie debitum, irreparabiliter dampnificatum 
reperiret. 

CAPITULUM IY. 


In ducatu Biturie gentes regis occupaverunt quedam castra. 


Ut dictum est, rex patruum nuper dilectissimum non sine 
clemencia agredi cupiebat, ut ad cor rediens et deposita obsti- 
nacionis sarcina nuncios sibi mitteret humiles et pacificos. 
Publicatur, et in castris in regiis auribus nonnulli suggerebant, 
quod benignitatem suam quam potenciam malebat ex periri, At 
ubi adinventum et frivolum id intelligens, et medicorum dili- 
gentissima curà dolorem vulneris sensiit mitigatum, nolens 
ocium terere, dominum Robertum de Boyssay, quem matescal- 


CHRONIQUE DE CHARLES Vl — LIV. XXXIII. — 639 


seigneurs, plusieurs dispositions pour le bien et la süreté de ses 
troupes. D'après ses ordres, on posta au-delà du pont de la Loire 
des archers et des hommes d'armes en nombre suffisant pour arréter 
les courses des ennemis qui oseraient sortir de la place de Sancerre 
et étendre leurs brigandages jusqu'à son camp, ou qui chercheraient 
suivant leur habitude à attaquer la ville du cóté du pont. Par son 
commandement aussi, on dressa un gibet, pour effrayer les brigands 
qui détroussaient souvent les marchands, et l'on fit publier par la voix 
du héraut que les. habitants des environs pouvaient apporter en toute 
süreté des vivres, et les vendre librement avec l'assurance d'étre payés 
comptant. Enfin il fut défendu par une ordonnance, sous les peines 
encourues par les traitres, à tous les gens de guerre qui entreraient en 
pays ennemi, de chercher à s'emparer d'aucune ville sans ordre exprès, 
et d'y commettre des meurtres ou des incendies, dans la crainte que 
Jean, duc de Touraine, second fils du roi, à qui le duché de Berri 
devait revenir aprés la mort du duc, ne trouvát cette province irré- 
parablement endommagée. 


CHAPITRE IV. 


Les gens du roi s'emparent de plusieurs châteaux dans le duché de Berri. 


Comme je l'ai dit, le roi désirait conserver quelques ménagements 
en attaquant son oncle, qu'il avait tant aimé ; il. espérait le ramener 
ainsi à de meilleurs sentiments et obtenir qu'il renoncát à son obsti- 
nation et qu'il lui envoyát un humble et pacifique message. On disait 
d'ailleurs dans le camp et l'on répétait méme aux oreilles du roi que le 
duc de Berri aimait mieux éprouver les effets de sa bonté que ceux de 
sa puissance. Mais le roi vit bientót que tous ces bruits n'avaient 
aucun fondement, et se sentant soulagé de la douleur de sa blessure 
par les soins de ses médecins, il ne vonlut pas rester plus long-temps 





640 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH. 


lum constituerat exercitus, indeque Parisiensem prepositum, 
viros utique in armis strenuos, pontis vicina nemora statuit 
explorare et diligenter scrutari, si sibi vel suis laterent nocive 
insidie. Qui redeüntes cum regi ducatus introitum securum et 
sine obice se reperisse intimassent, mox die sancte et individue 
Trinitatis, quod certe multi barones et principes ob reveren- 
ciam festi in diem alterum distulissent, aciebus dispositis de 
villa exiens usque ad interiora nemorum predictorum fere per ' 
duo miliaria in apparatu bellico equitavit. Per aliquantulam 
quoque moram stacionem faciens et bellorum cerimonias obser- 
vans, ut deinceps universi solito caucius'se gerentes et armis 
semper instructi prompcius sequerentur capitancorum signa, 
duo vexilla regia aureis liliis ad solem refulgentibus decorata 
deplicare precepit; moxque exemplum ipsius domini Guienne 
et Burgundie duces sequti sunt. 

Summa sollicitudine rex curandum susceperat ut Bituricam 
urbem tendens iter securum redderet, ne de oppidis interme- 
diis hostes erumpentes suis insidiarentur; et id sequenti die 
lune temptaverunt. Nam signum militancium sub rege, crucem 
scilicet transversalem, suis armis consuentes, quosdam ex pre- 
cedentibus per nemorosa devia perduxerunt; ex quibus tandem 
secum captivos septuaginta duxerunt. Hac de causa die martis 
rex clangentibus lituis, voce preconia et sub pena suspendii, 
publicandum statuit ut universi signa sua militaria sequerentur, 
ne impedimenta, sarcinas et summarios conducentes anteguar- 
diam transirent; insidiasque peractas ultum iri desiderans et 
ad suburbium populosum de Fonteneto attingens, ad oppidum 
per miliare distans prepositum Parisiensem direxit qui aucto- 
ritate regia dedicionem imperaret. Ample capacitatis locnm 
grata constructum planicie muris altis et. densis turribus 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 641 


dans l'imaction, et chargea messire Robert de Boissay, qu'il avait 
nommé maréchal de l'armée, et le prévót de Paris, tous deux braves 
chevaliers, d'explorer et de fouiller les bois voisins du pont, pour 
s'assurer s'il n'y avait aucune embuscade dressée par lennemi. In- 
formé par leur rapport qu'on pouvait entrer daus le Berri sans 
obstacle et sans danger, il sortit de la*ville en ordre de bataille, le 
jour de la sainte et indivisible Trinité, au lieu de différer son départ au 
lendemain en considération de la féte, comme l'auraient désiré beau- 
coup de barons et de princes, et il s'avanca en appareil de guerre 
jusqu'à prés de deux milles dans l'intérieur des bois. Il y fit une 
halte de quelques instants, et , afin que ses troupes fussent constam- 
ment sur leurs gardes et toujours prêtes à suivre les bannières de leurs 
capitaines, il fit déployer, conformément aux usages de la guerre, 
deux étendards royaux semés de fleurs de lis d'or qui brillaient au 
soleil. Messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne en firent 
autant de leur cóté. 


Le roi, en marchant sur Bourges, avait pris toutes les précautions 
nécessaires pour assurer son chemin, et pour protéger son armée 
contre les sorties que pourraient tenter les garnisons des places situées 
sur son passage. Dés le lendemain, qui était un lundi, les ennemis ne 
manquérent pas de lui tendre un piége. Ils attachérent sur leurs cottes 
d'armes la croix blanche que les troupes du roi avaient adoptée comme 
signe de ralliement, et à l'aide de ce stratagéme ils engagérent une 
partie de l'avant-garde dans des chemins perdus au milieu des bois, 
et firent soixante et dix prisonniers. C'est pourquoi le roi fit publier 
le mardi à son de trompe, par la voix du héraut, que chacun eût à 
suivre ses banniéres, sous peine d'étre pendu, et que ceux qui con- 
duisaient les bagages, les convois et les bétes de somme eussent à ne 
pas dépasser l'avant-garde. Puis, voulant tirer vengeance de la trahison 
des ennemis, il envoya, dés qu'il fut arrivé au faubourg de l'impor- 
tante place de Fontenai, le prévót de Paris sommer en son nom cette 
place de se rendre. La ville, située à un mille du faubourg, avait une 
grande étendue; elle était bâtie dans une belle plaine, entourée 


IV. 81 


642 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
cireumcinctum, armis et victualibus sufficienter munitum, 
insignis armiger Robertus de Fonteneto, vir utique in armis 
strenuus , custodiendum susceperat, prius tamen domino Gui- 
chardo dalphino Alvernie prestito juramento, quod nec quem- 
piam illud ingredi pateretug sine ejus licencia et speciali man- 
dato. Sed timens sibi discrimen proventurum, si regie jussioni 
presumptuose contrairet, benigne misso respondens : « Et si, 
« inquit, domino duci Biturie hominii jure, vinculo quoque 
« fidelitatis promisse noverim me astrictum, agentem tamen, in 
« Sceptris omnium regnicolarum principum superiorem reco- 
« gnosco, cui et obtemperare modis omnibus procul dubio 
« cordialiter optarem. Sane ab ineunte juventute et hucusque 
« ejus benivolenciam cupiens promereri, sub liliatis vexillis 
« obedienter reiteratis vicibus militavi; et dum ad mentem 
« reduco manum ejus munificam labores remunerasse perpessos 
« eciam ultra condignum, cum juramento assero quod ab ejus 
« obsequiis ulla dies, casus ullus me in perpetuum avellet. Qui 
« tamen hoc municipio jure hereditario pociuntur, ejus ingres- 
« sum ipsi et domino duci Guienne suo primogenito dignum 
« ducunt offerendum, racionabiliter tamen differendum in 
« odium ducis Burgundie, quamdiu eis assistet consiliarius 
« principalis et super rebus arduis gerendis se intromittet. Et 
« hec, recommendacione premissa , renuncietis, si placet. » 
Indignanter se parvipensum dux Burgundie audivit, obti- 
nuitque a rege ut castrum die sequenti obsidione cingeretur, 
premittens expertos artifices qui per circuitum instrumenta 
obsidionalia et machinas jaculatorias debite collocarent, scuta 
eciám maxima armis propriis depicta, ut oppidanorum displi- 
cenciam augmentarent, et ne ab eorum impeterentur sagittis, 
dum insudarent operi imperato. Ab oppidanis tamen minime 

















Li 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 643 


de hautes murailles et de grosses tours, et suffisamment pourvue 
d'armes et de vivres. Un brave et illustre écuyer, nommé Robert de 
Fontenai, en avait recu le commandement, et avait fait serment à 
messire Guichard, dauphin d'Auvergne, de n'y laisser entrer personne 
sans sa permission et son ordre spécial, Mais craignant de se com- 
promettre en résistant trop ouvertement aux injonctions du roi, il 
fit à l'envoyé une réponse pleine de ménagement : « Quoique je sois 
« engagé, dit-il, envers monseigneur le duc de Berri par les liens de 
« l'hommage et de la foi promise, je n'en reconnais pas moins le roi 
« régnant comme suzerain de tous les princes du royaume, et je n'au- 
« rais rien plus à coeur que de lui obéir en toutes choses. Dés ma 
« plus tendre jeunesse j'ai cherché à mériter ses bonnes grâces, et j'ai 
« servi plusieurs fois sous la banniére des lis; et quand je me rappelle 
« que sa royale munificence a récompensé mes services au-delà de ce 
« qu'ils valaient, je n'hésite pas à jurer que jamais aucune circonstance 
« ne portera atteinte à mon dévouement pour sa personne. Mais ceux 
« à qui cette place appartient par droit d'héritage, tout en reconnais-- 
« sant qu'ils ne doivent pas en refuser l'entrée au roi et à monsei- 
« gneur le duc de Guienne, son fils aîné, se croient autorisés à diflérer 
« cette soumission en haine du duc de Bourgogne, tant que œ prince 
« sera leur principal conseiller et se mélera du gouvernement. Veuillez 
« le dire au roi, s'il vous plait, en lui offrant mes humbles saluta- 
« tions. » 


Le duc de Bourgogne fut indigné de se voir si injurieusement traité, 
et obtint du roi que le siége de la place füt commencé dés le lendemain. 
Il chargea d'habiles ouvriers de disposer autour des murs les batteries 
et les machines de siége, et pour protéger les travailleurs contre les 
traits lancés par l'ennemi, il fit faire d'énormes boucliers, ornés de 
ses armes , voulant par là causer plus de dépit à la garnison. Mais les 
assiégés n'essayérent méme pas d'empêcher les travaux; dés qu'ils 
virent l'avant-garde royale s'avancer sous les ordres de messire Robert 


644  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


fuerunt impediti. Nam territi, ut viderunt anteguardiam regis 
accedere, quam dominus Robertus de Boyssay conducebat, et 
mox ad eum miserunt supplicantes ut libere cum mobilibus 
permitterentur egredi; quod ille penitus denegavit, precipiens 
sub interminacione mortis, ut ad regem accedentes et claves 
oppidi afferentes veniam peterent de commissis. Tunc, ne ex- 
tremum subirent exterminium, obtemperantes precepto, rem 
capitaneo committunt peragendam; qui adductus, et in presen- 
cia regis, Guienne et Burgundie. ducum constitutus, prono 
capite flexisque genibus claves municipii obtulit, veniam val- 
lidis precibus petens, si in aliquo offenderat regiam majesta- 
tem, Ex circumstantibus illustribus minime defuerunt, qui sibi 
infamem titulum prodicionis imponentes, cum introitum oppidi 
gentibus regiis denegasset et ejus semper favisset hostibus, 
cum multis ignominiosis verbis eum publice redarguerunt; et 
quotquot ibidem aderamus oppinabamur quod post tot toni- 
trua verba fulmen ultimum sequeretur et diceretur dignus 
morte. Quorumdam tamen assistencium precibus sibi affinitate 
conjunctorum , facta dicendi gracia quid mente gereret, se 
municipii prefati ingressum sub condicione concessum micius 
quam jussus fuisset , nec unquam cum adversariis regis pactum 
aliquod pepigisse, aut stolam transversalem, mutuam eorum 
confederacionem notantem, portasse libera voce respondit. In 
ealce autem verborum cum pro vita flexis genibus supplicans 
adjecisset : « Serenissime princeps, si quis forte mortalium aliud 
«auribus vestris insusurrat, verba dat mendacia, et contra 
« ipsum innocenciam offero per monomachiam defensuram, » 
mediante domino duce Guienne adeptus est quod poscebat, 
prius tamen prestito juramento quod ipse cum complicibus 
recedens fidelitatem erga regem inviolabilem servaret. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 645 


de Boissay, ils furent saisis d'épouvante et s'empressérent de lui envoyer 
demander humblement la permission de sortir en liberté avec armes 
et bagages. Mais Robert repoussa leur demande, et leur enjoignit, 
sous peine d'étre passés au fil de l'épée, de venir apporter les clefs de 
la ville au roi et d'implorer leur pardon. Pour éviter le sort dont on 
les menacait, ils se soumirent et députérent à cet effet leur capitaine. 
Celui-ci, s'étant rendu au camp et ayant été conduit en présence du 
roi et des ducs de Guierme et de Bourgogne, offrit à genoux et la tête 
courbée les clefs de la place, suppliant instamment qu'on lui pardon- 
nât les offenses qu'il pouvait avoir commises contre sa royale majesté. 
Parmi les seigneurs qui se trouvaient là, il y en eut qui lui reproche- 
rent hautement et dans les termes les plus injurieux l'infáme trahison 
dont il s'était rendu coupable en refusant l'entrée de la place aux gens 
du roi, et en favorisant le parti ennemi. Nous pensions , tous tant que 
nous étions, qu'après ce tonnerre d'invectives la foudre allait éclater, 
et qu'on le condamnerait à mort. Mais, gráce à l'intervention de 
quelques personnes qui lui étaient unies par les liens de la parenté, 
il eut la permission de s'expliquer, et déclara avec fermeté qu'il avait 
livré l'entrée de la place avec plus d'empressement et à des, conditions 
meilleures qu'il n'avait ordre de le faire, et qu'il n'avait jamais.con- 
clu aucun pacte d'alliance avec les ennemis du ror, ni porté l'écharpe 
blanche qui était leur signe de ralliement. Puis il demanda à genoux 
qu'on épargnát sa vie, et termina ainsi : « Prince sérénissime, si quel- 
« qu'un ose vous dire le contraire, il en a menu, et j'offre de soute- 
« nir mon innocence contre lui en combat singulier. » Il obtint son 
pardon par la médiation de monseigneur le duc de Guienne, mais 
aprés avoir juré pour lui et pour sa garnison de garder désormais au 
roi une fidélité inviolable. 


646  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII, 

Tunc oppido castodie prepositi Parisiensis commendato, 
_quamvis dies sequens quieti posceret indulgeri ob reverenciam 
sollempnitatis sacramenti altaris, auctoritate tamen regia ver- 
sus vallidissimum oppidum, Molendinum Porcarii dictum, inter 
amplum solum cultum et vicina nemora apta insidiis compo- 
nendis constructum, aciebus ordinatis exercitus flectit iter. Non 
premiserat aliquem rex qui dedicionem imperaret; sed castel- 
lanus salubri usus consilio, malens benivolenciam ejus quam 
vires experiri, sibi claves offerens pro vita supplicavit; quam 
non modo rex inolita concessit clemencia, sed et sibi oppidi 
commisit custodiam, prius de fidelitate servanda prestito jura- 
mento, | | 

Non tamen estimo sub silencio transeundum quod, cum 
circa meridianum fervorem intemperatum. prope castrum rex 
accedens aciem suam ex itinere valde fessam in vicino nemore 
collocasset, et bellatorum magna pars, armis depositis ad cap- 
tandum. auram clemenctorem intenderet et necessariis vite per- 
quiréndis, ipseque rex in tentorio regali jam incepisset pran- 
dere, subito quidam ex pabulatoribus ingeminantes ad arma 
et clamoribus addiderunt : « Ab insidiis caveatis, quoniam hos- 
« tes vidimus accedentes. » Facile persuasum est quod omnes 
qualibet hora oppinari poterat evenire; et quamvis animos for- 
cium soleant eciam repentina concutere, eum summa tamen 
celeritate arma capessunt universi, et ad regis tentorium accur- 
rentes, ibi reppererunt dominos duces Guienne et Burgundie, 
qui relicto regio prandio jam aditum custodiendum armati ad 
unguem susceperant. At ubi perceperunt primam regis aciem 
ab eis tribus stadiis distantem, que in monte castra metata 
fuerat, jam armis instructam, in planicie media aciebus com- 
ponendis apta suos jusserunt adversarios expectare pede fixo, 


CHRONIQUE DE CHARLES VE. — LIV. XXXIII. — 647 


Le garde de Fontenai fut remise au prévót de Paris, et le lende- 
main, malgré la solennité de la fête du Saint-Sacrement qui comman- 
dait le repos, le roi enjoignit à son armée de se mettre en marche, 
et de s'avancer en bon ordre vers le château fort de Moulin-Porcher, 
báti entre une vaste plaine bien cultivée et des bois favorables pour les 
embuscades. l| n'avait pas envoyé sommer la place de se rendre; 
mais le chátelain bien avisé aima mieux éprouver sa bonté que sa 
puissance; 1! apporta ses clefs et demanda la vre. Non-seulement le 
roi lui fit grâce avec sa clémence accoutumée, mais il: lui laissa la 
garde du château, après lui avoir fait prêter serment de fidélité. 


Je crois devoir mentiormer ici un incident assez remarquable qui 
eut lien ce jour-là. Le roi, étant arrivé vers midi, par ume chaleur 
brûlante, sous les murs de la place, avait fait halte avec son armée 
dans le bois voisin pour qu'elle s'y reposát des fatigues de la route; la 
plupart de ses hommes d'armes avaient quitté leur armure pour mieux 
goüter le frais et étaient en quéte de provisions. Le roi lui-méme 
commencait à diner dans sa tente, lorsque quelques uns des fourra- 
geurs revinrent au camp en criant: « Áux armes, aux armes! soyez 
« sur vos gardes, nous avons aperçu lennemi qui s'approche. » 
On les crut sans peine, parce qu'om s'attendait à tont moment: à 
la possibilité d'une surprise. Malgré l'étonnement que cause tou- 
Jours l'imprévu méme aux cœurs les plus intrépides, tout le monde 
prit les armes avec empressement et accourut vers la tente royale. 
Messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne, qui venaient de 
quitter la table du roi et s'étaient armés de pied en cap, gardaient déja 
l'entrée de la tente. Aprés s'étre assurés que leur avant-garde, qui 
était campée sur une émiuence à trois cents pas de là, était en ordre 
de bataille, ils enjoignirent à leurs troupes d'attendre l'ennemi de 
pied ferme au milieu de la plaine, où l'on pouvait se développer. Ils 
croyaient , d’après ce qu'on leur avait rapporté, que c'était en effet 








648 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


quos credebant firmiter, ut dicebatur, adventare, monentes 
omnes ut constantes animo existerent ad probitatis titulum 
acquirendum. Jam jamque miserant qui velocissimis equis 
vecti explorarent cum quantis hostes bellum administrarent 
copiis, qui tractus castrorum, queque forma esset, et sub qui- 
bus regerentur ducibus. Sed diu non tracta mora redeuntes 
retulerunt non hostes, .sed Inguerrannum de Bornovilla et 
Aymedium de Viriaco cum octingentis pugnatoribus ad regis 
subsidium advenire. 

Michi sollicite sciscitanti cur incentores preliorum tantum 
erraverant, maxime cum vexilla accedencium dicerent se fide 
oculata percepisse, fide dignorum relatu responsum est ducem 
Burgundie predictos clamores fingi precepisse, ut experimento 
disceret quam mentem gererent militantes et quam prompte 
armarentur, si se casus similis obtulisset. Addebant et id egisse 
ut ducis Biturie armorum et triumphorum preco vires regias 
metiretur. Qui mox, sedato tumultu, cum rege colloquium secre- 
tum habuit, nichil aliud referens, prout vulgus referebat, nisi 
quod dux se regi et duci Guienne dulciter recommendans mul- 
tum regraciabatur quod ducatum sibi regia auctoritate conces- 
sum visitabant; in quo et summe optabat ipsis in omnibus 
complacere. 

Eodem quasi instanti, de Tornaco balistarii , ad regis adducti 
presenciam, eidem supplicaverunt ut fidelissime urbis et civium: 
antiqua jura et auctoritatem conservans eisdem, tanquam sin- 
gulariter deputandis ad custodiam regalis depositi, juxta ejus 
tentorium suum lieeret levare, quociens locum mutaret; idque 
rex, de consilio baronum assistencium, ut racionabile, concessit. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 649 


l'ennemi qui s'avangait, et tout en recommandant à leurs hommes 
d'armes de combattre bravement et de signaler leur vaillance, ils 
détachérent en avant des éclaireurs montés sur d'excellents chevaux, 
pour reconnaitre la force de leurs adversaires, l'étendue et la forme 
de leur camp, les chefs qui les commandaient. Mais les éclaireurs 
revinrent bientót annoncer que ce n'était pas les ennemis qui avaient 
paru , que c'était Enguerrand de Bournonville et Amédée de Viry qui 
amenaient au roi un renfort de huit cents lances. 


Je ne comprenais pas bien comment une pareille erreur avait pu 
étre commise, surtout par des gens qui prétendaient avoir vu les ban- 
niéres de l'ennemi. Je voulus m'en éclaircir, et des personnes dignes 
de foi m'assurérent que c'était un stratagéme du duc de Bourgogne, 
qui leur avait ordonné de crier aux armes! afin de connaître quelles 
étaient les dispositions des troupes royales et si elles s'armeraient 
promptement en cas d'alerte. On ajoutait qu'il avait eu aussi par là 
l'intention de donner au héraut d'armes du duc de Berri une idée des 
forces du roi. Dés que l'alerte fut dissipée, cet envoyé eut une con- 
féreuce secréte avec le roi, et, si l'on en croit les bruits qüi circulé- 
rent dans le public, il ne lui dit rien autre chose, sinon que son 
maître se recommandait humblement au roi et au duc de Guienne, 
qu'il les remerciait de venir visiter le duché dont la munificence royale 
l'avait investi , et qu'il n'avait rien plus à coeur que de leur complaire 
en toutes choses. 

Quelques instants aprés, arrivérent des arbalétriers de Tournai , qui 

s'étant fait présenter au roi le suppliérent de vouloir bien leur per- 
mettre, conformément aux antiques priviléges et franchises de leur 
très fidèle cité et de ses habitants, de dresser leur tente prés de la 
sienne, toutes les fois qu'il changerait de place, afin qu'ils pussent 
veiller spécialement à la garde de sa royale personne. Le roi trouva 
leur demande légitime et y accéda, d'après l'avis des barons qui se 


trouvaient la. 


Iv. 82 


650 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XX XIII. 


CAPITULUM V. 


De cepcione ville et castri Duni Regii. 


Jam die advesperascente, exploratores quibus rex jusserat 
perscrutari itinera usque Bituricam urbem, redeuntes retulerunt 
ipsa secura non esse propter municionem hostium ad custodiam 
ville intermedie, Dunum Regium vocate, deputatam. Quaprop- 
ter nocte quieta transacta , illuc exercitum tendere imperavit, 
premittens qui dedicionem preciperet. Regi vero de situ et statu 
ville sciscitanti ipsam opimo agro, gleba ubere et amenitate 
precipue constructam , fossa, spissis sollidisque muris ac densis 
turribus cireumcinctam et ad resistendum paratam, me audiente, 
dixerunt se percepisse, cui nec deerat supereminens oppidum 
vallidissimum, nec nisi octo milibus vel circiter a Biturica civi- 
tate distare. « Et quia, inquiunt, post istam in toto ducatu 
« Biturie multorum populorum incolatu insignior reputatur, ut 
« vulgus affirmat, ad custodiam ipsius ex Vasconibus et Lom- 
« bardis quadringentos pugnatores loricatos ad unguem dicitur 
« dux Biturie deputasse, quibus omnibus dominum Henricum 
« Dast, virum utique in armis strenuum et audacem capitaneum, 
« prefecit. » Ad eum precedenti die ducis Borbonii fratrem ille- 
gittimum miserat , qui sibi sub fidelitate jurata dederat in man- 
datis ne cuipiam ingressum ville concederet, nec timeret regias 
accedentes cohortes, sed viriliter resistendo auxilium prestola- 
retur missurum, mox ut attingeret Bituricam civitatem. Hiis 
pollicitis factus audacior et ductus spiritu arrogancie, non modo 
dedicionem imperatam presumptuose denegavit, sed ad resis- 
tendum consodales suos multipliciter animavit, quamvis jam 
primam regis aciem perciperet propinquare. | 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 651 


CHAPITRE V. 


Prise de la ville et du cháteau de Dan-le-Roi. - 

Vers le soir du méme jour, les éclaireurs que le roi avait envoyés en 
reconnaissance sur la route de Bourges revinrent annoncer qu'il y 
avait lieu de craindre quelque attaque de la garnison de Dun-le-Roi, 
qui se trouvait sur son passage. En conséquence le roi, aprés avoir 
consacré la nuit au repos, commanda à son armée de marcher de ce 
cóté-là et fit sommer la place de se rendre. Ceux qu'il détacha en avant 
à cet effet lui fournirent des renseignements sur la position et la force 
de la place; j'étais présent, lorsqu'ils racontèrent qu'elle était bâtie au 
milieu d'une plaine riche et fertile, dans un site riant, entourée de 
murailles solides, flanquée de grosses tours et disposée à faire une 
vigoureuse résistance ; qu'elle était en outre dominée par une citadelle 
trés forte, et n'était qu'à huit milles environ de la ville de Bourges. 
« Et comme elle est réputée la plus importante place de tout le duché 
« de Berri aprés la capitale à cause de sa population, ajoutérent-ils , le 
« duc en a, dit-on, confié la garde à quatre cents hommes d'armes 
« gascons et lombards, qu'il a mis sous le commandement de messire 
« Henri d'Ast, vaillant et intrépide capitaine. » La veille même, ledit 
duc avait député vers lui le frére bátard du duc de Bourbon, pour lui 
enjomdre sur la foi du serment de ne laisser entrer personne dans 
la place, et pour lui recommander de ne pas s'effrayer de l'approche 
des troupes royales, mais de se défendre courageusement en attendant 
les secours qui lui seraient prochaineinent envoyés de Bourges. Ledit 
capitame, enhardi par cette promesse et aveuglé par la présomption, 
repoussa avec hauteur les sommations qui lui furent faites, et exhorta 
ses compagnons à résister vigoureusement, quoiqu'il vit déjà appro- 
cher l’avant-garde royale. 





652  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


Hanc vexillis deplicatis viginti strenui milites conducendam 
susceperant, inter quos merito nominandi sunt magister balis- 
tariorum Francie, Petrus de Essartis, Parisiensis prepositus, 
Aymedius de Viriaco, domini de Hely et de Vergio, Gualterus 
de Rupibus, dominus de Crouyaco, Inguerrannus de Borno- 
villa, magister regalis hospicii, Guillelmus et Gregorius de 
Trimoulla, quia ceteris auctoritate precellebant. Precedencium 
duo mille estimabatur numerus, quos sequebantur qui conve- 
henda victualia et cetera exercitui necessaria susceperant. Quos 
cum acies regie attigissent, et se in suburbio ville et viciniori- 
bus locis collocassent, rex precepit villam obsidione vallare, 
ut nec introitus alicui pateret vel exitus, et in circuitu erigere 
mediocres machinas jaculatorias; nilque amplius actum est 
prima die. Qui consiliis regiis assistebant non passi sunt quod 
sequenti luce, que fuit quarta junii, assultus inchoarentur, 
quod multi ardore marcio inflammati avide appetebant. Sed 
videntes quod machine jam erecte muros modicum debilita- 
bant, unam omnibus majorem, vocatam Griete, ante portam 
principalem erigi preceperunt, que non sine pulveribus nimium 
sumptuosis , expertorum quoque artificum et sibi famulancium 
sudore et periculoso labore, lapides ingentis ponderis emitteret. 
Quociens ministerio fere viginti hominum id fiebat, ad aures 
quatuor milibus distancium veniebat, et emissum tonitruum 
viciniores terrebat, ac si ex infernali furia processisset. Jactu 
quoque violento prima die turris in parte destruxit funda- 
menta. Sequenti iterum die lapides molares emisit duodecim, e 
quibus due turrim illam penetrantes multa edificia cum habi- 
tatoribus exposuerunt ultimo discrimini. Reliqua iterum obsi- 
dionalia instrumenta murorum precinctam locis plurimis con- 
fregerunt. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 653 


Cette avant-garde marchait bannières déployées sous les ordres de 
vingt braves chevaliers, parmi lesquels je citerai comme les plus illus- 
tres le grand-maitre des arbalétriers de France, Pierre des Essarts, 
prévôt de Paris, Amédée de Viry, les sires de Helly et de Vergy, Gau- 
tier des Roches, le sire de Croy, Enguerrand de Bournonville , le 
grand-maitre de la maison du roi, Guillaume et Grégoire de la Tré- 
moille. Elle se composait à peu pres de deux mille hommes. Venaient 
ensuite les chariots chargés de vivres et les équipages. Lorsque l'ar- 
née royale les eut rejoints et se fut établie dans le faubourg de la ville 
et dans les lieux voisins, le roi fit commencer le siége et ordonna qu'on 
fermát toutes les avenues de la place, et qu'on dressát les machines 
autour des murs. On ne fit rien de plus le premier jour. Le lende- 
main , 4 juin, les seigneurs qui faisaient.partie du conseil ne voulu- 
rent pas permettre qu'on donnát l'assaut, bien que les troupes, enflam- 
mées d'une ardeur martiale, le demandassent à grands cris. Mais voyant 
que les machines déjà dressées ébranlaient à peine les murs, ils firent 
établir devant la porte principale un engin monstrueux nommé la 
Griète, et servi par d'habiles artilleurs qui le chargeaient de poudre, 
et lancaient au loin par ce moyen des pierres d'une grosseur extraor- 
dinaire, non sans courir eux-mémes de grands dangers. ll fallait vingt 
hommes pour le manœuvrer, et toutes les fois qu'on s'en servait, le 
bruit de l'explosion s'entendait à quatre milles et jetait l'effroi dans 
le voisinage, comme si c'eüt été un bruit venu de l'enfer. Dès le 
premier jour, cette redoutable machine détruisit une tour presque de 
fond en comble. Le lendemain elle lança douze pierres énormes, dont 
deux pénétrérent dans la tour, détruisirent plusieurs maisons et failli- 
rent écraser les habitants sous les décombres. Pendant ce temps, les 
autres batteries de siége pratiquaient des bréches en plusieurs endroits 
de l'enceinte des murs. 


654 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


. Et quia oppidani adhuc obstinati manebant, archam magnam 
volubilem, quarcinis trabihus sustentatam, ad immittendum 
infra morticinia huc illuc campis disjecta, artifices regii impera- 
verunt fieri, que fetore suo intoxicaret in villa commorantes. 
Cum summa abhominacione cordis et narium quotquot castris 
résidebant tantam corrupcionem ,pestiferam: perferebant. Ideo 
petentes obtinuerunt ut villa assiliretur; iterumque auctoritate 
regia lituis clangentibus in exercitu edictum est voce preconia 
ut quilibet armiger quatuor, miles vero octo lignorum fasciculos 
prepararet, quibus fossata implerentur usque ad superficiem 
terre. 

Omnia que parabantur aspiciebant oppidani. Capitaneo 
eciam Inguerrannus de Bornovilla, qui secundam custodiebat 
portam ville, hucusque persuaserat ut dedicionem offerret, 
cum non posset resistere. Quem tandem, videns quod promisso 
auxilio fraudabatur, deposita presumpcionis sarcina, rogavit ut 
iracundiam regis contra se conceptam mitigaret. Pro posse 
facere id spopondit, sub salvo conductu regis quos sibi placuit 
secum ducens, qui ad regis, ducum Guienne et Burgundie, 
ceterorumque illustrium adducti presenciam, post debitum 
reverencié affatum, vultu in terram demisso flexisque genibus 
supplicaverunt ut, clemencia regia eis vitam misericorditer con- 
donans, cum mobilibus egressum liberum cunctis daret. In 
sentenciam unicam convenientes barones sssistentes ommes 
indignos venia concluserant, nisi se submittereht in toto regie 
voluntati. Et hanc condicionem postmodum ceteri acceptave- - 
runt consodales , supplicantes ut induciale fedus biduo conce- 
deretur, indignissimum reputantes inscio domino duce Biturie 
tam periculosum jugum et tam ignominiosum subire. Benigni- 
tate regia quod postulaverant assequuti, cum duce colloquia 


CHRONIQUE DE CHARLES. VI. — LIV. XXXIII. — 655 


Comme les assiégés continuaient à se défendre avec opiniátreté , les 
ingénieurs royaux firent construire un grand coffre roulant soutenu 
par des poutres de chêne, où l'on jeta toutes les charognes qu'on 
trouva dans la campagne, afin d'infecter les assiégés. Mais comme 
l'odeur fétide qui s'en exhalait empestait aussi le camp, les troupes du 
roi, ne pouvant supporter une telle infection, demandérent de nouveau 
et obtinrent enfin qu'on donnát l'assaut. 1l fut publié au nom du roi, 
par la voix du héraut et à son de trompe que tout écuyer eût à pré- 
parer quatre fascines, et tout chevalier huit pour. combler les fossés 
au niveau du sol. 


La garnison voyait tous ces préparatifs. Enguerrand de Bournon- 
ville, qui était, posté devant la seconde porte de la place, ne cessait 
d'engager le capitaine à se rendre, lui remontrant qu'il ne pouvait 
tenir contre l'armée royale. Ledit capitaine , perdant enfin l'espoir de 
recevoir les renforts qui lui avaient été promis , rabattit de son orgueil, 
et pria Enguerrand d'intercéder pour lui auprès dü roi. Celui-ci pro- 
mit d'y employer tous ses efforts, et emmena sur la foi d'un sauf- 
conduit des députés choisis par Henri d'Ast, qu'il conduisit en pré- 
sence du roi, des dues de Guienne et de Bourgogne et des autres sei- 
gneurs. Après avoir offert l'hommage de leurs salutations , ils deman- 
dérent humblement à genoux que le roi daignát dans sa clémence leur 
permettre de sortir vie et bagues sauves. Les barons qui se trouvaient 
là furent tous d'avis qu'ils ne méritaient de pardon qu'autant qu'ils 
se mettraient à la merci du roi. Les assiégés souscrivirent à cette 
condition; ils sollicitérent toutefois une tréve de deux jours pour 
avertir monseigneur le duc de Berri , à l'insu duquel ils ne voulaient 
pas subir cette dure et honteuse nécessité. Le roi ayant accédé à leur 
priére, ils eurent une conférence avec ledit duc. J'ignore entiérement 
ce qui s'y passa; ce que je sais, c'est qu'ils ramenérent avec eux le 
héraut d'armes de ce prince, qui se présenta au conseil royal et déclara 
qu'il avait été envoyé pour avoir des nouvelles de la santé du roi et 
du duc de Guienne, que le due de Berri leur offrait ses humbles 





656 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

michi ignota penitus habuerunt. Redeuntes tamen secum ejus 
preconem armorum adduxerunt, qui consistorio regali dixit se 
transmissum ut de salute regis ac ducis Guienne dominum suum 
redderet cerciorem ; quibus et previa humili recommendacione 
se et sua jure subjectionis offerens, rogabat tamen ut suos abire 
permitterent indempnes, et de villa ordinarent ad sue benepla- 
citum voluntatis. 

Qui colloquiis secretis ex officio assistunt. verba referunt 
omnibus placuisse, et regi dissuadentes cruentam victoriam, 
cum sanguine hostium non egeret, decencius addebant dilec- 
tum patruum pietate pocius quam viribus revocandum. Cui 
sentencie rex concordans annuit quod poscebat. Ne vanum 
verbum regium notaretur, insignes milites domini de Catha- 
lono, Gualterus de Rupibus, ex Burgundia oriundi, missi sunt; 
qui, receptis a recedentibus auctoritate regia fidelitatis sacra- 
mentis, eos usque ultra castra, addam tamen non sine violen- 
cia, conduxerunt. Nàm tunc innumerabiles fere gregarii et 
levis armature servientes accurrentes, et omnes Ármeniacos pes- 
simos nominantes, in omnes et precipue in eos qui stolam 
albam, signum confederacionis eorum, portabant, cum gladiis 
et fustibus insurrexissent, nisi milites prefati eorum vesaniam 
refrenassent. 


CAPITULUM VI. 


Rex Anglie dominis ; quos rex persequebatur per consilium ducis Burgundie, 
statuit opem ferre. 


Interim dum rex obsidioni instaret, insignis scutifer brito, 
Carmin nuncupatus, quem in Ángliam miserat ad inquiren- 
dum, si posset, quid rex mente gerebat super instantibus vora- 
ginibus guerrarum, rediens nunciavit ipsum in consistorio 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHT. — 657 


compliments, mettait à leur disposition, comme un fidéle sujet, sa 
personne et ses biens, et les priait de laisser sortir la garnison saine 
et sauve, leur abandonnant la ville pour en ordonner selon leur bon 
plaisir. 


Ceux à qui leurs fonctions donnent entrée aux conseils secrets m'ont 
assuré que tous les assistants furent satisfaits de ces paroles, et con- 
seillérent au roi de ne point ternir l'éclat de sa victoire en versant 
inutilement le sang ennemi. On lui représenta qu'il y aurait plus 
d'honneur à ramener son oncle au devoir par la douceur que par la 
force. Le roi y consentit, et pour que l'effet de sa royale parole ne se 
fit pas attendre, il chargea deux illustres chevaliers bourguignons, le 
sire de Chálon et Gautier des Roches, d'aller recevoir en son nom le 
serment de fidélité des troupes qui évacuaient la place, et de les con- 
duire hors du camp. Mais je dois dire que cela ne se fit point sans 
violence. Les gens de pied et la valetaille accoururent en foule sur 
leur passage, les insultérent en les appelant infámes Armagnacs, et 
seraient tombés sur eux à coups d'épée et de báton, et surtout sur ceux 
qui portaient la bande blanche en signe de ralliement, si lesdits che- 
valiers n'eussent contenu leur fureur. 


CHAPITRE VI. 


Le roi d'Angleterre ‘se décide à secourir les princes que le roi poursuivait 
d’après les conseils du duc de Bourgogne. 


Pendant le siége, le roi avait envoyé en Angleterre un fameux 
écuyer breton, nommé Carmin, avec mission de s'informer, s'il le 
pouvait, des dispositions du monarque anglais au sujet de la guerre qui 
désolait le royaume. Cet écuyer vint lui annoncer que ledit prince 


IV. 85 


658. CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH. 
suorum. illustrium statuisse ut dux. Lencastrie, ejus seeundo- 
genitus filius,. illis dominis quos persequi statuerat opem 
ferret. « Et quamvis, inquit, princeps Wallie, regis primoge- 
« nitus, multis exactis diebus fratris transitum conatus fuerit 
« impedire, nunc tamen a patre revocatus statuit resipiscere ab 
« incepto, Ideo quod incepistis agredi, adimpleatis celeriter, 
« quoniam et nunc Ánglici congregati jam navigium promptum 
« habent et in Franciam transmeare statuerunt. » Addidit idem 
nuneius.et cum quodam: religioso sancti Dyonisii, nuncupato 
Petro de Versallis, fratrem Jacobum Magni, augustinensem , 
viros utique exhortatorii sermonis habentes graciam, repperisse, 
qui crebris monicionibus id persuadebant regi tanquam racio- 
nabile et juri consonum. Quod verbum non sine verecundia 
audivi ac rubore, timens ne inde rex ecclesie sue minus solito 
faveret. 


CAPITULUM VII. 


Ut regi cuneta prospere succederent regnicole devotissime orabant. 


Ipsa et eadem hora, a Parisiensi urbe nuncius supervenit, 
qui, premissa recommendacione humili, quot et quantis devo- 
cionis observanciis sui subditi humiles, fideles Francigene, 
absque intermissione aures divinas pulsabant , ut expedicionem 


bellicam laudabiliter terminaret, serietenus narravit. Ab ejus. 


ore didici quod ab inicio profectionis regie viri ecclesiastici 
regni percelebres letanias continuare statuerant, sexu utriusque 
plebis cum cereis ardentibus et nudis vestigiis subsequente; 
quos et dulciter monebant ut ante Deum prostrati cum gemi- 
tibus et lacrimis pro pace et incolumitate regis devotissime 
orarent, quoniam humilitáte et non resistencia divina flectuntur 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. —.LIV. XXII. ‘659 


avait décidé en son conseil que le duc de Lancaster, son second fils, 
irait porter secours aux seigneurs que l’armée royale avait attaqués. 
« Le prince de Galles, fils aîné du roi, dit-il, a essayé pendant plu- 
« sieurs jours d'empêcher le départ de son frère; mais sur les repré- 
« senlations de son père, il a changé d'avis. Hátez-vous donc, mon- 
« seigneur, de mettre à exécution votre entreprise; car l'armée anglaise 
« est réunie , la flotte est prête et va mettre à la voile pour la France. » 
I! ajouta qu'il avait trouvé en Angleterre un religieux de Saint-Denys, 
nommé Pierre de Versailles, et un moine augustin, frère Jacques 
Legrand, doués tous deux d'une éloquence persuasive , qui poussaient 
le roi à cette expédition en ne cessant de la lui représenter comme 
raisonnable et légitime. Je ne pus entendre ce rapport sans honte et 
sans confusion ; je craignais que le roi n'en prit occasion pour traiter 
moins favorablement l'abbaye. 


CHAPITRE VII. 


Les habitants du royaume adressent à Dieu de ferventes priéres pour le succés 
de l'armée royale. 


Au méme instant, il arriva de Paris un courrier, qui , aprés les 
compliments d'usage, annonca au roi que ses humbles et fidéles sujets, 
les habitants de ladite ville, adressaient sans cesse à Dieu de ferventes 
prières pour le succès de ses armes. J'appris de sa bouche que, dès le 
départ du roi, le clergé de toutes les églises du royaume s'était em- 
pressé de faire des processions en chantant les litanies, qu'une foule 
d'hommes et de femmes avaient suivi ces processions nu-pieds, le cierge 
à la main, et qu'on avait plusieurs fois exhorté les fidéles à se proster- 
ner devant les autels et à prier dévotement le Seigneur pour obtenir 
par leurs gémissements et leurs larmes la paix et la santé du roi, parce 
que ; leur disait-on, c'est par l'humilité et non par l'orgueil qu'on 
peut fléchir la puissance divine. En outre, les évéques et les curés 
des paroisses allaient avec leur clergé d'église en église , portant dans 





660  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


consilia. Iterum cum clero episcopi et ecclesiarum parrochialium 
rectores, de ecclésiis ad ecclesias procedentes, cruces, arma 
spiritualia et sanctorum pignora sacrosancta propriis manibus 
sive humeris bajulabant; interque missarum sollempnia, viri 
exhortatorii sermonis habentes graciam, omnes et singulos 
hortabantur ut digne satisfacientes pro delictis patrem. mise- 
ricordiarum sibi redderent placabilem, qui regnum et dis- 
cordantes principes ad transquilitatem et pacem revocaret. 
Salutares observancias longe lateque per regnum introductas 
Parisienses venerabiles canonicos Beate Marie nuncius addi- 
dit magnificencius observasse, cum ordinibus mendicancium, 
ecclesiarum parrochialium rectoribus et innumerabili plebe ad 
ecclesiam Sancte Genovefe procedentes, protinus ut jam feria 
tercia hujus mensis junii exacta regem Duni Regii villam obsi- 
dione cingere statuisse audierunt. 

Alme Universitatis Parisiensis in jure divino, canonico , 
civili, ceterisque scienciis professores ac studentes, exemplum 
sequuti predictorum, cereosque ardentes tenentes in manibus, 
cum in ecclesia Sancte Katerine stacionem fecissent , inter cele- 
brandum divina omnibus subsequentibus publicari statuerunt: 
quod sic incolumitatem regis, pacem lilia deferencium et regni 
transquilitatem erga auctorem et amatorem pacis Christum 
poterant procurare. Ad id populum amplius excitandum , ite- 
rum die sequenti, que fuit dies dominica, venerandi monasterii 
beati Dyonisii Deo religiosi amabiles, nudi pedes, innumera- 
bilem fere multitudinem populi ad regalis Palacii sacram Capel- 
lam processionaliter adduxerunt. Secum autem non modo salu- 
tifere crucis porcionem, sacrum clavum et coronam Passionis 
Christi veneranda detulerunt insignia, sed et, quod cunctis 
acceptabilius fuit, quia alias non visum vel auditum, sacro- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. -— LIV. XXXIII. — 664 


leurs mains ou sur leurs épaules les croix, les bannières et les reliques 
des saints. Pendant la messe, d'éloquents prédicateurs exhortaient 
tous les fidéles et chacun d'eux en particulier à expier leurs péchés, afin 
d'apaiser le père des miséricordes et d'obtenir qu'il rétablit la paix 
dans le royaume et la bonne harmonie entre les princes. Le courrier 
ajouta que les vénérables chanoines de Notre-Dame de Paris avaient 
accompli avec une magnificence inaccoutumée les pratiques salutaires 
observées dans toute l'étendue du royaume, et que, sur la nouvelle 
que le roi avait commencé le 3 juin le siége de Dun-le-Roi, ils s'étaient 
rendus processionnellement à l'église de Sainte- Geneviéve avec les 
ordres mendiants, les curés des paroisses et un immense concours 


de peuple. 


Les professeurs de l'Université de Paris et les étudiants en droit di- 
vin , endroit canon, en droit civil et en toutes les autres sciences sui- 
virent cet exemple. Ils allérent, le cierge à la main, faire une station 
à l'église de Sainte-Catherine, et, pendant la messe, ils recommandé- 
rent à la foule qui les avait suivis de prier Jésus-Christ , l'auteur et Je 
pére de la paix, afin d'obtenir la santé du roi , la concorde des princes 
du sang et la tranquillité du royaume. Pour exciter encore plus la 
dévotion du peuple, le lendemain dimanche, les bons religieux de 
l'abbaye de Saint-Denys allérent nu-pieds en procession à la Sainte 
Chapelle du Palais avec un grand concours de peuple. Ils y portérent 
non seulement un morceau de la vraie croix, le sacré clou et la cou- 
ronne d'épines, ces vénérables insignes de la Passion de Jésus-Christ, 
mais aussi des reliques qui n'avaient pas encore été exposées aux 
regards des fidéles, et dont la présence rehaussa l'éclat de la solen- 
nité ; c'étaient les sacrés corps des bienheureux martyrs sainte Osmane, 
saint Pellerin, saint Hilaire, saint Eugéne et saint Eustache enfermés 
dans des chásses. Le courrier ajouta qu'un grand nombre de Parisiens, 











662 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


sancta beatorum corpora in capsis sancte Osmanne ac sancto- 
rum Peregrini , Hilarii, Eugenii, et Eustacii contenta. Et hanc 
processionem , ut nuncius referebat, innumerabiles utriusque 
status Parisienses viri approbaverunt, cum lacrimis gracias 
referentes quod civitas regalis et mater urbium regni tot et 
tantis sanctorum corporibus tunc meruerat visitari. 

Que dicta sunt regi in consistorio presidenti acceptabilia 
fuerunt, nunciumque Parisius remittens cum litteris, civibus 
regraciatus est dulciter, in ealce tamen verborum monens 
omnes ut cum summo studio inchoatis insisterent, addens quod 
precibus subditorum plus quam propriis viribus confidebat. 


CAPITULUM VIII. 


De tempestate exorta, dum rex voluit apud Bituricam urbem ducere bellatores. 


Ville Duni Regii. accepta possessione, cum die jovis nona 
junii rex castra ducere versus Bituricam urbem decrevisset, 
ipsa movere nequivit. Nam subito aer obductus multa ealigine 
tenebrarum ymbres nocivas viris et animalibus diffundit, non 
sine ventorum rabie procellosa, que non modo violenter a solo 
evulsit regis tentorium, sed et multa alia vicina ad terram elisit 
aut confregit per medium et inutilia reddidit. Duravit gravis 
tempestas et universis horrenda fere per integram horam; et 
quia plures milites et armigeri timebant ne secundum :oppinio- 
nem vulgalem presagium existeret alicujus infortunii vel periou- 
losi eventus, devote dominum exorabant ut regem et exercitum 
ab omni prodicione preservaret. - 

Ut autem lucis sequentis se inicium obtulit, et exercitus 
ultra progrediens quatuor miliaribus ab urbe castra metatus 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 663 


nobles et bourgeois, s'étaient fort réjouis de cette procession et 
avaient rendu gráces à Dieu, les larmes aux yeux, de ce que la cité 
royale, la capitale du royaume, avait été honorée de la présence de 
toutes ces précieuses reliques. 


Le roi, qui présidait le conseil , entendit ces nouvelles avec plaisir ; 
il renvoya le courrier à Paris avec des lettres dans lesquelles il remer- 
ciait affectueusement les bourgeois et les engageait tous à persévérer 
avec zèle dans leurs pieuses pratiques, ajoutant qu'il comptait plus sur 
les prières de ses sujets que sur ses propres forces. 


CHAPITRE VIII. 


Un orage éclate au moment où le roi se dispose à marcher sur Bourges 
avec son armée. 


Le roi, après avoir pris possession de la ville de Dun-le-Roiï, se 
disposait à marcher sur Bourges le jeudi 9 juin ; mais il lui fut impos- 
sible de se mettre en route. Le ciel se couvrit tout à coup d'épaisses 
ténébres, et il tomba des torrents de pluie dont les hommes et les 
animaux eurent beaucoup à souffrir. En méme temps un vent furieux 
renversa la tente du roi et plusieurs autres d'alentour, ou les brisa par 
le milieu et les mit hors d'état de servir. Cet affreux orage, qui causa 
une frayeur générale, dura près d'une heure. Beaucoup de chevaliers 
et d'écuyers; craignant, selon le. préjugé ordinaire, que ce.ne fát le 
présage de quelque malbeur ou. de quelque danger, priaient dévote- 
ment le Seigneur de préserver le roi et l'armée de toute trahison. 


 Le.jendemain, dès le point du jour, l'armée se mit en marche et alla 
camper à quatre milles de Bourges. De là le roi envoya un héraut 


664 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


fuisset, preconem armorum rex ad patruum destinavit, qui ejus 
adventum nunciaret. Cui cum inde gaudere respondisset , seque 
et sua ad beneplacitum suum ac domini ducis Guienne cordia- 
liter obtulit. 

Acceptabilis responsio regi fuit; sed secundum nuncium 
misit, qui non modo patruo frustra persuasisse retulit ut ad 
eum, non ut hostis, sed pacificus veniret, sed omnes ad resis- 
tendum paratos, prout vulgus referebat, extra urbis menia 
signum militare fixisse, quod intendebant custodire contra 
quoscunque viventes. Hiis adinventis auditis, justa indigna- 
cione motus et sermonis veritatem cupiens experiri, die se- 
quenti ante urbem fixis tentoriis, eam ab una parte, cum ad 
aliam propter intermedium fluvium et marescagia vicina trans- 
ire nequiret, obsidione cingi jussit, machinasque jaculatorias 
et obsidionalia instrumenta debite collocari. Et quoniam omni- 
bus notum erat quod ad expugnandum tam munitissimam 
urbem, muris vallidissimis circumclausam, quam et tot preclari 
milites et strenuissimi bellatores custodiendam susceperant, 
erat complusculis feriis insudandum , primo in consilio regali 
deliberatum extitit quomodo durante spacio exercitui necessa- 
ria non deessent. Hostes egredi libere per non custoditos aditus 
et pabulatoribus insidiari poterant. Ideo ad custodiam eorum 
dominum de Rambure statuerunt , domino de Hely eciam, stre- 
nuissimo militi, mercatorum accedencium custodiam commit- 
tentes, ut de Niverniensi et Caritate super Ligerim secure exer- 
citui afferre victualia valerent. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 665 


d'armes à son oncle pour lui annoncer son arrivée. Le duc de Berri 
fit répondre qu'il en éprouvait une prande joie et qu'il était prét à 
mettre sa personne et ses biens à la disposition de sa royale majesté et 
de monseigneur le duc de Guienne. 


Cette réponse fut trés agréable au roi. Mais un second messager qu'il 
députa vers son oncle lui rapporta qu'il avait fait de vains efforts pour 
décider le prince à se rendre auprés de lui en sujet soumis et non en 
ennemi ; que tous les habitants de la ville étaient déterminés à com- 
battre, qu'ils avaient méme, disait-on, planté leurs banniéres hors 
des murs , afin d'en défendre les approches envers et contre tous. Le 
roi fut indigné de cette nouvelle, et pour s'assurer de la vérité de ce 
récit, il établit dés le lendemain son camp devant la ville, fit dresser 
les machines et les batteries et commença le siége d'un côté, parce 
qu'une riviére et des marais rendaient l'autre cóté inaccessible. Per- 
sonne ne doutait qu'il ne fallüt beaucoup de temps pour s'emparer 
d'une place si forte, entourée de murailles trés solides et défendue 
par tant d'illustres chevaliers et de vaillants hommes d'armes. Aussi 
s'occupa-t-on tout d'abord dans le conseil du roi des moyens de pour- 
voir à la subsistance de l'armée pendant le siége. Cependant, comme 
l'ennemi pouvait sortir en toute liberté de la ville par les portes qui 
n'étaient point bloquées et tomber sur les fourrageurs, on chargea le 
sire de Rambures de les soutenir; et le sire de Helly, l'un des plus 
braves chevaliers, eut ordre de protéger les marchands qui viendraient 
du Nivernais ou de la Charité-sur-Loire apporter des vivres au camp. 


IV. | 84 


666 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH. 


CAPITULUM IX. 


Ut contra anteguardiam regis dimicareut quidam ex urbe emiverunt. 


Quamvis octingentis electis pugnatoribus armatis ad unguem 
Biturie et Borbonii incliti duces ac dominus Karolus Dalebret 
associati publice dicerentur, non tamen contra regias acies 
procedentes, ut sperabatur a cunctis, egressi sunt; sed cum 
biduo lapidum molarium ictus fulgurantes sustinuissent, nec 
sufficienter resisterent, per sequentem cautelam militarem id 
supplere temptaverunt. Quidam qui sibi favebant in exercitu 
divulgaverunt in dolo quod inducie pacifice utrinque concesse 
erant; idque multis placuit solis ardore nimio fatigatis. Sed ut 
ceteri cognoverunt quod circa horam terciam post meridiem, 
ut auram clemenciorem sumerent, arma deposuerant in parte, 
eos invadere inopinate decreverunt, moxque per duas portas 
urbis a nostris non custoditas mille gregarios armatos .emise- 
runt, quibus dederunt in mandatis ut, cum summo silencio 
fluvium intermedium transeuntes, ut mox equestres perciperent 
in Burgundiones et Picardos qui primam constituebant aciem 
directe tendere, in eos a tergo insurgere festinarent. Circum- 
spectorum judicio, quod conceperant in actum produxissent, 
nisi quidam juvenes, qui spaciandi gracia extra castra vagantes. 
equis velocissimis accurrentes fraudem detexissent, et ingemi- 
nantes ad arma : « Ab imminentibus insidiis vobis, milites et 
« armigeri , caveatis, » reiteratis vicibus exclamassent. Ad hanc 
vocem, qui semper in armis erant, ut viderunt adversarios 
equestres et in bellico apparatu de civitate exire, ceteros leviter 
arma capessere et expectare pede fixo monuerunt, nec in aliam 
vocem proruperunt qui ceteris auctoritate precellebant nisi : 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIN. 667 


CHAPITRE IX. 


Sortie tentée par les habitants de Bourges contre l'avant-garde du roi. 


Quoique les illustres ducs de Berri ét de Bourbon et messire Charles 
d'Albret eussent avec eux, disait-on, huit cents hommes d'armes 
d'élite, ils ne firent cependant aucune sortie, comme on s'y attendait 
généralement, pour combattre l'avant-garde du roi. Mais aprés avoir 
soutenu pendant deux jours tout l'effort des batteries des assiégeants, 
ne se sentant point en état d'y résister, ils eurent recours à une ruse de 
guerre. Quelques partisans qu'ils avaient dans l'armée royale répan- 
dirent le bruit qu'une suspension d'armes avait été conclué entre les 
deux partis. Cette nouvelle fut trés agréable aux gens de guerre, qui 
ne demandaient qu'à se reposer des fatigues causées par l'excessive 
chaleur. Vers trois heures de l'aprés-midi, tandis qu'ils s'étaient 
désarmés pour la plupart afin de goûter le frais, lesdits seigneurs réso- 
lurent de les attaquer. à l'improviste. Ils firent sortir mille soldats 
à pied par deux des portes de la ville qui n'étaient pas bloquées, 
leur recommandant de passer la riviére dans le plus grand silence, 
et de fondre par derriére sur les Bourguignons et les Picards qui 
formaient l'avant-garde royale, dés qu'ils verraient leur cavdlerie 
marcher droit à cette avant-garde. Ils auraient, au dire des plus 
habiles, mérié à bonne fin leur entreprise, si la ruse n'avait été déoou- 
verte par quelques jeunes gens, qui étaient sortis du camp pour se 
promener, et qui accoururent de toute la vitesse de leurs chevaux en 
criant : « Aux armes, aux armes, chevaliers et écuyers, voici l'en- 
« nemi; soyez sur vos gardes. » À ce cri plusieurs fois répété, ceux 
qui étaient restés sous les armes n'eurent pas plutót vu la cavalerie 
ennemie sortir de la ville en ordre de bataille, qu'ils avertirent leurs 
compagnons de prendre les armes et d'attendre de pied ferme. Les 
chefs accoururent aussitôt : « Amis, dirent-ils à leurs gens, il ne s'agit 
« pas de délibérer; il faut que chacun de vous déploie ici tout-son 
« courage. » | | 


668  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« Consortes optimi, nunc consilio opus non est, sed quam 
« audacem quis gerat animum nunc ostendat. » 

Fuerunt in concione predicta ducenti fere scutiferi, ex gene- 
rosis proavis trahentes originem, quibus dominus Robertus de 
Baro auctoritate precellebat, qui hoc instanti instantissime 
pecierunt accingi noviter baltheo militari; et hii omnes in hos- 
tes primum impetum fecerunt, a dextrisque et sinistris ictus 
ingeminantes cum lacertis hectoreis et continuantes conflictum 
perhennam sibi gloriam pepererunt. Atrox prelium inchoatum 
diucius continuatum fuisset, si prius emissi pedites sociis opem 
tulissent. Sed propter eorum nimiam acceleracionem videntes 
quod impossibile eis, erat, mox ad urbem magnis itineribus 
contenderunt. Et quamvis. ceteri ad probitatis titulum acqui- 
rendum tam potenter quam audacter se habuerint in agressu, 
tandem tamen, cum pondus aliorum süperveniencium ferre non 
valerent, ad urbem retrocedere sunt. coacti pejorem calculum 
reportantes. Ex quingeritis namque claris pugnatoribus, quos 
miles animosus dominus Johannes de Gaucourt secum traxerat 
ad conflictum, cum domino Guillelmo de Salusciis milite plures 
cesi referuntur, et cum Guillelmo Bataille quidam insignes 
milites et armigeri odibile jugum redempcionis subierunt. 


CAPITULUM X. 


De quibusdam viris decollatis jussu ducis Burgundie. 


Quidam ex istis captivis recognoverant libere, quod sexa- 
ginta rusticos robustissimos malleos tenentes ponderosos secum 
adduxerant, ut principalem | machinam jaculatoriam Grjete 
dictam, que violento jactu suo irreparabilia dampna urbi 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII 669 


Parmi ceux qui s'étaient rassemblés à la háte se trouvaient environ 
deux cents écuyers, appartenant à d'illustres familles, entre autres 
messire Robert de Bar, qui demandérent instamment à étre armés 
chevaliers en cette occasion. Ils coururent les premiers à l'ennemi, 
frappérent sur lui de droite et de gauche à coups redoublés, et s'ac- 
quirent une gloire immortelle par leur vaillance. Le combat fut san- 
glant et aurait duré plus long-temps encore, si les gens de pied qu'on 
avait fait sortir de la ville étaient venus en aide à leurs compagnons; 
mais voyant que ceux-ci étaient allés trop vite pour qu'ils pussent les 
rejoindre, ils rentrérent en toute hâte dans la ville. Les cavaliers de 
Bourges se conduisirent en gens de coeur et se battirent avec acharne- 
ment; à la fin cependant , ne pouvant plus soutenir les efforts de leurs 
adversaires, dont le nombre croissait à chaque moment, ils furent 
obligés de reculer et se repliérent vers la ville. Parmi les cinq cents 
hommes d'armes que le brave chevalier messire Jean de Gaucourt 
avait emmenés avec lui à ce combat, il y eut un bon nombre de tués, 
entre autres, dit-on, le chevalier messire Guillaume de Saluces; Guil- 
laume Bataille et plusieurs illustres chevaliers et écuyers furent mis à 
rançon. 


CHAPITRE X. 
Exécutious ordonnées par le duc de Bourgogne. 


Quelques-uns de ces prisonniers avouèrent qu'ils avaient amené avec 
eux soixante paysans.vigoureux , armés de gros maillets, pour détruire 
ou rendre inutile la principale machine des assiégeants , nommée la 
Griéte, dont les coups terribles causaient des dégâts irréparables dans 
la ville. « Mais, ajoutérent-ils, quand ils ont vu que nos affaires allaient 





670 CHRONICORUM KAROLI'SEXTI LIB. XXXIII. 


inferebat, destruerent aut inutilem redderent. « Sed videntes, 
« inquiunt, quod nobis res non succedebant ad votum, aufu- 
« gerunt. » Et cum interrogarentur ad quem finem attemptave- 
rant agredi opus tam grandi alea plenum, libere responde- 
bant : « Ut regem et dominum ducem Guienne ad dominos 
« nostros duces possemus adducere, quoniam id solum in 
« mundo singulariter affectant ut cum eis remaneant et a con- 
« sercio ducis Burgundie penitus separentur. »  . 

. Ab eisdem iterum dux Burgundie didicit quod nil fiebat in 
castris nec consilio regali tractabatur quod ipsos dominos late- 
ret; et magistrum Gaufridon de Villon, regis secretarium, 
Egidium quoque de Soysy et Inguerrannum de Seure armigeros 
super hoc accusavit , quos et tunc ipse dux proditores pessimos 
reputavit. Hii de.domo et familia domini Roberti de Bossyaco, 
cum iridustria et astucia pollerent, cunctis acceptabiles erant, 
nec in aliquo suspecti. Sed cum per quemdám suum clientulum, 
adversariis notum, vicibus repetitis statum exercitus litteris 
transmisissent , tandem nuncius ipse, ad cor rediens et peniten- 
cia ductus, ducem mox adiens et veniam supplicans pro com- 
missis, prodicionem detexit. Unde capti auctoritate regia, cum 
inter cetera super detencione regis ac ducis Guienne ore con- 
fessi fuissent se tractasse et super statu ipsorum adversarios 
pluries certificasse affirmassent, et iterum quod complicibus 
carebant, primo duo armigeri vicesima tercia die junii adju- 
dicati sunt subire sehtenciam capitalem; similemque, exacto 
quarto die, secretarius passus est ad ceterorum terrorem. 

Dux autem, proinde solito caucius curam gerens ut regem in 
castris residentem tucius custodiret, mox accitis artificibus peri- 
tis, qui secandis lignis et dolendis experienciam habebant, 
jussit super propinquum fluvium et marescagia vicina pontem 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIJ. 6114 


. « mal, ils se sont enfuis. » On leur demanda dans quel but ils avaient 
concu une entreprise si périlleuse. « C'était, répondirent-ils franche- 
.« ment, afin d'amener le roi et monseigneur le duc de Guienne à nos 
« seigneurs les ducs, qui n'ont rien plus à coeur en ce monde que de 
« rester auprès d'eux et de les séparer entièrement du duc de Bour- 


« gogne. » 


Le duc de Bourgogne apprit aussi par eux qu'il ne se faisait rien dans 
le camp, qu'il ne se traitait aucune affaire dans le conseil du roi, sans 
que lesdits seigneurs en fussent informés. Il accusa maître Geoffroi de 
Villon, secrétaire du roi, Gilles de Soisy ' , et Enguerrand de Seurre, 
écuyers , de leur révéler ce qui se passait et les déclara traitres infámes. 
C'étaient des gens de la maison et de la suite de messire Robert de 
Boissay, renommés pour leur activité et leur esprit, aimés de tous et 
à l'abri de tout soupcon. Mais comme ils s'étaient servis plusieurs fois 
d'un de leurs serviteurs qui avait des relations dans la ville, pour 
faire passer aux ennemis des renseignements écrits sur la situation 
de l'armée royale, cet homme, rentrant en lui-méme et pressé par 
le repentir, alla trouver le duc, lui demanda pardon et lui dévoila la 
trahison. Les coupables furent aussitót arrétés par ordre du roi; ils 
avouérent entre autres choses qu'ils avaiént promis de fournir aux 
ennemis les moyens d'enlever le roi et le duc de Guienne, qu'ils leur 
avaient plusieurs fois donné avis de l'état des affaires, mais qu'ils 
n'avaient pas de complices. Les deux écuyars furent décapités le 23 juin; 
le secrétaire du roi fut également exécuté quatre jours aprés, afin que 
leur mort servit d'exemple aux autres. 


Dès ce moment le duc de Bourgogne veilla avec un nouveau soin 
à ce que le roi füt en sûreté dans son camp. En méme temps il fit 
venir d'habiles charpentiers et menuisiers et résolut de jeter un pont 


* Monstrelet dit : Geoffroi de Bouillon, secrétaire du duc d'Aquitaine, et Gilles de 
Torsy. ms 


672 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


ligneum aptari, ut urbs per circuitum vallaretur, et adversario- 
rum suorum exitus impediretur. | 


CAPITULUM XI. 
Quid egerunt bellatores regii ad regni custodiam deputati , durante obsidione. 


Ad militares conciones relictas ad persequendum adversa- 
rios, qui per Aurelianensem et Carnotensem pagos, Norma- 
niam quoque cedibus et rapinis vexabant continue, reducam 
calamum , scripturus aliqua ab ipsis laudabiliter gesta, que rex 
nunciis et apicibus scivit, dum in obsidione resideret. 

Inclitum comitem Sancti Pauli, conestabularium Francie, 
nuper et multis feriis ad occupacionem ville et municipii Dro- 
carum in vanum desudasse, cum machinis obsidionalibus care- 
ret, littere continebant. Sed cum ulterius procedens cum rege 
Ludovico, ut per terram comitis de Alenconio grassando oppida 
sua auctoritate regia occuparet, comes eidem viribus obviare 
insidiose temptavit. Strenuissimo militi Johanni de Gaucourt 
rem committens, precepit ut cum octingentis electis pugnato- 
ribus ad unguem armatis, et qui equos velociores habebant, ad 
hostes magnis itineribus contenderet, ipsos -quoque invaderet 
inopinato agressu, antequam patrie interiora ingressi acies 
instruxissent et adunati caucius se haberent. Divisos bellatores 
et nichil sibi timentes sine difficultate sperabant opprimere in 
toto vel parte maxima. Sed eorum adventu per quemdam trans- 
fugam patefacto, cum comes in concione militum quesivisset 
quid inde agendum esset, omnes unanimiter decreverunt ut | 
loco satis abdito non longe a quadam via strictissima, cuidam 
stagno contigua, per quam transituri erant , pedestres et in acie 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 673 


. de. bois sur la rivière et sur les marais voisins, afin de bloquer entié- 
rement la ville, et d'empécher que les assiégés ne pussent en sortir. 


CHAPITRE XI. 


Faits d'armes accomplis, duraut le siége de Bourges, par les troupes royales 
chargées de la défense du royaume. 


Je passe au récit des glorieux faits d'armes qu'accomplirent les 
corps de troupes envoyés à la poursuite des. ennemis qui couraient 
l'Orléanais et le pays Chartrain et mettaient la Normandie à feu et à 
sang. Le roi apprit ces exploits par des lettres et des messages, pen- 
dant qu'il était occupé au siége de Bourges. 


Ces lettres l'informaient que l'illustre comte de Saint-Pol, conné- 
table de France, avait perdu plusieurs jours sous les murs de Dreux, 
sans pouvoir s'emparer ni de la ville ni du château, parce qu'il n'avait 
point de machines de siége ; mais qu'il avait passé outre et s'était dirigé, 
de concert avec le roi Louis, sur les terres du comte d'Alencon, pour 
occuper au nom du roi les places de ce seigneur. Celui-ci résolut de 
repousser cette agression par la force des armes et par d'habiles ma- 
nœuvres. Il chargea le vaillant chevalier Jean de Gaucourt de marcher 
à grandes journées contre le connétable à la téte de huit cents hommes 
d'armes d'élite, montés sur d'excellents chevaux , et de fondre à l'im- 
proviste sur ses adversaires, avant qu'ils fussent arrivés au coeur du 
pays et qu'ils eussent eu le temps d'organiser leur armée et de prendre 
toutes leurs précautions. [l espérait que ledit chevalier écraserait sans 
peine des troupes en désordre et qui n'étaient point sur leurs gardes. 
Mais le comte de Saint-Pol, instruit par un transfuge de l'approche 
des ennemis, délibéra aussitôt avec ses principaux officiers sur ce qu'il 
y avait à faire. Il fut décidé unanimement qu'on se posterait dans un 
lieu caché, non loin d'un étroit sentier qui touchait à un étang, et 
qu'on y attendrait l'ennemi de pied ferme en ordre de bataille. On 
établit en conséquence dans une position avantageuse quatre cents 
anbalétriers et archers bien aguerris, qui faisaient partie de l'armée; 

IV. 8b 


674  CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXIII. 


ordinata expectarent adversarios pede fixo. Quadringentos 
iterum balistarios et sagittarios ekpertos, quos secum adduxe- 
rant, commode collocaverunt, qui et factum laudabile reddi- 
derunt. Nam cum hostes in pomposo equitatu strictum iter 
pertransissent, sicut edocti fuerant, in equos eorum «sagittas 
emiserunt. Unde vulnerati et indomiti effecti quosdam ex suis 
sessoribus in stagno proximo submerserunt, alios retrocedere 
coegerunt , et quamplures gladiis expectancium invitos immer- 
serunt. Antequam congrederentur, inopinato tractu sic victi qui 
advenerant , ex eis plures interempti sunt, multi redempcionis 
jugum odibile subierunt; et qui cum capitaneo evadere potue- 
runt, ad succursum Biturice civitatis magnis itineribus conten- 
derunt. | 

Sic victoribus concessa grassandi libera potestate, Sancti 
Remigii, Castri Novi, et de Belesimo villas, comiti de Alenconio 
subditas, cum municipiis villarum non sine resistencia ceperunt, 
prius compatriotis prestito juramento quod deinceps indempnes 
custodirentur et manerent immediate sub rege. Rerum autem 
acquisitarum cum rex Ludovicus concessione regia possessio- 
nem accepisset, eidem conestabularius peteus Picardiam, ne 
Anglici, qui jam per mare vagabantur, ipsam ingrederentur, 
vale dixit, prius tamen marescallo de Logni, Strabon de la 
Heuse et Antonio de Crodonio stricte precipiens ut ad cap- 
cionem ville et castri Drocarum, adversariorum principalis 
habitaculi , sollicite intenderent. 

Ad. hoc opus, sicut condictum fuerat, quidam magne auc- 
toritatis burgenses Parisienses, scilicet Andreas Rousselli et 
Johannes de Lolive, quingentos cives Parisienses, scilicet ex 
qualibet decania urbis unum, elegerunt , qui secum obsidiona- 
lia instrumenta navibus et vehiculis attulerunt. Quotquot simul 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 675 


leur habileté assura le sucoès du plan qui avait été arrété. En effet, à 
peine la cavalerie ennemie , qui faisait grand étalage, eut-elle passé le 
sentier, qu'ils l'assaillirent d'une gréle de traits, ainsi qu'il leur avait 
été recommandé. Les chevaux, irrités par leurs blessures, prirent le 
mors aux dents; les uns se noyérent dans l'étang voisin avec leurs 
cavaliers, d'autres rebroussérent chemin; la plupart allérent s'enfer- 
rer dans les épées des gens postés sur leur passage. Ainsi le corps que 
commandait Jean de Gaucourt fut surpris et vaincu, avant: méme 
d'avoir combattu. Il y eut beaucoup de morts; un grand nombre fut 
mis à rancon. Ceux qui purent s'échapper avec leur capitame mar- 
chérent en toute háte au secours de la ville de Bourges. 


Les vainqueurs, se voyant maîtres de la campagne, s'emparérent , 
non toutefois sans quelque résistance, des villes et des citadelles de 
Saint-Remi, de Châteauneuf et de Belléme, qui étaient soumises au 
comte d'Alencon; ils avaient fait serment aux habitants qu'ils seraient 
désorrnais à l'abri de tout dommage et reléveraient directement du roi. 
Le roi Louis prit possession de ces conquétes en vertu de la conces- 
sion qui lui avait été faite; aprés quoi, le connétable prit congé de lui, 
pour aller en Picardie s'opposer au débarquement des Anglais, qui 
s'étaient mis en mer. Avant de partir, il chargea expressément le 
maréchal de Logny, le Borgne de la Heuse et Antoine de Craon de 
poursuivre sans reláche le siége de la ville et du cháteau de Dreux, qui 
était le principal repaire de leurs ennemis. 


Il avait été convenu que les Parisiens concourraient à ce siége. En 
conséquence deux des plus notables bourgeois de Paris, André Rous- 
sel et Jean de l'Olive, formérent un corps de cinq cents hommes 
choisis parmi toutes les dizaines de la ville, et amenérent avec eux 
dans des chariots et sur des -bateaux tous les instruments nécessaires 
au siége. L'assaut commença le 41 juillet; toutes les troupes réunies 


676  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
convenerant, die decinia jullii, cum jaculis, missilibus et emis- 
sione lapidum molarium diros inchoaverunt assultus, quos 
et oppidani constanter pertulerunt fortiter resistendo; in con- 
tumeliosa verba erumpentes, invadentes omasarios immundos 
nuncupabant, eos in furorem nimium accendentes. Cumque 
triduo continuassent assultus, audientes quod comes de Alen- 
conio accedebat cum pugnatorum copia, ut obsidionem solveret, 
mutuo deliberaverunt quod ipsum expectarent acie ordinata. 
Sed per exploratores certi facti quod id adinventum erat, 
ardencius solito repecierunt assultus. Utrinque concessum erat 
quod de nocte ab invasionibus mutuis cessaretur; sed obses- 
sores videntes quod id in eorum prejudicium vertebatur, quia 
spacio nocturno quidquid destruxerant de die in circuitu muro- 
ruin ceteri reparabant, condicionem non plus se servaturos 
dixerunt. Sic igitur quarta obsidionis nocte muros locis pluri- 
mis destruentes, ut illucescente die, duarum horarum spacio 
continuantes conflictum, quidam ex Parisiensibus per foramen 
ictu petrarie factum nec illa hora servatum intraverunt cum 
vexillo Parisiensi, et ingeminantes ad mortem in hostes fortiter. 
irruerunt, per pontem levatilem ceteris aditum concedentes. 
Hostes animo consternati mox in oppidum fugere temptave- 
runt; sed in fuga sex viginti ex eis interfectis, victores villam 
antiquis predis munitam jure predalem fecerunt, et ex predis 
hic repertis omnes usque ad nauseam ditati sunt, hostibus veri- 
ficantes dictum appostoli : Ÿ’e qui predaris, quoniam et depre- 
daberis. | | 

Quamvis triplici ordine bellatorum ob inequalitatem ambitus 
castrum obsidendum esset, utique arduum opus, cum socii 
sociis opem ferre non valerent, quia tamen agredi ardua amat 
virtus, id agressi in obsidione manserunt, agentes quidquid. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 677 


lancérent contre la place une gréle de traits, de fléches et de pierres 
d'une énorme grosseur. Les habitants repoussérent leurs efforts avec 
beaucoup de vigueur et de courage; ils leur adressaient de sanglantes 
injures, les traitant d'ignobles tripiers et excitant ainsi leur fureur. 
Au bout de trois jours, les assaillants, ayant oui dire que le comte 
d'Alencon s'avancait à la téte d'une armée pour faire lever le siége, 
prirent la résolution de l'attendre en bon ordre. Ils surent bientót 
par leurs éclaireurs que c'était une fausse nouvelle, et recommencé- 
rent leurs assauts avec un nouvel acharnement. ll avait été convenu 
de part et d'autre qu'on suspendrait les hostilités pendant la nuit. 
Mais les assiégeants, voyant que cela tournait à leur préjudice, parce 
que leurs adversaires profitaient de la nuit pour réparer les bréches 
faites à leurs murailles pendant le jour, déclarérent qu'ils n'observe- 
raient plus cette condition. En conséquence, la quatrième nuit du 
siége, ils ouvrirent plusieurs bréches , et montérent à l'assaut au point 
du jour. Aprés deux heures de combat, quelques Parisiens pénétré- 
rent dans la place avec la banniére de Paris par une ouverture prati- 
quée au moyen d'un pierrier et qui n'était pas gardée en ce moment. 
Ils fondirent vigoureusement sur l'ennemi en criant à mort, à mort! 
abaissérent le pont-levis et donnèrent entrée à leurs compagnons. 
Les habitants effrayés voulurent se réfugier dans la citadelle; mais 
cent vingt d'entre eux furent massacrés en fuyant. Les vainqueurs, 
usant de leurs droits, saccagérent la ville, où se trouvait entassée 
depuis long-tempe une immense quantité de butin. Ils s'en gorgèrent 
tous jusqu'à satiété, et ainsi fut vérifiée, aux dépens de l'ennemi, 
cette parole de l'apótre : Malheur à celui qui pille, car il sera pillé 


à son tour. | 


Il fallait diviser l'armée en trois corps pour assiéger la citadelle, 
dont l'enceinte était irrégulière , et l'entreprise était difficile; car les 
différents corps ne pouvaient se préter mutuellement assistance. Mais 
le’ courage aime à braver les obstacles. Ils commencérent.donc ce 





678  GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
hostis in adversarium consuevit, donec audierunt tractatum 
inter principes confirmatum. 


CAPITULUM XII. 


Castrum Sacri Cesaris regi redditur. 


Precibus, hortatu magistri hospicii regii, cognatus ejus ger- 
manus dominus Guichardus Dalfini consensiit ut vallidissimum 
castrum Sacri Cesaris, hostium receptaculum principale in 
Bituricensi ducatu, et unde usque ad Caritatem super Ligerim 
et Niverniensem urbem grassabantur, dicioni regie subderetur. 
Ad custodiam municipii deputati qui ceteris auctoritate precel- 
lebant, ut senserunt se predis et latrociniis usque ad nauseam 
ditatos, urbem Bituricensem pecierunt ut sociis opem ferrent; 
et interim dum ceteri more solito rapinas circumcirca patriam 
more suo exercebant, sicut condictum fuerat, custos oppidi 
gentes regis introduxit. 


CAPITULUM XIII. 


Rex ad alteram partem urbis transdueit exercitum , et prepositum Parisiensem misit 


pro stipendiis militaribus afferendis. 


Obsidione durante, utrinque insidiose nunc claro nunc obs- 
curo marte parvi commissi sunt conflictus, et quamvis intror- 
sum residentes semper pejorem calculum reportarent, continue 
tamen emittentes incaute jacula casu et sine studio dirigencium 
militibus et armigeris letalia sepe vulnera inferebant. Ex altera 
autem parte, qui machinis emittendis habebant industriam, 
vices pro vicibus rependentes, molares lapides emittebant, unde 








^ 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 679 


siége, et continuérent sans reláche leurs attaques, jusqu'au moment 
où ils apprirent qu'un traité avait été conclu entre les princes. . 


CHAPITRE XII. 


Le cbáteau de Sancerre se rend au roi. 


Messire Guichard Dauphin consentit, sur la priére et les instances 
du grand-maître de la maison du roi, son cousin germain, à remettre 
sous l'autorité royale le éhâtean fort de Sancerre, qui était la plus 
importante place d'armes des ennemis dans le duché de Berri, et d'où 
ils poussaient leurs courses jusqu'à la Charité-sur-Loire et Nevers. Les 
principaux d'entre ceux qui avaient été chargés de défendre ledit chá- 
teau , aprés s'étre gorgés de butin et enrichis par leurs brigandages, 
étaient allés à Bourges pour préter main-forte à leurs compagnons. Le 
reste de la garnison était sorti suivant sa coutume pour ravager le 
pays d'alentour. Pendant ce temps, le commandant de la place y intro- 
duisit les gens du roi, comme il avait été convenu. 


CHAPITRE XIII. 


Le roi transporte son camp d'un autre côté de la ville de Bourges , et envoie le prévót 


de Paris chercher de l'argent pour la solde des troupes. 


Durant le siége de Bourges, il y eut des coups de main tentés de 
part et d'autre et plusieurs engagements peu décisifs. Bien que les 
assiégés fussent presque toujours battus, ils ne laissaient pas de conti- 
nuer à faire pleuvoir sur le camp une gréle de traits, qui, quoique 
décochés au hasard, frappaient souvent à mort des chevaliers et des 
écuyers. Par représailles, nos artilleurs lancaient contre la ville 
d'énormes pierres, qui brisaient les murs d'enceinte, ou passaient 
par-dessus et allaient renverser des maisons, écrasant sous leurs 


680 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


sepius muros in circuitu frangebant, quos et quociens pertrans- 
ibant, domos cum habitatoribus subvertebant, non sine mul- 
torum: per vicos transeuncium strage. Sic exercendo armorum 
preludia, multis feriis exactis, cum, adjacente patria bonis 
omnibus exhausta, longius solito et cum labore maximo pabu- 
lari opporteret, nec rex pontem inchoatum propter maresca- 
giorum profunditatem nequiret consummare, mutare locum qui 
secretis colloquiis assistebant statuerunt. Jam enim subsidiarii 
regii plagam illam gregibus et armentis omnibus privaverant, 
cum vineis quercus frondosas arboresque fructiferas succide- 
rant fere per viginti miliaria. Et ideo per tres leucas fluvium 
exsuperantes, nando alteram partem urbis bonis omnibus refer- 
tam pecierunt. 

Tunc stipendiarios milites et armigeros murmurantes pro 
laboribus non competenter remuneratis rex compescere cupiens, 
jullii prima ebdomada, prepositum Parisiensem Parisius desti- 
navit, qui peccunias jam collectas secure distribuendas afferret 
et celerius quod posset. Qui in urbem a civibus honorifice intro- 
ductus, omnibus ad colloquium evocatis, premissa salutacione 
regia, eis regem, .dominos duces Guienne et Burgundie regra- 
ciari asseruit, dum sic attencius Deum et celicolas exorabant ut 
eorum expedicio fine laudabili clauderetur. Addidit et precibus 
fidelium subditorum eos plus confidere quam armis; ideo sin- 
gulos et universos hortari ut continuarent incepta. Que monita 
quamvis omnes viri ecclesiastici postmodum observaverunt, 
cum sollempniori tamen processione sequenti ebdomada cano- 
nici sacre Capelle regalis Palacii Parisiensis. Nam Bernardistis, 
Jacobitis, Maturinis et ecclesiarum parrochialium Sancti Sal- 
vatoris Sanctorumque Eustachii et Jacobi rectoribus preceden- 
tibus, sex quoque fere milibus promiscui sexus subsequentibus 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 681 
ruines et ceux qui les habitaient et ceux qui passaient dans les rues. 


Plusieurs jours s'écoulérent ainsi dans ces préludes du siége. Mais- 


bientót les environs de la ville se trouvérent épuisés, et il fallut aller 
chercher au loin et à grand'peine les provisions nécessaires. Cette cir- 
constance, jointe à ce que le roi ne pouvait, à cause de la profondeur 
des marais, achever le pont projeté, détermina les membres du conseil 
à transporter le camp ailleurs. Déjà en effet les troupes royales avaient 
consommé tout le gros et le menu bétail du côté où l'on se trouvait, 
et détruit, dans un espace de vingt milles environ, les vignes, les 
bois et les arbres fruitiers. En conséquence elles passérent la riviére 


à la nage à trois lieues de la ville, et allérent camper de l'autre côté 


dans un pays bien approvisionné. 


Alors le roi, voulant apaiser les murmures des chevaliers et des 
écuyers qui se plaignaient de ne pas être convenablement rémunérés 
de leurs services, envoya à Paris le prévót de cette ville, Pierre des 
Essarts, dans la premiére semaine de juillet, pour y chercher l'argent 
qui avait été recueilli et l'apporter au camp le plus promptement pos- 
sible. Le prévót fut recu avec honneur par les bourgeois; il les fit 
assembler, et aprés les avoir complimentés de la part du roi, il leur 
dit que le roi et messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne 
les remerciaient des ferventes prières qu'ils adressaient à Dieu et aux 
saints pour le succés de leur expédition, et ajouta que les princes 
comptaient plus sur les priéres de leurs fidéles sujets que sur leurs 
propres forces , qu'en conséquence ils les exhortaient, tous et chacun 
d'eux en particulier, à continuer leurs pieuses pratiques. Tous les 
membres du clergé se conformérent avec empressement à cette invi- 
tation; mais les chanoines de la Sainte-Chapelle du Palais de Paris se 
distinguèrent surtout par la magnificence qu'ils déployérent dans une 
procession qui eut lieu la semaine suivante. Précédés des Bernardins, 
des Jacobins, des Mathurins et des curés des églises paroissiales de 
Saint-Sauveur, de Saint-Eustache et de Saint-Jacques, et suivis d'envi- 

IV. 86 





682 . CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXI. 
nudis pedibus, porcionem salutifere crucis Christi , caput quo- 
que Sancti «Ludovici cum omnibus suis jocalibus ad ecelesiam 
Sancti Dyonisii attulerunt, et pro páce missam de beato Dyo- 
nisio in religiosorum choro devotissime cantaverunt. . 

Ut autem ipsum prepositum cum stipendiis militaribus re- 
meare adversarii cognoverunt, ex strenuis capitaneis quosdam, 
scilicet Guitardon et Yvonem de Lanoe cum trecentis Britoni- 
bus, Gasconibus et Lombardis armatis ad ungnem precipientes 
ut in insidiis latentes eum incautum caperent et peccuniis spo- 
liarent; excogitataque in actum procul dubio produxissent, 
nisi dux Burgundie eorum astuciam elusisset. Nam dominos 
Hely et de Ront cum quadringentis pugnatoribus Picardis et 
centum sagitariis mox direxit, qui, transmeato fluvio, et eos 
fugere: compulerunt., et prepositum indempnem cum financiis 
redüxerunt. 


CAPITULUM XIV. 


Multi, nobiles elaboraverunt ut inter partes pacificus componeretur tractatus. 


Clarorum  dueum: et comitum lilia deferencium aurea toti 
regno utique dampnosam discordiam inter omnes süumme auc- 
toritatis principes inclitus comes Sabaudie ferebat displicen- 
cius, attendens se ex filia domini ducis Biturie originaliter 
descendisse, sorori quoque ducis Burgundie nupsisse. Ut con- 
cordie zelator, ad regem jam direxerat suos nuncios speciales. 
Qui ad regis adducti presenciam, ipsisque facta dicendi gracia 
qnod placeret, apices comitis obtulerunt, in quibus, ut fide 
digni ferebant, post;premissam humilem recommendacionem,, 
mirari se dicebat et cordiali amaritudine condolebat quod in 
patrem sie viribus seviretur. Îterum naturali conjunctos.federe; 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXUI. 683 


ron six mille personnes des deux sexes qui marchaient nu-pieds , ils 
portérent à l'abbaye de Saint-Denys un morceau de la vraie Croix, la 
tête de Saint Louis et tous leurs joyaux, et chantérent solennellement 
dans le choeur de l'église la messe du glorieux martyr pour la paix. 


Cependant les ennemis, ayant été informés que le prévót revenait 
au camp avec la solde.des troupes, chargérent deux de leurs plus 
braves capitaines , Guitardon et Yves de Lanoue, d'aller se mettre en 
embuscade sur son passage avec trois cents hommes d'armes bretons, 
gascons et lomhards, pour le surprendre et lui enlever l'argent qu'il 
portait. Mais le duc de Bourgogne déjoua ce projet. Il détacha aussi- 
tót les sires de Helly et de Ront avec quatre cents hommes d'armes 
picards et cent archers, qui, après : avoir passé la rivière, mirent l'en- 
nemi en fuite et ramenèrent le prévót sain et sauf avec son argent. 


' CHAPITRE XIV. 


. Plusieurs seigneurs s’entremettent pour faire copclnre un traité de paix aux deux 
partis. : 


Parmi les princes et les seigneurs qui déploraient. amérement lés 
divisions des ducs et comtes de la maison de France ,-si funestes à tout 
le royaume, l'illustre comte de Savoie se faisait surtout remarquer 
par l'affiction qu'il.en témoignait. Il y prenait d'autant plus d'intérét, 
qu'il avait pour mère une fille de monseigneur le.duc de Berri et 
pour femme une sœur du duc de Bourgogne *. Dans son ardent désir 
de la pair, il envoya au roi des ambassadeurs, qui furent amenés en 
présence de sa majesté. Ayant obtenu la permission d'exposer ce qu ils 
avaient à dire, ils présentérent le message de. leur maître: Après les 
compliments d'usage, le comte, à ce que m'ont assuré des per- 
sonnes dignes de foi, exprimait son étonnement et son profond chá- 
grin de oe-qu'on peursuivait à outrance son &iéul ;'il représentait qu Al 


'' Bonne de Berri, femme d’Arnédéé VII. * * Marguerite de Bourgogne. ^ ' Á 


684  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


patruum scilicet et nepotem, tam diu dissenciisse irracionale 
reputans in detrimentum intollerabile regni gaudiumque adver- 
sariorum ejus, rogabat ut missi nuncii, cum licencia regali per- 
transeuntes ad patrem, temptarent concordie medium mutuo 
reperire. Annuit rex liberaliter quod petebant, concessis indu- 
ciis, donec regrederentur ad ipsum. Et quamvis inter se multa 
secreta habuerint colloquia michi penitus ignota, redeuntes 
tamen scio obtinuisse a rege ut legati a duce ipso mittendi 
audienciam haberent et redeundi sine dampno liberam potes- 
tatem. 


CAPITULUM XV. 
De archiepiscopo Bituricensi misso. 


Die igitur assignata, regi tenenti castra pacifica, et regali 
tentorio cum ducibus Guienne et Burgundie , rege quoque Sici- 
lie Ludovico, qui hac die ad castra venerat, ceterisque ducibus 
et comitibus regali velut solio residenti, se cum quibusdam 
famosis militibus venerabilis Bituricensis archiepiscopus, vir 
utique Tulliana facundia pollens atque summa industria, pre- 
sentavit. Qui audienciam assequtus , quamvis profunde et sub- 
tiliter peroraverit more suo, nee omnia sérietenus narrare 
mens michi sit, quia compendio quod quero studiose officeret, 
dicam tamen cunctis principibus cum rege assistentibus, et 
nominatim , recommendacionem humilem, excepto duce Bur- 
gundie, premisisse ; ulteriusque procedens, dominos duces 
Biturie et de Borbonio omnesque eisdem adherentes dominos 
molestissime ferre quosdam assentatores pessimos, Jude prodi- 
tox) simillimos, regiis auribus intonuisse quod et regem novum 
facere intendebant, partem Clementis quondam pape fovebant, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 685 


était étrange que la discorde régnât depuis si long-temps entre des 
princes unis par les liens du sang, entre un oncle et un neveu, que 
ces divisions causaient de grands dommages au royaume et faisaient la 
joie des ennemis; il priait le roi d'accorder à ses ambassadeurs la per- 
mission de se rendre auprés du duc de Berri pour chercher les moyens 
de rétablir la bonne harmonie entre eux. Le roi acquiesça volontiers * 
à cette demande et suspendit les hostilités jusqu'à ce que les envoyés | 
fussent de retour prés de lui. Ils eurent avec le duc plusieurs confé- 
rences secrétes. J'ignore entiérement ce qui s'y passa; je sais seule- 
ment qu'à leur retour les ambassadeurs obtinrent du roi qu'il don- 
nerait audience aux députés que le duc devait lui envoyer, et qu'il les 
' laisserait repartir en toute liberté. 


CHAPITRE XV. 


Ambassade de l'archevéque de Bourges. 


Les hostilités ayant donc été suspendues, le vénérable archevéque 
de Bourges, personnage d'une rare éloquence et d'une grande habi- 
leté , se présenta, au jour fixé, avec plusieurs chevaliers fameux à l'au- 
dience du roi, qui était assis dans sa tente, sur une espége de trône, 
entouré des ducs de Guienne et de Bourgogne, du roi de Sicile Louis, 
arrivé le jour méme à l'armée, et de quelques autres ducs,et comtes. 
Le prélat, ayant obtenu la parole, prononca selon sa coutume un beau 
diecours, que je ne rapporterai pas ici tout au long, pour ne point 
m'écarter-de la briéveté dont je me suis fait une loi. Je me conten- 
terai de dire qu'il commença par offrir ses humbles hommages à cha- 
cun des princes qui se trouvaient là, le duc de Bourgogne excepté. 
Puis il exposa que messeigneurs les ducs de Berri et de Bourbon et 
tous les seigneurs leurs alliés voyaient avec le plus vif déplaisir que 
de perfides flatteurs, dignes d’étre comparés au traître Judas, eussent 
osé les calomnier dans l'esprit de sa majesté en les accusant de vou- 
loir faire un nouveau roi, de soutenir le parti du feu pape Clément, 
et d'avoir conclu un pacte d'alliance avéc les Anglais au préjudice du 


686  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

et pacta cum Anglicis pepigerant in regis prejüdicium et regni. 
Subsequenter singulorum genealogiam, .et in quanto consan- 
guinitatis gradu regi attinebant multipliciter. recommehdans, 

quam fideles hucusque extiterant erga regiam majestatem, cui 
et ardenti desiderio cupiebant complacere, disposicioni ejus- 
dem se et sua humiliter submittentes, prolixiori sermone dis- 
seruit. In calce autem verborum constanter. et absque erubes- 
cencie velo asseruit eos nunquam aliquod attemptasse vel 
excogitasse contra regiam majestatem , ideo humiliter suppli- 
eare ut illi, qui falsis adinventis criminibus famam suam deni- 


graverant, caperentur et ut obloqutores iniqui et proditores 
pessimi punirentur. 


CAPITULUM XVI. 


Domini multi conantur pacem componere inter duces. 


Cum justum sit et racioni consonum subditos superioribus 
humiliter obedire, et hanc viam veniendi ad pacem quotquot 
in officiis regiis auctoritate pollebant elegerunt cum insigni 
priore de Rodis, quam et primus practicandam suscepit erga 
ducem Biturie; audaciamque prestabat, cum ipse de generosa 
existens progenie sub dicione ejusdem natus esset. 

Feriis successivis ad idem ceteri dignum duxerunt laborare, 
quociens fedus induciale.dabatur et utrinque anctoritate regia 
emissiones lapidum instrumentorum obsidionalium cessabant ; 
que et ipsum ducem sciébant jam ad ultimam necessitatem et 
displicenciam adduxisse. Referunt in urbe tunc residentes, nobi- 
les et ignobiles, hujus artis habentes experienciam, ab inicio 
obsidionis elaborasse attencius ad destructionem palacii ducis, 
quod eunctis edificiis urbis eminehat. Sed ox , tt inde. exiens 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 687 


roi et du royaume. Passant ensuite à la généalogie de chacun d'eux, 
il fit remarquer combien ils étaient proches parents du roi, exalta 
fort longuement la fidélité dont ils avaient toujours fait preuve jus- 
qu'alors envers sa royale majesté, à laquelle ils désiraient ardemment 
complaire, et déclara qu'ils mettaient humblement à sa disposition 
leurs personnes et leurs biens. Il affirma, en finissant, de la maniére 
la plus formelle et la plus explicite, que jamais ils n'avaient concu 
ni commis aucun attentat contre le roi, et ajouta qu'ils demandaient 
humblement qu'on arrétát ceux qui avaient terni leur honneur par de 
faux rapports et. par des accusations mensongéres, et qu'on les punit 
comme de misérables calomniateurs et d'infámes traîtres. 


CHAPITRE XVI. 


Plusieurs seigneurs essaient de rétablir la paix entre les ducs. 


Les principaux officiers de la cour, considérant qu'il était de toute 
justice et d'une grande importance que les sujets rentrassent humble- 
ment dans l'obéissance due à leurs supérieurs, voulurent aussi tra- 
vailler au rétablissement de la paix. L'illustre prieur de Rhodes: 
s'entremit le premier à cet effet auprès du duc de Berri; il était né 
dams les domaines dudit duc, et cette considération, jointe à sa haute 
naissance , l'enhardit dans ce dessein. 


Pendant plusieurs jours, des tentatives semblables furent faites par 
d'autres seigneurs, toutes les fois qu'il y eut suspension d'armes et que 
lea roi fit interrompre le jeu des batteries dont. le duc avait beaucoup 
à souffrir et qui l'avaient réduit à là derniére détresse. J'ai;su des 
habitants mémes de Bourges, nobles et bourgeois, que les artilleurs 
avaient dés le commencement du siége tourné tous leurs efforts contre 
le palais du duc, qui dominait les autres édifices de la ville; mais que, 


* Messire Philibert de Lignac. 


688 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


ipsum ducisse relinquit custodie, ob reverenciam ejus ipsum 
inquietare desisterunt. Emissorum lapidum molarium .clamo- 
sum tonitruum, ictus quoque ex inconsuetis fulminibus et quasi 
infernalibus claustris procedentes non immerito pertimescens, 
sepéies durante obsidione loca mutare statuit secrecius quam 
valebat. Sed mox ut limen domus attigerat, ad destructionem 
illius machinas jaculatorias disponebant. Cuncta que gereban- 
tur in urbe cotidie regiis revelabantur in castris; omnibusque 
notum erat ducis stipendiarios, cum non sufficienter militares 
premiarentur labores, murmurare, quamvis, ut de peccuniis 
taceam monetatis, inestimabilis valoris jocalia gemmis ornata 
preciosis, in quibus ipse solus omnes regnicolas principes supe- 
rabat, ut ferebatur a cunctis, expendisset. 


CAPITULUM XVII. 


De mortalitate que in castris inchoavit. 


Et quamvis inter militares turmas publicus fieret sermo de 
tractatu pacifico in brevi componendo, quidam tamen quietis 
impacientes cum sagittariis Anglicis ad molendina civitatis jullii 
duodecima die impetuose perrexerunt, et ipsa invitis civibus 
fortiterque resistentibus combusserunt. Ignominiam tamen 
passam impacienter ferentes, die sequenti armati in magno 
numero exierunt; sed ope sagittariorum Anglorum retrocedere 
ad urbem sunt compulsi, prius ex suis in fuga ultra centum et 
viginti interfectis; quorum cadavera inhumata usque ad regis 
recessum remanserunt, que supra omnia alia morticinia castris 
fetorem infectivum intulerunt. Cadaverum eciam longe lateque 
per castra disjectorum odor fetidissimus, per olfactum conti- 
nue ad precordialia penetrans, jam multos milites et scutiferos 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 689 


ce prince s'en étant retiré et y ayant laissé la duchesse, ils cessèrent, 
par respect pour elle, de diriger leurs attaques de ce cóté. Sept fois, 
durant le siége, le duc effrayé par le fracas épouvantable des énormes 
pierres que lancaient les assiégeants, et par les effets destructeurs des 
machines foudroyantes qui semblaient venir de l'enfer, changea de 
résidence le plus secrétement qu'il put. Mais à peine était-il établi dans 
un nouveau logement, que toutes les batteries eunemies étaient mises 
en jeu pour ledétruire; car il ne se passait rien dans la ville qui ne füt 
révélé chaque jour au camp du roi. On savait. aussi que les troupes du 
duc se plaignaient de ce que leurs services n'étaiept.pas assez large- 
ment payés, bien qu'il eût sacrifié, dit-on, outre tout son argent 
monnayé, plusieurs j joyaux ornés de pierreries d'une valeur incalcu- 
lable et dont il avait à lui seul une plus grande quantité que tous les 
autres princes du royaume. 


CHAPITRE XVII. 
Grande mortalité dans le camp du rei. 


Il n'était bruit parmi les gens de guerre que de la conclusion pro- 
chaine d'un traité de paix ; cependant plusieurs d'entre eux , fatigués 
de leur inaction, allérent le 12 juillet tenter un coup de main avec les 
archers anglais contre les moulins de la ville, ei parvinrent à y mettre 
le feu, malgré la vigoureuse résistance des habitants. Ceux-ci voulu- 
rent tirer vengeance de cet échec, et firent une grande sortie le len- 
demain; mais ils furent repoussés par les archers anglais et perdirent 
dans la déroute plus de cent yingt des.leurs, dont les corps restérent 
sans sépulture jusqu'au départ du roi. Les exhalaisons pestilentielles 
de ces cadavres et de tous ceux. qui gisaient épars cà et là dans les 
environs infectérent le camp. L'odeur fétide qu'ils répandaient partout, 
pénétrant jusque dans la poitrine, avait déjà détruit la santé d'un 
grand nombre de chevaliers et d'écuyers. À ce fléau se joignirent la 
dyssenterie et plusieurs autres maladies, qui emportérent pendant ce 
mois et le suivant, ainsi que je l'ai su de bonne source , deux mille 

IV. 87 


690 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


viribus penitus destituerat. Ex eis quoque isto mense et sequenti 
duo milia ventris profluvio aliisque variis morbis tactos occu- 
buisse vera relacione cognovi. Et esto armis progenitorum 
famosis singulos dixerim claruisse, addam tamen super morte 
domini Petri de Navarra, fratris regis Navarre unici, regis quo- 
que consobrini, ipsum regem reverenti suspirio et singulariter 
doluisse, quoniam meturus in consiliis existens semper sibi 
obsequiosus collega collateralis fuerat et fidelis. Summe eciam 
auctoritatis, juvenem bone indolis, dominum Egidium de Bri- 
tania , dücis Britanie fratrem, super ceteros lugendum dominus 
dux Guienne dignum duxit, quia etate juvenili et prima lanu- 
gine vernans, circumspectorum judicio, virilem portendebat 
providenciam; ejus quoque consilio dux ipse in cunctis dirige- 
batur agendis. 

E castris et tunc regiis apostematum pestis epidimialis 
egressa, et per regnum longe lateque diffusa, usque ad decem- 
bris finem perduravit; que famosis urbibus multa preclara 
domicilia in parte maxima vel in toto habitatoribus privavit. 
Et quoniam expertorum judicio phisicorum. ex aeris corrup- 
.cione minime procedebat, infectorum consorcia vitare princi- 
paliter consulebant. Innumerabiles et tuac viri, predictorum 
sequentes seritenciam , cum post febrem , in inguine, sub assel- 
lis vel gutture, duram humorum collectionem intumescere sen- 
ciebant, ipsam acceleracione flebotomie cogebant evanescere. 


CAPITULUM XVIII. 
Domino duci Biturie conditiones pacis componende offeremtur. 


Occasione hujus sevissime pestis. et horrende, summe auc- 
toritatis milites, qui sepius ad ducem Báturie mittebanter, 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 691 


d'entre eux. Ceux qui succombaient ainsi appartenaient pour la pla- 
part à d'illustres familles; je citerai particulièrement monseigneur 
Pierre de Navarre, frére unique du roi de Navarre et cousin du roi, 
qui le regretta et le pleura amérement; car depuis le long temps qu'il 
l'avait admis dans ses conseils, il avait toujours trouvé en lui un 
parent dévoué et fidéle. Monseigneur le duc de Guienne ressentit aussi 
une vive douleur de la perte de monseigneur Gilles de Bretagne, 
frère du duc de Bretagne ,- jeune prince: de grande espérance, qui, 
bien qu'à peine sorti de l'adolescence, promettait, au dire des gens 
sages, d'étre un jour un homme d'un rare mérite ; le duc de Guienne 
le consultait toujours dans les circonstances difficiles. 


La contagion qui régnait dans le camp se répandit par tout le 
royaume. Elle dura jusqu'à la fin de décembre et enleva dans plu- 
sieurs grandes villes la plupart des membres des principales familles. 
Les médecins les plus expérimentés déclarérent que le mal ne venait 
point de la corruption de l'air et recommandérent d'éviter soigneu- 
sement toute communication avec les malades. D'aprés leurs conseils, 
presque tous ceux qui étaient pris de la fièvre et qui sentaient se 
former des tumeurs et des apostémes soit à l'aine, soit aux aisselles, 
soit à la gorge, cherchaient à y remédier par une prompte saignée. 


CHAPITRE XVIII. 
Propositions de paix faites à monseigneur le duc de Berri. 


Les illustres chevaliers qui étaient souvent députés vers le dne de 
Berri, prirent occasion de ce cruel et terrible fléau pour le presser 


692 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
liberius monendi sumebant audaciam ut iracundiam regis 
humilitate placaret; ad quod cum plures ferias in’ vanum con- 
sumpsissent, tandem vallidis obtinuerunt precibus ut super 
deliberandis cum duce Burgundie mutuo loqueretur. Tunc expe- 
rimento didicerunt. quantum conferant ad pacem animorum 
discordancium vive, voces, mutui quoque aspectus. Nam eum 
die dicta ad locum: ad hoc paratum extra urbem convenissent, 
mox ut se mutuo conspexerunt, amborum pia viscera commota 
sunt, dexterasque offerentés sese cum. pacis osculo dulciter 
amplexati sunt. Assistencium véra relacione, qui convencio- 
nem cernebant cum cordiali affectu, didici, post singulorum 
salutacionis affatum, patruum nepotein sie alloqutum non sine 
lacrimis : « Nepos amantissime, me mala egisse confiteor et vos 
« procul dubio pejora. Nunc resipiscendum est ab inceptis, ut 
« regnum deinceps iir transquilitate maneat. » . 

Amborum ducum oculis nec non omrium circumstancium 
sermo acceptabilis visus est; sed nec regi domino quoque 
Guienne duci displicuit, et consilio principum statuerunt ut 
hinc inde Deum timentes milites et zelum ad unionem habentes 
sepius solito convenirent, qui super preambulis ad pacem in- 
vicem colloquerentur. Addam tamen eolloquia diu argumentosa 
extitisse, dum isti procurarent ut ad honorem regis expedi- 
cionis exitus clauderetur, alii vero ad restitucionem dominio- 
rum et officiorum regalium modis omnibus anhelarent; resque 
in longum ibat et in irritum desinebat, nisi dominus dux 
Guienne, motus instinctu divino, ut creditur, et sibi adheren- 
cium fidelium familiarium, ipsam accelerasset concludi. In 
regali enim consistorio, ipso principaliter mediante, delibe- 
ratum extitit. cedulaque notatum, die artis duodecima julki, 
sub hus verbis: videlicet : : , 1. + ”, 


CHRONIQUE DE CHARLES-VI. — LIV. XXXIII. 693 


avec plus d'insistance.d'apaiser le courroux du roi par.une humble 
soumissioh. Aprés bien des efforts inutiles, ds lé décidèrent enün à 
force de prières à entrer en pourparler avec le duc de Bourgogne. On 
vit alors combien une seule entrevue, une simple coníéreuce, peut 
contribuer au rétablissement de la bonne harmonie entre. les esprits 
les: plus . divisés. Au j jour marqué, les deux princes se rendirent ay lieu 
qui avait été préparé à cet effet hors de la ville. A peine furent-ils en 
présence l'un de l'autre , qu'ils se sentirent émus et attendris, se ten- 
dirent la main et s'embrassérent affectueusement. J'ai su par les rap- 
ports de quelques personnes qui assistèrent à: cette conférence et qui 
s'en réjouirent beaucoup, qu'après les salutations et les compliments 
d'usage, le duc de Berri, les larmes aux yeux, adressa ces ‘paroles à 
son neveu : « Mon bien aimé neveu, j'avoue que j'ai eu de grands 
« torts; mais vous en avez eu de plus grands sans contredit : il faut 
« maintenant renoncer à nos divisions, pour assurer r désormais la paix 
« du royaume. » 

Les deux ducs adoptérent avec empressement cette résolution; tous 
les assistants en furent ravis ; le roi et mónseigheur le duc de Guienne 
en témoignérept aussi leur joie, et décidérent en conseil que l'on choi- 
sirait de part et d'autre un certain nombre de chevaliers craignant 
Dieu et animés d'un sincère amour de la paix ', pour s'aboucher et 
s'entendre sur les préliminaires d'un traité. Je dois dire toutefois 
que les débats furent longs et animés, les uns voulant que la guerre 
se terminát à l'honneur du roi, les autres ne cherchant qu'à obtenir 
par tous les moyens la restitution de léurs domaines et de leurs 
charges à la cour. Les négociations trainaient en lengueur et eussent 
été sans résultat, si monseigneur le duc de Guienne, poussé sans doute 
par une inspiration divine et par les conseils de ses plus fidèles fami- 
liers, n'en eût hâté la conclusion. Un projet d'accommodement fut 
proposé en conseil royal par son entremise et rédigé par écrit, le 
mardi 12 juillet, dans les termes suivants :' 


* Monstrelet désigne entre autres le maré- véque de Bourges, les sires de Gaucourt, 
chal'de Savoie, le grand-maître de Rhodes, de Tignonwifle, de Barbasan et d'A sberehi- 
le maitre des arbalétriers de France et le court, d'autre part. 
maréchal de Hainaut, d'une part; l'arche- 


? 
ds t. 


694 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXHI. 


« Quod dominus dux Biturie ville Bituricensis claves et in- 
gressum regi tradet, vel domino duci Guienne, aut ab eisdem 
comimnissis , ipsam submittens eorum dicioni, supplicando quod 
super dilacione facta non habeant aliquam displicenciam. 

« Simili eciam modo fiet per dictum ducem Biturie aliosque 
dominos sibi adherentes et confederatos eorum in cunctis urbi- 
bus et sibi subditis municipiis in. quibue placebit regi intro- 
mittere gentes suas. - ' 

: « Iterum et quod dictus dux Biturie ceterique pretacti domini 
prompta mente et sponte renunciabunt cunctis confederacio- 
nibus vel confederacionum tractatibus , quos dicuntur pepigisse 
cum adversario Anglie, filiis ejus vel aliis quibuscunque in pre- 
judicium regis, regni sui, vel subditorum suorum. 

« Item et renunciabunt confederacionibus per eos invicem 
factis contra ducem Burgundie, qui et similiter renunciabit 
omnibus ab eo factis contra ipsos sive aliquem ipsorum. Et 
super hoc tradent litteras suas patentes, que fient meliori. forma 
quod fieri poterunt, secundum ordinacioriem regis. 

« Promittent eciam juvamen, servicium: et obedienciam regi 
contra dictum adversarium Anglie nec non et alios quoscunque, 
prout de jure et racione tenentur. 

« Promittent eciam inviolabiliter tenere pacem factam aucto- 
ritate regia apud urbem Carnotensem inter duoes Burgundie, 
Aurelianis ae eciam fratres suos, cum declaracionibus , addicio- 
nibus, mutacionibus vel connubiorum tractatibus per regem 
fiendis ad securitatem dicte pacis et de consensu parcium. 

« Promittent iterum partes consequenter inviolabiliter tenere 
et adimplere quidquid per regem statueretur ad securitatem et 
complementum rerum predictarum; indeque facient sibi jura- 
mentum viri eciam ecclesiastici, nobiles et alii, qui per regem 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 695 


«. Monseigneur le duc de Berri livrera les clefs et l'entrée de sa 
ville de Bourges au roi, à monseigneur le duc de Guienne, ou aux 
commissaires nommés par eux, la soumettant à leur autorité et les 
suppliant de ne conserver aucun ressentiment de ce qu'il a tardé si 
long-temps à le faire. 

« Ledit duc de Berri et les autres seigneurs, ses adhérents et alliés, 
en feront autant pour toutes leurs villes et places, dans lesquelles il 
plaira an roi de faire entrer ses gens. 


« Jtem , ledit duc de Berri et les autres seigneurs susdits renonce- 
ront de bon gré et spontanément à tous les traités et alliances qu'ils 
ont conclus, dit-on, avec l'adversaire d'Angleterre, ses fils ou autres 
personnes quelconques, au préjudice du roi, de son royaume ou de 
ses sujets. 


« Jtem, ils renonceront aux alliances qu'ils ont faites entre eux 
contre le duc de Bourgogne , qui de son cóté renonoera à toutes celles 
qu'il aura faites contre eux' ou contre l'un d'eux. Et de ce ils donne- 
ront respectivement leurs lettres patentes, qui seront rédigées en la 
meilleure forme que faire se pourra, selon qu'il plaira au roi d'en 
ordonner. 

« Îls promettront en outre aide, service et obéissance au roi contre 
ledit adversaire d'Angleterre et autres, quels qu'ils soient, ainsi qu'ils 
y sont tenus par le droit et la raison. | 

« lis promettront de méme d'observer inviolablement la paix faite 
per ordre du roi en la ville de Chartres entre le duc de Bourgogne 
d'une pert, le duc d'Orléans et ses frères d'autre part, ainsi que les 
déclarations, additions, changements ou traités de mariages qui seront 
faits par le roi pour la sûreté de ladite paix .et du consentement des 
parties. 

« Ils promettront en. conséquence d'observer inviolablement et 
d'accomplir tout ce qui serait statué par le roi pour la süreté et pour 
l'exécation desdites choses. Le roi recevra ausi le serment des clercs, 
des nobles et autres, qui seront choisis par lui et requis par les parties, 


-- NEMER 2 0mm 2 mum. LEM LAMEEEESS 


696 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


eligentur et per. partes requirentur, ad ponendum in manu 
regia villas, dominia, municipia et castra ad nutum regium 
declaranda. | | | 

« Ulterius, quantum ad id quod supradicti requirunt sibi 
restitui terras et dominia in manu regis posita, domini duces 
Burgundie et alii de regali progenie, nunc cum rege residentes, 
ipsum rogabunt attencius et requirent quod eis restituentur, 
bonaque fide et fideliter promittent ad hoc totis viribus labo- 
rare, mediante tamen quod , dominiis restitutis ; vassallos suos 
et subditos in ipsis manentes tenebunt pacifice et quiete, sicut 
antea faciebant, sine eciam impedimento quocunque, sive 
dampno ; bec pro discordiis jam transactis odium aliquod con- 
cipient contra quascunque personas, cujuscuñque status vel 
preeminencie existant, sub penis per regem statuendis , et simili 
modo fiet ex parte altera. | 

« Ttem, et quod super omnibus predictis in regis consilio 
deliberatis dicti doinini in villa Bituricensi manentes pro cunc- 
tis aliis absentibus, aut ad minus pro se ipsis, infra crastine 
diei horam terciam post meridiem, respondebunt sine aliqua 
dilacione vel excusacioné quacunque. » 

Die dicta, consilio assistencium regali consistorio ordinatum 
extitit, ut auctoritate regis nec non et.ducis Guienne ad duces 
Biturie ac de Borbonio atque Karolum Dalebret, nuper cones- 
tabularium, cedula mitteretut, quos, non numeratis civibus et 
sagittariorum copia, duobus. milibus bellatorum loricatorum 
ad unguem 'tünc concomitatos sciebant. Et quoniam ignora- 
bant quam mentem gerebant, et si contenta in eedula contemp- 
nendo audaciam sumerent dimicandi, decreverunt iterum ut 
die sequenti rex in apparatu bellico et aciebus ordinatis cam- 
pale bellum eligeret et eorum responsionem expectaret pede 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIN. 607 
pour mettre en la main du roi les villes, domaines, places fortes et 
cháteaux qu'il lui plaira de désigner. 


« Jtem, quant à la requête desdits seigneurs, tendant à ce qu'on 
leur rende leurs terres et domaines mis en la main du roi, monsei- 
gneur le duc de Bourgogne et les autres princes du sang qui sont 
présentement auprès du roi, le prieront instamment et le requerront 
de consentir à ladite restitution; ils promettront d'y travailler de tout 
leur pouvoir, sincérement et de bonne foi, moyennant que lesdits 
seigneurs , une fois remis en possession de lenrs domaines , gouverne- 
ront en paix et avec douceur leurs vassaux et sujets y demeurant, 
comme ils le faisaient auparavant, sans leur causer aucun tort ni dom- 
mage quelconque, et qu'ils ne concevront aucune inimitié à l'occa- 
sion des discordes passées contre aucune personne, de quelque rang 
ou état qu'elle soit, et ce sous les peines qui seront fixées par le roi. 
La partie adverse en fera autant de son cóté. 


« Jtem, lesdits seigneurs qui sont dans la ville de Bourges donne- 
ront leur réponse dés demain, avant trois heures de l'aprés-midi, pour 
tous leurs amis absents, ou au moins pour eux-mêmes, sans délai ni 
excuse quelconque, au sujet de toutes lesdites résolutions arrétées en 
conseil du roi. » 


Le méme jour, il fut unanimement décidé que la cédule serait 
envoyée, au nom du roi et du duc de Guienne, à messeigneurs les 
ducs de Berri et de Bourbon et à Charles d'Albret, naguére conné- 
table de France, qui avaient en leur compagnie deux mille hommes 
d'armes, non compris les bourgeois de la ville et les archers. Comme 
on n'était pas sür de leurs dispositions, et qu'on pouvait craindre 
qu'ils ne voulussent point de ladite cédule et n'aimassent mieux la 
gnerre, on arréta aussi que le lendemain le roi sortirait en appereil 
de guerre, mettrait son armée en bataille dans la plaine et attendrait 
leur réponse de pied ferme. Puis on placa au bout d'une lance, en 
présence du roi, la banniére de Saint-Denys, dite oriflamme. Mais il 

Iv. 88 


608  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIH. 

fixo. Tunc vexillum sancti Dyonisii, quod auriflamma dicitur, 
ante regem lancea applicatum est; qüod tamen opas non fuit 
deplicari. Nam Christus, pacis amator, regem tunc non passus 
fuit cónsünguineorum cruore maculari ; moméntoque vicissitu- 
dines terum mutans miraculose, ut creditur, nuncii redeuntes 
dominos obstinacionem mentis in dulcedinem convertisse, 
promptosque mandatis regiis obedire. cordialiter retulerunt. 


5c 
CR 


CAPITULUM XIX. 


! 


' Oritur i in castris gaudium magnum, ut omnes noverunt regem patruum suum: 
amicabiliter excepisse. 


Id divulgatum in castris omnes gaudio ineffabili replevit, 
dumtaxat quibusdam iniquis assentatoribus exceptis, qui huc- 
usque principes in mutuum concitaverant odium, timentes 
ne, si ad pacem redirent, bonis et honoribus privarentur. Et 
hii temptaverunt domini ducis Guienne mutare propositum, 
frustra tamen, hoc verbum sepe repetens : « In reconsiliacione 

«lilia deferencium regni consistit summum bonum; ideo 
« summa aviditate i ipsam desidero. » . 

. Necdum exacto triduo, promissorum dux Biturie non imme- 
mor, facta dictis. eompensare cupiens, in magnifico equitatu 
ad regem venire statuit, quingentos milites et armigeros insi- 
gnes secum habens. Et hii omnes honorifice sunt recepti, quam- 
vis, ut verum fatear, quidam impacienter tulerunt inter eos 
multos esse qui signum mutue confederacionis eorum, scilicet 
stolam. albam transversalem, deferebant. Cum signo simili dux 
ipse ingressus regale tentorium et trina reverencia flexo genu, 
more solito, ad regem dominis ducibus Guienne, Burgundie 


CHRONIQUE DE CHARLES VI.—- LIV. XXXIM. 699 
ne fut pas nécessaire de la déployer. : Jésus-Christ, qui eime la paix, 
ne.permit pas que le roi se souillât du sang de ses parents, Par un 
effet miraculeux de sa volonté sans, doute, les choses prirent en un 
instant une face nouvelle. Les envoyés revinrent annoncer que l'obsti- 
nation des seigneurs avait fait place à la soumission, et qu'ils étaient 
préts à obéir avec empressement aux ordres du roi. 


CHAPITRE XIX, 


Des transports de joie éclatent dans le camp, à la nouvelle du bon accueil 
fait par le roi à son oncle. 


Cette nouvelle, s'étant répandue dans le camp, remplit tous les 
coeurs d'une joie inexprimable, excépté pourtant quelques perfides 
courtisans, qui avaient jusqu'alors excité les princes les uns contre 
les autres, et qui craignaient que le rétablissement de la paix ne les 
privât de leurs biens et de leurs honneurs. Ils cherchérent, mais en 
vain, à ébranler la résolution de monseigneur le duc de Guienne, qui 
leur répondit à plusieurs reprises : « Le souverain bien du royaume 
« consiste dans la réconciliation des princes du sang ; c’est pour cela 
« que je la désire de toutes les forces de men áme. » 


Au bout de trois jours, le duc de Berri, conformément à sa promesse 
et aux engagements qu'il avait pris, vint trouver le roi en magnifique 
équipage avec une escorte de cinq cents chevaliers et écuyers. Ils furent 
tous recus avec honneur, bien que certaines personnes trouvassent 
étrange , je dois l'avouer, que plusieurs d'entre eux eussent conservé 
l'écharpe blanche, signe de ralliement de leur parti. Ledit duc entra 
dans la tente du roi avec une écharpe pareille; aprés trois révérences, 
il mit le genou en terre, selon l'usage, et s'avanca vers le roi, qui 
était entouré de messeigneurs les ducs de Guienne et de Bourgogne 
et des autres princes du sang; il lui offrit ses humbles compliments, 


760  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
ceterisque consanguineis associatam accedens, post exhibitum 
humilem salutacionis affatum, sui suorumque recommendacio- 
nem, in manus suas tradidit claves ville, supplicans ne sibi ali- 
qualiter displiceret, sed indulgeret clementer, si justo diucius 
id agere distulisset. Quo concesso, rex, manum patrui appre- 
hendens, juxta se eum sedere precepit, et cum de salute sua et 
ceterorum principum inquisivisset diligenter, simul et aroma- 
ticis sumptis speciebus, vultu, verbis et nutibus se ostendit 
cum alacritate cordis omnium et singulorum adventum expec- 
tasse. Referunt qui colloquio secreto postmodum communicato 
jure officii astiterünt, ducem ante alios jurasse se inviolabiliter 
impleturum que continebantur in cedula, et ad idem ducem 
Aurelianensem ceterosque sibi confederatos principes sponte et 
sine difficultate allecturos promisisse; sicque deliberatum exti- 
tisse, cum ob hoc alias evocarentür. Nilque amplius actum est 
die illa. (s | 

Sic dux licenciatus recedens, mox quadriviis castrorum, 
lituis resonantibus, voce preconia , principum concordia divul- 
gatur; omnium obsidionalium machinarum assultus prohiben- 
tur, et utrinque pertranseundi ad visitandum consanguineos et 
amicos cunctis libera facultas concessa est. Quod gestum erat in 
castris fidelibus cunctis Francigenis gratum fuit; unde conti- 
nuatam tristiciam in exuberantem leticiam eonvertentes, pro 
luctuosis letaniis Deum longe lateque per regnum altissonis vocr- 
bus laudaverunt, qui solus noverat corda principum quasi 
miraculose emollire, ut simul assuescerent vivere in pulcritu- 


dine pacis. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII — 704 


se recommanda , lui et les siens, à sa royale bonté, et remit entre ses 
mains les clefs de la ville, en le suppliant de n'avoir aucun ressenti- 
ment contre lui, s'il avait trop long-temps différé cette soumission, 
et de daigner lui pardonner. Le roi y consentit , ét, prenant son oncle 
per la main, il: le fit asseoir à ses côtés, s'enquit avec intérêt de sa 
santé et de celle des autres princes , prit avec lui le vin et les épices, 
et témoigna par ses paroles et son air de satisfaction qu'il était ravi 
de l'arrivée de tous et de chacun d'eux. Ils eurent ensuite une confé- 
rence secréte. Ceux qui y assistérent par le droit de leur charge m'ont 
dit que le due jura le premier d'exécnter fidèlement toutes les clauses 
contenues dans la cédule, qu'il promit d'amener facilement eL sans 
contrainte le duc d'Orléans et ses antres alliés à en faire autant, et 
qu'il fut en conséquence décidé qu'on les assemblerait ultérieurement 
à cet effet. Il ne se fit rien de plus ce jour-là. 


Le duc prit alors congé du roi et se retira. La réconciliation des 
princes fut aussitót annoncée dans tout le camp per la voix du héraut, 
et à son de trompe; il fut défendu de faire jouer les machines de 
siége, et liberté fut accordée à chacun de part et d'autre d'aller et de 
venir pour voir ses amis et ses parents. Tous les fidèles Français 
apprirent avec joie ce qui s'était passé dans le camp. La tristesse qui 
accablait depuis si long-temps tous les coeurs fit place aux transports 
de la plus vive allépresse, et au lieu des litanies qu'on adressait à 
Dieu pour implorer sa miséricorde, on chanta partont dans le royaume 
les lonanges du Trés-Haut, qui seul avait apaisé, comme por miracle, 
les ressentiments des princes, et les avait disposés à vivre en bonne 
intelligence. 


702 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXIII. 


CAPITULUM XX. 


Predones decrescunt, et oppidum Tauriaci combustum est. 


Abhinc predones, qui ubique libere grassabantur, ceperunt 
decrescere , crudelitatis habenas solito micius moderantes. Ubi- 
que cessatum est.ab oppugnacionibus castrorum. Parisienses et 
alii, audito quod mutuo principes reconsiliandi erant, muni- 
cipii Drocarum soluta obsidione, sed villa bonis omnibus spo- 
liata, redierunt. 

Circa eciam idem tempus, cum Leo de Jaquevilla, miles, et 
Brito quidam, cognominatus Feirebuit, ad expugnacionem lonis 
Ville in Belsia, que subdita duci Aurelianis erat, laborarent, 
de Tauriaco, vicinis quoque oppidis adversarii exeuntes et in- 
expectati venientes ipsam obsidionem solvere temptaverunt; 
sed parvo commisso prelio, victi fugere et castra repetere sunt 
coacti. Quos cum usque Tauriacum sequtus fuisset dictus Leo, 
in vindictam injurie.et ut oppido potiretur, illud statuit occu- 
pare et diros inchoare assultus. Quos cum compatriote, qui ibi 
consequende salutis gracia se contulerant, tollerare nequirent, 
ad tuicionem loci deputatos pluries flexis genibus rogaverunt 
ut dedicionem offerrent. Eisdem persuadere quod summam 
ignominiam reputabánt quasi asino surdo loqui idem fuit. Sed 
nundum triduo expectato, ut se viderunt ad ultimam necessi- 
tatem reductos. et quod recedere opportebat, dolentesque se 
locum victualibus munitum hostibus relinquendum, moti 
canina invidia, que nec socio os spretum rodere  pátitur, 
cuncta voraci incendio consumere decreverunt. Sceleste tamen 
facinus non sine ulcione peregerunt. Nam cum ignem in pro- 
pinquam granchiam injecissent, ventus vehemens suscitatus 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHI. — 703 


CHAPITRE XX. 


 Diminution du nombre des brigands. — Incendie de la place forte de Toury. 


Dès ce moment, le nombre des brigands, qui couraient le royaume 
en toute liberté, commença à décroitre, et ils se comportérent avec 
moins de cruauté que de coutume. Partout les siéges des cháteaux forts 
furent abandonnés. Les Paiisiens et leurs compagnons, à la nouvelle 
de la réconciliation des princes, levérent le siége de la citadelle de 
Dreux et partirent, après avoir toutefois pillé la ville. 


Vers le méme temps, Léon de Jacqueville, chevalier, et un Breton 
nommé Ferrebout, qui assiégeaient Janville en Beauce, place appar- 
tenant au duc d'Orléans, furent surpris par un córps d’ennemis sorti 
de Toury et des villes voisines pour délivrer les assiégés. Mais apres 
un court engagement, les Orléanais furent vaincus, mis en déroute 
et forcés de regagner leur camp. Léon de Jacqueville les poursuivit 
jusqu'à Toury, et pour tirer vengeance de leur attaque il résolut de 
s'emparer par force de cette place, à laquelle il livra tout d'abord de 
rudes assauts. Les habitants du pays, qui s'y étaient réfugiés pour y 
trouver süreté, se trouvant incapables de résister, suppliérent à genoux 
ceux de la garnison de se rendre. Une pareille détermination était aux 
yeux de ceux-ci lé comble de l’infamie ; aussi ne voulurent-ils entendre 
à aucun accommodement. Mais trois jours aprés, lorsqu'ils se virent 
réduits aux abois et forcés de quitter la place, ne pouvant se résoudre 
à abandonner à leurs ennemis un lieu si bien pourvu de vivres, ils 
n'écoutérent qu'un sentiment de basse jalousie, et, comme les chiens 
qui ne veulent pas laisser à d'autres l'os qu'ils ne peuvent ronger, ils 
prirent le parti de tout brüler. Mais cet acte de barbarie ne resta pas 
impuni. À peine avaient-ils mis le feu à une grange voisine, qu'un 
vent furieux, qui s'éleva tout-à-coup, communiqua l'incendie aux 
édifices environnants; ils périrent tous dans les flammes, à  l'excep- 
tion de vingt-neuf des gens de pied , tous des derniers rangs de l'armée, 





704  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

flatu suo cum edificiis propinquis et incendiarios succendit, 
dumtaxat novem et viginti ex vilioribus gregariis et abjec- 
tissimis viris, qui se funibus canabinis per muros emiserunt. 
Sed sic, ut ita loquar, Caribdim vitare cupientes in Scillam 
vel navis periculum inciderunt. Nam capti, vinculis alligati, 
Parisius adducti, cum omnis populus quasi ad spectaculum 
commune videndum excitatus in eos lutum et immundicias 
usque ad castelletum Parisiense projecisset, tandem adjudi- 
cantur subire suspendium vel in aquis vehementibus submer- 
gendum. 

Prenominatus vero Leo, oppidum ingressus, furoreque et. 
propria iniquitate succensus, arcem fortem, que municipium 
inexpugnabile reddebat, ab incendio intactam flamma voraci 
.consumpsit , illud addens ne amplius receptaculum adversario- 
rum esset. Sceleste tamen facinus, ut dux Biturie et ceteri audie- 
runt, impacienter tulerunt. Pia inde ecclesia predilecta beati 
Dyonisii, cui locus subdebatur, dampnum maximum repor- 
tabat. ' 

CAPITULUM XXI. 


Domini duces et principes tractatum pacis compositum jn urbe Autissiodorensi euni 
juramentis confirmant. | 


Sub spe pacis continuando colloquia, regi: suisque illustribus 
nunciis et apicibus fuerat intimatum dominum Thomam, ducem 
Lencastrie, filium regis Anglie, cum mille et quingentis pugna- - 
toribus armatis ad unguem tribusque milibus sagittariorum 
duobusque clientum levis armature jam in Normaniam trans- 
fretasse. Edocti eciam ab hiis qui missi fuerant, cognoverunt 
predictos subsidiarios a rege Anglie in auxilinm ducum Biturie, 
Aurelianis, de Borbonio ac suorum eonfederatorum transmis- 


CHRONIQUE DE CHARLES VE. — LIV. XXXIII. 705 


qui descendirent par la muraille avec des cordes. Encore ceux-ci ne 
firent-ils que tomber de Charybde en Scylla, et vinrent-ils se briser 
pour ainsi dire sur de nouveaux écueils; car ils furent pris, garrottés- 
et conduits à Paris, où, aprés avoir été donnés en spectacle au peuple, 
qui les accompagna jusqu'au Chátelet en leur jetant de la boue et 
des ordures au visage, ils furent condamnés à étre pendus ou noyés. 


Léon de Jacqueville prit possession de Toury; animé par la ven- 
geance et la fureur, il réduisit en cendres la citadelle qui rendait la 
place imprenable et qui avait échappé aux flammes; il ne voulait pas, 
disait-il, qu'elle servit désormais de repaire aux ennemis. Cet acte de 
cruauté causa un vif déplaisir au duc de Berri et aux autres princes; 
d'autant plus que l'abbaye de Saint-Denys, leur église de prédilec- 
tion, dans la dépendance de laquelle était Toury, en recut un grand 
préjudice. 


e 


CHAPITRE XXI. 


Messeigneurs les ducs et les princes confirment par leurs serments à Auxerre 
le traité de paix conclu entre eux. 


Pendant les conférences qui avaient lieu dans l'espérance de la paix, 
le roi et les seigneurs de sa cour avaient été informés par lettres et par 
messages que Thomas, duc de Lancaster, fils du roi d'Angleterre, 
était débarqué en Normandie à la téte de quinze cents hommes d'ar- 
mes, trois mille archers et deux mille hommes de troupes légères. Ils 
apprirent en outre par leurs émissaires que cette armée avait été 
envoyée au secours des ducs de Berri, d'Orléans et de Bourbon et 
de leurs alliés, et qu'aprés avoir entiérement dévasté le Cotentin, 
elle devait commencer les hostilités dans les domaines du comte 


Iv. | 89 





706 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


sos, et quod , Constanciensi territorio penitus depopülato, in 
dominio comitis de Alenconio promissum servicium dignum 
duxerant inchoare. « Jam, inquiunt, vallidissimum Castrum 
« Novum, Sancti Remigii et de Belesimo villas, et quidquid rex 
« Sicilie Ludovicus permissione regia sibi abstulerat, viribus 
« restituentes , et ad vindictam accinti, per territorium Ande- 
« gavense ipsum regi subditum grassati sunt, cedes quoque, 
« rapinas et incendia exercentes, nec quibusdam ecclesiis parro- 
« chialibus pepercerunt. Et ut breviloquio utamur, ceterorum 
« exsuperantes seviciam , ut audierunt in brevi reconsiliandos 
« principes francigenas, sic indignanter ferentes se fraudatos a 
« desiderio et aviditate pugnandi, antequam recederemus, 
« ducis Aurelianis possessiones petere statuerunt et solito cru- 
« deliora perpetrare, nisi eis prornissa sti ipendia sine dilacione 
« solverentur. » 

Hiis auditis , nec diferendi complenda sed pocius accelerandi 
domini occasionem sumentes, statuerunt ut auctoritate regia 
céteris dominis dies daretur in propria comparendi vel pro- 
curatores mittendi, qui, articulatim divisa super pace com- 
posita sacramentis confirmarent inviolabiliter servare. Cum 
autem , ad vinculum dilectionis utrinque amplius consolidan- 
dum, rex principibus presentibus omnia dominia, auctoritate 
sua guerre tempore occupata, libere restituisset, ab obsidione 
recedens, in acie ordinata, rege Sicilie cum octo vexillis préce- 
dente, et preposito Parisiensi cum multis pugnatoribus subse- 
quente, Autissiodorum venit. Eum postmodum dux Biturie 
sequtus, augusti die decima tercia, non tamen cum armata 
comitiva urbem ingressus est, successivisque feriis duces Aure- 
lianis et de Borbonio,. quibus duces Guienne obviam perrexe- 
runt et honorifice ad regem perduxerunt. | 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 707 


d'Alençon. « Les Anglais, ajoutérent les messagers, ont déjà repris de 
« vive force l'importante place de Ghâteauneuf, les villes de Saint-Remi 
« etde Belléme, et tout ce que le roi de Sicile avait enlevé audit comte 
« avec la permission du roi, et par représailles ils ont envahi l'Anjou 
« qui fait partie du domaine royal, y ont mis tout à feu et à sang, et 
« n'ont pas méme épargné plusieurs églises paroissiales: En un mot, 
« ils ont surpassé par leurs cruautés tous les excés commis jusqu'à 
« présent, et dés qu'ils ont appris que les princes francais allaient 
« bientót se réconcilier, ils ont été tellement mécontents de se voir 
« frustrés dans leurs espérances et dans leur avide désir de combattre, 
« qu'ils ont menacé, avant notre départ, de se jeter sur les terres du 
« duc d'Orléans et d'y commettre les plus horribles dégâts, si on ne 
« leur payait sur-le-champ la solde qui leur a été promise. » 


A cette nouvelle, les princes résolurent de presser l'accomplisse- 
ment de la ‘paix et firent assigner au nom du roi tous les autres sei- 
gneurs à comparaître en personne à un jour marqué ou.à se faire 
représenter par des procureurs, qui jureraient d'observer inviola- 
blement article par article les diverses clauses du traité conclu. Le 
roi, pour resserrer de part et d'autre les liens d'affection, restitua 
généreusement aux priuces là présents tous ceux de leurs domaines 
qui avaient été conquis en son nom durant la guerre; puis il leva le 
siége de Bourges et partit pour Auxerre en ordre de bataille. Le roi 
de Sicile commandait l'avant-garde avec huit drapeaux, et le prévót 
de Paris fermait la marche à la tête d'un. corps nombreux de gens de 
guerre. Le duc de Berri suivit de prés le roi, et entra dans la ville le 
43 août, mais sans escorte de gens d'armes. Les jours suivants arri- 
vérent les ducs d'Orléans et de Bourbon; les ducs de Guienne et de 
Bourgogne allérent à leur rencontre et les conduisirent avec honneur 
auprès du roi. 





708  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

In hac igitur civitate, quia rex solita egritudine ineipiebat 
Jaborare, domino duci Guienne placuit ut quod deliberatum 
fuerat compleretur, mandans ut de gremio. alme Universitatis 
Parisiensis doctores et magistri, cum preposito eciam merca- 
torum et scabinis dicte ville cives in certo numero mitterentur, 
qui huic rei interessent ut màgnificencius ageretur. Ex famo- 
sioribus iterum civitatibus regni singuli auctoritate regia jussi 
sunt ut, die augusti vicesima secunda, in ampliori curia ecclesie 
Sancti Germani propter hoc convenirent; quam et die assignata, 
ad instar imperialis consistorii, sedibus , tapetibus , olosericis, 
palliis quoque aureis coopertis, ornatam repererunt. | - 

Ad locum igitur dominus dux Guienne cum principibus 
accedens et sedem excellenciorem duplici aureo solio comptam 
ascendens , ut auctoritatem regiam loco genitoris absentis exer- 
ceret, locum sibi preparatum occupavit et juxta se Ludovicum 
regem Sicilie collocavit. In parte ex tunc dextera domini duces 
Biturie, Burgundie, de Borbonio et de Baro, Karolus quoque 
Dalebret , regis consobrinus, et inde ceteri comites et barones, 
secundum uniuscujusque generis claritatem, consederunt. La- 
tere quoque sinistro archiepiscopi et prelati, et in descensu gra- 
duum, ante ducem, Francie ac Guienné cancellarii; sed paulo 
inferius sequebantur Universitatis Parisiensis nuncii, burgenses 
Parisienses et aliarum urbium evocati, Et ne superveniencium 
mole nimium premerentur, multis armatis ad unguem,scutiferis 
Sancti Pauli comes, conestabularius Francie, introitum custo- 
diendum statuit; quos et summa diligencia coegit suum ordi- 
nem tenere pede fixo, oberrantes minis et percussionibus ter- 
rendo usque ad complementum misterii inchoandi. Duci tum 
Aurelianensi aliquandiu expectato et in locum designatum cum 
equitatura pomposa et quasi regiam superante intromisso , lugu- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 709 
Comme le roi venait d'éprouver une nouvelle atteinte de sa maladie , 
monseigneur le duc de Guienne prit soin de faire accomplir à Auxerre 
ce qui avait été décidé. Afin que la chose eût lieu avec plus de solen- 
nité, il ordonna que des docteurs et maitres de la vénérable Université 
de Paris, le prévót des marchands, les échevins et un certain nombre 
de bourgeois de ladite ville seraient députés comme témoins. Il'enjoi- 
gnit aussi au nom du roi aux notables habitants des principales villes 
du royaume ' de se réunir à cet effet le 22 août dans la grande cour 
de l'église de Saint-Germain; qui au jour marqué se trouva garnie de 
siéges, et tendue de tapisseries, d'étoffes de soie et de drap d'or, 
comme pour une diète impériale. — 


Monseigneur le duc de Guienne se rendit avec les princes à ladite 
église; il monta sur une estrade, où l'on avait préparé deux trónes 
tout dorés, prit place sur celui qui lui était réservé, pour exercer 
l'autorité royale en l'absence de son pére, et fit asseoir à ses cótés le 
roi de Sicile Louis. A sa droite étaient messeigneurs les ducs de Berri, 
de Bourgogne, de Bourbon et de Bar, Charles d’Albret cousin du roi, 
et les autres comtes et barons, chacun selon son rang. À sa gauche se 
placérent les archevéques et les prélats, et sur les marches du tróne, 
devant le duc, les chanceliers de France et de Guienne; un peu plus 
bas, les députés de l'Université de Paris, les bourgeois de ladite ville 
et ceux des autres cités du royaume. Pour prévenir les inconvénients 
de la foule, le comte de Saint-Pol, connétable de France, gardait 
l'entrée avec un cotps d'écuyers armés de pied en cap; il eut beau- 
coup de peine à les contenir et fut obligé d'user de menace et méme 
d'en frapper quelques uns pour les obliger à rester à leur poste jusqu'à 
la fin de la cérémonie. Le duc d'Orléans, qui s'était fait attendre quel- 
que temps; arriva enfin avec une suite nombreuse, dont la magnifi- 
cence surpassait presque celle d'un roi; toutefois il était vétu de deuil 
ainsi que son frére le comte de Vertus. Le duc de Bourbon alla à sa 


' Monstrelet cite entre autres villes Rouen, Caen, Amiens, Tournai, Laon, Reims, 
Troyes, Langres et Tours. 


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710 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


bra tamen veste cum fratre suo comite Virtutum induto , eidem 
dux Borboniensis occurrit. Cui et assurgentibus ceteris, cum 
salutacionis affatum inter se mutuo impendissent, dux Guienne 
eumdem cum amplexu et osculo pacificis benigne suscipiens, 
inter duces Burgundie et de Borbonio sedere imperavit. - 

Tunc.ad principale ventum est, et: universis voce preconia 
indicto silencio, Francie cancellarius surgens alta voce : « Hic, 
« inquit, de precepto domini nostri regis dominos presentes et 
« alios congregatos noveritis ad confirmandum pacem jam 
« compositam inter ducem Burgundie, ducem quoque Aurelia- 
« nensem ac Virtutum comitem fratrem ejus; quam et tercium 
« fratrem eorum atque sororem absentes affirmant gratam 
« habere. » Sequenter cum addidisset : « Iterum placet regi ut 
« sacramentis affirment quod tractatum pacificum inter se 
« mutuo in perpetuum inviolabiliter servabunt , secundum arti- 
« culos contentos in hac cedula, regio roborata sigillo, » tunc 
ipsem secretario sibi assistenti porrexit; quam et ipse mox alte 
et intelligibiliter legit et in gallico sub hac forma: | 

« Cum nuper quedam controversie et discordie mote fue- 
rint inter dominum ducem Burgundie , amicos et confederatos 
ipsius una parte, et ducem Aurelianensem, fratres suos et soro- 
rem, amicos eorum et confederatos ex altera, occasione necis 
domini Ludovici, quondam Aurelianensis ducis, ultimo de- 
functi ; et alias de precepto et ordinacione regis Turonis, apud 
Carnotum, Biturices et alibi quidam fuerint tractatus compo- 
siti; finaliter, ut inter partes predictas, amicos et confederatos 
earum firma pax ac stabilis teneatür perpetuo et reservetur, 
rex, per consilium et deliberacionem domini ducis Guienne, 
plurium aliorum de cognacione et sanguine regali existencium , 
nec non plurium prelatorum, quorumdam eciam qui principales 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXHI — 744 


rencontre , et tous les autres seigneurs se levérent à son entrée. Aprés 
qu'on eut échangé de part et d'autre les salutations d'usage, le duc de 
Guienne lembrassa avec eífusion et le fit asseoir entre les ducs de 
Bourgogne et de Bourbon. 


On en vint alors au principal ; le héraut ayant imposé silence à tous, 
le chancelier de France se leva et dit à haute voix : x Vous saurez que 
« les seigneurs et autres ici présents ont été convoqués par ordre de 
« notre sire le roi pour confirmer la paix déjà conclue entre le duc 
« de Bourgogne d'une part, le duc d'Orléans et le comte de Vertus 
« son frére d'autre part; laquelle paix est agréée, assurent-ils, par 
« leur troisième frère et leur sœur qui sont absents. » Il ajouta ensuite : 
« La volonté du roi est que lesdits seigneurs s'engagent de nouveau 
« par serment à observer inviolablement et à tout jamais cette paix, 
« conformément anx articles oontenus dans la présente cédule qui a 
« été scellée du sceau royal. ». Il présenta alors ladite cédule au 
secrétaire qui était auprès de lui, et celui-ci en donna lecture à haute 
et intelligible voix. Elle était rédigée en francais, dans les termes 
suivants : | 


« Comme il est survenu naguère des querelles et des différends 
entre monseigneur le duc de Bourgogne, ses amis et ses alliés, d'une 
part, et le duc d'Orléans , ses frères et sœur, leurs amis et leurs alliés, 
d'antre part, à l'occasion de la mort de monseigneur Louis, le feu 
duc d'Orléans, et que des traités ont été conclus par ordre et comman- 
dement du roi à Tours, à Chartres, à Bourges et ailleurs, le roi, 
voulant qu'une paix ferme et durable soit définitivement établie et per- 
pétuellement observée entre lesdites parties , leurs amis et leurs alliés, 
a décidé et ordonné , d'aprés l'avis et les délibérations de monseigneur 
le duc de Guienne , de plusieurs princes de son sang et de ses proches 
parents comme aussi de plusieurs prélats, de quelques uns de ses prin- 
cipaux conseillers et de quelques notables personnages du Parlement 
et de la chambre des comptes, déeide et ordonne que les pardons 


742  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
consiliis assistunt regiis, ac eciam aliquorum notabilium viro- 
rum in Parlamenti ac compotorum cameris residencium , voluit 
et ordinavit, vult et ordinat, quod indulgencie concesse duci 
Burgundie apud Carnotum occasione casus supradicti et om- 
nium qui inde sequi potuerunt, firme et stabiles in suis robore 
et vigore remaneant. 

« Iterum et in quantum tangit dictas partes, per consilium 
supradictorum et de consensu parcium, vult et ordinat quod 
quelibet illarum , videlicet dominus Burgundie in persona sua 
et dictus dominus Aurelianensis comesque Virtutum frater ejus 
in propriis personis, pro ipsis fratreque suo et sorore absenti- 
bus, promittent et jurent sollempniter que sequentur : 

« Primo quod deinceps invicem boni et veri amici remane- 
bunt, nec aliquid inter se petent mutuo occasione dicte necis 
nec dependencium et sequencium ex ea; et quod nunquam 
occasione hujus cause inter se invicem dissencionem, alterca- 
cionem nec divisionem habebunt. 

« Iterum et quod nunquam alicui persone, que se intromi- 
serit de re ista vel que faverit uni aut alteri parti, de precepto 
regio vel alias quovismodo, deferent cordialem rancorem, 
dampnum , impedimentum vel displicenciam aliqualiter in cor- 
pore vel in bonis ; sed indulgenciam concedent universis , dum- 
taxat exceptis illis qui in personam dicti domini ducis Aurelia- 
nensis scelus perpetrarunt nephandum. | 

« Iterum, et ut inter eos securius sincerus amor vigeat unionis 
et melius conservetur, promittent et juramento firmabunt facere 
et complere connubium domini comitis Virtutum cum una de 
filiabus domini ducis Burgundie, et quod in opus dicti: maritagii 
dictus dominus Burgundie quatuor mille libras turonenses an- 
nui et perpetui resditus dicte filie assignabit et nascituris ex ea. 





’ 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 743 


accordés au duc de Bourgogne en la ville de Chartres, à l'occasion 
dudit événement et de tout ce qui a pu s'ensuivre, demeureront 
fermes et stables en leur force et vigueur. . 


.* Jtem, en ce qui touche lesdites parties, il veut et ordonne, 
d'aprés l'avis des personnages susnommés et du consentement des par- 
ties, que chacune d'elles, c’est-à-dire monseigneur de Bourgogne en 
personne, et lesdits monseigneur d'Orléans et le comte de Vertus son 
frére également en personne, pour eux et pour leurs frére et soeur 
absents, promettent et jurent solennellement ce qui suit : 


« Premièrement , qu'ils demeurerent désormais bons et vrais amis, 
et qu'ils n'exerceront aucune poursuite l'un contre l'autre à l'occasion 
de ladite mort ou de ce qui s'est ensuivi; qu'ils n'auront jamais 
entre eux à ce propos ni querelle, ni altercation, ni contestation 


quelconque. 


« Jtem , qu'ils n'auront jamais aucun ressentiment contre ceux qui, 
par ordre du roi ou autrement, en quelque facon que ce soit, se se- 
raient entremis en cette affaire ou déclarés pour l'un ou pour l'autre 
parti; qu'ils ne leur causeront ni dommage , ni préjudice, ni déplaisir 
quelconque dans leurs personnes ou leurs biens, mais qu'ils pardon- 
neront à tous excepté à ceux qui ont commis l'exécrable attentat sur 
la personne de monseigneur le duc d'Orléans. 


« Jtem , afin d'entretenir entre eux une véritable union et d'en 
assurer la durée, ils promettront et jureront de faire et accomplir 
le mariage de monseigneur le comte de Vertus avec une des filles de 
monseigneur le duc de Bourgogne, et pour les besoins dudit mariage, 
ledit monseigneur de Bourgogne assignera une rente annuelle et per- 
pétuelle de quatre mille livres tournois à sadite fille et aux enfants qui 
najtront d'elle. 


Iv. go 





714 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« Item et pro sola vice dicte filie tradet centum et quinqua- 
ginta milia scuta auri, de qua summa ex quinquaginta mili- 
bus pro ipsa et ejus liberis ementur hereditates perpetue, et 
de residuo dicte summe disponet ad sue voluntatis arbitrium. 

« Quantum est de domino comite Virtutum, in successione 
genitoris et genitricis porcionem percipiet sibi Jam ordinatam, 
vel que de jure successionis sibi pertinere potérit, et super hanc 
porcionem dictam filiam domini Burgundie dotabit de quatuor 
mille libris turonensibus annui et perpetui resditus. 

« Iterum, et jurabunt dicte partes quod bene et fideliter 
tenebunt et adimplebunt pacem per regem statutam inter ipsos, 
universos de regali sanguine procedentes, adherentes, adju- 
tores, confortantes, servientes et subjectos utriusque partis 
super controversiis, que supervenerunt inter eos usque ad 
hodiernam diem, et super omnibus que inde supervenire pote- 
runt; et quod nec cuicunque persone, que se super hiis intro- 
miserit , aliquod impedimentum facient nec fieri pacientur, sed 
impedient pro posse et fideliter, si a casu insurgeret. 

« Item, renunciabunt dicti domini Aurelianis et Virtutum 
sub juramentis pretactis confederacionibus per eos factis vel 
pro ipsis cum adversario Anglie, filiis suis, quibuscunque aliis 
Anglie residentibus in regno vel ipsis faventibus , et ipsas anul- 
labunt penitus et revocabunt.: | 

« Similiter et confederaciones dux Burgundie revocabit, si 
quas fecerit cum ipsis, quamvis secure affirmet aliquas nun- 
quam cum ipsis pepigisse. | 

« Promittent eciam dicte partes quod nunquam confedera- 
ciones aliquas facient cum dicto adversario Anglie vel ipsi faven- 
tibus in prejudicium unius sive alterius partis. 

« Jurabunt iterum, sicut prius, patentes litteras suas propriis 


746  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

sigillis roboratas tradere, renunciaciones, anullaciones confe- 
deracionum continentes, sub quacunque forma vel modo 
loquendi per eos vel per alios pro ipsis nomine suo factas cum 
dicto adversario Anglie, suis filiis vel fautoribus ipsorum. 

« Sub; pretactis eciam juramentis omnibus pactorum tracta- . 
tibus * per eos vel eorum nomine cum dominis sive aliis per- 
sonis hujus regni sive alterius factis, cujuscunque status vel 
preeminencie existant, auxiliariis, ipsis adherentibus vel sub- 
ditis , in prejudicium unius vel alterius partis, litterasque inde 
confectas regi tradent vel domino duci Guienne, vel eas dele- 
bunt in eorum presencia. Et de rebus supra tactis inde litte- 
ras suas tradent ad nutum regis confectas vel consiliariorum 
suorum. 

« Ulterius et sub prestito juramento litteras suis sigillis robo- 
ratas tradent regi vel domino duci Guienne per eos vel eorum 
consiliarios confectas, per eas significantes dicto adversario 
Anglie, filiis suis vel ipsis faventibus, renunciaciones , revoca- 
ciones nec non et anullaciones confederacionum dictarum. 

« Promittent et modo predicto regi, tanquam domino suo 
naturali et supremo , servire et obedire ipsique auxiliari contra 
dictum adversarium Anglie, filios suos, eidem quoque faventes, 
sicut fideles consanguinei, vassalli et subditi suo summo do- 
mino facere tenentur per fidelitatem promissam. 

« Stare eciam cum rege promittent per juramentum, si ali- 
qua dictarum parcium contra dictam pacem vel aliqua. ex ea 
dependencia agere aliquid conaretur. 

« Demum eciam jurabunt quod regi vel domino duci Guienne 
obedient et consencient in cunctis que per ipsos aut consiliarios 
suos statuentur ad pleniorem pacis jurate confirmacionem. » 


* Jl faut supposer ici l'omission d'un mot tel que renunciabunt. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 717 


lettres. patentes scellées de leur propre sceau, contenant leurs renon- 
ciations et l'annulation de leurs alliances, sous quelque forme ou con- 
dition qu'elles aient été faites par eux ou par d'autres en leur nom, 
avec ledit adversaire d'Angleterre, ses fils ou leurs partisaus. 


« Ils renonceront aussi sur la foi desdits serments à tous les traités 
d'alliance faits par eux ou en leur nom avec des seigneurs ou autres 
personnes de ce royaume ou d'un autre pays, de quelque rang.et con- 
dition qu'elles soient , avec leurs auxiliaires, adhérents ou sujets, au 
préjudice de l'une ou de l'autre partie; ils remettront au roi ou à 
monseigneur le duc de Guienne les lettres dressées à ce sujet, ou les 
détruiront en leur présence. Et de toutes les choses susdites ils feront 
dresser des lettres qui seront rédigées au gré du roi ou de ses con- 
seillers. 


_« En outre ils remettront sur la foi du méme serment au roi ou à 
monseigneur le duc de Guienne des lettres scellées de leur sceau et 
rédigées par eux ou par leurs conseillers, pour signifier audit adver- 
saire d'Angleterre , à ses fils ou à leurs partisans, leurs renonciations, 
les révocations et les annulations desdites alliances. 


« Ils promettront de la méme manière de servir le roi, comme leur 
seigneur naturel et süzerain , de lui obéir et préter secours contre ledit 
adversaire d'Angleterre, ses fils et ses partisans, ainsi que de fidèles 
parents, vassaux et sujets sont tenus par leur serment de fidélité de le 
faire pour leur souverain seigneur. 


« Ils promettront aussi par serment de s'unir au roi, si l'une des- 
dites parties tentait quelque chose à l'encontre de ladite paix ou de 
quelqu'une des clauses qui s'y rattachent. 


« Enfin ils jureront d'obéir au roi et à monseigneur le duc de 
Guienne et de consentir à tout ce qui sera ordonné par eux-mémes ou 
par leurs conseillers pour plus ample confirmation de la paix jurée. » 


718 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


Ut legendi secretarius finem fecit , dominus dux Guienne ad 
se dominos evocavit, et super evvangeliorum textum, Domi- 
nice crucis salutifere porcionem ceterasque cathedralis ecclesie 
reliquias, inter ipsum ac regem Sicilie tunc allatas , precepit 
manus ponere et successive jurare quod quidquid cedula conti- 
nebat fideliter adimplerent. Quo peracto, ut sedes repecierunt 
domini, mox surgens cancellarius Guienne, cunctis audienti- 
bus, clara voce: « Et ad majorem confirmacionem, inquit , 
« tractatüs pacifici, placet regi ut omnes viri ecclesiastici pre- 
« sentes, ponentes manum ad pectus, in verbo sacerdotis affir- 
« ment se ratum et gratum habituros cuncta que lecta fuerunt. » 
Idque tam libenter quam obedienter peregerunt. Iterum cum ad- 
jecisset: « Demum rex imperat ut nobiles et ignobiles congregati 
« ad celum levantes dexteras simile faciant juramentum. » Ad 
hoc verbum armati viri gladios ad terram projecerunt universi, 
quod imperatum fuerat peregerunt, pre magnitudine gaudii 
lacrimabiliter orantes ut cum Juda proditore eternàm recipe- 
rent porcionem , qui infringerent tractatum in aliqua sui parte. 

Nil amplius actum est die illa, nisi quod in cunctis ecclesiis 
urbis campanis pulsantibus, interim dum in cathedrali ecclesia 
altissonis vocibus 7e Deum laudamus cantaretur, prefati 
domini flexis genibus Deo gracias reddiderunt; indeque simul 
cenaverunt cum tanta exuberanti leticia ac si post procellosos 
fluctus minantes naufragium optatum portum salutis attigissent. 


CAPITULUM XXII. 
Quid egerunt principes, tractatu pacis corroborato juramentis.' 


Inde diebus complusculis simul in leticia, observanciis ami- 
cabilibus exactis, regem solita egritudine detentum navigio 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 7419 


Lorsque le secrétaire eut achevé la lecture de ces articles, monsei- 
gneur le duc de Guienne fit approcher lesdits seigneurs , leur ordonna 
d'étendre la main sur les saints évangiles, sur un morceau de la vraie 
croix de Notre Seigneur et sur les autres reliques de l'église cathé- 
drale que l'on avait placées entre lui et le roi de Sicile, et leur fit 
jurer successivement d'accomplir fidèlement tout ce que contenait 
ladite cédule. Aprés quoi, lesdits seigneurs étant retournés à leur 
place » le chancelier de Guienne se leva et dit à haute voix, de ma- 
niére à étre entendu de tous: « Pour plus grande confirmation du 
« traité de paix, le roi enjoint à tous les ecclésiastiques ici présents de 
« déclarer, la main sur la conscience et sur leur parole de prétre, qu'ils 
« ratifient et agréent tout ce qui a été lu. » Chacun s'étant empressé 
de faire cette déclaration, le chancelier ajouta : « Le roi ordonne à 
« tous les autres assistants, nobles ou non, de faire le méme serment 
« en levant la main droite au ciel. » À l'instant, tous les hommes 
d'armes jetérent leurs épées à terre et firent ce qui leur était prescrit, 
en versant des larmes de joie et en priant Dieu de condamner aux 
flammes éternelles avec le traitre Judas quiconque enfreindrait le 
traité dans quelques- unes de ses clauses. 


Il ne se fit rien autre chose ce jour-la; seulement on sonna les 
cloches dans toutes les églises de la ville, et l'on chanta un 7'e Deum 
solennel dans la cathédrale. Lesdits seigneurs y assistérent à genoux 
pour rendre gráces à Dieu; puis ils soupérent ensemble avec autant de 
gaité que s'ils venaient d'échapper à un naufrage et d'entrer dans le 
port aprés avoir été battus par les flots et la tempéte. 


CHAPITRE XXII. 


Ce que firent les princes , lorsque le traité de paix eut été confirmé par serment. 


Aprés avoir passé plusieurs jours en fétes et s'étre donné toutes sortes 
de témoignages d'amitié réciproque, les princes firent transporter par 


720 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


perduci statuerunt usque Meledunum , quem et terrestri itinere 
postmodum sequti sunt, ut ibidem super arduis agendis mutuo 
colloquerentur. Regnicolarum querimoniis jam pulsati merito 
impacienter ferencium Anglicos, capitales hostes regni, Norma 
niam et Andegaviam vastasse iterum, et nunc rapinis intollera- 
bilibus Aurelianensem inquietare ducatum sub pretextu sti- 
pendiorum nundum solutorum, consiliari ceperunt quomodo 
expellerentur. Quamvis omnibus notum esset opum suarum 
acervos eos usque fere ad ultimum occasione guerre consuinp- 
sisse, cancellario tamen Francie vota singulorum super hoc 
sciscitanti a civibus Parisiensibus libere responsum est jure 
illos teneri ad stipendia solvenda, qui eos advocaverant adju- 
tores ; et in eamdem sentenciam ceteri cives presentes transie- 
runt. Tandem multis feriis exactis, cum in oculis assistencium 
sermo justus visus esset, dux Aurelianis pactum peccuniale tre- 
centorum milium scutorum aüri cum ipsis promisit, et pro secu- 
ritate solucionis fratrem suum juniorem comitem Engolesime 
obsidem tradere. Id tamen distulit usque ad mensis novembris 
primam ebdomadam , multis aliis rebus interim occupatus. 

Et ne amplius opus sit ad Anglicorum retrocedere regressum, 
vera relacione virorum in summo ecclesiastico consistencium 
ordine cognovi eos in Aquitaniam tendentes iter suum micius 
quam Francigenas continuasse, asserentes tamen se in brevi 
non ut stipendiarios , sed ut capitales adversarios , procul dubio 
reversuros. | 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 721 


eau à Melun le roi qui était toujours malade, et le suivirent peu de 
temps aprés dans cette ville par la route de terre, afin d'y délibérer en 
commun sur les affaires de l’État. Touchés des doléances des habi- 
tants, qui s'étaient plaints de ce que les Anglais, ces mortels ennemis 
du royaume, avaient ravagé la Normandie et l’Anjou, et de ce qu'ils 
commettaient en ce moment méme d'intolérables dégâts dans le duché 
d'Orléans, sous prétexte qu'ils n'avaient pas été payés, ils résolurent 
d'aviser aux moyens de les chasser. On savait que la guerre civile avait 
à peu prés épuisé les finances du roi, et le chancelier de France ayant 
sondé les dispositions de chacun à ce sujet, les bourgeois de Paris décla- 
rérent hardiment que c'était à ceux qui avaient appelé à leur aide 
les étrangers de les payer, et cet avis fut adopté par tous ceux qui 
se trouvérent présents ce jour-là. La discussion continua les jours sui- 
vants , et lorsque le duc d'Orléans vit que tout le monde se rangeait à 
cette opinion, il s'engagea à payer aux Anglais une somme de trois 
cent mille écus d'or, et à remettre comme ôtage entre leurs mains, 
en garantie du paiement, son jeune frére le comte d'Angouléme. 
Toutefois , le grand nombre des affaires dont il eut à s'occuper lui fit 
différer l'exécution de cette clause jusqu'à la premiére semaine de 
novembre. 


Pour n'avoir plus à revenir sur le départ des Anglais, je dirai que 
j'ai su de bonne source, par quelques personnes des plus éminentes du 
clergé, que ces corps de troupes, ayant pris la route de l'Aquitaine, 
se comportérent dans leur marche avec plus de modération que des 
Francais , que cependant ils annoncérent qu'ils reviendraient bientót, 
non plus comme auxiliaires, mais comme ennemis du royaume. 





722 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


CAPITULUM XXIII. 


Viris ecclesiasticis restituuntur dominia temporalia , jussu ducis Burgundie in manu 
regis posita , qui favebant domino Aurelianensi et sibi confederatis dominis. 


Congregatorum principum consensu unanimi, archiepiscopi 
Senonensis, episcopi Parisiensis, ceterorum quoque virórum 
ecclesiasticorum dominia temporalia, occasione dissencionis 
eorum fisco regio applicata , eisdem restituuntur, ac universis 
aliis, qui duci Aurelianensi et suis confederatis faverant, ad 
lares proprios redeundi libera facultas est concessa. Exinde 
spem ex eis aliqui conceperunt recuperandi ablata mobilia ac 
officia regia, durante discordia, occupatores in causam repe- 
tendarum rerum coram dominis Parlamenti trahentes et alibi. 
Et hii, advocatis mediantibus , mutuis facultatibus continuando 
processus se privassent, nisi dampnosam hanc licenciam auc- 
toritas regia refrenasset. Nam judicum ordinariorum querimo- 
niis rex pulsatus, ne inde inter regnicolas lites communes 
diffiniendas impedirent, mense sequenti in pretoriis publicis 
ubique publicatum est, ne ad id amplius laborarent. Nam quid- 
quid de mobilibus aut officiis regiis concesserat, durante dis- 
cordia , ratum et stabile volebat permanere. 


CAPITULUM XXIV. 


Rex , regina et regni principes , redeuntes Parisius, pacem factam publicare fecerunt. 


Dignum duxerunt eciam prefati principes ut rex, quamvis 
nundum sanus mente, navi impositus, remigum subsidio per 
Secanam reduceretur Parisius et in domo regia Sancti Pauli - 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 723 


CHAPITRE XXIII. 


Les membres du clergé , partisans de monseigneur d'Orléans et de ses alliés , rentrent 
en possession de leurs domaines temporels, qui , par ordre du duc de Bourgogne, 
avaient été mis en la main du roi. - 


Il fut résolu dans la méme assemblée, du consentement unanime 
des princes, que les domaines temporels de l'archevéque de Sens, de 
l’évêque de Paris et des autres personnages ecclésiastiques, qui avaient 
été confisqués à l'occasion de la guerre civile, leur seraient restitués, 
et l'on accorda à tous ceux qui avaient suivi le parti du duc d'Orléans 
et de ses alliés la permission de retourner librement chez eux. Quel- 
ques uns d'entre eux en concurent l'espérance de recouvrer leurs biens 
meubles et les offices royaux dont ils avaient été privés durant la 
guerre, et intentérent aux envahisseurs des actions en restitution devant 
le Parlement ou d'autres juridictions. Ces procés, livrés aux mains des 
avocats, auraient ruiné les parties, si le roi n'eüt mis ordre à ces 
funestes débats. Averti par les plaintes des juges ordinaires, et crai- 
gnant que de pareilles contestations ne leur permissent pas de vider 
les affaires courantes, il fit publier le mois suivant dans tous les tribu- 
naux qu'on eût à ne pas s'occuper davantage de telles affaires. Car 
il voulait que toutes les concessions faites par lui de biens meubles ou 
d'offices royaux, durant les troubles, fussent maintenues et respectées. 


CHAPITRE XXIV. 


Le roi , la reine et les princes, de retour à Paris, font publier le traité de paix. 


Les princes décidérent aussi que le roi, quoique toujours malade, 
serait ramené à Paris par la Seine et transporté en son hótel royal 
de Saint-Paul, et que le 27 août le traité de paix conclu entre les 





724 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


locaretur; auctoritate quoque ipsius, augusti mensis die vice- 
sima septima, in Parlamento et Castelleto regiis tractatus pacis 
compositus inter duces publice legeretur. Iterum duodecima 
septembris, consensu omnium predictorum, per compita ville 
Parisiensis voce preconia, lituis precinentibus, id publicari 
jusserunt, prohibentes sub pena capitali ne quis, occasione trans- 
acte discordie, alterum infamando Armeniacum vel Burgundio- 
nem, quod summa injuria tunc reputabatur, nominaret, sed 
prius omnes rancores conceptos sub tumulo perpetui silencii 
sepelirent. | 

Hiis peractis, mensis septembris ultima ebdomada, dominus 
dux Guienne, quasi collateralem socium habens comitem Vir- 
tutum, quem et duces Burgundie et de Borbonio sequebantur, 
Parisius est ingressus cum tanta baronum et militum comitiva 
quantam decuisset regiam majestatem, cum preposito eciam 
mercatorum, scabinis et civibus summe auctoritatis, qui eos- 
dem honorifice exceperant. Nundum exacto triduo, plebs uni- 
versa reginam venerabilem iterum ingredientem suscepit et 
cum tanta exuberanti leticia , ut laudes sibi regias acclamarent, 
ac si suscepissent regem qui de adversariis regni triumphasset. 
Qualiter noctem insompnem in coreis, cantilenarum quoque 
melodiis cum continuato nocturno igne deduxerunt breviter 
pertransiens, nec tamen silendum credo quod dominum Lour- 
dinum, militem, qui omnes barones reginam conducentes equi- 
tatura et superfluo ornatu excedebat, die sequenti, et, ut 
publice dicebatur, consilio domini ducis Borboniensis, dux 
Burgundie capi fecit et in Flandriam transferri. Causam tamen, 
cum id scribebam , ignorabam. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXNII 725 


ducs serait lu publiquement en son nom au Parlement et au Châtelet. 
Puis, du consentement de tout le conseil, ils firent publier ledit traité 
le 42 septembre, dans les carrefours de Paris, par la voix du héraut 
et à son de trompe, défendant à tous, sous peine de mort, de garder 
souvenir des dissensions passées et de se traiter d'Armagnac ou de 
Bourguignon, ce qui était considéré comme la plus sanglante injure, 
et ordonnant d'ensevelir tout ressentiment dans un éternel oubli. 


Cela fait, monseigneur le duc de Guienne entra à Paris la derniére 
semaine de septembre, ayant à ses côtés le comte de Vertus, derrière 
lui les ducs de Bourgogne et de Bourbon, et suivi d'un cortége vrai- 
ment royal de barons et de chevaliers. Le prévót des marchands, les 
échevins et les principaux bourgeois, qui étaient venus à sa rencontre 
par déférence, étaient aussi en sa compagnie. La reine fit son entrée 
trois jours aprés; la population entiére de Paris l'accueillit avec des 
transports d'allégresse et des acclamations aussi bruyantes que celles 
qui auraient pu accueillir le retour d'un roi victorieux et triomphant. 
Je ne m'arréterai point.à parler des danses; des chansons et des feux 
de joie qui durérent toute la nuit ; mais je ne crois pas devoir passer 
sous silence ce qui arriva à messire Lourdin, chevalier, qui se distin- 
guait parmi tous les barons de la suite de la reine par la richesse de 
son équipage et son excessive magnificence. Le duc de Bourgogne , 
d'aprés le conseil, dit-on, de monseigneur le duc de Bourbon, le fit 
arréter le lendemain et conduire en Flandre. Je n'ai pu connaitre le 
motif de cette arrestation. 


726 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


CAPITULUM XXV. 


Restituitur auriflamma, et comes Marchie fratrem suum comitem Vindocini carceri 
mancipavit. 


Dum cives sic regios honores exhiberent, augusti videlicet 
vicesima nona die, regis vexillifer principalis, dominus de 
Osmonte, ad regale monasterium beati Dyonisii accedens, vexil- 
lum gloriosi martiris, quod auriflamma dicitur, super ejus 
altare devotissime obtulit. Quam hujus monasterii abbas vene- 
rabilis, pontificalibus indutus et suis religiosis honorifice comi- 
tatus, suscepit reverenter, et in thesauro cum indumentis coro- 
nacioni regum deputatis more solito detulit conservanda. 


CAPITULUM XXVI. 


Dominus Johannes de Monte Acuto de patibulo communi Parisiensi deponitur. 


Septembris die vicesima octava, auctoritate regis et-ducis 
Guienne, de patibulo communi Parisiensi cum luminari ingenti 
torchiarum depositus est truncus corporis domini Johannis de 
Monte Acuto, quondam magistri regalis hospicii , cujus mortem 
notavi superius, ut cum capite in domipolis suspenso in eccle- 
sia Celestinorum apud Marcoussis, quam ipse fundaverat, sepe- 
liendus portaretur. Ferunt quidam dominum ducem Guienne 
super ejus ignominiosa morte pluries condoluisse. Idcirco ejus 
filium, bone indolis juvenem, et in curialibus observanciis super 
omnes coetaneos suos eruditum, in contemptum hujus oppro- 
brii hucusque ab ejus curia elonguatum revocavit, precipiens ut 
sibi collateralis existens familiariter serviret sicut prius. 


798  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB, XXXIII. 


CAPITULUM XXVII. 
Dux Biturie ingressus est Parisius. 


Rex, summo medico Jhesu Christo gracias redditurus pro 
sana mente recepta, circà finem hujus mensis de domo regia 
Sancti Pauli exiens, ecclesiam beate Marie Parisiensis peregre 
visitavit. Quod audiens dux Biturie, ejus patruus, quod diu 
recusaverat, Parisius ingredi statuit, non armatorum stipatus 
cuneo, sed domestica familia comitatus. Ipsi autem omnes aurea 
lilia deferentes, excepto duce Guienne , cum civibus Parisien- 
sibus obviam occurrerunt, et ad domum suam de Nigella 
honorifice conducentes, sequenti luce rex eum cum pacifico 
osculo amicabiliter recepit, precipiens ut secum deinceps re- 
maneret, quia in cunctis arduis uti ejus consilio deinceps in- 
tendebat. Necdum ab ejus adventu tercia nocte transacta, ut 
civibus veraci relacione innotuit quosdam ex suis servitoribus 
uni ex concivibus suis mortales insidias preparasse, mox obti- 
nuerunt a rege ut deinceps armati vigilias continuarent noc- 
turnas per civitatis compita, ut securius manerent. Edictum 
est iterum sequenti ebdomada, auctoritate regia et voce pre- 
conia, ne quis, quacunque polleret preeminencia, armatus 
iter faceret de nocte per urbem, nisi ex civibus esset; quibus 
et auctoritatem dedit tales capiendi et in carcerem retrudendi. 
Ipsam tamen licenciam quasi onines decuriones molestissime 
tulerunt, | | 


730  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


CAPITULUM XXVIII. 


De nunciis Romam missis ad consilium generale. 


À domesticis et Cisalpinis dominis ad Transalpinos stilum 
racionabiliter vertens, Johannes summus pontifex , paternam 
gerens sollicitudinem ut universalis status Ecclesie reformare- 
tur in melius, usque ad annum presentem generale consilium 
celebrare distulerat, Lendislai tamen tyranni, invasoris regni 
Sicilie, viribus impeditus. Is namque impacienter perferens 
quod crucesignatos in eum movere statuisset, in terra Ecclesie 
laxando sue crudelitatis habenas et discursiones hostiles, Roma- 
nos intollerabilibus dampnis et injuriis lacessivit, ipsumque 
papam reiteratis vicibus obsidione cinxit; nec acquievit resipis- 
cere ab inceptis, donec decretum revocans pacificum cum eo 
composuisset tractatum. 

At ubi divulgatum est ubique quod sic itinera usque Romam 
solito securiora reddidisset, ex Italie, Hungarie, Boemie, An- 
glie, Scocie et Alemanie partibus, que pape obediebant, epi- 
scopi, archiepiscopi, primates ceterique viri ecclesiastici illuc 
tendere hiis diebus obedienter decreverunt, ut huic consilio 
interessent. Auctoritate eciam regis et regni Francie, ut ordina- 
tum fuerat, ex quatuor facultatibus venerande Universitatis 
Parisiensis electi videlicet viri, utique sciencia clari et exhorta- 
tori sermonis habentes graciam, illuc iter flectere jussi sunt 
cum honorabili comitiva, ut secundum instructiones sibi datas 
onera gravissima Ecclesie gallicane a summis pontificibus nuper 
imposita aut deponi penitus aut alleviari in parte maxima pro- 
curarent. Et ut summo pontifici ipse rex filialem reverenciam 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 731 


CHAPITRE XXVIII. 


Des ambassadeurs sont envoyés à Rome pour le concile général. 


732 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII, 
exhiberet, cum domino.....* magistrum Johannem de Monste- 
riolo secretarium suum misit, quibus in mandatis dedit ut ma- 
gistris Petro de Alliaco et Symoni Cramaut, nuper consiliariis 
ejus, et quos papa in ejus favorem recenter ab episcopatu Came- 
racensi et archiepiscopatu Remensi ad cardinalatum assumpse- 
rat, regni negocia in papali palacio ventilenda duleiter recom- 
mendentes, quidquid in consilio tactum foret redeuntes sibi 
serietenus referrent et in scriptis. | 


CAPITULUM XXIX. 


De provinciis regni cives ad consilium regale evocantur. 


Die qua cedit autumpnus inclemencie hyemali, regi, secreta 
decucienti cum suis illustribus et consiliariis, non. placencia 
nunciantur, sed ut vallidiora solito Anglicorum agmina, sub 
signis domini Thome ducis Clarencie militancia, ut superius 
dictum est, in Guienne uberiori plaga regni hostiles discursio- 
nes exercebant, nemine contradicente. « Et quia, inquit nun- 
« cius, micius solito ad cautelam consuetas laxare statuerunt 
« crudelitatis habenas , cedibus et incendiis penitus abstinentes, 
« jam quosdam ex compatriotis allexerunt jurare quod fideli- 
« tatem regi Anglie servabunt; sicque securius vivunt quam si 
« Londoniarum urbe cum ceteris civibus residerent. » Addidit 
in calce narracionis in mente gerere capitaneos universos quod, 
transcursis ybernis mensibus, mox ut vernali tempore arri- 
dente gratam exercitui offeret temperiem, ad occupacionem 
urbium et oppidorum modis omnibus aspirabunt, nisi expel- 
lentur viribus. «Quod utique eciam viris circumspectis difficil- 


' Il y a ici une lacune dans le manuscrit. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL — 733 


réts du royaume en cour de Rome à la prudence et à l'habileté de 
maître Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, et de maître Simon Cra- 
maut, archevêque de Reims, naguère ses conseillers, que le pape 
avait, en sa considération, élevés tout récemment au cardinalat. Il 
les chargea en même temps de lui rapporter tout au long et par écrit, 
à leur retour, ce qui aurait été fait dans le concile. 


CHAPITRE XXIX. 


Le roi convoque une assemblée des principaux bourgeois des différentes provinces 
du royaume. 


A là fin de l'automne, de fächeuses nouvelles vinrent au roi, pendant 
qu'il délibérait sur les affaires de l'État avec les seigneurs de sa cour 
et ses conseillers. On lui annonca que les troupes de Thomas duc de 
Clarence, dont nous avons déjà parlé, augmentées de nouveaux ren- 
forts, couraient la riche contrée de Guienne sans rencontrer aucun 
obstacle. « Et comme les ennemis, disait le courrier, se comportent 
« avec plus de ménagement que de coutume dans une intention adroi- 
« tement calculée, et qu'ils s'abstiennent de meurtres et d'incendies, 
« ils ont déjà amené plusieurs habitants du pays à préter serment de 
« fidélité au roi d'Angleterre; si bien qu'ils vivent aussi en süreté 
« que s'ils étaient à Londres au milieu de leurs compatr iotes. » Il 
termina en disant que tous leurs capitaines n'avaient qu'une méme 
peusée, c'était, une fois l'hiver passé, et au retour de la saison favo- 
rable aux opérations militaires, de tourner tous leurs efforts contre 
les villes et les cháteaux de la province, et de s'en emparer, si on ne 
les chassait les armes à la main. « Mais, ajouta-t-il, c'est, au dire 
« des gens sages , une entreprise trés difficile. » Déjà précédemment on 
avait envoyé en Guieune, pour arrêter leurs courses, le sire de Helly 

à la téte d'un corps peu nombreux de braves gens de guerre. Mais 
ce chevalier, voyant qu'il ne pouvait espérer ni profit ni gloire de 


'terandi colloquia mutua feriis successivis , cum stipendia urgen- 


134 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« limum videtur. » Jam antea, ne justo evagarentur liberius, illuc 
missus fuerat dominus de Heliaco cum bellatorum modica, 
vallida tamen, manu. Sed videns quod nil commodi vel honoris 
poterat reportare, cum par viribus non esset ; rediens tunc in 
presencia regis libere protestatus est, quod , nisi illuc vallidus 
mitteretur exercitus, procul dubio in brevi non sine tollera- 
bili dampno loca plurima occupabunt, que per- longum trac- 
tum temporurn non sine cedibus et infinitis expensis poterunt 
recuperari. | 

In assistencium pectora hec verba alcius descenderunt, que, 
quamvis verissima viderentur, tamen occasionem dederunt rei- 
cia tunc solvere ex erario regali penitus exhausto peccuniis 
impossibile reputarent. Tandem tamen attendentes quod ad re- 
gnicolarum facultates, quamvis tenues occasione precedencium 
guerrarum, erat necessario recurrendum, ideo unanimiter mit- 
tere statuerunt, qui ex provinciis regni cives in certo numero 
auctoritate regia Parisius preciperent convenire, ut sciscita- 
retur ab eis quam viam tenere consulerent, tanta vicissitudine 
rerum perdurante. Tunc et extitit ordinatum ut cives Parisien- 
ses cum Universitate veneranda cum ceteris interessent. Et hii 
tunc simul statuerunt sollempnes processiones celebrare, hiis 
tamen unam partem strate regie tenentibus et illis aliam ; et 
dum in ecclesiis staciones faciebant, inter missarum sollemp- 
nia Dominum exorabant üt deliberare valerent quod verti pos- 
set ad regni utilitatem et honorem. 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 735 
cette expédition à cause de l'infériorité de ses forces, revint en ce 
moment méme auprés du roi et lui déclara franchement que, si on 
n'envoyait une puissante armée de ce côté, les Anglais seraient certai- 


* 


736 CHRONICORUM KAROLI SEXTI .LIB. XXXIII. 


CAPITULUM XXX. 


De proposicionibus factis in consilio regali. 


In domo regia Sancti Pauli, januarii penultima die, rege 
regali solio residente, cui in absencia ducis Biturie, qui graviter 
egrotabat, incliti Guienne et Burgundie duces, multi eciam 
comites , barones, cum prelatorum caterva non modica, qui de 
provinciis regni acciti fuerant, convenerunt, causam evocacio- 
nis eorum atque burgensium regni audituri. 

Que tunc animo rex gerebat cancellarius Guienne peroran- 
dum suscipiens, prolixe retulit regnum retroactis annis occa- 
sione dissidencium principum intollerabilia dampna pertulisse, 
et inter procellosos anfractus guerrarum prope civilium peri- 
culose fluctuasse; nec periculum evasisset nisi ipse rex vigilanti 
sollicitudine consanguineos principes aurea lilia deferentes ad 
concordiam et pacem revocasset. Inde vinculum mutue dilec- - 
tionis compositum et corroboratum hinc inde sacramentis mul- 
tipliciter commendans et perpetuo duraturum absque aliqua 
hesitacione affirmans , omnes et singulos monuit assistentes ut 
ad continuandum illud modis omnibus laborarent, et ne subiti 
motus civiles dissolucionis ipsius causam essent. Addidit iterum 
regem cordialiter se ét sua hucusque exposuisse pro defensione 
regni, idque libere offerre, sed non equanimiter tollerare Angli- 
cos, adversarios capitales, regnum suum inquietasse hostiliter, 
et nunc in Guienna uberiori ejus parte desevire; ideo super 
ejectione eorum quotquot convenerant evocasse, ut eorum con- 
siliis uteretur. In calce autem verborum: « Unum, inquit, 
« tamen sencio hic notandum, quod, sicut majori numero quam 
« retroactis temporibus convenerunt, sic et majori exercitu 


738 GHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« bellatorum et majoribus expensis opus erit. Et ideo usque ad 
« sextam feriam rex spacium cunctis deliberandi concedit, ut 
« redeuntes referant quale advisamentum, auxilium et solamen 
« in hac parte sibi dabunt, ut res fine laudabili terminetur. » 

Sic e colloquio publico discessum est. Quo die dicta iterum 
celebrato, et provincie Remensi audiencia concessa, per diser- 
tum oratorem pacem principum multipliciter commendans, 
dampna quoque irreparabilia güerra durante serietenus enar- 
rans, per viscera misericordie Christi supplicavit ut regnicolis 
fere ad ultimam necessitatem redactis rex inolita benignitate 
compateretur, ipsosque insufficientes reputaret ad quodcunque 
jugum peccuniale ferendum. Hanc viam tenuit qui pro Rotho- 
magensi provincia est loqutus, finaliter tamen tangens brevi- 
ter et succinte quod aliunde quam a miserabili plebe poterat 
peccunias extorquere. Quod. verbum die sequenti pro Lugdu- 
nensi provincia venerabilis abbas monasterii sancti Johannis, 
vir utique tulliana facundia pollens, cum grato omnium audien- 
cium assensu, luculenter et diffusius declaravit, ad collectores et 
dispensatores peccuniarum regni se divertens. Nam inexple- 
biles eorum cupiditates multis modis redarguens et astucias 
adinventas, per quas, rege penitus inscio, peccunias infinitas 
jure suo erario inferendas propriis usibus applicabant, intulit 
absque erubescencie velo quod, si justissime sua recuperare 
placeret, satis habundeque sufficerent ad reparandum loca 
regalia, in parte maxima ruinosa, et continuandum guerras 
suas. | 

Soluto colloquio , mensis februarii nona die rex ex deambu- 
latorio ambiente cariam Sancti Pauli, in quo cum domesticis 
confabulari solebat, cum aula regia tante capacitatis non esset 
quod posset accedentibus locum dare, venerandam Universi- 




















CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 739 


« dépenses plus considérables. Le roi vous accorde six jours pour en 
« délibérer; vous reviendrez lui dire quels sont vos sentiments, quelle 
« assistance et quel appui il peut espérer de vous en cette circonstance, 
« pour mener l'affaire à bonne fin. » | 


Après cela, l'assemblée se sépara. Elle se réunit de nouveau au jour 
fixé, et la parole fut donnée aux députés de la province de Reims. 
L'un d'eux, habile orateur, loua beaucoup la réconciliation des princes 
et rappela tout au long les maux irréparables occasionnés par la guerre, 
supplia le roi par les entrailles de la miséricorde de Notre-Seigneur 
de compatir à la misère des habitants du royaume, qui se trouvaient 
presque réduits à la derniére détresse, et d'étre bien persuadé qu'ils 
étaient hors d'état de supporter la moindre taxe. L'orateur de la pro- 
vince de Rouen parla dans le méme sens, et ajouta méme en finissant 
qu'on pouvait trouver de l'argent ailleurs que chez le pauvre peuple. 
Le lendemain, le vénérable abbé du monastére de Saint-Jean , person- 
nage renommé pour son éloquence, qui prit la parole au nom de la 
province de Lyon, développa dans un brillant discours, avec l'approba- 
tion de tous les assistants , l'opinion émise par le précédent orateur; il 
s'attaqua aux collecteurs et dispensateurs des deniers publics, dénonca 
hautement leur insatiable. cupidité et les ruses coupables à l'aide des- 
quelles ils détournaient à leur profit, sans que le roi le sût, des sommes 
considérables qu'ils auraient dà verser dans le trésor, et ne craignit 
pas de dire que, s'il plaisait à sa majesté de leur faire rendre ce qu'ils 
s'étaient indüment approprié, elle aurait suffisamment de quoi subve- 
nir aux réparations des maisons royales, qui pour la plupart tombaient 
en ruines, et poursuivre la guerre. | | 


Sur ce, l'on se sépara, et l'assemblée fut remise au 9 février. Ce 
jour-là, le roi donna audience à la vénérable Université et aux bour- 
geois de Paris dans la galerie qui entourait la cour de l'hótel Saint- 
Paul, et oà il devisait ordinairement avec ses familiers; car la grande 
salle du Palais n'était pas assez vaste pour contenir tous ceux qui 


740 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


tatem et cives Parisienses audire statuit et quid in supradictis 
sentirent. Id perorandum susceperat in saera pagina professor 
eximius, magister Benedictus Genciam, Sancti Dyonisii in Fran- 
cia religiosus. Cui facta loquendi gracia, et insufficienciam 
suam pro excusacione premittens, protestatus est sue inten- 
cionis non esse quod aliquem nominatim scandalisaret, sed ter- 
minis generalibus intimaret quod Universitas mater alma sibi 
injunxerat proponendum. Inde tractatum principum ante Bitu- 
ricam urbem compositum et Autissiodoro juratum multipliciter 
commendans, tanquam ab universis regnicolis inviolabiliter 
servandum , addidit ad hoc regem principaliter obligatum et ad 
puniendum transgressores, cujuseunque preeminencie essent, 
sine favore quocunque. Ostendens quam sit salubre quamque 
delectabile in unionis vinculo caritative manere, iterum eum 
monuit ut consanguineos suos semper prope se haberet , quo- 
rum dulci alloquio frueretur et consilio dirigeretur in agendis : 
« Quoniam procul dubio, inquit , regnum vestrum tam insigne 
« inde supra cetera occidentalia potentissimum facietis longe 
« lateque per orbis climata gloriosum. » 

Ad principale veniens dictus doctor et ipse regi illud evvan- 
gelicum dirigens : Zmperavit ventis et mari, et facta est trans- 
quilitas magna , dixit duos ventos sedicionis scilicet et ambi- 
cionis regno multipliciter nocuisse, et hunc primum, qui ex 
ore assentatorum et obloqutorum sepius aures principum pene- 
trat et dominorum , multis racionibus reprobavit. Ejus quoque 
activitatem nocivam dilatando, addidit nuper per illum unum 
grande malum et maximum nuper reputatum in regno acci- 
disse, unde guerre, cedes multorum nobilium et irreparabilia 
dampna hucusque sequta fuerant. Quod verbum multorum 
aures assistencium offendit suspectumque reddidit proponen- 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 74 


4 


s'étaient rendus à son appel, afin de lui donner leur avis en cette 
occurrence. Ce fut maître Benoît Gentien, religieux de Saint-Denys, 
et savant professeur de théologie, qui porta la parole. Après s'être 
excusé de son insuffisance, il protesta qu'il n'avait l'intention d'offen- 
ser personne en particulier, mais qu'il exposerait en termes généraux 
ce que sa vénérable mère l'Université l'avait chargé de dire. ll fit 
ensuite un pompeux éloge du traité conclu devant Bourges et con- 
firmé- par serment à Auxerre, et déclara que tous les habitants du 
royaume devaient l'observer inviolablement, que le roi y était tenu 
plus que tous les autres, et qu'aucune considération ne devait l'em- 
pêcher de punir les infracteurs, de quelque rang qu'ils fussent. Il dé- 
montra combien il était important et avantageux que chacun vécüt 
en paix et en bonne amitié, et engagea le roi à retenir toujours ses 
. parents auprès de lui, pour entretenir avec eux de douces relations et 
s’éclairer de leurs conseils. « Par ce moyen, dit-il, vous ferez que 
« votre royaume, déjà si illustre, deviendra le plus puissant des 
« royaumes de l'Occident, et vous propagerez sa. gloire dans tous les 
« pays de l'univers. » 


Ledit docteur, passant alors au point principal, et adressant au 
roi ces paroles de l'Évangile : 7] commanda aux vehts et à la: mer, et 
il se fit un grand calme, dit que le vent de la sédition et celui de 
l'ambition avaient soufflé sur le royaume et y avaient causé beaucoup 
de maux. Il réprouva par plusieurs raisons le premier de ces deux 
vents , qui sortant de la bouche des flatteurs et des calomnAteurs, pé- 
nétre dans les oreilles des princes et des seigneurs. Il en exagéra les 
funestes effets, et ajouta que c'était à cette seule cause qu'il fallait 
attribuer le grand et terrible malheur récemment arrivé dans le 
royaume et qui avait été suivi de la guerre civile, de la mort de tant 
de seigneurs et de dommages irréparables. Ces paroles blessérent une 
partie des assistants et leur firent suspecter la bonne foi de l'orateur; 


742 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
tem, cum in vituperium ducis Burgundie evidentissime verte- 
retur. À predicta iterum Universitate reverenda. quemdam 
rotulum, excessivas pensiones omnium et singulorum famulan- 
cium regi a cancellario usque ad minimum continentem, et 
quomodo per nimium numerum thesaurariorum ac receptorum 
prodigorum ordinarie et extraordinarie opes distrahebantur 
regie in irreparabile dampnum regni publicandum susceperat. 
De nominatis tamen, judicio multorum circumstancium, super- 
ficialiter nimis loquens, solum dixit eos, vento ambicionis et 
cupiditatis a multis annis hucusque continuato agitatos, ad 
tantam inopiam erarium regale redegisse , quod non sufficiebat 
ad legata priscorum regum et onera feodalia solvenda, nec inde 
regie cotidiane expense, militaria continuanda stipendia solvi 
poterant, nec domicilia regia ad ruinam tendencia reparari. 
« Sic, inquit, reputant vos omnes regnicole a provida circum- 
« spectione felicis recordacionis pii vestri genitoris deviare, 
« idque mater mea Universitas, filia vestra, et obedientes cives 
« vestri reprehensibile reputant, supplicantes ne deinceps rebus 
« vestris familiaribus aut consiliis insistentes vel ad custodiam 
« municipiorum regni deputatos excessivam manum prodigam 
« laxetis, et regales peccunias a fraudulentis collectoribus ves- 
« tris sublatas, ut justum est, recuperare velitis.» Verbis adden- 
dum censuit : « Et si, occasione guerrarum, populares exàc- 
« tiones retroductas, munificencia regali vestris consanguineis 
« concessas , per triennium revocetis, sic sine regnicolarum gra- 
« vamine vobis suppetent sufficientes divicie; longe lateque in 
« regno vento cupiditatis vobis obsequencium diminuto, dici 
« poterit quod per vos facta est transquilitas magna. » 

Hanc sentenciam tenuerunt qui pro Senonensi et Bituricensi 
provinciis loquti sunt successive, per viscera misericordie 





CHRONIQUE DE CHARLES Vl. — LIV. XXXIIL 743 
car elles contenaient évidemment une attaque contre le duc de Bour- 
gogne. ll était encore chargé de produire de la part de la véné- 
rable Université un certain róle indiquant les pensions excessives de 
tous les serviteurs du roi, depuis le chancelier jusqu'au dernier offi- 
cier de la cour, et de représenter comment les finances ordinaires et 
extraordinaires de l'État étaient dilapidées et dissipées, au grand détri- 
ment de tous, par le trop grand nombre des trésoriers et des receveurs. 
Toutefois , au dire de plusieurs des assistants, il parla trop superficiel- 
lement de ces dilapidateurs, et se contenta d'affirmer que, poussés 
depuis longues années par le vent de l'ambition et de la cupidité , ils. 
avaient tellement épuisé le trésor royal, que le roi n'avait pas de quoi 
acquitter les legs de ses prédécesseurs et les charges féodales, et qu'il 
ne lui restait rien pour les dépenses, journaliéres de sa maison ni pour 
la solde des troupes, ni pour la réparation des résidences royales qui 
tombaient en ruines. « Ainsi, ajouta-t-il, tous vos sujels pensent que 
« vous vous écartez de la sage conduite du bon roi votre pére d'heu- 
« reuse mémoire. Ma mére l'Université, votre fille chérie, et vos 
« fidéles bourgeois de Paris regardent cela comme une chose blá- 
« mable; ils vous supplient de ne plus prodiguer désormais vos lar- 
« gesses aux gens de volre maison ou de votre conseil ni à ceux que 
« vous préposez à la garde des places fortes du royaume, et de farre 
« restituer, comme il est juste, aux collecteurs infidéles des deniers 
« royaux les sommes qu'ils ont dérobées. » Il termina par ces mots: 
« Si, à l'occasion des guerres présentes, vous vouliez seulement révo- 
« quer pour trois ans les concessions que votre royale munificence a 
« faites à vos parents des taxes publiques qui ont pesé sur le peuple, 
« vous trouveriez par ce moyen autant d'argent qu'il vous en faut, 
« sans surcharger vos sujets, vous ápaiseriez ce vent de cupidité qui 
« régne dans tout le royaume ; et l'on pourrait dire que gráce à vous 
« il. s'est fait un grand calme. » 


Ceux qui parlérent ensuite pour les provinces de Sens et de Berri 
furent du méme avis , et suppliérent le roi par les entrailles de la misé- 


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TAA CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 

Christi , ut, que prolata fuerant complens, regnicolis subsidiis 
intollerabilibus vexatis condoleret, nec ipsis. adderet jugum 
novum. Quod ipse rex benignissime annuit, et per cancella- 
rium dici fecit quod super propositis per consilium regias ordi- 
naciones fecerat in proximo publicandas. Et sic audiencia pu- 
blica soluta est. 


CAPITULUM XXXI. 


«Que iterum Universitas proposuit coram rege contra exactores regios et collectores. 


Quamvis in sacra pagina universis professoribus, dumtaxat 
uno excepto, prolata placuerint, ceteris tamen doctoribus et 
magistris inutilia visa sunt, cum singulorum officialium regio- 
rum furtivas et absconditas rapinas in regis dampnum peractas 
exactis temporibus minime detexisset. Quapropter easdem 


Scriptis lacius redigentes, iterum audienciam obtinuerunt a 


rege et a duce Guienne ad diem lune sequentem , et cuique 
magistro ordinis Sancte Marie de Carmelo propositum commi- 
serunt perorandum. Cui die dicta data dicendi gracia quod 
placeret, in presencia ducum Guienne et Burgundie, Niver- 
niensis, Virtutum et de Charoloys comitum, domini quoque 
ducis de Bavaria, ducis Lotharingie et plurium aliorum, cum 
verba precedentis magistri multipliciter calumpniando publice 
anullasset , inani metu ascribens quod directe intencionem Uni- 
versitatis, civium quoque Parisiensium minime explicuisset, 
vallidis precibus impetravit ut ipsam rex ad longum audire 
benignis auribus dignaretur. | 

Quo concesso, jussu venerabilis rectoris, quidam magister in 
artibus facundissimus surrexit , qui magnum inde rotulum con- 
fectum , singulos regios officiales nominans qui receptas pecou- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 745 


ricorde de Notre-Seigneur de daigner exécuter ce qui lui était proposé, 
de compátir aux souffrances de ses sujets écrasés de subsides intolé- 


746 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


niales regni sui suis usibus applicantes erarium regale penitus 
exhaustum reddiderant, fere per horam et dimidiam seriose, 
alte et intelligibiliter perlegit. Abreviando lecturam et sub com- 
pendio scripta comprehendens, ne attediant lectores: 

« Metuendissime, inquit, princeps, humilis filia vestra Pari- 
« siensis Universitas, cum mercatorum preposito scabini et 
« cives vestri fideles , cordialiter offerentes serenitati regie quod 
« jussi fuerant deliberare ad utilitatem regni, cunctos cives ex 
« provinciis regni missos asserunt unanimiter jurasse quod 
« tractatum inter principes firmatum inviolabiliter servabunt. 
« Opere precium addere dignum ducunt ut duces et comites 
« mutuo pacificati, cum suis vassallis iterum evocati , in vestris 
« manibus renovent juramentum, cum nonnulli, cum Arme- 
« niaci comite in regni dampnum maximum guerras continuan- 
« tes, pacis inite videantur publici transgressores, in quos certe 
« animadvertere debet majestas regia; et videatis eum ipsis 
« Anglicos in modum societatis in destructionem regni totis 
« viribus aspirare. 

« In quantum subditis vestris prefatis super auxilio et conso- 
« lacione vobis exhibendis fecistis mencionem , quod res fami- 
« liares decentes regiam majestatem vobis desunt, nec quod 
« sufficienter valetis regnum cum prepotenti dextera agminum 
« bellatorum conservare , ex culpa vobis serviencium in officiis 
« publicis luce clarius ostendent procedere. Per thesaurarios 
« quidem vestros, more progenitorum insignium, in oneribus 
« feodalibus, elemosinis consuetis ab antiquo, expensisque 
« communibus vestris, regine, domini ducis Guienne, ipsisque 
« famulancium continue, nec non stipendiis pugilum, vel pon- 
« cium , passagiorum , calceiarum , castrorum , regiorum edifi- 
« ciorum, ordinarie peccuniales financie minime distribuuntur, 











CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 747 


bout à l'autre, à haute et intelligible voix, un grand róle qui avait été 
dressé à ce sujet, désignant par leurs noms tous les officiers du roi qui 
avaient épuisé son trésor en détournant à leur profit les revenus du 
royaume. La lecture de cet acte dura prés d'une heure et demie. Je ne 
le reproduirai pas ici tout au long, de peur d'ennuyer les lecteurs; 
je me contenterai d'en rapporter la substance : 

« Trés redouté prince, votre humble fille l'Université, le prévót 
« des marchands, les échevins et vos fidéles bourgeois de Paris pré- 
« sentent affectueusement à votre royale majesté les avis que vous leur 
« avez ordonné de lui faire connaître pour le bien du royaume. Ils vous 
« assurent d’abord que tous les députés des diverses provinces de 
« France ont juré d'un commun accord d'observer inviolablement le 
« traité fait entre les princes. Il leur semble qu'il serait à désirer que 
« les ducs et comtes qui se sont réconciliés fussent mandés par vous 
« de nouveau avec leurs vassaux, pour renouveler leur serment entre 
« vos mains; car plusieurs d'entre eux continuent la guerre sous les 
« ordres du comte d'Ármagnac, au grand détriment du royaume, 
« et violent ainsi publiquement la paix conclue. Votre royale majesté 
« doit certainement sévir contre eux; d'autant plus que vous voyez 
« les Anglais conspirer, comme de concert avec eux, la ruine de votre 
« royaume. 

« Quant aux secours et à l'assistance que vous avez demandés à vos- 
« dits sujets, ils vous prouveront de la maniére la plus évidente que, 
« si vous n'avez point des ressources suffisantes pour tenir un état 
« royal, et pour entretenir une puissante armée de gens de guerre 
« capable de défendre le royaume, c'est la faute des officiers revétus 
« des charges publiques. Vos trésoriers n'emploient point les revenus 
« ordinaires de vos finances, comme cela s'est toujours pratiqué sous 
« le règne de vos illustres prédécesseurs, à l'acquittement des charges 
« féodales, aux aumónes accoutumées, aux dépenses journalières de 
« votre maison, de la reine, de monseigneur le duc de Guienne et de 
« leurs serviteurs ordinaires, à la solde des troupes, à l'entretien 
« des ponts, des routes, des chaussées, des forteresses et résidences 
« royales; ils n'en versent pas l'excédant dans vos coffres. C'est un 


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« nec aliquid inde residui gazis regiis infertur. Non sine multo- 
« rum compassione pauperes religiosi abbaciarum et hospita- 
« lium domorum, super gradus thesauri regii continue expec- 
« tantes, tempus in vanum cernuntur consumere, nec inde 
« aliquid emolumenti referunt; et sic eorum loca sacra, a ves- 
« tris predecessoribus fundata, ad ruinam deveniunt, in preju- 
« dicium animarum suarum et consciencie vestre. 

« Ád priscorum regum, reginarum ac liberorum: suorum 
« continuandum statum magnificum et cotidianas expensio- 
« nes quatuor viginti et quatuordecim: milia francorum auri 
« habunde sufficiebant, indeque creditores debite contentaban- 
« tur; quod utique modo non fit, quamvis ad predictos usus 
« pro vobis, regina atque domino Guienne dominus de Fonte- 
« neio et alius dictus Piquet a magistris camere denariorum, 
« videlicet Raymundo Raguier et Johanne Pidoe , quadringenta 
«.et quinquaginta milia recipiant annuatim. Et cum inde pre- 
« fati dispensatores regias provisiones non solvant, non carent 
« nota. Quod si justa reformacione purgetur, sane majestas 
« regia sic ingens commodum reportabit, et concludet quod, 
« ex dictis peccuniis ultra mensuram ditati, in supellectili omnis 
« generis superflua, in domiciliorum constructionibus sump- 
« tuosis pompam regalem excedunt. A predictorum rapinis 
« Baymundus Raguier, camere denariorum principalis presi- 
« dens, argentarius quoque vester, dictus Poupaert, nec non et 
« Guillelmus Bude, magister municionum vestrarum , minime 
« excluduntur. Nam ipsis mediantibus annuatim levantur pec- 
« cunie, non vestris sed predictis usibus applicande, et ut sibi 
« terras et possessiones acquirant. In camera quidem denario- 
« rum predicta debita vestra vobisque serviencium stipendia 
« optime computantur, minime tamen solvuntur; nec inde pro- 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 749 


« triste spectacle que de voir les pauvres religieux des abbayes et des 
« hospices perdre leur temps à attendre vainement sur les degrés du 
« trésor royal, et s'en retourner sans avoir rien reçu. Aussi leurs saintes 
« maisons , fondées par vos prédécesseurs , tombent en ruines, au pré- 
« judice de leurs ámes et de votre conscience. 


« Quatre-vingt-quatorze mille francs d'or suffisaient largemént aux 
« rois vos prédécesseurs pour tenir un grand état, pour subvenir à 
« leurs dépenses journaliéres , à celles des reines et de leurs enfants, 
« et leurs créanciers étaient bien payés. Cela n'a plus lieu aujourd'hui, 
« bien que le sire de Fontenay et un autre personnage appelé Piquet 
« recoivent à cet effet de Raymond Raguier et de Jean Pidoe, maîtres 
« de la chambre des deniers, une somme annuelle de quatre cent 
«cinquante mille francs pour vous, pour la reine et pour monsei- 
« gneur de Guienne. Or quand les dispensateurs susdits ne paient pas 
« les provisions, ils méritent le bláme. Que votre royale majesté 
« porte remède à un tel abus; elle tirera d'immenses avantages de 
« cette juste réforme, et elle reconnaitra que c'est avec son argent 
« qu'ils se sont enrichis outre mesure , qu'ils se sont acheté un mobi- 
«lier somptueux et fait construire de magnifiques hôtels et qu'ils 
« étalent un luxe royal. Raymond Raguier, premier président de votre 
« chambre des deniers, votre argentier Poupart et Guillaume Budé, 
« grand-maître de vos places fortes, ne sont pas étrangers aux dilapi- 
« dations que nous signalons. C'est par leur entremise que sont levées 
« chaque année ces sommes, qu'ils appliquent non pas à votre usage, 
« mais à leur profit, et au moyen desquelles ils achétent des.terres et 
« de grands biens. À ladite chambre des deniers on tient un compte 
« trés exact des sommes qui vous sont dues à vous et à vos serviteurs, 
« mais on ne les paie pas, en sorte qu'il n'y a pas de quoi pourvoir 
« aux réparations des maisons royales, ou mettre en réserve dans le 
« trésor : ce que votre père et votre aïeul d'heureuse mémoire avaient 
« grand som de faire. U 














750 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« venit unde possint regia domicilia reparari vel quod valeat 
« reponi. in erario regali : quod felicis memorie genitor vester 
« et avus sunrmo studio curabant. 

«Ab octo et viginti annis et citra opes regie per dispensatores 
« prodigos fuerunt magis consumpte quam in aliquo alio regno 
« mundi. Et hoc, judicio Universitatis et burgensium Parisien- 
« sium, provenit ob excessivum thesaurariorum numerum et 
« frequentem eorum mutacionem. Sepe enim pro uno recedente 
« ponuntur quatuor, nec cuilibet sufficit si ter mille francos 
« auri percipiat annuatim ultra consuetam pensionem. Sic certe 
« singulis annis viginti mille aureis vos dampnificant, nilque 
« aliud intendunt nisi ut vestris valeant locupletari peccuniis et 
« illas distribuere excessivis petitoribus, qui, attendentes ves- 
« tram liberalem munificenciam, illas a vobis continue fraudu- 
« enter et per modos adinventos exigunt sepius importune. 
« Et si multi culpabiles tam male dispensacionis dicendi sint, 
« Andreas tamen Giffardi, quem bonis propriis dissipatis ultra 
« modum ditavistis, Burellus de Dompno Martino, Reynerius de 
« Boleni, Johannes Guerini campsor, Nicolaus Bonnet, Guido 
« Brochier precipue nominandi sunt et officio prefato indigni 
« reputandi, cum quatuor consiliariis eorum, quos ultra mo- 
« dum habere procuraverunt. | | 

« Per generales iterum subsidia pro guerris continuandis col- 
« lata, que summam ducentorum milium francorum excedunt, 
« minuuntur. Nam muneribus regiis excessivis , unicuique col- 
«latis reiteratis vicibus, non contenti nec. stipendiis annuis 
« trium milium aureorum, si in administracióne hujusmodi 
« unus eorum per biennium maneat, duodecim iterum milibus 
« scutorum aureorum se gloriabitur ditatum. 

« Iterum, serenissime princeps, de peccuniis vestris Anto- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIH. 751 


« Depuis plus de vingt-huit ans les finances royales ont été dissipées 
« par des dispensateurs prodigues plus qu'en aucun royaume du 
« monde. Et cela vient, suivant l'Université et les bourgeois de 
« Paris, du nombre excessif des trésoriers et de leurs fréquentes 
« mutations. Souvent pour un qui se retire on en nomme quatre 
« nouveaux, et ce n'est pas assez pour chacun d'eux de recevoir, 
« outre sa pension ordinaire, trois mille francs d'or par an. Ils vous 
« font tort assurément chaque année de vingt mille francs , et ne son- 
« geut qu'à s'enrichir à vos dépens et à distribuer vos trésors à cette 
« foule avide de solliciteurs qui, connaissant votre généreuse muni- 
« ficence, ne cessent d'employer toutes sortes d'artifices et de vous 
« importuner de mille maniéres pour vous extorquer continuellement 
« de l'argent. Grand est le nombre de ceux qui se sont rendus cou- 
« pables de ces malversations ; mais nous citerons surtout André 
« Giffart, qui avait dissipé son patrimoine et que vous avez enrichi 
« outre mesure, Bureau de Dammartin, Regnier de Boulligny, Jean 
« Guérin changeur, Nicolas Bonnet et Guiot Brochier, qui doivent 
« étre considérés comme indignes de conserver leurs charges , ainsi 
« que quatre de leurs conseillers, qu'ils ont aidés à faire une fortune 
« excessive. 


« Les généraux des finances prélévent de leur cóté une partie des 
« subsides perçus pour faire la guerre et qui montent à plus de deux 
« cent mille francs. Ils ne se contentent pas des largesses excessives 
« dont la munificence royale a comblé chacun'd'eux à plusieurs re- 
« prises, ni de leur salaire annuel de trois mille écus d'or; pour peu 


« qu'ils restent deux ans en charge, ils se vanteront d'avoir gagné . 


« douze mille écus d'or de plus. 


« Ce n'est pas tout, prince sérénissime; le frére du prévót de Paris, 


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752 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 
« nius de Essartis, Parisiensis prepositi frater, sex milia fran- 
« corum auri recepit annuatim secretis repositoriis vestris infe- 
« renda et voluntariis vestris usibus convertenda; que tamen 
«sibi retinet, ut continuet pomposos habitus et apparatus 
« pene regiis similes. Idemque jocalia vestra et libros custodit 
« negligenter. | m 

« Singulis diebus eciam cubiculario vestro Moriseto de Ruil- 
« liaco traduntur aurea decem scuta, que, modum priscorum 
« regum servando, vobiscum potestis ferre et distribuere ad 
« nutum quibus vobis placuerit. Id tamen complere non vale- 
« tis, quia ad utilitatem recipientis convertuntur, ut omnibus 
« constat. | 

' « Sepissime cum vos, domina regina et dominus primogeni- 

« tus vester aliqua peccuniali summa indigetis , ministri vestri 
« usurarios adiunt, qui vos evidentissime decipiunt. Nam pro 
« peccuniis vasa et jocalia aurea et argentea porrigunt ad arbi- 
« trium suum, et quandoque valoris equissimi terciam partem 
« exeedencia; sicque pro decem aureis scutis quindecim quando- 
« que fenerantur. 

« In dampnum vestrum vertitur, si quis ex recepta sua quin- 
« genta seu sexcenta vobis accommodaverit scuta. Nam cum 
« sperat recuperare debitum , ad cautelam destituitur ab officio. 
« Ád quod quandoque rediens, ut nil recipiendum reperit, 
« nimia paupertate pressus, ab usurariis cogitur accommodare 
« peccunias super recepta futura persolvendas; et sic opportet 
« vineam vestram in succo viridi manducare. 

« Ulterius procedendo, serenitati regie compotum et racio- 
« nem reddere de infinitis peccuniis, a tribus annis exactis, 
« occasione de Recuperetur vel Nimis habuit, nec non titulo 
« accommodati collectis, prepositus Parisiensis dominus Petrus 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 753 


« Antoine des Essarts, reçoit chaque année six mille francs d'or, qui 
« doivent étre déposés dans votre cassette particuliére et employés par 
« vous à votre gré; uiis il les garde pour lui, afin de tenir grand 
« état et de déployer un luxe presque royal. Il veille fort négligem- 
« ment à la conservation de vos joyaux et de vos livres. 


« Votre chambellan Maurice de Reuilly recoit tous les jours dix 
« écus d'or pour votre argent de poche, et qu'il vous est permis, 
« suivant l'usage de vos prédécesseurs, de distribuer à qui bon vous 
« semble. Mais vous ne pouvez le faire, parce que, comme chacun 
« sait, il détourne cet argent à son profit particulier. 


« Souvent lorsque vous, madame la reine ou monseigneur le dau- 
« phin avez besoin de quelque somme d'argent, vos ministres s'adres- 
« sent à des usuriers, qui vous volent évidemment; car au lieu d'écus 
« ils leur remettent des vases et des joyaux d'or et d'argent, qui la 
« plupart du temps ne valent que le tiers de ce qu'ils les estiment, en 
« sorte que pour dix écus d'or et l'intérét ils en touchent quinze. 


« Si quelque financier vous prête cinq ou six cents écus sur sa 
« recette, c'est à vos dépens. En effet, lorsqu'il compte être rem- 
« boursé de sa créance, on le destitue perfidement de sa charge, et 
« quand il y est réintégré, ne trouvant rien à recevoir et pressé par 
« le besoin, il est réduit à emprunter aux usuriers sur sa recette future. 
« C'est ainsi qu'on vous fait boire votre vin en verjus. 


« Passons à d'autres faits. Le prévót de Paris, messire Pierre des 
« Essarts, doit étre contraint à rendre compte à votre royale majesté 
« des sommes immenses qu'il a recues depuis trois ans, soit à l'occasion 
« des déclarations de Recuperetur ou de Nimis habuit, soit à titre de 
« prét; car c'est lui qui, en sa qualité de mattre et de directeur général 


iv. 95 








194 CHRONICORUM KAROLI SEXTI. LIB. XXXIII. 
« de Essartis cogi debet, cum distribute fuerint per eumdem, 
« qui se'tunc magistrum et generalem rectorem financiarum 
« nominabat, cum nonnullis officiariis vestris, qui sua vendide- 
« runt officia, et inde multas receperunt peccunias, in eisdem 
« inutiles et inhabiles collocantes. Idem prepositus est precipue 
« nominandus. Nam ultimate, cum magisterium aquarum et 
« forestarüm regni domino Divri relinquisset , in favorem hujus 
« sumtnd sexcentorum francorum ex subsidiis levata est, que 
« tum in utilitatem dicti prepositi est conversa. Item idem pre- 
« positus cum prepositura pro custodia Cesaris Burgi sex milia 
« francorum, ville et oppidi Montis Argi duo milia, Ebroycensis 
« quoque ville et municipii duo milia percipit annuatim. 

& Nec solum per istum modum opes regie dissipantur, sed 
« per nimium numerum collectorum, custodum eciam salis, et 

«qui compotis audiendis et corrigendis ex officio assistunt, 

« nec non clericorum predictorum omnium et aliorum qui 
« generales financiarum prosequntur continue pro peccuniis 
« habendis. Clerici quoque rectorum financiarum a vobis an- 
« nuatim obtinent munera excessiva, que per dictum preposi- 
« tum immediate solvuntur, et revera in diminucionem rerum 
« familiarium vestrarum, rei quoque publice dampnum ma- 
« gnum. Nam sic milites et armigeri vobis fideliter servientes 
« stipendiari non possunt. Quodque deterius est, mox ut unus 
« jn servicio unius generalis vel receptoris. recipitur, locuple- 
« tatus in brevi, se vult assimilari majoribus in expensis exces- 
« sivis et possessionibus emendis. 

« Thesaurariis iterum financiarum emeriti milites et fideles 
« pro muneribus sibi regali munificencia collatis sigilla sua 
«offerunt in pergameno non scripto, ibidemque summam scri- 
« bunt; sed nil commodi reportant, vel modicum, et sic neces- 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIM. 755 


« des finances, comme il se faisait alors: appeler, en a réglé l'emploi 
« de concert avec quelques-uns de vos officiers, qui ont vendu leurs 
« charges, en ont retiré de grosses sommes et ont mis à leur place 
« des gens inhabiles et incapables. Ledit prévót est le plus coupable 
« d'entre eux. Tout récemment encore, il a abandonné à messire 
« d'Ivry la maitrise des eaux et foréts du royaume, et l'on a prélevé 
« sur les subsides en faveur de celui-ci une somme de six cents francs 
« dont ledit prévót a profité. De plus , il perçoit chaque année, outre 
« les émoluments de sa prévóté, six mille francs pour la garde de 
« Cherbourp, deux mille pour la capitainerie de la ville et du chá- 
« teau de Montargis, et autant pour celle de la ville et du château 
«d Évreux. 


« I] y aencore une autre cause de la dilapidation des finances royales: 

« c'est le trop grand nombre des collecteurs, des gardes des gabelles, 
« de ceux que leurs fonctions appellent à examiner et à vérifier les 
« comptes, de leurs clercs, en un mot de tous ceux qui persécutent 
« sans relâche les généraux des finances pour avoir de l'argent. Les 
« clercs des directeurs des finances obtiennent aussi de vous chaque 
« année des gratifications considérables, qui leur sont payéés immé- 
« diatement par ledit prévót; et cela, au détrintent de vos ressources 
« particulières et au grand préjudice de la chose publique. Aussi les 
« chevaliers et les écuyers qui vous servent fidélement ne peuvent rien 
« toucher de leur solde. Ce qui est pis encore, c'est qu'un homme qui 
« entre au service d'un général des finances ou d'un receveur est 
« bientôt enrichi, et qu'alors il veut rivaliser avec les grands par ses 
« folles dépenses et ses acquisitions. 


« Les fidèles chevaliers dont votre royale manificence a récom- 
« pensé les services, donnent leur blanc-seing aux trésoriérs des 
« finances, afin de toucher. les sommes que vous leur avez accordées. 
« Mais ils n'en retirent rien ou obtiennent si peu de chose, que, lors- 
« qu'ils se rendent à votre appel, ils sont nécessaírement réduits à 


a — 





756 CHRONICORUM KAROEI SEXTI LIB. XX XIII. 


« sario opportet, cum ad mandatum vestrum veniunt, quod 
« vivant super populum de rapinis. Et quociens nobiles super 


« hoc conqueruntur, predicti thesaurarii libere se offerunt 


« ostendere statum sui officii, et instanter ad cautelam commis- 
« sarios requirunt. Non sic debetis contentari, excellentissime 
« princeps; sed circumspectorum virorum judicio, attentis 
« facultatibus eorum ante servicium vestrum et stipendiis ordi- 
« nariis deductis, si thesauros ab eis nune accumulatos, acqui- 
« sitas ingentes possessiones, sumptuosa ab eis edificia con- 
«structa, excessiva connubia de filis, filiabus et neptibus 
« celebrata, ad memoriam reducatis, quia de peccuniis vestris 
« processerunt predicta, potestis repetere et de jure. 

. « Prescriptis additur quod sub generalibus financiarum rec- 
« toribus notariorum numerus habetur superfluus, qui ad 
« officia assumpti pauperes, sed nunc nimium ditati, nobilium 
« dominorum eciam hujus regni emerunt possessiones; inter 
e:quos magistrum Johannem Castenier, Guillelmum Luce et 


« Nicasium Bougis nominamus, et veraciter, qui condolere 


« deberent quod sic peccunie vestre dispergantur, nec vobis 
« compaciuntur nec rei publice. 
« Metuendissime princeps, post excessus predictos reforma- 


« cione dignos; filie vestre Universitatis, burgensium et alio- 


«rum multorum judicio, prenominatorum ministrorum ves- 
« trorum nec non et omnium regnicolarum in vestimentis, 
« corrigiis et equitaturis superfluis statum in omnibus excessi- 
« vum, ac temerarium ausum nimias possessiones emendi 
deberetis rescindere et reducere in modum, ne propter semper 
«. ascendentem superbiam malum eveniat regno. 

« Nec retigendum creditur quod olim homines circumspecti, 
« zelum habentes. ad Deum et utilitatem regni, in consiliis 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 757 


« vivre de rapines sur le peuple. Et toutes les fois que les seigneurs 
« s'en plaignent, lesdits trésoriers offrent avec empressement de mon- 
« trer l'état de leur gestion et demandent instamment des commiis- 
« saires; mais ce n'est qu'un artifice pour cacher leurs malversations. 
« Vous ne devez pas vous contenter de cela, trés excellent prince; 
« et si, suivant l'avis des gens sages, vous examinez les biens qu'ils 
« avaient avant d'entrer en charge, et que, déduction faite de leurs 
« gages ordinaires, vous considériez les trésors qu'ils ont amassés, les 
« immenses propriétés qu'ils ont acquises , les somptueux palais qu'ils 
« se sont construits, les brillantes alliances qu'ils ont obtenues pour 
« leurs fils, leurs filles et leurs petites-filles, vous reconnaîtrez que 
« toute cette fortune a été faite aux dépens de votre trésor, et que vous 
« pouvez à bon droit les contraindre à restitution. 


« Joignez à cela que les directeurs généraux des finances ont sous 
« leurs ordres un nombre superflu de notaires, qui, de pauvres qu'ils 
« étaient quand ils sont entrés en fonctions, sont devenus excessive- 
« ment riches, et qui ont acheté les terres de plusieurs nobles sei- 
« gneurs de ce royaume : nous vous citerons notamment maitre Jean 
« Chastenier, Guillaume Luce et Nicaise Bougis, qui devraient étre 
« désolés de voir dilapider ainsi votre trésor, et qui n'ont pitié ni de 
« vous ni de l'État. 


« Très redouté prince, ce que vous devriez réprimer, après tous 
« ces excès qui demandent une prompte réforme, c'est, selon l'avis 
« de votre fille l'Université, des bourgeois de Paris et de beaucoup 
« d'autres personnes, le luxe scandaleux de vosdits ministres et de 
« tous les habitants du royaume en vétements, en ameublements et 
« équipages superílus; ce sont les abus qui se commettent dans les 
« acquisitions de tant de grandes terres : car il est à craindre que l'or- 
« gueil toujours croissant ne cause la ruine du royaume. 


« Il est à propos aussi de vous rappeler que jadis on n'admettait 
« dans les conseils du roi que des hommes sages et pleins de zéle pour 


758 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« admittebantur regiis et certo numero; qui tunc numerus, 
« per favorem aut preces vallidas augmentatus, impedit ne 
« factum rei publice expediatur breviter. Eciam notorium est 
« ubique, quod ob hoc et tarditatem custodum opum regia- 
« rum cum incolis de Rupella et de Murat multi de remocio- 
« ribus locis coguntur se reddere adversariis vestris. 

« In sedibus judicialibus regni et precipue curie Parlamenti 
« viri notabiles ponebantur, quorum prudencie extere naciones 
« et quandoque increduli lites suas sopiendas committebant ; 
« in quibus nunc ignorantes factum justicie importunitate pre- 
« cum collocantur, et, quod deterius est, invicem consangui- 
« nitate juncti, quasi decem ex ipsis ejusdem generis possent 
« facere arrestum. Et si illuc cause ecclesiarum expediantur 
« debite et causa divitis pauperi non preponatur, Deus novit. 

« In camera compotorum, unde procedunt inconveniencia 
« infinita, cum dominis de novo institutis additus est Alexander 
« dictus Boursier, quondam regni financiarum receptor, qui 
« nundum compotum suum reddidit; nec est adhuc reforma- 
« tus, qui debet alios reformare; et iterum procuravit ut 
« Johannes Gaucheri, quondam clericus suus, loco sui pone- 
« retur, ut in brevi valeat de peccuniis vestris sicut et ipse 
« ditari. 

« Quamvis, secundum ordinaciones regias ab antiquo consti- 
« tutas, ex gazis regiis onera feodalia et elemosine priscorum 
«regum solvi teneantur, idque expedire juraverint domini 
« compotorum, inde tamen supplicaciones factas, tanquam 
« aspides surde, pertranseuntes dissimulant, et revera in detri- 
« mentum consciencie vestre et fraudem animarum predeces- 
« sorum vestrorum. | 

« Quantum est de justicia, tangens statum generalium viro- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 759 


« le Seigneur et pour le bien du royaume, et que le nombre en étaif 
« limité. Mais il a été augmenté à tel point, grâce à la faveur ou à 
« d'instantes recommandations, qu'il est devenu impossible d'expédier 
« promptement les affaires publiques. Il est méme notoire que c'est 
« pour celte raison et par suite de la lenteur des gardiens du trésor 
« royal, que les habitants de la Rochelle, de Murat et de beaucoup 
« d'autres places plus éloignées sont obligés de se rendre à vos ennemis. 

« C'était aussi la coutume de nommer aux siéges de judicature et au 
« Parlement des personnages notables, à la sagesse desquels les na- 
« tions étrangères et quelquefois méme les infidèles soumettaient 
« leurs différends. On y place aujourd'hui des gens complétement 
« étrangers à l'administration de la justice , qui ne doivent cette faveur 
« qu'à leurs importunités, et qui souvent, ce qui est pis encore, sont. 
« unis entre eux par les liens du sang , comme si dix juges d'une méme 
« famille pouvaient rendre un arrét juridique. Et Dieu sait si les affaires 
« des églises sont düment expédiées, et si la cause du riche ne pré- 
« vaut pas toujours sur celle du pauvre! 

« À la chambre des comptes, on a adjoint aux membres nouvellement 
« institués, ce qui a les plus graves inconvénients, un ancien receveur 
« des finances du royaume, Alexandre Boursier, qui n'a pas encore 
« rendu son compte; il doit contróler les autres et n'a pas encore 
« été lui-méme contrólé; et il a fait nommer à sa place Jean Gaucher, 
« naguére son clerc, afin qu'il puisse en peu de temps s'enrichir, 
« comme lui, à vos dépens. 


« Quoique, conformément aux ordonnances royales depuis long- 
« temps en vigueur, on soit obligé d'acquitter sur votre trésor les 
« charges féodales et les aumónes des rois vos prédécesseurs, et que 
« messieurs de la chambre des comptes aient juré d'y satisfaire, cepen- 
« dant ils font la sourde oreille et se montrent insensibles, comme 
« l'aspic, à toutes les requétes qu'on leur adresse à ce sujet, et cela 
« au détriment de votre conscience et du repos des ámes de vos pré- 
« décesseurs. 


« Quant à ce qui est de la justice, pour ne parler que des généraux, 


760 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« rum, sub eis clientes, clerici et subclerici stipendiarii mul- 
« tiplicantur frustra. Tempore quoque Karoli, pii genitoris 
« vestri, non erant nisi duo, et modo sunt septem, quorum 
« quilibet percipit sexcentas libras. Tres quoque eorum consi- 
« liarii trecentas libras capiunt annuatim. Ipsis quoque genera- 
« libus prepositus Parisiensis unum addidit inutilem, vocatum 
« Jacobus le Hongre, precibus importunis addens : Quamvis 
« sit ultra jus, quia est cognatus meus. = | 

« In officio requestarum regalis hospicii antiquitus poneban- 
« tur viri prudentes, experti, sciencia atque facundia clari, et 
« per electionem regalis consilii constituti, qui sciebant consu- 
« lere in punctis arduis et responsa exteris supervenientibus 
« dare; unde predecessores vestri longe lateque per orbem 
« honorem maximum reportabant. Sed et nunc loco dictorum 
« indocti juvenes per importunas preces, prach dolor, collo- 
« cantur. | 

« Contra cancellarium Francie sequuntur aliqua diminuenda 
« auctoritate regia, quod ultra annuum salarium consuetum, 
«scilicet duo milia librarum Parisiensium, iterum quatuor 
« mille et quingentos francos auri pro qualibet remissione, 
« contra consuetum morem, viginti sex super subsidiis collectis 
« pro guerris continuandis, duo mille pro vestimentis annuis, 
« duo mille libras super thesaurum regium, quingentas vel sex- 
« centas libras parisienses extraordinarie percipit annuatim. 
« În eo eciam reprehendendum est quod ex talliis super plebem 
« nuper impositis habuit multa munera excessiva, que et aliis 
« concessa nimis leviter sigillavit, que quinquies excedunt cen- 
« tum milia francorum, sciens quod peccunia illa erat in guer- 
« ris continuandis convertenda : et qui veritatem summe scire 
« desiderabit dona collata videbit in compotis Michaelis Dusa- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 764 
« nous dirons qu'on multiplie inutilement sous leurs ordres le nombre 





162  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


« 


« 


a 


bolon et Alexandri dicti Beursier. In cancellaria multe peccu- 
nie proveniunt occasione sigilli, que non ad lucem veniunt 
neque ad vestrum commodum, quarum custodes sunt magis- 
ter Henricus Maulorie et magister Johannes Bude , qui dupli- 
cia stipendia et dona multa a rege annuatim receperunt sine 
causa, ipsique cancellario assistunt continue, et cum eis multi 
notarii mercenarii, qui nec latino nec gallico regi scirent 
servire. Nec idem cancellarius repugnat, si plures officiarii 
regii teneant duas vel tres administraciones incompatibiles 
contra statuta regalia, et dissimulanter pertransit, quod in 
Alvernia et alibi remocioribus regni locis sint ministri regii , 
qui erga subditos regis negligenter se habent et judiciis 
abutuntur. : 

« Nec finaliter creditur reticendum quod monetam regni 
vestri auream et argenteam prepositi Parisiensis et mercato- 
rum, ut fertur, cum Michaele de Lalier antiqua multo pejo- 
rem, et scutum quidem de duobus solidis, album vero uno 
denario reddiderunt. Et hanc novam campsores atque Lom- 


« bardi pro solucionibus servant faciendis, ut de centum scutis 


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duodecim francos lucrari valeant, et revera in dampnum 
maximum omnium regnicolarum et vestri. Et si inde aliquod 
commodum reportetis, dampno tamen rei publice equivalere 
non poterit. » 

Addidit et qui legebat : « Metuendissime princeps, humilis 
filia vestra predictorum culpas et effectus generaliter decla- 
ravit. Nam ad narrandum specialia que agunt contra vos et 
regnum vestrum, multe non sufficerent ferie. Ideo pertrans- 
eundo ad avisamentum, consolamen et auxilium, que requi- 
sistis prelatis, nobilibus et burgensibus evocatis , pro respon- 
sione, optarent utique universi se tanta pollere prudencia 








CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXII. 763 


« les gardiens, ont fait doubler leurs gages et ont reçu annuellement 
« du roi de nombreux présents sans aucun motif; ils assistent conti- 
« nuellement ledit chancelier, avec une foule de secrétaires merce- 
« maires, qui ne sauraient vous servir ni en latin, ni en francais. 
« Ledit chancelier souffre que plusieurs officiers de la cour occupent, 
« contrairement aux ordonnances royales, deux ou trois emplois in- 
« compatibles ; il ferme les yeux sur les malversations des ministres, 
« qui en Auvergne et dans d'autres provinces du royaume trés éloi- 
« gnées négligent les intéréts de vos sujets et abusent de la justice. 


.« Enfin, il est bon que vous sachiez qu'on accuse le prévót de 
« Paris et le prévót des marchands d'avoir altéré, de concert avec 
« Michel Lallier, la monnaie d'or et d'argent de votre royaume, en 
« diminuant l'écu de déux sous et le blanc d'un denier. Les chan- 
« geurs ét les Lombards se servent de cette nouvelle monnaie pour 
« faire leurs paiements, en sorte qu'ils gagnent douze francs sur cent 
« écus; ce qui est très préjudiciable à tous les habitants du royaume et 
« à votre majesté. Et lors méme que vous en tireriez quelque profit, 
« cet avantage ne pourrait jamais compenser le dommage causé à la 
« chose publique. » 


Aprés cela le lecteur ajouta : « Trés redouté prince, votre humble 
« fille l'Université ne vous a exposé ici que d'une maniére générale les 
« fautes commises par les personnages ci-dessus mentionnés ; car plu- 
« sieurs jours ne suffiraient pas pour vous raconter en détail ce que 
« chacun d'eux fait contre vous et contre votre royaume. Quant 
« à ce qui concerne l'avis, l'assistance et le secours que vous avez 
« demandés aux prélats, aux nobles et aux bourgeois assemblés, 
« voici leur réponse. Tls désireraient tous avoir assez de sagesse pour 








764 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


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quod sufficienter vobis possent communicare quod petitis, ut 
tenentur. Ád obtinendum tamen promptum peccuniale subsi- 
dium, videtur filie vestre, vestris civibus necesse et expediens 
ut ex nunc claudatis manum universis rectoribus et collecto- 
ribus financiarum prefatis, ab officiis priventur, mobilia et 
immobilia eorum fisco regio subjaceant, eorum quoque cor- 
pora sub tuta custodia conserventur, donec reddiderint racio- 
nabiliter compotum de receptis; munera insuper excessiva, 
assignaciones , pensiones extraordinarias penitus anulletis, 
ordinariis et extraordinaris collectoribus mandantes, sub 
pena confiscacionis corporum et bonorum , ut peccunias vobis 
afferant quas habent, scriptisque redigant statum suum et 
omnia que ad justificacionem suam valere poterunt; et, quia 
cunctis notum est regnicolis quod jugum subsidiorum impo- 
situm fuit ad continuandum guerras et regium statum ves- 
trum, ideo, si ex eodem aliqua consanguineis vestris conces- 
sistis, illa protinus revocetis, ad memoriam reducentes 
qualiter providus genitor vester hiis usus est, nova edificia 


« construendo et reparando antiqua, jocalia inestimabilis valoris 


« 


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accumulando et thesauros, unde sibi laudem et memoriam 
perpetuam acquisivit. 

« Et si prompcius quam tactum sit optetis subsidia, nomi- 
nabuntur mille et quingenti viri locupletes, qui, supportantes 
indigenciam regnicolarum, centum et quinquaginta milia 


«€ francorum auri libere accommodabunt. Et tunc statuentur 


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collectores dictarum peccuniarum notabiles, non suspecti 
homines, minime stipendiendi, ex quibus peccuniis statum 
regine, domini ducis Guienne continuabunt honeste; qui 
solvent servitores regios et subsidiarios bellatores, edificia 
quoque regia ubique tendencia ad ruinam reparabunt. Ipsis 


« 
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« 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. — 765 


vous bien conseiller, comme ils y sont tenus. Mais votre fille l'Uni- 
versité et vos fidéles bourgeois pensent que, pour obtenir un prompt 
subside, il est nécessaire et utile que vous fermiez dés à présent la 
main auxdits collecteurs et directeurs des finances, qu'ils soient 
privés de leurs offices, que leurs biens meubles et immeubles soient 
confisqués , et leurs personnes placées sous bonne garde, jusqu'à ce 
qu'ils aient rendu bon compte de leurs recettes; qu'en outre vous 
annuliez entiérement les dons excessifs, les revenus et les pensions 
extraordinaires que vous avez accordés, et que vous ordonniez à 
vos collecteurs ordinaires et extraordinaires, sous peine de se voir 
arrétés et dépouillés de'leurs biens, de vous apporter l'argent qu'ils 
ont, et de vous remettre par écrit l'état de leurs comptes et tout ce 
qu'ils pourront dire pour leur justification. Et comme c'est un fait 
notoire dans tout le royaume que les subsides ont été votés pour 
continuer la guerre et vous donner de quoi tenir votre état de roi, 
il faut, si vous en avez accordé quelque portion à vos parents, que 
vous révoquiez lesdites concessions, vous rappelant avec quelle 
sagesse le roi votre père emploÿait son argent à construire de nou- 
veaux édifices, à réparer les anciens, à amasser des joyaux d'une 
valeur inestimable et d'immenses trésors, ce qui lui a acquis un 
renom immortel. | | 


« Que si vous désirez avoir ces subsides par un moyen plus prompt, 
on nommera quinze cents riches bourgeois, qui suppléeront faci- 
lement à l'indigence des autres habitants, en prétant cent cin- 
quante mille francs. d'or. Puis on désignera pour lever lesdites 
sommes des personnages notables et non suspects, qui ne recevront 
aucun salaire. lls appliqueront cet argent aux besoins de là reine et 
de monseigneur le duc de Guienne, paieront les serviteurs du roi et 
les gens de guerre, et feront réparer les maisons royales qui tom- 
bent partout en ruines. Les collecteurs déposés ou à déposer devront 
rendre compte auxdits personnages et leur soumettre leur état ; et 


766  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


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eciam electis viris fidelibus tenebuntur reddere compotum 
collectores depositi ac eciam deponendi et ostendere statum 
suum; nec timetur, si videantur registra cotidiane expense 
regine, domini quoque Guienne, pro qua duo mille francos 
auri levabantur annuatim, quin constet luce clarius quod mag- 
nam peccuniarum summam in usus converterunt. Addendum 
est ut in curia Parlamenti insufficientes expellantur, generales 
financiarum et thesaurarii ad antiquum numerum reducan- 
tur; idemque fiat in camera compotorum. Expediens quoque 
esset ut regii judices, depositis collectoribus et receptoribus, 
sine stipendiis onus eorum portarent, nec non consiliis cum 
deferentibus lilia in certo numero electi prudentes viri et 
fideles continue interessent. Dignum eciam censetur ut pre- 
positi.firmarii, qui, ut firmas ultra modum augmentatas 
solvant et cum hoc locupletari valeant, ubique regnicolas 
multipliciter gravant, penitus deponerentur, et viri conscien- 
cie cum salariis competentibus loco eorum ponerentur ; iterum 
quod in Picardia et Guienna semper manerent subsidiarii ad 
resistendum adversariis vestris , qui eciam de subsidiis dicta- 
run) partium solverentur. » 

Finem oblati rotuli lector tangens : « Regie, inquit, altitu- 
dini humilis vestra Parisiensis filia Universitas et in cunctis 
obedientes vestri cives, qui honorem vestrum super omnia 
diligunt, predictos vobis. exposuerunt excessus, quos et alias 
lacius declarabunt; et cum pluries, ut nostis, non causa alicu- 
jus emolumenti, frustra id explicuerint in regali consilio, 
ideo supplicant ut constituatis aliquos de genere vestro, qui 
predictos habeant corrigere, precipientes prelatis et civibus 
evocatis ut nominent qui provinciis suis similes consueverunt 


perpetrare. A 





CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII 767 


« l'on peut affirmer sans crainte que, si l'on examine les registres 
« des dépenses journaliéres de la reine et de monseigneur le duc de 
« Guienne, évaluées à deux mille francs d'or par an, il sera claire- 
« ment démontré qu'ils ont détourné une grande partie de cette 


768 CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


Quidquid lectura rotuli continebat cum innumerabili plebe 
cives provinciarum regni, qui tunc presentes aderant, gratum 
habuerunt. 


CAPITULUM XXXII. 


Guienne cancellarius deponitur. 


Inter deliberandum predicta, inicia mensis marcii, cum in 
regali consistorio cancellarius Guienne prolixitatem Francie 
cancellarii argueret, indeque iracundia motus et id temeritati 
ascribens addidisset se fideliorem semper erga regem extitisse, 
alteri contradicenti opposuit mendacii infamem titulum ; quem 
cum sibi mutuo inferendo assistentes perturbarent, surgems 
dominus dux Guienne officiarium suum per imposicionem ma- 
nuum precepit foras ire. Omnes lilia deferentes antiquitatis jure 
cancellarium regis venerabantur ut patrem. Quare in favorem 
ejus dominus dux suum destituit, videlicet dominum Johannem 


de Nielle, nacione Picardum, et officium contulit magistro 


Johanni de Velliaco, non tamen per electionem prudentum, ut 
decebat, sed preces eisdem assistencium quorumdam magna- 
torum. 


CAPITULUM XXXIII. 


De consilio domini ducis Aurelianensis et eidem adherencium dominorum. 


Eodem mense, in Andegavensi urbe cum rege Sicilie Ludo- 
vico, dux Britanie, comes de Alenconio et dux Aurelianensis 
mutuum colloquium habuerunt, et timebatur ne aliquid contra 
tractatum pacificum molirentur, Sed, nundum mense exacto, rei 
veritas patefacta est isto modo. Aurelianensis namque cancella- 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV: XXXIII. 769 


Le contenu dudit rôle fut approuvé par tous les députés des pro- 
vinces du royaume ainsi que par la foule qui se trouvait là. 


CHAPITRE XXXII. 


Destitution du chancelier de Guienne. 


Au commencement du mois de mars, pendant les délibérations de 
ladite assemblée, le chancelier de Guienne reprocha en plein conseil 
au chancelier de France la longueur de son discours. Celui-ci, offensé 
de cette témérité, répliqua qu'il avait toujours été plus fidéle servi- 
teur du roi que lui. L'autre le nia, et le chancelier de France lui 
ayant donné un démenti, ils en vinrent aux injures. Comme cela 
troublait l'assemblée , monseigneur le duc de Guienne se leva et mit 
lui-méme son officier hors de la salle. Tous les princes du sang véné- 
raient le chancelier du roi comme un pére, à cause de son grand 
âge. Par considération pour lui, le duc destitua le sien, qui se 
nommait messire Jean de Nielle, originaire de Picardie, et donna 
sa charge à maitre Jean de Vailly, sans prendre l'avis des gens sages, 
comme c'eüt été convenable, et d'aprés les instances de quelques 
seigneurs qui l'entouraient. 


GHAPITRE XXXIII. 


Conseil tenu par monseigneur le duc d'Orléans et les seigneurs de son parti. 


Le méme mois, le duc de Bretagne, le comte d'Alencon et le duc 
d'Orléans eurent une entrevue à Angers avec le roi de Sicile Louis. 
On craignait qu'il ne se tramát quelque chose contre le traité dans 
cette conférence. Mais avant la fin du mois on sut à quoi s'en tenir. 
Messire Jean d'Avy, chancelier d'Orléans, vint trouver le roi et lui 
dit que son maître était dans l'intention d'observer inviolablement le 


Iv. 97 





110  CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


rius, dominus Johannes Davy, ad regem veniens, ducem affir- 
mavit se velle modis omnibus tractatum inviolabiliter servare; 
rogavit tamen ut subsidia patrie sibi subdite more solito caperet 
ad usum proprium convertenda, cum Couciaco aliqua oppida 
adhuc durante discordia* redderet, et ut promissum fuerat post 
tractatum, juvaretur ad redimendum fratrem suum. Quod dux 
Guienne differre dignum duxit, donec pater incolumitatem 
recepisset. Couciaci mirabilis structure oppidum sibi reddere 
comes Sancti Pauli, conestabularius Francie, denegabat, donec 
ingentem summam peccunie sibi restitueret, quam dicebat in 
stipendiis armatorum hominum expendisse, quando ceperat 
oppidum. Quam quia solvere differebat, ut cetera dampna, 
demoliciones castri in pluribus locis factas reticeam, fistulas 
plumbeas et terraneos meatus fere inestimabilis valoris, qui 
aquas extra mittebant pluviales, et officinis oppidi afferebant, 
Parisius emendas obtulerat; et sic illius metalli precium evi- 


dentissime minoravit. 


CAPITULUM XXXIV. 


De morte regis Anglie. 


Sub incerto fama publica referebat Henricum, regem Anglie, 
quem multo tempore elefantina horribilis lepra tam defor- 
mem reddiderat, ut cum facie corrosis cunctis extremitatibus 
corporis cunctis abhominabilis esset, obiisse ; donec circa finem 
mensis hujus nuncius superveniens id domino duci Guienne 
affirmavit, asserens se jam vidisse ejus primogenitum Henri- 
cum, principem Wallie, in trono regio collocatum. Nuncium 


' Wl faut supposer ici l'emission d'un mot tel que capta. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIIL 774 


traité dans toutes ses clauses, mais qu'il demandait de percevoir selon 
la coutume les subsides de son duché et de les employer à son propre 
usage, et qu'il priait le roi de lui faire rendre Coucy et quelques 
autres places qui lui avaient été prises durant la guerre, et de l'aider, 
comme on le lui avait promis aprés le traité, à racheter son frére. 
Le duc de Guienne crut devoir différer sa réponse jusqu'à ce que son 
père eût recouvré la santé. Le comte de Saint-Pol, connétable de 
France, refusait de rendre au duc d'Orléans l'importante forteresse de 
Concy, à moins que ledit duc ne lui restituát une somme considérable, 
qu'il prétendait avoir payée pour la solde des gens de guerre, lorsqu'il 
s'était emparé de la place. Comme le paiement se faisait attendre, le 
connétable commit toutes sortes de dégáts dans la forteresse; il fit 
enlever et vendre à Paris, à trés vil prix, les tuyaux de plomb et les 
canaux souterrains, d'une valeur presque inestimable, qui condui- 
saient les eaux pluviales au dehors ou les distribuaient dans les offices 
du cháteau. 


CHAPITRE XXXIV. 


Mort du roi d'Angleterre. 


De vagues rumeurs circulaient dans le public sur la mort du roi 
d'Angleterre Henri. On disait qu'une lépre horrible, qui lui avait 
rongé le visage et les extrémités du corps, l'avait tellement défiguré, 
qu'il faisait peur à voir. Un courrier vint enfin confirmer cette nou- 
velle à monseigneur le duc de Guienne, vers la fin dudit mois de 
mars, et lui annonca qu'il avait assisté au couronnement du prince de 
Galles Henri , fils ainé du feu roi. Je me souviens d'avoir entendu dire 
au méme courrier que tous les Anglais n'avaient pas donné leur assen- 
timent à l'avénement de ce prince, et qu'un parti nombreux préten- 


^— —hÓÀ 











772 | .CHRONICORUM KAROLI SEXTI LIB. XXXIII. 


tamen verbis addidisse memini quod tantam sublimitatem ex 
' consensu omnium regnicolarum minime procedebat. Nam plu- 
res ipsam dicebant deberi comiti Marchie, subdentes protinus 
racionem quod genitor ipsius ex domino Leone, duce Clarencie, 
secundogenito famosissimi quondam regis Eduardi, origina- 
liter procedebat; alterius autem pater ex tercio filio Eduardi, 
Johanne duce Lancastrie. Unde ex hac discordia pocius spera- 
bat guerram mutuam quam pacem proximo affuturam. 


FINIS VOLUMINIS QUARTI. 


CHRONIQUE DE CHARLES VI. — LIV. XXXIII. 773 


dait que la couronne devait appartenir au comte de March, attendu 
que le père de ce dernier descendait de Lionel duc de Clarence, : 
second fils du fameux roi Édouard, tandis que le père de Henri était 
issu de Jean duc de Lancaster, troisième fils d'Édouard. Il en augurait 
que ces divisions pourraient faire éclater prochainement une guerre 
civile en Angleterre. 


FIN DU QUATRIÈME VOLUME. 








4 





TABLE DES MATIÈRES 


CONTENUES DANS LE QUATRIÈME VOLUME. 


LIVRE VINGT-NEUVIEME. 


CuarirRE I7. — Naissance d'un enfant moustrueux.................. Page 3 
Cua». IT. — Publication des bulles envoyées par monseigoeur Benoît......... Ibid. 
Cua». III. — De la fille du roi. .... ceeocsecaetesessssesosostaseceseee 9 
Car. IV. — Les bulles de monseigneur Benolt sont condamnées et lacérées 

publiquement................. TOPPED PRE EEE ET EE EESTI Ibid. 
Car. V. — Incarcération de quelques personnes à l’occasion desdites bulles... 15 
Cua». VI. — Publication de la neutralité,.......... sous. roses 19 
Cua». VII. — Ce que firent à cette nouvelle les deux compétiteurs....,...... 29 
Cas. VIII. — Délibérations des prélats pour aviser au gouvernement de 

l'Église de France pendant la neutralité.........,,................ 31 
Car. IX. — Règlements touchant le mode de gouvernement de l'Église de 

France....... eese eese ee het TTPPPPPPPPPPD Ibid. 
Cuar. X, — Du mode de provision et de la distribution des bénéfices.. ....... 43 
Car. XI. — Comment la reine de France revint à Paris en pompeux appareil 

de guerre..... T" dosnssose.e T T" 55 
Cuar. XII. — De ceux qui étaient retenus en prison à l’occasion des bulles de 

Pierre de Luna......................... ecechetor T" 99 
Cna». XIII. — Des deux prétendants à la papauté et de leurs cardinaux. ..... 63 
Caar. XIV. — Forme du rescrit par lequel les cardinaux des deux colléges 

convoquent les prélats pour l'élection d'un seul pape.............. eO. 65 
Cmar, XV. — Affreux orage..............,,.,... hehe hh rn 89 
Cua». XVI. — Arrétg rendus vers ce temps par le Parlement............... Ibid. 
Cup. XVII. — Discours prononcé contre le duc de Bourgogne pour justifier 

le duc d'Orléans et établir son innocence...... TPPPEPPUPPPPPED se... 91 
Cua». XVIII, — Conclusions prises contre le duc de Bourgogne en présence 

de monseigneur le duc de Guienne, ...., TP T T" 131 


Cua». XIX. — Ce qui fut fait contre le duc de Bourgogne , aprés la justification 
du duc d'Orléans.. TT TOPPED T 137 


776 TABLE DES MATIÈRES. 


Cua». XX. — Comment le comte de Hainaut ravagea le pays de Liége.. Page 141 
Cur. XXI. — Les Liégeois abandonnent le siége de Maëstricht et sont battus 


par le duc de Bourgogne............... TP T" ... 151 
Cur. XXII. — Mort de la duchesse d'Orléans................... erre. 179 
Cur, XXIII, — Le roi est emmené hors de Paris et conduit à Tours par ordre 

de la reine................ PEPEEEETEEE sus. onsnsssssesesese 181 
Car. XXIV. — De ce qui fut fait avant la conclusion du traité entre les ducs 

de Bourgogne et d'Orléans.......................... PP .». 185 
Car. XXV. — Les Parisiens prient le roi de revenir à Paris............. .. 189 
Cur. XXVI. — Traité de paix signé et juré entre les ducs de Bourgogne et 

d'Orléans dans l'église de Chartres.......... TOPPED o. 191 

LIVRE TRENTIÈME, 
Cuarrrex I5. — La foudre consume en partie l'abbaye de Royaumont....... 205 
Car. II. — Le concile de Pise s'assemble pour procéder à l'élection d'un seul 

pape... nn nnn Br TP" T" msn. 297 
Car. IIT. — Résolutions prises par le saint synode depuis le 15 avril jusqu'au 

22 Malone TOPPED cure. TIPP eS. 217 
Cuap. IV. — Élection du pape Alexandre.............................. 239 
Cæar. V. — Expédition du duc de Bourbon..... TEE 941 
Cuar. VI. — Mariage du duc de Brabant...................,....,...... 249 
Ci». VII. — De la santé du roi.,.......... TP» TT 951 
Cap. VIII. — Un sergent du roi est pendu à un orme.......... To" Ibid. 
Cuar. IX. — On envoie des ambassadeurs pour traiter avec les Ánglais....... 253 
Cuar. X. — Mort de la duchesse d'Orléans........ TT T" Ibid. 
Car. XI. — Réception du cardinal de Ber..... ns. nssnsssessssrsee 255 
Cur. XII. — Différend survenu entre le duc de Bretagne et le comte de Pen- 

thièvre.....................,..: T TOPPED Ibid. 
Car. XIII. — Défection de Génes........... T" C Ibid. 
Cuar. XIV. — Mort de messire Jean de Montaigu, grand-maître de la maison 

du roi....... eee eene eeesssssóosesowmeosossstososóo tos 267 
Cua». XV. — Comment les ducs travaillérent à la réforme de l'État.......... 977 
Cua». XVI. — De l'archevéque de Sens................... TEPRPPPPET ,. 981 
Cuar. XVII. — Conseil tenu au sujet de l'état du roi et du gouvernement du 

royaume... soc TTE 283 
Cua». XVIII. — Visite de monseigneur le due de Guienne à l'abbaye de Saint- : 

Denys.................. PPP T" 289 


Cua». XIX. — Diférend survenu entre l'Université et les ordres mendiants.... Jbid. 


TABLE DES MATIÈRES. 777 


LIVRE TRENTE ET UNIEME. 


CuaPrrax I**. — Victoire remportée par les gens de monseigneur le pape sur 


Ladislas............. eeesossesosssoecssoduecseetooveesacoe Page 311 
Cua». II. — Victoire des habitants d'Harfleur..........................,, 313 
Cnap. III. — Trabison d'un bourgeois de Saint-Omer.. ................... Ibid. 
Cua». IV. — Traité de mariage entre la fille du duc de Bourgogne et le fils du 

roi de Sicile, ..,......,,..,........ TED 315 
Cur. V. — De la guerre qui éclata entre le duc de Bretagne et le comte de 

Penthièvre...................... TTC C C Ibid. 
Cnar. VI. — Traité conclu entre les princes du sang...................... 317 
Cua», VII. — Mort du pape Alexandre. — Élection de Jean XXIIL.......... 321 


Cua». VIII. — Les ducs de Berri et d'Orléans , les comtes de Clermont, d’Alen- 
con et d’Armagnac lèvent des troupes pour combattre le duc de Bourgogne.. 395 


Car. IX. — Translation du corps de saint Clair.....................,... 331 
Cua». X. — Combat extraordinaire entre des oiseaux carnassiers............ Ibid. 
Cua», XI. — Défaite essuyée par les Français...................,..... ^... 333 
Cuar. XII. — Message du régent d’Espagne.........,......,.......... Ibid. 
Cua». XIII. — Défaite des chrétiens en Prusse......................... 335 
Cuar. XIV. — Les hostilités continuent, malgré l'ordre donné par le roi aux 

gens de guerre de mettre bas les armes......... TCR 337 
Cuar. XV. — A la requête du duc de Bourgogne , le roi invite le duc de Berri 

à la paix, et l'engage à mettre bas les armes et à venir le trouver... .. . .... 341 
Crar. XVI. — Réponse du duc de Berri................................ 349 
Cua». XVII. — Le duc de Bourgogne se dispose à déjouer les projets du duc 

de Berri...... TEMCUE 351 
Car. XVIH. — Le duc de Berri publie un manifeste pour faire connaître ses 

intentions, .................o.s.e.ee RE EEE EEE EEE Less 395 
Cur. XIX. — Le duc de Berri députe des ambassadeurs vers le roi.......... 357 
Cap. XX. — Comment les conseillers du roi se conduisirent au milieu de ces 

conjonctures critiques... ........ eee ee Snnssonss sors 361 
Cua». XXI. — Le duc de Bourgogne fait entrer ses gens d'armes dans Paris. — 

Les Brabancons pillent la ville de Saint-Denys................,......... 365 


Cuir. XXII. — Intervention de la vénérable Université en faveur de la paix. 

— Le roi de Navarre la propose aux princes sous de certaines conditions.... 371 
Cuar. XXIII. — Traité conclu entre les ducs..,.....,.................. 379 
Cup. XXIV, — De ceux qui furent choisis pour gouverner le royaume....... 385 


IV. 98 


718 TABLE DES MATIÈRES. 


Cuar. XXV. —Ordonnances rendues par les nouveaux ministres, à l'instigation 
du duc de Bourgogne.................. esent TTC Page 387 
Cuar. XXVI. — Arrestation du sire de Croy.. eesesossosossostocotusotes 389 


LIVRE TRENTE-DEUXIÈME. 


CuapirRE 1%, — Victoire du roi Louis sur Ladislas. ..................... 391 
Cua». II. — Mariage du roi de Chypre avec la fille du feu comte de la Marche. 397 
Cua». TII. — Mésintelligence entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne....... 401 
Cur, IV. — Défaite d'une bande de brigands........ TOP T 403 
Car. V. — Le roi essaie de rétablir la paix entre les ducs................. 407 
Cnar. VI. — Réponses des ducs........... esses hh meh ree 409 
Cua». VII, — Résolutions prises par le roi..................,........... 413 
Cuar. VIII. — Affreux orage...................... TP 415 


Caar. IX. — On décide la levée d’un impôt; mais cette décision reste sans effet. Ibid. 
Cnar. X. — Le duc d'Orléans écrit au roi et aux habitants du royaume; il se 
plaint de ce que son pére a été cruellement assassiné et de ce qu'on refuse 


de lui faire justice................ PRE EEE encontre 419 
Cuar. XI. — Le duc d'Orléans défie le duc de Bourgogne TOTPPCPCEPEEDEED 435 
Car. XII, — Défi du duc de Bourgogne............ TP 437 


Cua». XIII. — Les négociations entamées avec la reine n'ont aucun résultat. — 
Le comte de Saint-Pol est investi du gouvernement de la ville de Paris. Il 


se crée un conseil composé de gens de la dernière classe, .......... .... 441 
Cna». XIV. — Supplique adressée au roi au sujet de sa sûreté et de celle des 
habitants...,......................... TOPPED sors 447 
Cuar. XV. — Ravages commis en Picardie par les gens du duc d'Orléans... ... 451 
Crar. XVI. — Soulévement des paysans sous le nom de Brigands........ 2... 455 
Cnar. XVII. — Le roi mande au duc de Bourgogne de venir défendre son 
royaume et ses sujets contre le duc d'Orléans....... emethetesioo toa 459 
Cua». XVIII. — Nouvelles mesures prises dans le conseil du roi............ 403 
Car. XIX. — Destruction de la ville de Ham en Vermandois,............ 467 
Cuar. XX. — Prise de la ville de Rougemont par le comte de Nevers........ 473 
Cnar. XXI. — Le duc de Bourgogne appelle les Anglais à son secours... ..... 475 
Cuar, XXII. — Un corps de Parisiens est chargé de défendre la ville de Saint- 
Denys. ........,......., 4... thm rh émossssess 479 
Car. XXIIT. — Le due d'Orléans marche avec son armée contre le duc de 
Bourgogne. — Prise du pont de Beaumont....,..,,...,,..........,... 481 


Car, XXIV. — Retraite honteuse des deux ducs.................... S.S. 485 





TABLE DES MATIÈRES. ^om 


Cuar. XXV. — Messire Jean de Châlons est préposé à la gn de la ville et de 
l'abbaye de Saint-Denys...... .. Page 491 

Cup. XXVI. — Lettres adressées au roi et au duc de Guienne.. 493 

Car. XXVII. — Tentative des troupes du duc d'Orléans contre la ville de 






780 TABLE DES MATIÈRES. 


LIVRE TRENTE-TROISIÈME. 


Cuarrrne 1e, — Le roi » d’après les conseils du duc de Bourgogne , se décide à 


attaquer monseigncur le duc de Berri, son oncle.................. Page 621 
Cna». II. — Le roi marche contre son oncle, après avoir pris l'oriflamme dans 
l'église de Saint-Denys..........................4...4.....ussse 631 
Cua». III. — Division de l'armée royale. — Comment le roi, nonobstant une 
blessure causée par accident , chevauche jusqu'à la Cbarité............... 635 
Cua». IV. — Les gens du roi s'emparent de plusieurs châteaux dans le duché de 
Berri......eeeeeeeeeeeeeeeeeeeee hh het htl fossssssesresee 639 
Cia». V. — Prise de la ville et du château de Dun-le-Roi.................. 651 
Cuar. VI. — Le roi d'Angleterre se décide à secourir les princes que le roi 
poursuivait d’après les conseils du duc de Bourgogne..,................. 657 
Cuar. VIT, — Les habitants du royaume adressent à Dieu de ferventes prières 
pour le succès de l'armée royale.....................,,.....,....,... 659 
Cuar. VIII. — Un orage éclate au moment où le roi se dispose à marcher 
sur Bourges avec son armée.......... T 663 
Cup. IX. — Sortie tentée par les habitants de Bourges contre l'avant-garde du 
roi... ses aeecssososoocchosne T" 667 
Cua». X. — Exécutious ordonnées par le due de Bourgogne................ 669 
Car. XI. — Faits d'armes accomplis, durant le siége de Bourges, par les 
troupes royales chargées de la défense du royaume..................... 673 
Cuar. XII. — Le château de Sancerre se rend au roi........,............ 679 


Cuar. XIII. — Le roi transporte son camp d'un autre côté de la ville de 
Bourges , et envoie le prévót de Paris chercher de l'argent pour la solde des 


troupes... PC"""———— reneee susssessssecees Ibid 
Cuar. XIV. — Plusieurs seigneurs s'entremettent pour faire conclure un traité 

de paix aux deux partis.......................,.......,,....,..... 683 
Cuar. XV. — Ambassade de l'archevéque de Bourges................,.... 685 - 
Cuar. XVI. — Plusieurs seigneurs essaient de rétablir la paix entre les dues... 687 
Cua. XVII, — Grande mortalité daus le camp du roi................... 689 


Cuar. XVIII. — Propositions de paix faites à monseigneur le duc de Berri.... 691 
Cxar. XIX. — Des transports de joie éclatent dans le camp, à la nouvelle du 
bon accueil fait par le roi à son oncle,........,...................... 699 
Cnar. XX. — Diminution du nombre des brigands. — Incendie du château de 
Toury............. TOP eset T" 703 


TABLE DES MATIÈRES. 784 


Cuur. XXI. — Messeigneurs les ducs et les princes confirment par leurs ser- 


ments à Auxerre le traité de paix conclu entre eux.................. Page 705 
Cuar. XXII. — Ce que firent les princes , lorsque le traité de paix eut été con- 
firmé par serment............,...... eere hm iere 719 


Cia». XXIII. — Les membres du clergé, partisans de monseigneur d'Orléans 
et de ses alliés, rentrent en possession de leurs domaines temporels, qui , par 


ordre du duc de Bourgogne, avaient été mis en la main du roi............ 793 
Cuar. XXIV. — Le roi , la reine et les princes , de retour à Paris, font publier 

le traité de paix..... TEMPE Ibid. 
Cuar. XXV. — L'oriflamme est reportée à Saint-Denys. — Le comte de la 

Marche fait mettre en prison le comte de Vendôme son frère.............. 797 
Cua». XXVI. — Le corps de messire Jean de Montaigu est détaché du gibet de 

Paris..........,.....00.. eee hh hn Ibid. 
Car. XXVII. — Entrée du duc de Berri à Paris......................... 729 
Cuar. XXVIII, — Des ambassadeurs sont envoyés à Rome pour le concile 

général. PPP" m 731 
Cua». XXIX. — Le roi convoque une assemblée des principaux bourgeois des 

différentes provinces du royaume.................................... 733 
Cuna». XXX. — Propositions faites dans le conseil du roi................... 737 
Crar. XXXI. — Nouvelles remontrances faites au roi par l'Université contre 

les exacteurs et les collecteurs royaux..................,............. 745 
Cuar. XXXII. — Destitution du chancelier de Guienne.................... 769 
Cu». XXXIII. — Conseil tenu par monseigneur le duc d'Orléans et les sei- 

gneurs de son parti.............................................. Ibid. 
Cuap. XXXIV. — Mort du roi d’Angleterre............................. 771 


FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE QUATRIÈME VOLUME. 


—— — 


ERRAT A. 


Page 29, ligne 16, au lieu de patrmoinie lisez patrimoine. 

Page 168 , dernière ligne, au lieu de pestifere sydero lisez pestifero sydere. 
Page 292, ligne 3 , au lieu de vel ut lisez velut. 

Page 421 , ligne 4, au lieu de tendresse paternelle lisez tendresse fraternelle.